Histoire Passion - Saintonge Aunis Angoumois

Accueil > Chronologie de l’histoire locale > La Rvolution et l’Empire > 1789 - 1799 - La Rvolution Franaise > 1792 - 1795 La Convention et la Terreur > 1795 - Saintes : Nuit du 4 brumaire an IV (25 octobre) : Barre s’vade de l’Abbaye a

1795 - Saintes : Nuit du 4 brumaire an IV (25 octobre) : Barre s’vade de l’Abbaye aux Dames

mardi 1er mars 2011, par Christian, 1068 visites.

Les administrateurs du district de Saintes informent le Conseil que Barre, dtenu dans cette commune, a profit d’une nuit obscure pour chapper de sa prison ; en sautant par une fentre, il est tomb dans un enclos o l’on n’a pu le retrouver. On est maintenant sa poursuite ; on a transmis son signalement aux diffrents corps de gendarmerie. (Gazette nationale, sance du Conseil des Cinq Cents du 12 brumaire an IV - 3 novembre 1795)

Aprs Robespierre le 9 thermidor, c’est le tour de Barre, de Collot d’Herbois et de Billaud-Varenne d’tre dcrts d’accusation, le 22 mars 1795. la suite de l’insurrection du 12 germinal (1er avril), la Convention interrompt leur procs et dcide qu’ils seront dports en Guyane sans jugement. Manquant de peu d’tre charps dans Paris, les voici embarqus chacun dans une berline pour l’le d’Olron, d’o des bateaux spars doivent les emmener Cayenne. chaque ville traverse, ils craignent le lynchage.

Des Mmoires de Bertrand Barre, rdigs la fin de sa vie et publis aprs sa mort (1841), nous extrayons le rcit de ce trajet, de ses prisons, puis de sa fuite vers Bordeaux, o il se cachera jusqu’en 1799. On constatera un certain nombre d’inexactitudes de dtail mais ces quelques pages donnent une ide du climat qui pouvait rgner en Saintonge la fin de la Convention : l’opinion y semble plus incertaine ou plus attentiste, et les racteurs moins virulents qu’ailleurs, en particulier qu’aux marges de la Vende. D’autre part, on voit se croiser Saintes Pyrnens fidles, Anglais forcment perfides et lus plus ou moins bien disposs l’gard de l’ancien rapporteur du Comit de salut public la Convention.

Source : Mmoires de Barre, publis par Hippolyte Carnot et David d’Angers, t. III, 1843, p. 18-54.

Nous avions remarqu devant nous, depuis Orlans, un petit homme brun, figure svre et dcide, qui allait franc trier, et qui ne nous prcdait jamais que d’une poste. Il tait remarquable par son costume : redingote gristre et bonnet de poil. Il s’arrtait pour parler tous les matres de poste et aux habitants qu’il rencontrait. Nous nous tonnmes d’abord de trouver dans chaque ville ou gros bourg une espce d’attroupement tout organis pour notre rception. Ces attroupements taient tantt bruyants de curiosit seulement, et tantt injurieux contre nous nominativement. Nous souponnmes que ce coureur franc trier tait le propagateur de ces meutes sur notre route.

L’officier conducteur, en approchant de Poitiers, demanda un matre de poste ce que lui avait dit le coureur franc trier. – Il nous a dit que les reprsentants dports Cayenne arrivaient, qu’ils avaient manqu d’tre assassins Paris, Orlans et Tours, et qu’ils emportaient beaucoup d’argent pris au trsor public. – C’tait bien le moyen d’exciter les mauvaises passions d’un peuple malheureux et sortant d’un hiver terrible et prolong, sans travail et sans pain. Ce coureur nous prcda jusqu’ la Rochelle ; digne messager de l’aristocratie ractionnaire.

En arrivant chaque relais, nous trouvions des attroupements plus ou moins grands, plus ou moins malveillants, selon l’esprit qui rgnait dans la localit ; c’tait l’ouvrage du coureur qui, heureusement pour nous, n’entra point dans la ville de Poitiers, parce que la poste relaye sur la route au bas de la ville. Messieurs les Poitevins, avertis trop tard sans doute de notre passage, descendaient des hauteurs de leur cit, quand nous partions. Tout ce voisinage de la Vende ne pouvait pas nous tre bien favorable.

Nous voil donc sur la route de Niort. Arrivs le soir dans une mchante petite ville qui est deux ou trois lieues de Niort, nous y fmes assez bien accueillis. Un commissaire des guerres, dont je regrette d’avoir oubli le nom, tait dans la mme auberge. Il vint nous embrasser, prendre part nos malheurs, et nous offrir tous les services qui pouvaient dpendre de lui. Il demanda souper avec nous, ce que nos conducteurs virent avec plaisir, car ils s’intressaient vraiment nous ; ils se conduisaient plutt en compagnons de voyage qu’en gardiens.

Nous voil table : c’tait, depuis notre dpart oblig de Paris, le premier repas que nous prenions un peu gaiement, et cela grce au commissaire des guerres, excellent patriote, qui nous disait toujours : cette raction ne peut pas durer. Il y a en France trop de principes de libert publique, un trop grand besoin de rgularisations politiques pour que nous puissions vivre longtemps dans une anarchie aussi dplorable et aussi passionne.

Il se trompait sur le caractre national : il n’y a pas de situation, pas de forme politique qui ne dure en France, tant qu’elle a la force de son institution. Les abus mmes y sont toujours en pleine vigueur, ils y sont clbrs, lous comme utiles et honorables, jusqu’ ce que, devenant excessifs, ils tombent. Ainsi, ce n’est point par l’effet des lumires, ce n’est point par la vertu publique, que les abus ou les excs sont renverss ou dtruits ; mais bien par leurs propres vices, ou par la lassitude qu’ils font prouver. En France, le mauvais ne tombe pas parce qu’il est mauvais, mais bien parce qu’il est us.

Notre repas fut termin par ce toast : Vive la France, vive la libert. Aprs le souper, le commissaire des guerres, qui venait de Niort, nous apprit qu’un assez grand nombre de malveillants nous attendaient au passage, et qu’il tait essentiel d’viter de relayer la poste de cette ville, pour ne pas leur donner le temps de nous insulter. — Mais comment donc l’viter ? demandmes-nous. — J’ai organis, nous dit-il, les moyens. Les voici : j’ai ici plusieurs quipages bien monts ; comme commissaire des guerres, je vais avertir les hommes du train d’artillerie ; nous aurons de bons chevaux pour les trois voitures. Ils partiront d’ici en doublant la poste, je me charge du choix des conducteurs. Veuillez vous en reposer entirement sur moi.

Nous nous sparmes jusqu’au lendemain six heures du matin, aprs l’avoir bien remerci. En effet, de trs-bonne heure nos voitures furent atteles, et en peu de temps nous tournmes la ville de Niort, aux cris rpts de messieurs les Niortains : Arrte ! arrte ! Les postillons avaient le mot d’ordre. Ils allrent plus vite et nous ne fmes que poursuivis toutes jambes par des forcens qui auraient t bien mieux placs dans les rangs des Vendens.

Avant d’arriver La Rochelle, nous fmes forcs d’attendre le retour des chevaux de la poste ; les voitures stationnrent devant l’glise de je ne sais quel bourg. On sortait de vpres, c’tait pendant les ftes de Pques [Pques tombait le 5 avril en 1795], la multitude s’attroupa autour de nous, en voyant des gendarmes conduisant des prisonniers d’tat l’le d’Olron ; c’est ainsi qu’un des habitants nous annona. Cependant cet attroupement n’avait d’autre caractre qu’une imptuosit curieuse, rien de malveillant, rien d’injurieux. Au bout d’un gros quart d’heure, je vois venir un homme d’un certain ge et un jeune homme qui traversaient cette foule, et qui venaient vers les voitures stationnes, en disant avec un empressement dont nous ne connaissions pas encore les motifs : O est Barre ? Quel est celui qu’on nomme Barre parmi ces dputs ? En m’entendant nommer, je me crus dsign personnellement aux outrages qui, jusque-l, avaient t collectifs. Combien je me trompais ! ce bon pre de famille, accompagn de son fils, me voyant la portire de la voiture, d’o je lui criais d’un air srieux et ferme : Que lui voulez-vous ? c’est moi ! me prend la main et veut monter sur le marchepied de la voiture pour m’embrasser. – Je n’ai pas l’honneur de vous connatre, lui dis-je. – Je suis Legendre, non pas celui de Paris, mais un des grands propritaires de cette ville. Je n’ai qu’un fils, le voil mes cts, il vous doit la vie. – Vous vous trompez, citoyen, je n’ai jamais eu l’honneur de vous voir. – Sans doute, me rpond-il, je ne vous avais jamais vu ; mais c’est vous qui avez empch, lors du dcret de la rquisition des jeunes gens, qu’on ne la ft remonter l’ge de seize ans, comme le voulaient Danton et plusieurs autres dputs. Vous avez ainsi sauv mon fils que voil, et qui, grce Dieu, m’est conserv comme le bton de ma vieillesse. Il n’avait alors que seize ans, il tait le seul de cet ge dans cette commune ; aussi vous ne voyez dans cette foule immense que des femmes et des vieillards, tous les jeunes gens ont pri dans cette malheureuse guerre de la Vende. Mes collgues et nos conducteurs demeuraient tonns de cette espce de harangue inopine. Aussitt que le vieillard et son jeune fils m’eurent ainsi salu et touch plusieurs fois la main, en signe d’amiti et de reconnaissance, toute cette foule devint bienveillante.

C’est sous cet heureux auspice que nous partmes pour La Rochelle, et, cette fois, nous fmes du moins accompagns par les vœux favorables d’une bonne population.

Nous nous y reposmes deux jours pendant lesquels nous fmes si tranquilles que nous aurions pu nous croire entirement ignors.

L’administration s’tait occupe, d’aprs la demande de nos conducteurs, de mettre en rquisition un bateau lger, pour nous transporter l’le d’Olron qui est situe trente-six kilomtres de distance. On prit une mauvaise barque de pcheur, dans laquelle nous fmes pour ainsi dire entasss et assis sur de mauvaises planches en travers du bateau. Nous partmes cinq heures du matin. Il n’y eut cette fois ni spectateurs ni curieux qui assistassent notre embarquement.

Deux matelots suffisaient pour ramer et conduire le gouvernail de cette misrable et troite barque. Je ne crois pas que les administrateurs de la Rochelle se fussent beaucoup occups de notre salut ou de notre heureuse navigation ; mais le temps tait si beau, la mer si tranquille, que nous en fmes quittes pour tre extrmement ballotts et couverts trs-souvent par des lames d’eau. Je me rappelle que je lus, pendant cette traverse de huit heures conscutives, un volume de la traduction des Nuits d’Young, par Letourneur, et que mon livre et moi fmes souvent inonds par des vagues qui se brisaient en l’air et quelquefois au-dessus de nos ttes.

Nous arrivmes en vue de l’le d’Aix, principal lieu de runion des forces maritimes de Rochefort. Nos deux mariniers nous indiqurent au loin l’le de Rh, droite ; la tour leve de Marennes et le clocher de Brouage, gauche, sur ce qu’ils appelaient la grande terre ou continent franais. Quelque temps aprs, nos matelots nous montrrent le chteau de l’le d’Olron qui domine ce ct de la mer au sud et l’ouest. Voil donc cette heureuse terre d’exil ; car c’est quelque chose que de ne plus respirer dans un pays couvert des fureurs aveugles et des passions hideuses des ractions politiques !

peine terre, trois canonniers, craignant peut-tre quelque surprise, voulurent nous empcher de passer, et ils ne nous le permirent qu’aprs avoir vu le dcret de la Convention et les ordres du Comit de sret gnrale adresss M. Walch, commandant du chteau de l’le d’Olron. Aprs ces prliminaires, nous marchmes pendant trois heures travers des sables, des marais salins et des vignobles ; nous arrivmes la fin du jour chez M. le commandant du chteau. M. le commandant Walch nous fit servir souper, ensuite ce fut lui qui nous conduisit, vers les dix heures du soir, la citadelle o il nous assigna trois chambres, une pour chacun, avec une sentinelle notre porte.

La fatigue me procura un sommeil profond.

M. le commandant Walch vint nous visiter le lendemain. Il nous dit qu’il n’avait aucun ordre relativement notre subsistance ; que nous nous adresserions, comme les soldats et les officiers de la garnison, la cantinire qui tait la porte prs du pont-levis ; qu’elle nous fournirait, nos propres frais, tout ce dont nous aurions besoin ; que, quant lui, il avait ordre de nous donner la ration du soldat.

Ce fut de cette ration que nous vcmes depuis le 20 germinal an III jusqu’au 15 prairial, mme anne [du 9 avril au 3 juin 1795]. Nos heureux collgues du Comit de sret gnrale qui, comme chacun sait, vivaient alors dans une grande abondance et qui taient fts tous les jours chez les nobles et chez les grandes dames sorties de prison, prsumaient que des rpublicains pourraient bien vivre avec de l’eau et un pain de munition, pain alors si grossier que nous y trouvions des fves presque entires mles avec de la paille et de la mauvaise farine de lgumes et non de bl.

Qu’on juge dans quelle pnurie j’tais, puisque mes deux malles remplies d’habits et de linge, dposes par M. Dominique de Merville [1] au Comit de sret gnrale depuis le 15 germinal [4 avril], y restrent constamment sans tre envoyes mon adresse dans l’le d’Olron. Dans le systme des membres du Comit de sret gnrale, nous tions censs n’avoir besoin de rien, pas mme de la vie ; et en prudents hritiers, ils gardaient, eux ou leurs employs, tout notre mobilier.

Ce n’est qu’ force d’importunits, force de lettres crites M. de Merville et au Comit de sret gnrale, que j’obtins une seule de ces malles qui me fut envoye au mois de messidor [fin juin-dbut juillet] dans les prisons de Saintes, o j’avais t traduit en vertu d’un nouveau dcret sollicit par mes perscuteurs.

Il ne me restait dans l’le d’Olron, que les vtements et le linge que j’avais sur le corps. Je dus me pourvoir de ce dont j’avais le plus urgent besoin. Ces Messieurs de Paris, ou leurs honntes agents, qui dans la journe du 13 germinal [2 avril] m’avaient accompagn en hurlant autour de ma voiture, avaient jug convenable de la piller ; et peine l’avais-je quitte pour entrer dans le vestibule de l’htel, qu’il n’y restait plus rien de ce qu’elle renfermait. Mon ncessaire, un peu d’argenterie, ma montre, tout ce que j’avais de livres prcieux et de linge, ou vtements pour la route, tout fut pill en un instant. On dirait que les proscrits et ce qu’ils possdent appartiennent de droit aux premiers occupants. Et tout cela s’est pass dans le meilleur des mondes possibles, chez le peuple le plus civilis de la terre, dans la ville la plus aimable et sous les yeux de la socit la plus polie qu’il y ait en Europe. Je me consolais de tous ces vnements malheureux, en lisant tantt Young, et tantt Voltaire ; si l’un m’attristait et me consolait par la peinture des tombeaux, et par la morale de la religion, l’autre m’tourdissait sur les maux de la vie, avec sa philosophie gaie et avec ses maximes spirituelles, dont une surtout m’a beaucoup servi. La voici : Il faut badiner avec la vie, elle n’est gure bonne qu’ cela.

Il y avait dans la ville un garde-magasin fort patriote et fort instruit ; il avait une petite bibliothque bien choisie. Il me fit proposer par un jeune sous-officier trs-bien lev, appel Collin, de me prter quelques volumes d’Young.

Le principal objet de mes mditations n’tait point la perte du pouvoir, l’absence de la tribune, le dni de justice politique, et l’ingratitude de mes collgues et des Franais. Je trouvais tout cela dans l’histoire ancienne et moderne, elle n’est et ne sera jamais qu’une suite de rvolutions, de passions et d’injustices ; mais je pensais profondment ce caractre national, lger, inattentif, goste, insensible, indpendant avec une pente naturelle la servitude, et esclave par civilisation, avec un fond d’instinct de libert.
Je pensais surtout aux dangers que courront toujours, chez les Franais, les hommes de bien, les bons patriotes, les ministres vertueux et les reprsentants clairs qui oseront vouloir le bien de la France et rformer ses abus.

Avec le peuple franais, il ne faut que calomnier les hommes utiles pour les perdre sans retour. Ces Franais de Paris surtout sont d’un tel acabit, d’une telle insouciance, d’un tel gosme, qu’avec des pamphlets et des journaux ils se perdraient et proscriraient dans six mois tous les grands hommes de Plutarque, si la nature tait assez barbare et assez prodigue pour leur en faire prsent.
(...)

Me voil donc au milieu de l’Ocan, confin dans une le, ayant perdu tous les droits de l’tat social pour l’avoir trop bien dfendu. Me voil, tranant dans un chteau fort les restes d’une existence consacre la patrie, use dans les travaux de sa dfense et de sa lgislation, fltrie dans les angoisses d’une accusation capitale et calomnieuse, et qui il ne reste pas mme l’esprance d’une rparation solennellement obtenue de mon vivant.

Est-ce donc la calomnie qu’il appartient de prononcer sur la conduite des hommes condamns gouverner ou reprsenter la nation ? est-ce au hasard et l’avenir qu’il appartient seul de les venger ?..............................

Ces tristes rflexions m’ont occup longtemps dans la prison d’tat de l’le d’Olron. Le lecteur de ces Mmoires trouvera peut-tre ces penses importunes et ces esprances chimriques ; mais qu’il pense du moins qu’en les crivant j’ai soulag mon cœur d’un grand poids, et qu’en songeant l’impartiale et consolante justice de la postrit, j’ai oubli mes calomniateurs et n’ai pas senti le mal que mes ennemis ont voulu me faire.


Mars 1795. — Prison d’tat Olron. — Prison Saintes.
Renferm depuis le mois de mars [avril, en fait] dans le chteau de l’le d’Olron, il ne m’tait permis ni de communiquer avec les officiers et soldats qui taient en garnison, ni avec les externes et habitants de la ville.

J’obtins, ainsi que mes deux collgues, la permission du commandant de me promener sur les remparts. Je voyais la mer, ses navigateurs, ses orages ; j’apercevais les vaisseaux franais de l’le d’Aix, et je dcouvrais de loin les deux fameux pertuis ou passages de Mannuisson [Maumusson] et d’Antioche, o croisaient de temps en temps des frgates anglaises, menaant ou effrayant les habitants de l’le d’Olron.

Je ne jouis pas longtemps de ces avantages : deux jeunes officiers du gnie, que j’aurais bien reconnus pour des racteurs la rception presque insultante qu’ils nous firent un jour sur les remparts, adressrent des remontrances au commandant Walch, sur les dangers de laisser ainsi les trois conventionnels se promener le long des batteries du chteau et en observer leur aise les fortifications. Le commandant vint bientt aprs, craignant, nous dit-il, les dnonciations de ces messieurs du gnie, nous engager nous abstenir de la promenade ordinaire sur les remparts et nous contenter de la promenade une heure aprs-midi, sur la place o se faisait l’exercice de la troupe. Il fallut bien s’en contenter. Je sortais presque toujours seul pour jouir de la promenade. Deux officiers venaient ordinairement m’apporter alors le Moniteur et les autres journaux qui nous diffamaient la journe. Ces braves officiers paraissaient indigns du traitement qu’on nous infligeait ; mais nous leur apprmes que c’tait l’usage tabli Paris d’opprimer les malheureux et de diffamer les proscrits.

Bientt les vnements violents du 1er prairial [2] parvinrent jusqu’ nous par les journaux et eurent pour nous les effets les plus sinistres. Nous fmes plus troitement renferms dans nos chambres ; et il n’y eut plus pour moi ni repos ni promenade, parce que les journaux de Paris exaspraient les esprits dans notre petite ville.

Au milieu de ces contrarits, la Providence sembla venir mon secours d’une manire singulire. Il y avait dans la ville un vieux batelier natif d’Auch, et qui avait t pour cause de maladie aux eaux de Barges plusieurs fois. Il avait souvent entendu parler de moi et de ma famille. En entendant prononcer mon nom par les habitants de la ville, et me sachant prisonnier au chteau, il demanda M. le commandant Walch la permission de me voir comme tant mon compatriote. Heureusement le bon batelier tait le messager maritime de la ville et du commandant. Il portait les effets et la correspondance la Rochelle chaque semaine, et rapportait les lettres de la poste et les approvisionnements.

Quel fut mon tonnement de voir arriver dans ma petite chambre, avec un soldat de faction, ce bon vieillard ! Le soldat alla prendre son poste la porte de la chambre, et j’entamai conversation avec ce bon batelier qui je demandai les motifs de sa visite. Voici sa rponse nave et pleine de dvouement.

Je suis natif du dpartement du Gers, j’ai longtemps habit Auch, ma patrie. Ensuite, tant devenu marin, je me suis mari dans l’le d’Olron, o je me suis tabli, dans la ville du chteau, batelier public ou messager maritime des habitants. Je vais faire un voyage la Rochelle chaque semaine. Si vous avez besoin de quelque chose de cette ville, je vous offre mes services.
Mais, lui dis-je, quoi puis-je devoir vos offres obligeantes et l’intrt que vous paraissez prendre un malheureux ? — Vous tes malheureux et mon compatriote : cela me suffit. D’ailleurs, dans l’le on dit du bien de vous, et vous avez parmi les habitants de la ville plus d’amis que vous ne pouvez l’imaginer. J’ai appris par la femme qui reste la porte de la citadelle, votre cantinire, que vous tes fort maltraits et que vous manquez du ncessaire. — Il est vrai, lui rpondis-je, que les Comits de la Convention ont donn l’ordre gnreux de ne nous fournir que la ration des simples soldats, c’est--dire un pain de munition o il y a des fves et de la paille. Avec cela on nous donne de l’eau discrtion. De temps en temps je demande la cantinire de son pain de mnage que nous lui payons, ainsi que quelques douzaines d’hutres avec une tasse de lait ; cela me soutient et ne m’empoisonne pas.

– Je savais tout cela, me dit le bon marinier d’Auch, et j’ai prvu vos besoins ; comme je suis l’agent maritime de la garnison et du commandant, on ne m’a point fouill ; je vous apporte sous cette grosse redingote un pain de trois livres fait de fleur de froment par notre mnagre. Ma femme a voulu aussi que je vous apporte une petite provision de ce bon biscuit de mer, dont j’ai rempli mes poches. Tenez, mettez-les en lieu sr, je reviendrai deux fois par semaine rafrachir votre petit approvisionnement. Si vous voulez crire la grande terre (c’est ainsi qu’ Olron on appelle le continent franais), je me chargerai de vos lettres que je jetterai la poste la Rochelle. — Je me htai d’crire une lettre mon frre que j’aime tant, et qui devait avoir bien de l’inquitude sur mon sort. J’crivis galement une autre lettre un de mes cousins du mme nom, qui tait lieutenant de vaisseau Rochefort. Je remerciai bien cordialement le vieux messager, et je rvai son retour avant mme qu’il ft sorti de ma chambre, tant son bon cœur et son dvouement avaient port de consolation et d’esprance mon cœur.

Mais les choses avaient trangement chang autour de moi en un instant. Des ordres secrets et pressants taient arrivs Rochefort pour prparer un btiment qui devait conduire mes deux collgues la Guiane. Ces ordres furent excuts avec une promptitude qui me laissa peine le temps de serrer la main mes collgues, trs tonns de ce qu’on me laissait seul l’le d’Olron, sans tre dport comme eux [26 mai 1795 ?]. Je crois bien, me dit Collot d’Herbois, que tu as des amis la Convention et que cette mesure ne te regarde point. Je ne pouvais croire la prtendue amiti de ces Conventionnels, tellement racteurs, que le farouche gouvernement des trois inquisiteurs de Venise et pass auprs d’eux pour un gouvernement anglique.

Rest seul dans cette prison du chteau d’Olron, livr la plus triste solitude, je lisais et j’invoquais la Providence, seul appui des infortuns et des innocents perscuts.

Ce jeune sous-officier du nom de Collin, dont j’ai parl dj, ne se dmentit pas ; il passait avec moi de tristes soires. Il m’apportait des livres, du pain ; il m’offrit mme ses conomies. Je le remerciai et le priai seulement de m’apporter un paquet d’opium, car je ne pouvais dormir. Il me promit de revenir bientt ; mais il passa trois jours sans paratre. Je ne savais quel motif attribuer cette absence, bien longue pour un prisonnier. Lorsqu’il revint, il allgua des travaux de son service et me dit qu’il n’avait pu aller en ville chez le pharmacien... J’insistai ; il m’avoua alors qu’il ne pouvait pas sortir du chteau. Un nouvel incident termina ses visites et mes demandes. M. le commandant Walch vint dans les premiers jours de prairial [le 1er prairial an III correspond au 20 mai 1795] m’annoncer qu’un huissier de Saintes et quatre gendarmes venaient d’arriver de Marennes pour me transfrer, par ordre de la Convention et du tribunal criminel de Saintes, dans les prisons de cette ville. En effet, une heure aprs la visite du commandant, l’huissier et les quatre gendarmes vinrent me chercher pour me conduire dans les prisons criminelles de Saintes. On me fit passer par des souterrains du chteau obscurs et infects, qui menaient par une petite porte aux bords de la mer. J’entrai avec mes conducteurs arms dans une barque, et, travers une mer trs houleuse, nous arrivmes la grande terre aprs une heure de navigation pnible. Mais mon cœur tait calme, et mes gardiens ne purent s’empcher de me tmoigner quelque intrt.

Arrivs l’autre bord, je fus oblig de faire une ou deux lieues pied au milieu des gendarmes jusqu’ la ville de Marennes, dont on aperoit de loin la haute tour carre, btie, dit-on, par les Anglais. Entr dans Marennes avec ce cortge de force arme et un huissier, je vis aussitt les habitants se rassembler, se grouper autour de moi, mais sans tmoigner aucune mauvaise intention, ni profrer aucune parole offensante.

Je soupai avec mes tristes acolytes ; il me tardait d’tre au lendemain pour retrouver le repos des prisons, que je prfrais cette activit et cette agitation de la curiosit publique qui environne les accuss ou les prisonniers. Pendant que je me couchais, l’huissier cherchait une mauvaise voiture comme on en trouve dans une petite ville, afin de me transporter plus vite Saintes ; il m’tait impossible de continuer marcher.

Ds cinq heures du matin, les curieux de Marennes entourrent l’auberge, cernrent la voiture, et je partis accompagn de l’huissier du tribunal criminel et de quatre gendarmes. J’arrivai le soir Saintes, o je fus de nouveau l’objet de la curiosit publique ; enfin j’entrai sous le vestibule obscur de l’ancienne abbaye situe dans le faubourg de Saintes, et qui avait t change en prison. Je fus conduit dans la chambre du gelier, appel M. Fdy, homme excellent, plein d’intrt pour les malheureux, et qui me plaa sous sa garde personnelle dans une grande chambre trois lits, o habitaient sa femme et trois enfants en bas ge. Je prenais mes repas avec lui, et j’avais plus de scurit pour ma vie comme pour ma nourriture. Je ne saurais donner assez d’loges la conduite honnte, modre et pleine d’intrt de ce bon concierge, qui me donnait tous les adoucissements que son devoir lui permettait d’apporter mon tat d’isolement et de captivit. Je lui remis en dpt le peu d’effets que j’avais, ma montre, un peu d’argenterie, une bote d’or, du linge et des habits. Plusieurs mois s’coulrent ainsi jusqu’au 5 brumaire an III [3] , poque de ma sortie, dont je parlerai plus loin.

Dans les premiers jours de ma captivit Saintes, les royalistes essayrent de me tourmenter en faisant arriver jusqu’ moi les bruits les plus sinistres et les diffamations les plus atroces. Puis ils m’envoyrent les journaux de Perlet, qui tait alors l’organe le plus violent de la raction et qui ne rvait que supplices et vengeances. Je les lisais et je les renvoyais froidement : cela parut dsappointer ces messieurs. Ils placrent alors la porte de ma chambre le fils d’un huissier de Saintes, g de dix-neuf ans, qui avait une trs-jolie voix, mais qui l’employait me chanter pendant une heure tous les matins le Rveil du peuple [4] , dclam plutt que chant avec une violence et une fureur enthousiastes. Il se lassa de chanter son Rveil, et je commenais jouir d’un peu de calme, lorsque les officiers municipaux vinrent me signifier que, rpondant de moi, ils ne pouvaient plus me permettre de me promener ni dans le jardin de la prison, ni dans un long dortoir de cet ancien couvent dont l’extrmit donnait sur les belles campagnes de la Saintonge. Ma promenade fut supprime comme elle l’avait t au chteau de l’le d’Olron.

Cependant je ne pouvais me passer de mouvement et j’avais un besoin extrme de faire diversion ce chant lugubre et profond des prisonniers, et au bruit des fers, des verrous et des plaintes de tant de malheureux qui encombraient la prison de Saintes, cause du passage frquent des condamns aux galres de Rochefort. Je priai donc le concierge, M. Fdy, de parler en ma faveur aux officiers municipaux les plus capables de concilier mon dsir avec leur responsabilit. Il en trouva deux extrmement honntes et qui consentirent quitter leurs travaux et leur commerce pour venir m’accompagner eux-mmes pendant mes courtes promenades dans le dortoir de la prison. Puissent-ils un jour trouver ici les expressions de ma sincre reconnaissance ! Leur obligeance constante me fit oublier pendant quelques mois ma fcheuse position, et ma sant, dj si fort altre par le rgime de l’le d’Olron, se rtablit un peu.

Vers cette poque, j’prouvai un grand bonheur, celui de revoir et d’embrasser mon frre, que j’ai toujours tant aim et qui me rappelle si fort les traits chris de mon pre. Jean-Pierre [5] tait venu travers les violentes et atroces ractions de Bordeaux. Il y avait t protg par le courage du gnral Darnaud, de Bagnres, qui y commandait alors. Deux frres qui se revoient, deux amis qui se retrouvent aprs de longs malheurs et une longue absence, prouvent un tel bonheur que les prisons les plus affreuses se changent subitement en palais somptueux. En embrassant Jean-Pierre, mon cœur tressaillit de joie ; nos larmes se confondirent au milieu de nos embrassements, et j’oubliai un instant que j’tais la victime du despotisme ractionnaire de cette Convention laquelle j’avais prodigu ma vie, mes veilles, mes travaux.

Pendant que j’tais en prison, M. Prunier, reprsentant envoy dans le dpartement de la Charente [6], vint y sonder l’opinion publique. Comme il y avait un trs-grand nombre de patriotes Saintes, il fut convaincu que les racteurs de la Convention ne parviendraient pas facilement y trouver de vils et barbares instruments de leur injustice et de leurs vengeances.

Mais, ce qui tait bien plus dangereux que les reprsentants en mission, c’taient les agents secrets de l’Angleterre, qui soldait la raction Paris et organisait en mme temps les mouvements populaires dirigs contre la Convention. Elle avait envoy des missaires dans les divers dpartements de la France o il fallait des victimes pour le gouvernement anglais. Deux de ces agents taient venus Saintes, afin d’y exciter la diffamation et la plainte publique contre moi et de disposer les esprits une meute dans la prison ou un jugement inique devant le tribunal criminel.

Voici comment cette trame anglicane se dcouvrit. Mon frre tait log dans la ville la grande auberge, o il y avait une table d’hte trs-nombreuse. Un jour, les deux commissaires anglais se prsentent et se mlent aux convives ; ils ne connaissaient pas mon frre, et ils ignoraient qu’il y et cette table quelqu’un qui pt prendre mon parti. Les deux Anglais, dont l’un tait professeur de sa langue l’cole de marine de Rochefort, amenrent la conversation sur moi. Ils s’tonnaient de ce que je n’tais pas jug et condamn depuis longtemps ; ils rptaient ce que les journaux de Paris avaient publi de mensonges et de calomnies depuis trois mois. Enfin, ces deux dlateurs, avec leur jargon anglais, finirent par indigner les convives. On connat l’espce d’acharnement barbare et d’opinitret cruelle qui caractrise les espions et les agents britanniques lancs dans tous les pays. Mon frre fut le premier les attaquer en leur disant que, pour des trangers, ils prenaient un intrt bien vif aux affaires qui n’intressaient que les Franais, et qu’ils paraissaient n’tre que les chos des factions ou les agents de leur gouvernement. Cela commena les troubler un peu dans leur projet d’influencer l’opinion publique Saintes. Ils se rassurrent nanmoins en voyant qu’un seul des convives me dfendait, et ils se retranchrent dans des gnralits et dans les bruits rpandus par les journaux. Aussitt un brave homme, connu par ses lumires, sa probit et son patriotisme sage et pur, le procureur gnral du dpartement [7], qui dnait l habituellement, interpella hautement les deux Anglais sur leur qualit et le genre d’intrt qu’ils pouvaient prendre au jugement d’un accus par la Convention ; accus qui n’avait rien de commun ni avec eux, ni avec leur gouvernement. Il leur dit, qu’en qualit de premier magistrat du dpartement, il les engageait se taire, ne pas venir porter la diffamation et aigrir les accusations dans un pays tranquille ; qu’il crirait Rochefort aux administrateurs et aux chefs de la marine pour s’informer des principes et de la conduite du professeur anglais et de l’agent qui l’accompagnait.

Ils ne tardrent pas quitter Saintes tous les deux, et ce dpart subit claira une foule de citoyens qui restrent convaincus des intrigues que les racteurs de Paris et les agents de Londres fomentaient pour perdre en France les meilleurs citoyens.

Il y avait aussi dans l’administration du district un excellent homme, nomm Eutrope Vanderkand, descendant d’une famille hollandaise rfugie et depuis longtemps tablie dans un bourg prs de Saintes [8]. Cette famille des Vanderkand tait toute patriote ; l’un des frres, l’an de la famille, tait un ancien professeur de belles-lettres trs instruit et digne, par ses lumires comme par son courage patriotique, d’tre un citoyen d’Athnes ou de Rome. Les deux frres demandrent me visiter ; l’an demeurait dans les dpendances de l’abbaye convertie en prison. Je reus d’eux toutes les consolations dont un patriote malheureux peut avoir besoin ; ils m’offrirent de l’argent, des vtements, des secours de tout genre. Ils me prtrent une collection du Moniteur qui me servit crire un compte rendu mes commettants de ma conduite politique et civile dans l’Assemble constituante et la Convention nationale...

J’ai remis mon frre les travaux que j’ai faits ce sujet dans ma prison ; le temps m’a manqu pour les rendre complets.

Il y avait longtemps que j’avais demand aux Comits de la Convention d’envoyer au tribunal criminel de Saintes mon acte d’accusation, plus facile tablir dans des journaux calomniateurs et salaris que devant un tribunal juste et impartial. Jamais les Comits ne rpondirent. Je m’adressai au prsident du tribunal criminel qui avait t mon collgue l’Assemble constituante (M. Le Mercier) [9], afin qu’il crivt, lui aussi, aux deux Comits du gouvernement. Il fut froid, indiffrent ma situation ; il ne me fit rien rpondre, et je languis jusqu’ la fin de la Convention nationale, sans accusation, sans rponse, sans intrt, sans justice.

Mon frre fut oblig de partir, et il me semblait que je ne devais plus revoir ce frre si chri et si courageux. Je l’embrassai avec des larmes, et je me vouai de nouveau au seul soutien des infortuns, la Providence.

Ma confiance en elle tait juste : un jour que j’tais livr aux plus tristes penses sur l’iniquit des hommes et l’impuissance des innocents, je vois entrer dans la prison plusieurs officiers, et leur suite, des soldats qui portaient un drapeau presque en loques. Le concierge m’apprend subitement que c’est le bataillon des Hautes-Pyrnes qui, en passant de l’arme des Pyrnes occidentales dans la Vende, a voulu me rendre hommage, quoique je fusse proscrit, et me saluer avec le mme drapeau que je lui avais donn Tarbes, en 1792, et qu’il avait religieusement conserv au milieu des combats les plus opinitres contre les Espagnols.

Le chef de bataillon tait un ami du capitaine, M. Marausin [Maransin], de Lourdes, qui depuis a acquis par sa brillante bravoure le grade d’officier gnral.

Je rpondis avec enthousiasme ces braves.
Les officiers m’offrirent de me dlivrer et de m’emmener avec eux, mais je refusai leurs propositions.

Aprs cette visite des braves Pyrnens, on m’crivit de Paris que j’allais tre rappel la Convention, et dans cet espoir inattendu, je rdigeai la note que voici :

Un dcret rendu au milieu des orages politiques m’a dport le 12 germinal an III [1er avril 1795] ; — un autre dcret rendu le 5 prairial suivant [24 mai], m’a dcrt d’accusation.

Je suis transfr d’une citadelle dans des prisons ; j’tais au milieu d’une garnison militaire, je suis au milieu des hommes condamns pour des crimes ou accuss de vol.

On ne me met pas en jugement : on dit que je serai rappel au sein de la plus belle assemble de l’univers.

On me fait esprer un rappel prochain. Ah ! je sens dans mon cœur que je pourrais encore servir ma patrie ; et, sans avoir l’orgueil de me comparer aux hommes clbres de l’antiquit, ne pourrais-je citer l’exemple des Grecs et des Romains ? Aristide tait frapp d’ostracisme, et les Athniens ne craignirent pas de le rappeler et d’expier leur injustice.

Camille fut exil ; Camille fut aussi rappel pour sauver Rome des Gaulois, et il sauva Rome.

Cicron exil est rappel Rome, et une mdaille le prsente ses concitoyens comme le pre de la patrie. Je ne suis, moi, qu’un enfant de la France ; mais j’ai aussi une patrie aimer, servir et dfendre. Que ne puis-je dans ce moment, o les perfides Anglais menacent d’excuter sur nos ctes de Bretagne une forte descente, revenir encore cette tribune d’o je dnonais au monde entier les crimes du gouvernement britannique ! Furieux de voir la Rpublique franaise prs de recevoir et d’accepter une constitution sage avec les bienfaits de la paix, avec les richesses d’une moisson abondante et avec des plans rgnrateurs de ses finances, ils veulent tenter de donner la France de nouvelles secousses ; au peuple, des troubles et la famine ; la libert, des convulsions ; l’galit, des ennemis nombreux ; et aux rebelles de la Vende, des auxiliaires, des munitions et des armes parricides.

Ah ! pourquoi ne puis-je, du haut de la tribune, exciter de nouveau les braves dfenseurs de la patrie contre ces lches royalistes de Londres ? Serions-nous donc moins gnreux, moins justes que les anciennes rpubliques, et faut-il fltrir et annuler dans des cachots un citoyen, un reprsentant qui pourrait tre encore utile et qui fut toujours fidle la France et la libert ? 18 messidor an III (6 juillet 1795). [— Prison de Saintes.]

Ds que le 13 vendmiaire eut donn violemment une sorte de triomphe quelques patriotes de la Convention, les intrigants et les ractionnaires s’empressrent de me ravir les avantages que les patriotes incarcrs venaient de retirer de cette journe. M. de Fermon [10] se hta le lendemain proposer qu’au lieu de me faire juger, comme l’avait ordonn la Convention, par un dcret des premiers jours de prairial, il fallait au contraire le rtracter et revenir au prcdent dcret de dportation du 12 germinal. Ce nouveau genre de justice, qui tantt refuse le jugement lgal, et tantt rappelle une dportation arbitraire, trouva des partisans dans cette Convention qui depuis longtemps ne connaissait rien du juste ou de l’injuste. Les passions dures et sourdes de la raction avaient ferm tous les cœurs et toutes les oreilles aux cris des malheureux et l’invocation de la morale et de la justice.

Un nouveau dcret ordonna donc ma dportation. J’en eus connaissance dans ma prison, et ce mme jour je vis arriver moi trois amis courageux partis de Bordeaux en apprenant ce nouvel acte d’oppression et de tyrannie, qui les indigna au point de prendre la rsolution de venir m’arracher cette atroce proscription.

Ce furent mon cousin Hector Barre [11], inspecteur de la marine Bordeaux, un ngociant et un jeune homme de vingt ans nomm F… qui arrivrent marches forces Saintes. Le troisime laissa ma disposition son cheval l’auberge de Saintes ; mon cousin et mon ami bien monts attendirent le moment o il me serait possible de tromper la vigilance des gardiens. Mon cousin, qui avait une me de feu et un courage de lion, proposa d’abord de me faire sortir avec lui, soit de force, soit dguis. Je rsistai toute ide d’vasion tant que je serais cens tre mon poste ; malgr l’vidence de l’injustice qui me dtenait en prison, j’exigeai de mes librateurs qu’ils me laisseraient prisonnier jusqu’au 5 brumaire an III, poque de la dissolution de la Convention. Le jour o cette assemble finissait sa session, je n’tais plus reprsentant, je rentrais dans le droit naturel et je reprenais ma libert par tous les moyens qui taient en mon pouvoir.... Mes deux amis improuvaient cette rsolution et craignaient que le moindre retard ne devnt funeste. Le lendemain (c’tait dans les quatre premiers jours de brumaire an III [an IV en ralit]) mon cousin Hector revint la charge, m’apportant sous sa redingote une longue chelle de corde pour m’chapper par-dessus les murs du jardin, ou par l’extrmit du dortoir dont j’ai dj parl ; mais le jardin tait loign et le dortoir tait ferm. J’ajournai ma fuite la nuit du 4, et les messieurs Vanderkand, ces amis fidles, prparrent avec autant d’habilet que de discrtion ma sortie par le clotre et par le jardin du couvent qui se trouvait devant leur habitation. M. Vanderkand l’an vint me prvenir, huit heures du soir, de me tenir prt sortir dix heures et demie, un signal donn, pendant que la famille du concierge me croirait couch suivant l’habitude.

Pendant ce temps, M. Vanderkand cadet, administrateur du District, avait lou quelques-uns de ces bateaux pcheurs qui sont sur la Charente en face du village de Colcourr [Courcoury] o habitait sa famille. L’an me fournissait Saintes le moyen de sortir de l’enceinte de la prison ; et le cadet m’attendait, dguis en batelier avec deux de ses amis, pour me faire traverser la Charente ; sur la rive oppose trois chevaux nous attendaient. Vers onze heures j’entendis le signal donn par un brave homme que je ne puis nommer, mais dont le nom est crit dans mon cœur. Je le suivis, et j’arrivai dans le jardin, o M. Vanderkand l’an vint m’ouvrir une porte qui donnait sur la campagne. Mon cousin Hector et mon bon ami M. Vanderkand se trouvaient l ; ils me prirent avec eux, et nous traversmes rapidement la vaste prairie qui joint la ville la Charente. M. Vanderkand cadet m’embrassa et me conduisit sur son bateau ; son visage me parut plein de joie, je l’embrassai de nouveau et nous montmes cheval.

Nous traversmes pendant toute la nuit cette partie de la Saintonge qui mne dans les dfils de Jonzac, et ensuite dans les bois et les landes qui avoisinent la ville de Montendre. Nous nous reposmes une demi-heure dans une belle valle avant d’arriver Jonzac ; l nous nous cartmes quelques pas de la route pour faire manger l’avoine nos chevaux qui avaient couru toute la nuit.

Placs derrire une longue haie, cinq heures du matin, nous entendions de tous cts les cris des laboureurs excitant leurs bœufs au travail. Au sortir du calme profond d’une prison, j’tais comme effray de ces cris rpts dans toute la campagne. Nous remontmes cheval, et nous voil marchant vers les bois et les landes de Montendre. Nous arrivmes le soir, travers champs, par une nuit nbuleuse, dans une auberge de village. Je me trouvai mal en descendant de cheval, et on me transporta sur un lit. Je crois que la fatigue de vingt-quatre heures d’une marche presque continue contribua cet vanouissement, autant que le plaisir de trouver asile et repos aprs tant de captivit, de dangers et d’agitation.

Je n’ai de ma vie pass une nuit plus calme et plus heureuse : c’tait la premire fois depuis huit mois que je ne couchais plus en prison, et que je respirais librement ; il me semblait que je recommenais la vie.

A cinq heures du matin, mes deux amis laissrent leurs chevaux dans cette auberge et me conduisirent une petite lieue, aux environs de la petite ville de Pont [12], place sur les bords de la Dordogne, l’entre du bec d’Ambez. Mes deux amis me laissrent seul sur la route. Je les vis bientt revenir avec un habitant de Pont, qui tait le cousin de M. Vanderkand, et qui me dit obligeamment : Je vais vous conduire dans un chteau dont je suis le fermier, et o vous serez bien reu par mon associ.

Nous nous acheminmes tous quatre vers une colline assez leve au sud de la ville de Pont, et, par des chemins de traverse, nous arrivmes, huit heures du matin, dans un vieux chteau situ au milieu d’un immense clos de vignobles. Nous fmes accueillis trs-cordialement.

C’est avec un profond regret que je vis partir mes deux amis, mes deux librateurs. J’tais comme abandonn ma destine, et en butte aux recherches de la gendarmerie de la Charente-Infrieure et des districts voisins. Le bon fermier m’installa dans la grande salle du chteau, orne de tapisseries de cuir dor et d’un lit immense couvert d’toffes damasses qui dataient au moins de Franois Ier ou de Henri II. Un peu remis de ma fatigue par quelques heures de sommeil, j’allai dner dans les btiments qu’habitait le fermier. Il avait une fille unique qui faisait sa cuisine, et des domestiques mles pour soigner les vignes et la cave du chteau. Je donnai au fermier quelques assignats pour faire acheter la provision de viande et de vin dans la ville voisine. Son associ, le cousin de M. Vanderkand, veillait sur moi, piait les mouvements de la gendarmerie de Pont, et m’envoyait les lettres que M. Vanderkand et Hector m’crivaient de Bordeaux, pour m’apprendre l’tat de l’esprit public et le degr de sret que je pourrais trouver dans cette ville, aussitt que je serais forc de sortir de mon asile.

J’avais dans ma poche quelques volumes de Voltaire et des moralistes anciens : les premiers servaient me distraire ; les seconds, me donner cette fermet d’me et cette constance de caractre ncessaires pour supporter l’infortune et l’exil. Mais parfois j’tais fatigu de lire et de penser ; je me rsolus prendre un fusil du fermier avec son attirail de chasse et parcourir ainsi, la moiti de la journe, les vignes et les bois. — Je ne rentrais que pour les repas et j’attendais la nuit pour me retirer au chteau.
(...)

Au bout de quinze jours la place n’tait plus tenable pour moi, je m’y ennuyais profondment ; mais ce qui tait encore plus dcisif, c’est que la gendarmerie de Pont avait reu de Saintes mon signalement et l’ordre de m’arrter. L’associ du fermier, le cousin de mon ami Vanderkand et qui habitait Pont, l’avait appris ; il s’empressa de m’crire que le lendemain, vers six heures du soir, il m’enverrait un matelot pour me conduire bord d’un bateau qu’il avait frt pour cent cus (assignats).

En effet, le lendemain j’tais prt partir et me hasarder toute navigation qui pouvait me conduire dans le port de Bordeaux pendant la nuit. Je chargeai ce matelot du peu d’effets que j’avais runis dans une petite valise, je pris cong regret de mon excellent hte. Avant de partir je lui demandai qui appartenait ce chteau abandonn, et quel nom il portait : c’est, me dit-il, le chteau et le domaine de madame de Campistron de Maniban [13], dont le fils tait prsident mortier au parlement de Toulouse. Ce nom m’est connu, lui dis-je, j’ai rendu service au matre de ce chteau. Un bienfait n’est donc jamais perdu.... A ces mots, je sautai au cou de mon hte, je lui remboursai ma dpense de quinze jours, et je promis de lui tmoigner ma reconnaissance ds que je le pourrais.

Me voil donc avec un matelot inconnu, parcourant les champs et arrivant l’entre de la nuit sur les bords de ce grand bassin appel le bec d’Ambez. Le terrain y est trs-lev, la rivire tait basse, et il fallut descendre travers des rochers pour aller trouver l’embarcation. L un autre matelot m’attendait ; ils taient tous les deux accoutums recevoir et passer de malheureux migrs. Ils me crurent de cette classe de proscrits, et me comblrent d’gards ; nous partmes, la mer tait calme, nous n’avancions pas malgr les efforts des deux rameurs. Je m’inquitais d’avancer si peu, je demandais combien il fallait de temps pour arriver Bordeaux. — Il faut patienter, me dit le pilote, nous arriverons neuf ou dix heures, nous aurons dans une demi-heure la mare montante et le vent frais. Il ne se trompait pas ; aprs avoir couru inutilement quelques bordes pour chapper au cours de la Dordogne et gagner l’autre ct du cours de la Garonne, nous fmes pousss par les flots de la mare montante. La nuit devint trs-obscure, le vent du nord frachit, et, la voile dploye, nous remontmes la rivire avec une telle rapidit que je m’approchai du pilote pour lui demander s’il n’y avait pas de danger remonter si vite. — Laissez-nous faire, cela nous regarde : voulez-vous en attendant que nous buvions votre sant ?


[1Dominique Demerville : jeune Tarbais que Barre s’tait attach comme secrtaire lorsqu’il rdigeait des comptes rendus de la Constituante, puis qu’il fit nommer commis du Comit de salut public. Compromis dans un complot jacobin, il sera condamn mort et guillotin le 31 janvier 1801 ; Barre est souponn par certains de l’avoir dnonc.

[220 mai 1795 : insurrection jacobine, rprime par l’arme et qui se solda par l’arrestation des derniers Montagnards.

[3Barre continue de parler de l’an III, mais l’an IV a commenc depuis Vendmiaire. Le 5 brumaire an IV =le 27 octobre 1795. L’incarcration Saintes aura donc dur cinq mois.

[4 Anti-Marseillaise datant de janvier 1795 : Hte-toi, peuple souverain, De rendre aux monstres du Tnare Tous ces buveurs de sang humain ! (...) Oui, nous jurons sur votre tombe, Par notre pays malheureux, De ne faire qu’une hcatombe De ces cannibales affreux.

[5Jean-Pierre Barre (1759-1837), docteur en thologie et vicaire piscopal, avait t le premier prtre des Hautes-Pyrnes prter le serment civique. Il devint procureur syndic de la commune de Tarbes, prsident de la socit populaire, puis du tribunal de conciliation. Contrairement son frre, il connatra une belle russite locale sous l’Empire comme sous la Restauration. (renseignements tirs de la biographie de Barre par Jean-Pierre Thomas, Desjonqures, 1989).

[6Jean-Augustin Pnires, et non Prunier (1766-1821), conventionnel corrzien envoy comme reprsentant en mission en Charente (et Charente-Infrieure ?) en mai 1795. Il y pura les municipalits. C’tait un Girondin qui avait d se cacher sous la Terreur et qui participa la chasse aux Montagnards aprs le 9-Thermidor. Cependant, le 13 vendmiaire (5 octobre 1795), il contribue l’crasement de l’insurrection royaliste. Comme Jacques Garnier, il devra s’exiler aux tats-Unis sous la Restauration.

[7Il y eut partir de 1790, la tte de chaque administration dpartementale, un procureur gnral syndic. En Charente-Infrieure, le poste fut occup successivement par Jacques Garnier et par Ren Eschassriaux mais, d’une part, tous deux furent ensuite lus la Convention (le second en aot 1793) et ne se trouvaient sans doute pas Saintes durant ces mois de 1795 - au surplus, Barre les et sans doute cits comme ses collgues ; d’autre part, la fonction fut supprime fin 1793 et Eschassriaux ne semble pas avoir t remplac. On peut donc supposer que Barre, quitte commettre un anachronisme, utilise ici la dnomination du reprsentant du Parquet rtablie en l’an IX, pour ne pas utiliser celle qui avait cours sous la Rvolution : accusateur public. Le Fouquier-Tinville du dpartement se nommait Pierre-Franois Hard (1748-1814) ; constamment rlu, il occupa la charge de septembre 1791 jusqu’ son lection au Conseil des Cinq Cents, en germinal an VII, ce qui semble indiquer qu’il ne s’tait pas fort compromis sous la Terreur !

[8Les Vanderquand taient effectivement d’origine hollandaise et venus en Saintonge, notamment Courcoury, vers le commencement du XVIIe sicle, d’aprs une tradition de famille (Revue de Saintonge et d’Aunis, XXXVIII, 1920, pages 53 59) − le premier connu, Antoine (1623-1695), aurait t notaire arpenteur et/ou marchand. Les deux frres dont il est ici question sont ns Courcoury. L’an, Jean (1754-1812), fut vicaire de Courcoury en 1781, puis cur de Virollet en 1784. En 1791, l’assemble lectorale de district le nomme la cure de Gmozac la place d’un Robert qui avait refus le serment civique. Proche de Franois-Marie Bourignon, il collabore son Journal patriotique et littraire de Saintes. Renonce au sacerdoce en novembre 1793 aprs avoir pous, en janvier, sa servante. De 1797 1803, il enseignera la grammaire l’Ecole Centrale de Saintes ; se fera ensuite matre de pension avant de se retirer sur son domaine du Haut-Prat, aux Gonds. Auteur d’une Grammaire gnrale, d’une biographie de Bourignon et de chansons en saintongeais. Le vicaire gnral Taillet (Archives historiques de Saintonge et d’Aunis, 1902, XXXI, p. 328) l’excute en ces termes : asserment, intrus de Gmozac, dnona son vque, brigua l’vch de Saintes, pousa sa servante,... remit ses lettres de prtrise...
Le cadet, Jean dit Eutrope (1761-1805), aurait t notaire de l’an IV son dcs, administrateur et, en fvrier 1794 (pluvise an IV), vice-prsident du district de Saintes. Il sera ensuite conseiller municipal.

[9Louis-Nicolas Lemercier, n Saintes en 1855, succda son pre vers 1778 comme lieutenant gnral criminel de la snchausse de Saintonge et sige prsidial de Saintes. Un des rdacteurs du cahier de dolances, il est lu en 1789 dput du Tiers aux Etats-Gnraux. En septembre 1792, il devient prsident du tribunal criminel de la Charente-Infrieure et le demeurera jusqu’en avril 1798, ayant t rlu ce poste en vendmiaire an IV, quelques jours avant l’vasion de Barre. Il sera lu au Conseil des Cinq Cents et, se trouvant prsider celui-ci lors du 18 brumaire, il appuiera le coup d’Etat de Bonaparte qui le fera snateur d’Angers, puis comte d’Empire en 1808. Lemercier se ralliera ensuite, successivement, Louis XVIII puis Louis-Philippe, ce qui lui permettra de siger sans interruption la Chambre des Pairs jusqu’ la rvolution de 1848. Il mourra au dbut de 1849, 94 ans.

Aprs Brumaire, un de ses compatriotes publia contre lui un pamphlet : bigot avec ostentation avant la Rvolution, il serait devenu ensuite le pire ennemi de la religion tout en conservant son ton insinuant et son air doucereux  ; son retour Saintes, sous Robespierre, il se familiarisa de plus en plus avec les individus qui composaient la tourbe rvolutionnaire de ces contres. (…) Le 9 thermidor (…) ne dconcerta pas notre camlon : toujours attentif prendre le ton et le langage de la faction dominante, il accueillit cette journe avec la mme allgresse que depuis il manifesta en apprenant les dsastreux attentats du 18 fructidor [le coup d’Etat des trois Directeurs, le 4 septembre 1797, contre les royalistes des Conseils]. (Dictionnaire des parlementaires)

[10Jacques Defermon, dput girondin. Sigeant au Comit de salut public partir de dcembre 1794, il fut particulirement en pointe dans la raction thermidorienne.

[11N en 1765, il dbuta dans le ngoce du vin, Bordeaux, avant d’tre nomm commissaire de la marine. Le 10 aot 1792, il fait partie de ceux qui attaquent les Tuileries. Rentr Bordeaux, not comme jacobin, il est emprisonn un moment aprs le 9 thermidor, puis entre dans le rang et vit bourgeoisement... dans un appartement des alles de Tourny (J.-P. Thomas, op. cit., p. 232).

[12Il y a videmment confusion avec la ville de Pons, traverse entre Saintes et Jonzac. Il s’agit probablement de Bourg sur Gironde

[13Il s’agit du chteau du Rousset, Samonac (Gironde), o tait n le prsident Louis-Ccile-Marie Campistron de Maniban (1748-1820). Celui-ci, qu’on croyait migr, s’tait en ralit rfugi Toulouse aprs avoir t arrt comme suspect Paris, au commencement de la Terreur, puis relch – grce Barre ? Ce domaine viticole se trouve au nord de Bourg ; aussi, lorsque l’on fait partir Barre vers le sud avant de rejoindre le Rousset, on a d songer djouer une poursuite. Quant au cousin de Vanderquand, il s’agit sans doute d’Arnaud Renaud, dsign comme l’un des intendants du Rousset dans Une paroisse du Bourgeais pendant la Rvolution (Emile Maufras, Revue catholique de Bordeaux, 1893) : la servante qu’a pouse le cur Vanderquand en 1793 se nommait Suzanne Renaud, native de Saint-Fort sur Gironde (L. Audiat, Deux victimes des septembriseurs, chap. 13, note 6).

Rechercher dans le site

Un conseil : Pour obtenir le meilleur résultat, mettez le mot ou les mots entre guillemets [exemple : "mot"]. Cette méthode vaut également pour tous les moteurs de recherche sur internet.