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1792 - Adresse aux Citoyens Rochellois sur le commerce maritime, par Ganet père, Citoyen de la Rochelle

D 26 juillet 2008     H 22:41     A Pierre     C 0 messages A 1066 LECTURES


Un citoyen de la Rochelle, dans un plaidoyer enflammé, défend les intérêts de sa ville.

Source : Adresse aux Citoyens Rochellois sur le commerce maritime, Par GANET père, Citoyen de la Rochelle. - 1792 - BNF Gallica

Entrée du port de la Rochelle
Photo : P. Collenot - 07/2008

Adresse aux Citoyens Rochellois sur le commerce maritime,
Par GANET père, Citoyen de la Rochelle.

Cette Adresse a été lue à la société des amis de la Liberté & de l’Egalité, à la Rochelle, le 21 Novembre 1792, l’an premier de la République, par le Citoyen Ganet père, Membre du Comité du projet du Canal de Niort, de ladite Société. Mention honorable en fut faite au Procès-verbal de la Séance, présidence du Citoyen Crassous.

Salut au Peuple, honneur à la Nation, gloire à la République Françoise.

CITOYENS, frères & amis, Hommes libres & égaux en droits, vous voulez résister à l’oppression, & moi aussi. Je veux servir la, Patrie avec vous, & vous en parler en homme libre, pour faciliter le Commerce maritime. J’ai des choses à vous dire qui exigent votre attention jusqu’à la fin de ce discours, que je vous prie de ne pas interrompre. Après vous l’avoir lu, je le déposerai sur le bureau ; on pourra alors y répondre si l’on veut. J’ai à vous parler de notre Port relativement au Commerce maritime.

Privilèges contraires à la liberté & à l’égalité du Commerce

J’aurois lieu à vous dire d’abord qu’il est temps de réclamer contre les privilèges de Marseille à l’exclusion de tous les Départemens. Ils entravent notre Commerce, ces privilèges, sous prétexte que Marseille est plus près que nous des Côtes de Barbarie. Tout ainsi, je suppose que Dunkerque est plus près que nous des Côtes d’Angleterre, & que Bayonne est tout auprès d’Espagne. Il est temps de réclamer contre la perception abusive de droits, à la Douane de la mère Patrie, pour favoriser ces trois Ports & celui de l’Orient. Ils sont régis à l’instar de l’étranger effectif. C’est un outrage pour des enfans de la Patrie. Je ne touche qu’en passant cette corde essentielle de l’harmonie nationale ; d’autres que moi devroient la faire raisonner. Elle est dissonnante pour les gens mêmes qui ne consultent que l’intérêt personnel, que le moment présent. Ils préfèrent d’aller vendre leurs cargaisons, leurs Navires même. hors de chez eux, & de s’y établir au détriment de la Cité.

Procurer du pain au Peuple

Mais ce qui m’étonneroit, si cela est, ce seroit que votre philosophie parlât au Peuple &, de l’esprit & de la matière. Je voudrois que notre philantropie s’assurât des moyens de procurer du pain au Peuple à un prix toujours relatif à ses facultés, par un grenier public ; alors il écoutera la parole de Dieu.

Faire le bien public

Mon fils, nourri dans mes principes, a dû vous manifester mes sentimens lors de l’Assemblée nationale. J’y donne de l’étendue pour qu’ils parviennent à la Convention. Appuyez-les de votre sagesse, si le Département entravé en pouvoit retenir l’influence salutaire.

O grande Nation ! entends ma voix affoiblie par les ans. C’est à toi, peuple Rochellois, que je l’adresse aujourd’hui : demain je ne serai plus. Tu peux m’oublier, mais pense à toi : Hercule veut qu’on se remue.

Avec le précieux secours de la Convention, notre ville de la Rochelle, dont le zèle s’est soutenu, se pénétrera de cette grande, de cette belle maxime : Faire le Bien public. Elle méritera de la Patrie tout ce qu’elle a droit d’en attendre.

PRINCIPES

Je me fais gloire, Citoyens, d’être né parmi vous. Comme Rochellois, je porte un cœur sensible, mais républicain. Avec le sentiment inné de notre égalité en droits, que j’ai eu à souffrir de l’injustice & de la cruauté des hommes dans mon pays ! Mais j’aime mon pays, je lui suis resté fidèle. J’y ai résisté à la bureaucratie, à la robinocratie ; tout seul j’étois trop foible : je suis fort avec vous. J’ai lutté contre l’aristocratie bourgeoise ; j’ai jeté le manche & la coignée dans la forrêt des grands aristocrates, sans y couper une branche. Ne souffrons pas qu’elle répande ses rameaux parmi nous. Il y aura toujours des hommes qui se croyent trop & les autres trop peu, en courbant leurs têtes humiliées devant nous avec le desir ardent de dominer notre Société des Amis de l’Egalité.

Achevons la destruction de l’aristocratie bourgeoise & celle des richesses, par la fraternité. L’aristocratie des prétendus nobles est terrassée jusqu’à exciter la pitié, si elle n’avoit un cœur pervers. Il n’y a plus à craindre de l’aristocratie du ci-devant premier ordre, ni de son hypocrisie. Au reste, comme toute aristocratie est sans vergogne, tous genres d’aristocratie seront annihilés avec le temps.

Influence de l’aristocratie

Comme les harpies de la fable, les aristocrates gâtent tout ce qu’ils touchent, ils ont soufflé leur venin empesté jusques dans nos Antilles ; ils ont perdu, ils ont vendu nos riches Colonies au continent de l’Amérique ; ils ont détruit la pêche du Grand-Banc & Côtes adjacentes ; ils ont flétri l’éclat du pavillon François sur la mer, déshonoré notre Marine & diminué le nombre de nos Matelots ; ils ont dilapidé nos finances, ils auroient infecté le ciel & la terre de leur haleine impure. Ne nous décourageons pas de voir qu’ils aient ruiné la Rochelle, en nous privant du Canada & du Mississipi ; ils nous ont privé de l’alternat du Département. Mais si leur rage doit aller jusqu’à repousser le projet que je vous offre pour améliorer tout-à-coup le pays : qu’ils soient notés parmi nous comme de mauvais Citoyens.

Moyen d’arrêter le mauvais effet de l’aristocratie

La Rochelle fut célèbre : il n’en reste que le souvenir ! C’en est assez, travaillons comme nos pères : ouvrons nos cœurs à la franchise, & soyons prudens. Qu’une honnête liberté retrace nos devoirs : qu’une égalité réfléchie épure notre civisme. Nos bons exemples profiteront à nos enfans, & nos loix passeront à la postérité.

Mais la circonstance est difficile ! plus de Navires dans le Port, aucun au Chantier. Plus de Négocians à la Bourse ; le Fournisseur languit, l’Ouvrier meurt de faim. Nous sommes à plaindre, sans doute ; mais ne nous plaignons pas, mes frères„ à l’aspect des maux que nos frères de Lille & de Thionville ont endurés pour nous. Pour concourir à notre bien-être, ils ont sacrifiés leur fortune & leur vie. Soyons reconnoissans & profitons de leur exemple. Mais nous sommes aussi sur une frontière ; n’oublions pas que la Rochelle a su braver le despotisme, la famine & la mort, & que nos pères surent des héros.

En vérité c’étoit autrefois, pourrois-je vous dire, que nous fumes combattre le malheur, si chacun vouloit fuir la Rochelle pour aller chercher fortune ailleurs. Je serois fâché, Citoyens, d’avoir à vous observer l’évasion de quelques-uns d’ici, si ce mal étoit sans remède, si leur absence étoit un mal, tout ainsi que leur éloignement du Club. Plusieurs ont donc été à Nantes, d’autres à Bordeaux, à l’Orient, &c. ; enfin, les traîtres à la Patrie se sont émigrés. Eh bien, tant mieux ! ce ne sont pas de tels gens qu’il nous faut. S’il en existe encore ici, qu’ils partent, ils purgeront la Ville. Ces hommes-là qui n’aiment qu’eux, ne peuvent aimer la Cité. C’est ainsi que le sentiment personnel nuit à soi-même & à la, chose publique.

Amour de la Patrie

Quoiqu’il en soit, la Rochelle n’est ni dévastée, ni sans conseil & sans force. Les Patriotes se montrent avec honneur dans les tribunaux & à l’Armée. Seroit-ce parce que le Commerce maritime est en stagnation, que l’on se degoûteroit de la Rochelle. Le mal est général dans les Villes maritimes. C’est au moins pusillanimité d’aller en d’autres ports y courtiser la fortune ; cette Déesse est aveugle. Les bons Rochellois restent dans leur pays ; par la nature instruits. Ils s’y enracinent, pour ainsi dire, en fertilisant notre sol ; tous y maintiennent le Commerce de nos productions. Le Commerce ne peut pas être considérable pendant la guerre, mais il le sera, soyez-en surs, lors du repos que la République nous promet. Le Gouvernement protège l’émulation & l’industrie. .Que ferions-nous, chers Rochellois, si nos Représentans avoient abandonné Paris le 10 Août dernier ?... Restons, comme eux, à notre poste.

Emulation pour la vertu, richesse de l’Etat

Notre position, sur le globe, est des plus favorables au Commerce maritime. Malheur aux barbares qui corrompent & tarissent ici cette source de bonheur. Notre Commerce & notre Navigation ont répandu l’abondance parmi nous. Par notre situation géographique, nous pourrons étendre nos spéculations jusqu’aux deux pôles & appeller les quatre parties du monde. Le Commerce est une mine, plus on y emploie de bras, plus on en retire. Le Commerce maritime, qui est le plus industrieux, & le plus lucratif, doit être protégé. Mais ce sera par notre Port, en bon état, que nous verrons refluer l’opulence. Qu’il nous suffise d’en inspirer l’idée aux gens vertueux ; je n’ai intention d’en faciliter l’accès qu’à eux, & je veux vous exposer les obstacles que j’y ai rencontrés, puisqu’ils subsistent encore. Ils étoient insurmontables autrefois ; ils ne le seront pas aujourd’hui pour les honnêtes gens.

Protection du Gouvernement

II ne faut que dire au Gouvernement éclairé, que la providence nous donne, que nous avons l’un des plus beaux Ports de France qui périt, & l’Administration y subviendra sur nos représentations. Qu’elles aient pour objet, que la nature a plus fait ici que l’art ; qu’il faut peu de depenses, & que ces dépenses soyent mieux employées que ci-devant.

Objet de représentation à faire

Disons avec confiance que notre Golfe sert de refuge au genre humain, contre les plus redoutables tempêtes ; mais qu’on ne peut y être à couvert de leurs terribles effets, que si notre Baye étoit fermée ainsi qu’elle l’étoit autrefois par une digue. Notre Baye superbe offre un asyle au Navigateur, dont il ne peut profiter par l’insouciance de l’ancien régime. Si, au contraire, elle étoit fermée, notre Port seroit vaste, commode au Commerce & à la Navigation ; il les protégeroit & contribueroit à la prospérité de la République.

Tous les Ports des autres Département obtiennent leurs demandes ; n’y auroit-il que nous qui en serions privés, avec d’excellentes idées ? Il faut nous entendre, Rochellois. J’y compte, & j’espère tout de la sagesse du Gouvernement.

Il est plus aisé d’obtenir d’urgentes réparations, qu’un ouvrage neuf, qu’une grande entreprise dans le moment présent.

Obtenons de notre Département, qu’il demandera à la Convention 300,000 l. d’avance pour fermer notre Baye, & 5 sous par tonneau d’imposition sur chaque bâtiment de mer qui fréquentera notre Port, pour payer de nouveaux Phares. L’imposition actuelle n’est que de deux sous, & dans moins de cinq ans, la Nation sera remboursée de ses avances. Les réparations des quais à la charge des propriétaires, ne coûteront rien à la République ; & tâchons sur-tout d’obtenir que le Génie soit mis à la tête de nos projets.

L’homme probe inspire la confiance

J’espère donc que notre patriotisme sentimental n’appelle que d’honnêtes gens au Club pour Président, pour Motionnaires, pour nous rendre heureux, pour repeupler la Ville. Nous ne voulons que des frères, des amis, point d’autres. Plus de gens suspects ; plus d’égoïstes, ni de ces gens à double face, dont la foi punique est une foi fausse. S’il en reste ici, qu’ils partent, ou qu’ils promettent à la Cité d’être des Alexandre Auffrédy, fondateur de notre Hôpital de la Charité. Mais s’ils sont soufferts par humanité pure, qu’ils cessent d’être audacieux, pleins d’orgueil.

Un Génie tutélaire plane sur nos têtes ; il met le bonheur dans nos mains. Le bonheur, dépend de notre parole d’honneur. Nous la donnons, nous la jurons ; qui nous empêche de la tenir ? la corruption des mœurs. Les hommes ne tiennent que par la parole, n’en abusons jamais.

Qu’il faut attendre le bonheur de la bonté des Loix

Enfin, l’abolition de la tyrannie de tous les despotes de l’univers, qui résulte de l’abolition de la Monarchie françoise, nous élèvera au-dessus des Grecs & des Romains, si nos Départemens adoptent la forme de Gouvernement républicain que la Convention nationale doit donner à l’empire françois, pour résister aux Puissances de la terre qui oppriment le genre humain.

Salut au Peuple, honneur a la Nation, gloire à la République françoise
.

Division du sujet en trois parties

C’est comme partisan de la République, Citoyens, que j’ai le bonheur de vous entretenir des besoins urgens de la Cité concernant notre Port.

J’ai appris que vous vous intéressiez pour l’important projet du canal de Niort : votre zèle est digne d’éloges. Mais les réparations à faire au Port sont urgentes & de première nécessité. Vous allez en juger, je vais vous dire librement ce que j’y aurois fait, ce qu’il s’y est fait, & ce qu’il y faut faire. Si vous adoptez cet écrit, qu’il soit communiqué à l’Administration, & qu’il parvienne, avec le Croquis de la Baye que j’ai fait au Citoyen Président de la Convention nationale, qui y fera droit. J’ai donc à vous dire, Citoyens, que pour l’utilité publique : 1°. voilà ce que j’ai fait ; 2°. voilà ce que l’on a fait ; 3° voila ce qu’il faut faire, c’est ce qui formera la division de mon discours. Je finirai par vous démontrer évidemment la nécessité de rétablir la digue. Ce monument de la persécution de la Rochelle, doit servir à son triomphe.

PREMIÈRE PARTIE

Voilà ce que j’ai fait

En 1759, ayant six ans de navigation, je fus commis à la place de Maître de Quai au Port & Havre de cette Ville, & pour les lestages & délestages des Bâtimens de mer, par Louis-Jean-Marie de Bourbon, ci-devant Amiral de France. Ma commission étoit entière & sans réserves ni restrictions. Je m’en suis démis, n’étant pas libre de l’exercer suivant la Loi. Je l’ai & je la garde malgré le robinocrate qui me la demandoit lâchement, pour publier ma défaite. Les revers de la fortune, Citoyens, n’ont pu ébranler mon courage : cela m’autorise à vous dire, que ce fût inutilement ici & à Paris, que j’ai proposé de faire observer ici une bonne police nautique.

Police Nautique – Rades

Je voulois l’établissement urgent & très-urgent de quelques Phares, suivant le gisement des perthuis Breton & d’Antioche seulement ; le perthuis de la ci-devant Amirauté de Seudre, dit Maumusson, n’en valoit pas la peine. Je demandois à poser deux feux à la tour des Baleines ou à la tour de Chassiron, pour guider sûrement les Batimens de mer pendant la nuit. Chaque perthuis, à l’entrée, n’a qu’un seul feu du même bord. Même route à faire pour y entrer, venant du large. Ils sont tous deux E. S. E. & O. N. O., nos perthuis. Mais les dangers différens, & différemment situés en l’un et l’autre, exigent une indication différente. Les Navigateurs, dans un temps obscur, ne voyant qu’un seul feu devant eux, ne savent lequel c’est. De leur incertitude, il résulte des erreurs de grande confluence s’il en fut : des échouemens, des naufrages, avec perte de corps & biens. Mais la robinocratie préféroit les naufrages complets aux échouemens. Les choses en sont donc là, même à présent.

Il y a un rocher à craindre entre la pointe de chef de Baye & la pointe de Chauveau, nommée Laverdin. Cet autre danger n’est plus indiqué ; il assèche rarement. C’est pourquoi on néglige de l’indiquer convenablement & mal-à-propos. Il est dommageable dans la navigation de nos rades. Je voulais y élever un fanal aux dépends du ci-devant Amiral. La royale bureaucratie s’y opposa. Je n’y ai établi qu’une balise sur deux meules ; cela ne suffit pas contre les abordages, ni la nuit.

Baye & avant-Port

Les vestiges de la digue, toujours subsistans, sont un autre danger dans notre avant-Port. J’y ai mis une balise de fer, que j’ai imaginée sur trois pieds relatifs au local. J’en fis poser huit autres pareilles le long du canal de l’avant-Port, avant l’entreprise des Ponts & Chaussées sur ce canal. Il n’y est plus besoin de tant de balises, vu les ouvrages qui y sont ; trois seulement, une sur la digue, & une sur chaque côté du canal. Les échouemens y sont fréquens & dangereux.

Havre & Quais, intervertissement de police

J’ai voulu rétablir, & non reconstruire à neuf, tous les quais & cales du Havre qui en avoient besoin : je pouvois le faire moi-même, ou le commander aux propriétaires, de par la Loi. Il y a plus de 20 ans que j’en fus venu à bout, s’il ne m’avoit fallu contester sur mon pouvoir contre le Tribunal qui vouloit le détruire, & qui devoit l’appuyer. J’en fus surpris ; mais je ne me serois jamais douté que l’on ait passé plus de 20 ans à reconstruire le Havre, & qu’on ait osé en chasser le Commerce par une reconstruction éternelle, sans la moindre opposition de l’Amirauté, sans quelques observations de la Chambre de Commerce.

Je voulois abolir les abus sur le lestage & sur le délestage ; réparer les bons & anciens carénages ; conserver l’ancien & suffisant Arsenal ; notre seconde & très-utile Place d’armes. Ils ont été sacrifiés.

Je voulois instituer les secours à donner sur Rades, d’où les Bêtimens viennent à la côte en perdition. J’eus des procès, des désagrémens, que je surmontai.

Enfin, je crus pouvoir faire observer les Loix par des autorités supérieures ; j’en fournissois mémoires & plans au ci-devant Procureur-Général de l’Amirauté de France, &. au Secrétaire-Général de la Marine, mais inutilement, L’intervertissement étoit monté ici au plus haut période, parce que je jouissois de la confiance du ci-devant Amiral.

Ce ci-devant Prince m’envoya à sa place visiter la Rivière de Seudre, pour s’assurer de la prévarication de ses Officiers à Marennes, sur un délestage contraire a l’ordre public, & préjudiciable à la vie même des délesteurs. Je fus seul en cette Rivière, & j’y dressai un plan & un mémoire qui constatent que le délestage innové vers Marennes provenoit de jalousie de commerce, pour attirer celui de la Tremblade à Marennes, & par abus d’autorité ; que les dépôts de lests sur le rivage de ce dernier lieu préjudicioient à la Rivière de Seudre, & que le délesteur nommé Descendrir, père de 7 enfans, s’étoit noyé en allant à ce nouveau dépôt. Mais ces petits Officiers eurent l’impudence de proposer au grand Amiral de payer le retour de l’ordre dans leur Rivière à ses propres dépens, & l’effronterie de vouloir que ce fut des deniers de l’Etat, qu’il seroit fait, chez eux, un canal pour recevoir les lests.

Faux système de Police

Notre Police marine n’étoit pas meilleure, Citoyens, à cause d’un Commentaire nouveau sur l’Ordonnance de la Marine, dédié au ci-devant Amiral. On appella ce Commentaire l’Ordonnance de la Rochelle. La Loi est un chef-d’œuvre de jurisprudence. La glose n’a que l’objet d’étendre la compétence des Tribunaux subalternes, en énervant le texte. Je mis sous les yeux de l’Amiral tout l’insidieux en ce qui me concernoit, comme Maître de Quai. Il fit afficher sur le Quai la turpitude des Officiers de l’Amirauté de cette Ville, sur mon indication des places à Quai, leur ayant inutilement fait publier, audience tenante, leur déni de justice sur le lestage & le délestage. Alors, comblé d’éloges & accablé de disgraces, je donnai ma démission, contre l’avis de mes protecteurs, trop loin de moi.

Proposition de relever la Digue

On crut sans doute m’en procurer l’occasion dès le commencement des travaux des Ponts & Chaussées ; mais je n’y pouvois rien, & l’Amiral ne voulut point s’en mêler.

Opinion sur le corps des Ponts & Chaussées

J’écrivis à l’Inspecteur-général des Ponts & Chaussées, à Paris, sur la nécessité de relever la Digue pour la conservation de ses travaux, mais plus essentiellement encore pour l’utilité du pays. Il en adopta le projet. Mais je ne réfléchissois pas que la Digue à relever feroit non-seulement un boulevard contre l’Océan, mais une ligne de fortification sur nos frontières, que les Ponts & Chaussées ne doivent pas tracer. Quoiqu’il en soit, ils s’immissent à d’autres Ports, peut-être, comme au nôtre ; il est temps d’examiner leurs travaux ici.

SECONDE PARTIE

Voilà ce que l’on a fait

Le Corps des Ponts & Chaussées ici ne s’est occupé ni de Phares, ni de Balises, ni de la Digue. Il n’a fait ni l’enlèvement des Vases, ni le recurement du Havre qu’on lui demandoit, ni de légères réparations qui étoient tout ce qu’il falloit. Il a entrepris beaucoup d’autres ouvrages qu’on ne lui demandoit pas. Ne sachant comment s’y prendre pour le recurement du Havre, il construisit, à grands frais, un Bâtiment grand & carré, & une grande quantité de Gabares. Le grand Bâtiment étoit peut - être propre à l’enlèvement des vases dans les Ports d’où la mer ne se retire pas. Il pouvoit peut-être servir au recurement du Havre. Toutes ses dépendances arrivèrent pompeusement de Brest ; mais cela ne devoit pas servir, & on ne s’en doutoit pas ! Tout l’attirail fut vendu à vil prix : j’en excepte les Gabares. On s’appercut trop tard qu’elles étoient suffisantes, parce que l’on vit que notre Port assèche deux fois par 24 heures, comme tous les Ports de marée. On vit, enfin, que l’on n’auroit pas dû faire.les frais de la grande curemolle, en ayant assez de petites. Quel début !

Je sais comme l’on a répondu au Citoyen Procureur-Syndic du District, par rapport aux grands chemins ; j’attends que l’on me réponde aussi sur ce que j’ai à dire sur le Port, & je poursuis.

Entraves au Commerce par intervertissement de l’ordre dans le Port

Depuis l’entreprise du grand Bâtiment inutile, je dis que les Ponts & Chaussées ont fait presque par-tout ici les plus mauvais ouvrages, les plus niais, les plus dispendieux. Dans notre Havre, trop petit & qu’ils veulent agrandir, ils y ont retranché le canal de Maubec. C’étoit quasi couper le Havre en deux ; mais c’étoit nuire siemment à sa fréquentation. Les bâtimens sortoient tout chargés de ce canal pour mettre à la voile, parce qu’il y avoit plus d’eau au canal qu’aux Quais du Havre. Plus, le canal de Maubec étoit bordé de magasins bien mieux que les Quais du Havre. Enfin, l’on ne nous privoit de Maubec, que pour placer une Ecluse de parade, mais de nouvelle fabrique, sous prétexte de chasser les vases. Les Gabares lui sont préférées. Le dirois-je ? Oui ; il faudra peut-être démolir cette Ecluse ; je ne tarderai pas à expliquer pourquoi.

Havre

On a entrepris au Havre un bassin de carénage trop creux, excessivement creux, en supprimant presque tous les Quais de la petite Rive, servant pour décharger les Navires de ce coté ; en sacrifiant totalement les bons & anciens carénages, la fosse aux mâts, grand nombre de maisons de valeur & l’Arsenal. Mais lorsqu’il fera fini, ce Bassin, ce ne sera toujours qu’un Bassin qui ne dédommagera jamais de tant de sacrifices. Il est fait contre nature, & il n’a pas le sens commun, ce Bassin-là. J’en donnerai les raisons.

Quais du Havre. La mer peut y incendier le Port

Les Quais & Cales de la petite Rive, qui ne sont pas démolis ; sont couverts de pierres de taille, de machines & d’Ouvriers depuis long-temps. Il le faut bien ; il faut un Chantier. Mais les Barques chargées de chaux n’ont que cette place, Elles sont devant l’écluse qui peut les chavirer. Elles ne peuvent décharger leur chaux qu’entre-mêlées de Barques chargées de bois à brûler. Enfin, elles sont en risque d’incendier le Port, faute de place à quai, lorsque la mer couvre leur pont, avant qu’elles puissent flotter, ayant la bande au large.

Bassin de Carénage

On a placé le Bassin de carénage dans le Havre, à contre-sens. Sa place naturelle étoit sous la Digue relevée à cet effet. Il y a là plus d’eau, point de terres à enlever ; point de maisons à renverser, d’anciens carénages à détruire, d’Arsenal à acheter, ni de Place d’armes à perdre. Faire un Bassin, un seul Bassin à si grands frais ! On ne sauroit trop ici détester l’ancien régime. C’est désolant : il ne monte que 14 & 13. pieds d’eau, en grandes Malines, entre les Tours à l’entrée du Havre ; on en veut 18 au Bassin. Quelle surface de vases à enlever ! Ce n’est pas avec la nouvelle Ecluse que l’on donnera 4 à 5 pieds de profondeur de plus aux passages des Navires pour les rendre au Bassin. C’est en creusant le Havre par-tout, en l’élargissant de 60 pieds du coté de la Grand’rive, en continuant a en jeter les maisons à bas ; une grande partie des maisons de la Bourserie, & plusieurs du Canton de St.-Jean Je les indique sur le Croquis que je joins à cette Adresse. C’est ainsi, Citoyens, qu’après avoir dévasté la ci-devant Paroisse de Saint-Nicolas, on mettra tout en ruines vers l’Oratoire de Saint-Jean, que l’on grandira le Havre, suivant le plan des Ponts & Chaussées, que j’ai, & que l’on en fera passer l’entreprise inique à la postérité.

Après avoir fait enchérir le loyer des maisons, chassé les Navires du Port, on nous chasseroit de la Ville, si nous voulions le souffrir. Il faut nous y opposer promptement, faire servir les choses telles qu’elles sont, les finir, les réparer avec prudence. Craignons le fort de Brouage & de Coup-de-Vagues, comblés par les vases ; craignons la catastrophe des autres Ports près de nous, qui ont été engloutis par la mer, parce que de petites âmes & des génies étroits les ont abandonnés. Tel a été le Port de Châtelaillon & sa Ville, dont les vestiges sont près de nous : ses habitans se retirèrent à la Rochelle, après avoir donné retraite à ceux de la Ville & du Port de Monmeillan, qui avoient disparus avant. Je ne suis donc pas surpris si la crainte de l’égoïste lui fait abandonner ses Lares. Que ce défaut d’énergie, Citoyens, raffermisse notre courage, & servons-nous de ce que nous avons, en le rétablissant, en le réformant.

Voilà ce qui manque au Bassin. Des Portes, des Magasins, des Cabanes, pour travailler à couvert au radoub et a la garniture. Une fosse aux mats, des Corps morts sur les Quais pour l’abatage des Navires, avec des cabestans, ou des pontons à acheter ou à construire. Pas plus de cales ici qu’ailleurs ; il faudra démolir l’ouvrage pour en faire. Point de boucles d’amarages, mais des niches ! c’est du nouveau, mais de l’inserviable. Tout cela à refaire ! Ne valoit-il pas mieux s’en enquérir, ou nous laisser nos anciens carénages pour les petits Navires, & construire ce Bassin sous la Digue pour les Vaisseaux ?

Nouvelle Écluse

La nouvelle Écluse nous a donc procuré un Arsenal magnifique & de décoration dont nous aurions bien pu nous passer, si nous avions eu des Citoyens, des Patriotes tels qu’aujourd’hui. De quel œil voit-on que l’on ait établi un pont à demeure contraire au service du nouvel Arsenal, & joignant le double pont-levis fait exprès pour la communication du Canal de Maubec ? De quel œil ? mais du même que l’on voit cette Écluse, dite à double chasse, pour chasser les vases d’ici, qui, comme les mouches, reviennent sans pudeur !

Vers 1727, il y a voit 11 pieds d’eau au goulet ; j’en ai vu 6. Je le vois presque comblé aujourd’hui par la nouvelle Écluse qui y a formé un banc qui s’étend dans la Canal, à l’aide du varech dont je viens de parler, qu’il faut arracher de là.

De ce que je viens de dire, il résulte que les sédimens de la mer en exhaussent les fonds peu-à-peu dans notre Baye & par-tout. Or, la mer nous invite à nous approcher d’elle lorsqu’elle s’éloigne de nous ; & la nature veut que l’on soit docile à ses leçons. Ainsi la Digue que je propose avant toutes choses ici, doit venir à l’appui de mon raisonnement, même pour nettoyer le Canal de l’avant-Port, bien autrement que la nouvelle Écluse. Notez encore que la Rochelle fut bâtie vers la Roche-d’Elle, où se trouve aujourd’hui la Paroisse de Notre-Dame de Cougnes, sur le terrain le plus élevé, mais qui va en pente vers la mer, suivant la tradition de nos pères.

Vive l’intention du Canal de Niort, sans doute, mais pensons qu’il ne peut avoir lieu qu’en renversant, de fond en comble, le pont fixe qui supporte la nouvelle Écluse, et cette Écluse même, si nous voulons que les bateaux chargés de bled viennent déposer leurs cargaisons dans nos Magasins par le Havre. Si nous considérons que nos perthuis, qui sont des canaux naturels tous faits & précieux ; & que nos Quais, enfin, doivent nous faciliter le Commerce de l’intérieur & le Commerce de l’extérieur ; car c’est sur des Quais que doivent décharger & charger toutes les denrées & tous les comestibles ; j’ajoute même que le prix du bled doit s’y faire. D’après ces considérations, de la plus grande importance, sans négliger l’indispensable entreprise du Canal de Niort, donnons nos premiers soins au plus pressant ; le rétablissement du Port par le relèvement de la Digue.

J’ai dit ce qu’on a fait inutilement en notre Port pour y attirer le Commerce maritime, que l’on a éloigné. Voyons ce qu’il convient de faire pour l’y appeller.

TROISIÈME PARTIE

Voilà ce qu’il faut faire - Phares

Poser des feux nouveaux à l’entrée du perthuis Breton. Ce perthuis dangereux est le plus pratiqué. Je ne vois rien à faire de bien solide au perthuis de Maumusson, parce qu’il est presque comblé de sables. Il est donc essentiel de ne s’occuper que du perthuis Breton & du perthuis d’Antioche, qui n’ont qu’un seul feu chacun. Il en faut trois à l’entrée de Breton. Les vents du large forcent le Navigateur de hanter notre côte du N. O. aux atterrages, ils battent en côte. On ne voit qu’un seul feu pendant la nuit ou par la brume, les dangers sont doubles à l’entrée de Breton, & l’on est devant Antioche, je suppose. Ne voyant donc qu’une seule indication, & ne sachant laquelle c’est, je ne crois pas devoir insister sur la nécessité de mettre une différence dans l’indication de l’un & l’autre perthuis pour prévenir des erreurs de la plus grande conséquence, c’est à la portée de tout le monde.

Perthuis Breton

I. Je demande qu’il soit posé un second feu sur le rocher des Baleines, parce que ce danger s’étend à deux tiers de lieue au-delà du phare, sur la route d’un Navigateur. Qu’il soit donc posé un autre feu sur la Côte du Poitou. Il y a là deux autres dangers à cette entrée de Breton : un rocher à la pointe du Grouin, & un autre rocher à la pointe de la Tranche. Ce double danger s’étend à une demi-lieue sur la route du Navigateur, sous le vent à lui, avec les vents du large qui battent en côte. Cette entrée de Breton, ainsi disposée, on y jugera la mi-canal, elle ne sera plus confondue avec la route à tenir pour entrer par Antioches.

Perthuis d’Antioches

1°. Je demande un feu sur les rochers d’Antioches ; il n’y en a pas, & ils sont dans le Canal, à distance d’Oléron. Le feu à l’entrée de ce perthuis est à la Tour de Chassiron, au pied de la falaise, ainsi que le feu de la Tour des Baleines. Ces deux phares n’indiquent que des dangers fort loin d’eux, & qui s’étendent dans l’Océan ; ce n’est pas des terres élevées hors de la surface de la mer qu’il faut se défier, mais des dangers qui sont sous l’eau. Il y a plus que les aboyemens de Charybde en Scvlla, pour ceux qui ont le malheur de se trouver entre les Antioches & la côte d’Oléron avec des vents du large. Comme il s’y perd beaucoup de Navires, je demande donc un fanal sur les rochers d’Antioches.

Rade de chef Je Baye

III. Il faut au moins un fanal sur le rocher de Laverdin. C’est un rocher sous l’eau bien dangereux au Navigateur qui fuit devant le vent, ou qui fait route sur Rade par Antioches ou par Breton.

Imposition proposable

Je sais que j’impose le Navigateur en augmentant les feux : mais je connois son zèle, & je suis sûr qu’il bénira la République, en les payant pour sa sûreté personnelle & la prospérité de l’Etat. Il paie les feux fort chers en Angleterre, sans murmure, & avec plaisir même. Les côtes y sont saines cependant, & les nôtres ne le sont pas. Mais tout ce qui me reste à dire pour nous procurer promptement de bonnes affaires, ne peut qu’être accueilli par les Citoyens de l’un où de l’autre hémisphère. Les avenues des Villes, les rues, les fenêtres sont éclairées avec profusion pour guider nos pas dans la carrière.des plaisirs, lors des réjouissances publiques, rien ne coûte ; & il a fallu de l’épargne de la mesquinerie, que dis-je ? on a appréhendé jusqu’à ce jour la dépense pour assurer la route de l’un des plus hardis, des plus laborieux, des plus infatigables artisans de la félicité publique, du Navigateur François, enfin, au milieu des écueils & environné des ombres de la mort. O temps ! ô meurs !

IV. Rétablir la Digue. J’en fais un article exprès, parce qu’il faut s’en occuper d’abord.

V. Rectifier les Garanties de construction. Je me réfère à ce que j’en ai dit

VI. Rectiffier la Jettée. Je me réfère à ce que j’en ai dit.

VII. Tirer le meilleur parti possible du Bassin de carénage pour s’en servir.

VIII. Arrêter la démolition projettée des maisons, & faire réparer suivant la Loi.

IX. Suspendre l’entreprise d’un réservoir d’eau, plus considérable que celui qui sert au jeu de la nouvelle Écluse, si ce projet existe encore.

X. Poser trois balises dans l’avant-port. De huit que j’y ai fait faire en fer, il doit en rester quelques-unes.

XI. Prendre l’avis des Marins, & le proposer au Génie pour opérer tout de suite avec lui ou sans lui.

Rétablissement de la Police.

XII. Faire un bon Règlement sur la Police nautique. Celui du 30 Juin. 1676, particulier au Port de cette Ville, & l’Ordonnance de la Marine, du mois d’Août 1681, sont utiles. Ces Loix sont tombées en désuétude, mais d’excellens documens à consulter. Ce Règlement, sur toutes les parties locales que j’ai décrites dans mon Esquisse du Golfe Rochellois ci-jointe, doit comprendre :

  1. Le pouvoir substitué au Maître de Quai.
  2. Les Pilotes lamaneurs.
  3. Le Receveur des droits à imputer pour les feux, & autres droits maritimes. relatifs à la police des Rades, Côtes, Rivages de la mer & du Port par allegence au trésor public.
  4. Les Courtiers de Marine & interprètes dans le Port.
  5. Les Chirurgiens & Apothicaires pour l’examen des médicamens qui embarquent pour les équipages des Navires, &. pour la visite des corps noyés d’eau de mer, ou tués dans les batimens.
  6. Les Jaugeurs des Navires.
  7. Les Lesteurs & délesteurs.
  8. Les Arimeurs
  9. Les compteurs de morues.
  10. Les Constructeurs, Charpentiers, Calfats & Perceurs pour les Navires.
  11. Les Gardiens des plages, pour mettre à l’abri des flots tout ce que la mer jette en épave.
  12. L’établissement d’un Comité permanent, composé de Marins, de Négocians, d’Ingénieurs, de gens de loix, mais sur toutes choses de bons patriotes.

Avantage de notre Golfe Rochellois

A combien de Bordelois & de Nantois, de Navires du Levant & du Ponant, venant des Colonies Françojses, ne fûtes-vous pas secourables, Citoyens, en 1782, par la situation avantageuse de la Rochelle ? Faut-il que je rappelle au Commerce ici cette forêt de mâts sur Rade, cette aftluence de Navires au Port qui remplissoient le Golfe ? Coup-d’œil ravissant ! Toute la Ville l’admira, chacun y fit ses affaires. « La guerre en fut cause, dit-on ? » Non, non, Citoyens ; l’abri de votre Port, le danger des autres, votre probité, votre capacité, fixèrent ici le sort des voyages. Tous ces Navires chargés de sucre, de café, de coton, d’indigo, de morfil, de piastres, déchargèrent ici par préférence. Vous y vendîtes tout, Navires & cargaisons. Quels mouvemens ! quels profits ! C’est depuis cette époque remarquable, que nous avons des chaloupes de Pilotes qui vont au-devant des Navires, « Mais tout est en combustion dans nos Antilles..... Les temps sont changés. » - Oui, mais nos cœurs le sont-ils ? Je répondrois à cela, mais je passerois les bontés que je me suis prescrites. Je me borne à vous dire que de tous temps, Citoyens, notre Golfe a servi de rendez-vous aux Flottes & aux Armées navales. C’est le nouveau spectacle que j’offre aux regards du Peuple. Il faut des spectacles au Peuple. Qu’on nous donne des spectacles & du pain, disoit le Peuple Romain. Surpassons le civisme de Rome en relevant la Digue. La pompe & la solemnité de nos fêtes civiques sont utiles & de circonstance. Mais, ne prenons pas le signe pour la chose, le Bonnet de la liberté pour la Liberté même. La couleur de sang n’est pas la banière Françoise : le Peuple arborera le Pavillon national sur la Digue ; elle sera pour lui le théâtre d’un vrai patriotisme. Il y bravera les tempêtes ; il y affrontera l’ennemi. Et, y ayant vaincu le préjugé sur la difficulté du Port, le lâche aristocrate y applaudira malgré lui.

Régénération de la Rochelle

La Digue refaite, aura une ouverture au goulet, qui sera indiquée à babord par une Tour & un Feu, à cause des vents d’aval, qui sont les plus fréquens & les plus forts. L’ouverture doit être suffisante pour l’evitage des Vaisseaux. Quelqu’agitation qu’ait la mer, & quelqu’impétuosité qu’ayent les vents hors la Digue, la mer sera calme en-dedans comme dans un Bassin. Mais non pas au passage des Bâtimens ; le Courant y sera rapide, par la masse du fluide qui s’y trouvera poussée et resserrée. Il n’y agira néanmoins avec force, que sur le banc de vases que la nouvelle ecluse a formé, & qu’il étendra dans le canal de l’avant-Port, d’où les Gabariers l’enlèveront.

Tous les Navires & gens de mer ainsi abrités dans l’un des plus beaux, des plus vastes Ports de notre République, lui devront tous les soulagemens si désirables par les grandes fatigues de la mer. Et les pauvres Marins échappés du naufrage, y jouiront de la tranquillité dont ils ont il grand besoin, & qui est vraiment due à leur courage.

Je dis enfin, que mon projet est bon, utile & naturel, il ne doit éprouver aucune contradiction ni retardement ; il favorise tout : il n’est ni coûteux, ni difficile, ni impossible. Si l’ennemi de l’EGALITE & de la LIBERTE put l’exécuter sous le canon Rochellois, réclamons LES DROITS DE L’HOMME ET DU CITOYEN, pour en venir à notre honneur.

Rochellois, mes Concitoyens, nommez votre Côte ci-devant des Minimes, COTE DE LA LIBERTE, votre Côte de Chef-de-Bave COTE DE L’EGALITE, & votre avant-Port, PORT DE SALUT, car vous êtes ENFANS DE LA PATRIE.

Signé, GANET, père.

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