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1792 - Courrier d’une citoyenne de Cognac dans la Feuille Villageoise

D 20 janvier 2008     H 03:13     A Pierre     C 0 messages A 772 LECTURES


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... si le ciel n’a pas donné à nos bras la force de supporter le poids des armes, il a au moins mis le courage dans nos cœurs, et nous saurons, comme eux, vivre libres, ou mourir…
Une lettre enflammée d’une lectrice, citoyenne de Cognac, dans la Feuille Villageoise.

Source : La Feuille villageoise adressée, chaque semaine, a tous les villages de la France, pour les instruire des Lois, des Evènemens, des Découvertes qui intéressent tout Citoyen – Paris – 1792 – Books Google

Aux Auteurs de la Feuille Villageoise

Cognac, département de la Charente, le 24 juillet 1792, l’an 4 de la liberté

J’avois appris, messieurs, avec la plus grande peine, ainsi que tous les bons citoyens, que la Feuille Villageoise ne seroit plus rédigée par vous, ni avec le bon esprit et le patriotisme que vous savez si bien inspirer aux cultivateurs ; j’en étois d’autant plus fâchée que votre feuille possédant au plus haut degré la confiance des campagnes, il auroit été facile, sous son nom, de faire circuler le poison parmi les bons villageois, dont l’âme pure et sans art auroit été loin d’imaginer un semblable artifice. La ruse étoit adroite pour égarer nos campagnes, dont on ne peut venir à bout autrement ; heureusement elle a échoué comme mille autres, et nous aurons encore les successeurs de Cérutti pour instituteurs de nos villages. Malgré les efforts de ses détracteurs, la feuille de MM GROUVELLE ef GINGUENÉ sera toujours la véritable Feuille Villageoise. Permettez-moi, messieurs, de vous en témoigner ma joie. Elle est partagée par tous ceux qui s’Intéressent aux progrès des lumières et du patriotisme.

Vous aviez promis de consacrer de temps en temps quelques pages de votre feuille à l’instruction ou à l’amusement des femmes et des sœurs de vos abonnés. Je vous envoie un discours adressé par une jeune demoiselle de Cognac à ses compatriotes ; elle est bien loin de se flatter qu’il mérite une place dans la Feuille Villageoise. Elle vous en laisse les juges et sera toujours, messieurs, votre très humble et très obéissante servante.

MARTHE LE COQ, sœur de M. le Coq officier municipal à Cognac, votre abonné.

Note des Auteurs. Notre feuille ne suffiroit pas à recueillir, même par extrait, les lettres encourageantes et flatteuses que nous recevons en ce moment de toutes parts. Le discours joint à celle ci nous engage à faire une exception pour elle La multitude d’objets dont nous devons nous occuper et d’événemens qui se succèdent, nous empêche depuis longtemps de remplir la promesse que rappelle notre jeune et sans doute très aimable correspondante, mais nous avons toujours désiré que la Feuille Villageoise, en instruisant et en amusant nos souscripteurs, ne fût inutile ni à l’instruction, ni à l’amusement de leurs sœurs et de leurs femmes. Destinée à fournir aux familles une lecture commune, comment n’ambitionneroit-elle pas le suffrage de la partie la plus intéressante des familles ?

Nous ne prenons point le change. Nous voyons bien que cette jeune demoiselle de Cognac, dont mademoiselle le Coq paroît se rendre l’interprète, n’est autre qu’elle-même. En nous permettant de publier son discours patriotique, elle nous offre un sûr moyen d’intéresser à la fois et son sexe et le nôtre.

Aux femmes patriotes

CITOYENNES, au cri du danger de la patrie, non avons vu tous les Français faire éclater leur généreux courage : nous les voyons accourir à la fois de tous les points de l’empire, se porter où les dangers sont les plus grands, et montrer l’accord imposant d’un peuple déterminé quoi qu’il arrive, à ne pas transiger sur ses droits. On diroit que le Génie de la Liberté planant sur les champs de la France, a embrasé tous les cœurs de son feu céleste : il n’est plus deux pensées pour un français : il n’en est qu’une, c’est de sauver la patrie….

Et nous, Françaises, nous, témoins de ces élans des âmes généreuses, languirions-nous dans une froide apathie ? Non : nous avons aussi ressenti l’étincelle de ce feu sacré du patriotisme : il faut que les citoyens le sachent ; si le ciel n’a pas donné à nos bras la force de supporter le poids des armes, il a au moins mis le courage dans nos cœurs, et nous saurons, comme eux, vivre libres, ou mourir…

Mais ce n est pas encore le sacrifice de notre vie que la patrie nous demande, il en est d’autre plus pénibles peut être et plus douloureux. Ce sont ceux des sentimens les plus chers de la nature. Hélas ! en voyant un fils chéri, de tendres frères, de fidèles époux courir et s’exposer à des dangers si grands, quelle femme sensible ne sent pas son cœur se glacer d’un froid mortel, son courage s’affoiblir, et ses larmes couler ? Françaises dignes de ce beau nom, sachez vous priver de vos larmes ; étouffez dans le fond de vos cœurs vos soupirs qui s’échapent ; ne faites entendre à vos fils, à vos frères, à vos époux, que des conseils et des leçons de ce même courage qui vous fera frémir cent fois pour leurs jours. O saint amour de la patrie ! je reconnois là tes effets ! tels ils furent dans les beaux jours de la Grèce et de Rome. Rappelez-vous ce trait d une Spartiate. Elle demande à un messager des nouvelles du combat : Vos trois fils ont été tués, répond il - Vil esclave, ce n’est pas ce que je te demande ; les Lacédémoniens sont ils vainqueurs ? – Oui - II suffit : allons remercier les dieux.

Ne croyez cependant pas, citoyennes, que je vous propose pour exemple ce trait, plutôt digne d’une peuplade encore sauvage, que d’un peuple vraiment digne de la liberté. Non, la révolution française, en agrandisant, en fortifiant notre âme, ne l’a point dépouillée de cette sensibilité, le plus précieux don que lui ait fait l’auteur de la nature. Non, le patriotisme ne défend pas de sentir le prix des douloureux sacrifices qu’il exige ; mais il les fait faire quoi qu’il en coûte. O mes chères compagnes, surmontons toute foiblesse au moment du danger de la patrie ! Montrons-nous dignes du beau nom de citoyennes que nous portons ; et glorieuses d’appartenir à de bons patriotes, enflammons encore, s’il est possible, par notre exemple, le courage ardent dont ils sont animés.

Et vous, femmes malheureuses, qui avez la douleur de voir des préjugés absurdes et féroces entraîner dans un parti criminel des hommes qui vous sont chers, employez, s’il en est temps encore, employez auprès d’eux cette éloquence tendre qui entraîne le cœur ; que la persuasion soit sur vos lèvres : qu’elle coule doucement dans leur âme à leur insu ; qu’elle y insinue les sentimens de justice, de fraternité, d’égalité, sources pures des jouissances les plus douces. Ah ! s’il est vrai, comme le dit un auteur célèbre, que c’est avec des armes délicates que les femmes savent manier un cœur malade, c’est à vous d’adoucir les plaies cruelles que l’orgueil et l’égoïsme ont faites à leurs cœurs. C’est à vous de rendre à la patrie des enfans dénaturés et coupables.

Citoyennes, amies de la paix, non de celle qui ne croit qu’un esclavage déguisé sous ce beau nom, (plutôt, plutôt cent fois la guerre la plus cruelle !) mais de cette fille du ciel dont l abondance et la joie sont les compagnes inséparables ; puissions-nous voir bientôt le jour où son retour désiré fera de la France un séjour de bonheur et de délices ! En attendant, c’est à nous, c’est aux femmes que sera confié le dépôt de ces mœurs douces et paisibles, dont l’image seroit bientôt effacée parmi le fracas des armes et dans le tumulte des camps. Tandis que nos généreux défenseurs iront exposer leur tête aux coups de l’ennemi, notre reconnoissance et nos vœux les suivront : élevant au ciel des mains pures, nous intéresserons à la cause de la liberté et de l’égalité, le grand être qui fit tous les hommes égaux et libres.

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