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1795 - Saintes : Nuit du 4 brumaire an IV (25 octobre) : Barère s’évade de l’Abbaye aux Dames

D 1er mars 2011     H 11:58     A Christian     C 0 messages A 870 LECTURES


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« Les administrateurs du district de Saintes informent le Conseil que Barère, détenu dans cette commune, a profité d’une nuit obscure pour échapper de sa prison ; en sautant par une fenêtre, il est tombé dans un enclos où l’on n’a pu le retrouver. On est maintenant à sa poursuite ; on a transmis son signalement aux différents corps de gendarmerie. » (Gazette nationale, séance du Conseil des Cinq Cents du 12 brumaire an IV - 3 novembre 1795)

Après Robespierre le 9 thermidor, c’est le tour de Barère, de Collot d’Herbois et de Billaud-Varenne d’être décrétés d’accusation, le 22 mars 1795. À la suite de l’insurrection du 12 germinal (1er avril), la Convention interrompt leur procès et décide qu’ils seront déportés en Guyane sans jugement. Manquant de peu d’être écharpés dans Paris, les voici embarqués chacun dans une berline pour l’île d’Oléron, d’où des bateaux séparés doivent les emmener à Cayenne. À chaque ville traversée, ils craignent le lynchage.

Des Mémoires de Bertrand Barère, rédigés à la fin de sa vie et publiés après sa mort (1841), nous extrayons le récit de ce trajet, de ses prisons, puis de sa fuite vers Bordeaux, où il se cachera jusqu’en 1799. On constatera un certain nombre d’inexactitudes de détail mais ces quelques pages donnent une idée du climat qui pouvait régner en Saintonge à la fin de la Convention : l’opinion y semble plus incertaine ou plus attentiste, et les « réacteurs » moins virulents qu’ailleurs, en particulier qu’aux marges de la Vendée. D’autre part, on voit se croiser à Saintes Pyrénéens fidèles, Anglais forcément perfides et élus plus ou moins bien disposés à l’égard de l’ancien rapporteur du Comité de salut public à la Convention.

Source : Mémoires de Barère, publiés par Hippolyte Carnot et David d’Angers, t. III, 1843, p. 18-54.

Bertrand Barère de Vieuzac (1755-1841)

Nous avions remarqué devant nous, depuis Orléans, un petit homme brun, figure sévère et décidée, qui allait à franc étrier, et qui ne nous précédait jamais que d’une poste. Il était remarquable par son costume : redingote grisâtre et bonnet de poil. Il s’arrêtait pour parler à tous les maîtres de poste et aux habitants qu’il rencontrait. Nous nous étonnâmes d’abord de trouver dans chaque ville ou gros bourg une espèce d’attroupement tout organisé pour notre réception. Ces attroupements étaient tantôt bruyants de curiosité seulement, et tantôt injurieux contre nous nominativement. Nous soupçonnâmes que ce coureur à franc étrier était le propagateur de ces émeutes sur notre route.

L’officier conducteur, en approchant de Poitiers, demanda à un maître de poste ce que lui avait dit le coureur à franc étrier. – Il nous a dit que les représentants déportés à Cayenne arrivaient, qu’ils avaient manqué d’être assassinés à Paris, à Orléans et à Tours, et qu’ils emportaient beaucoup d’argent pris au trésor public. – C’était bien le moyen d’exciter les mauvaises passions d’un peuple malheureux et sortant d’un hiver terrible et prolongé, sans travail et sans pain. Ce coureur nous précéda jusqu’à la Rochelle ; digne messager de l’aristocratie réactionnaire.

En arrivant à chaque relais, nous trouvions des attroupements plus ou moins grands, plus ou moins malveillants, selon l’esprit qui régnait dans la localité ; c’était l’ouvrage du coureur qui, heureusement pour nous, n’entra point dans la ville de Poitiers, parce que la poste relaye sur la route au bas de la ville. Messieurs les Poitevins, avertis trop tard sans doute de notre passage, descendaient des hauteurs de leur cité, quand nous partions. Tout ce voisinage de la Vendée ne pouvait pas nous être bien favorable.

Nous voilà donc sur la route de Niort. Arrivés le soir dans une méchante petite ville qui est à deux ou trois lieues de Niort, nous y fûmes assez bien accueillis. Un commissaire des guerres, dont je regrette d’avoir oublié le nom, était dans la même auberge. Il vint nous embrasser, prendre part à nos malheurs, et nous offrir tous les services qui pouvaient dépendre de lui. Il demanda à souper avec nous, ce que nos conducteurs virent avec plaisir, car ils s’intéressaient vraiment à nous ; ils se conduisaient plutôt en compagnons de voyage qu’en gardiens.

Nous voilà à table : c’était, depuis notre départ obligé de Paris, le premier repas que nous prenions un peu gaiement, et cela grâce au commissaire des guerres, excellent patriote, qui nous disait toujours : « cette réaction ne peut pas durer. Il y a en France trop de principes de liberté publique, un trop grand besoin de régularisations politiques pour que nous puissions vivre longtemps dans une anarchie aussi déplorable et aussi passionnée. »

Il se trompait sur le caractère national : il n’y a pas de situation, pas de forme politique qui ne dure en France, tant qu’elle a la force de son institution. Les abus mêmes y sont toujours en pleine vigueur, ils y sont célébrés, loués comme utiles et honorables, jusqu’à ce que, devenant excessifs, ils tombent. Ainsi, ce n’est point par l’effet des lumières, ce n’est point par la vertu publique, que les abus ou les excès sont renversés ou détruits ; mais bien par leurs propres vices, ou par la lassitude qu’ils font éprouver. En France, le mauvais ne tombe pas parce qu’il est mauvais, mais bien parce qu’il est usé.

Notre repas fut terminé par ce toast : Vive la France, vive la liberté. Après le souper, le commissaire des guerres, qui venait de Niort, nous apprit qu’un assez grand nombre de malveillants nous attendaient au passage, et qu’il était essentiel d’éviter de relayer à la poste de cette ville, pour ne pas leur donner le temps de nous insulter. — Mais comment donc l’éviter ? demandâmes-nous. — « J’ai organisé, nous dit-il, les moyens. Les voici : j’ai ici plusieurs équipages bien montés ; comme commissaire des guerres, je vais avertir les hommes du train d’artillerie ; nous aurons de bons chevaux pour les trois voitures. Ils partiront d’ici en doublant la poste, je me charge du choix des conducteurs. Veuillez vous en reposer entièrement sur moi. »

Nous nous séparâmes jusqu’au lendemain six heures du matin, après l’avoir bien remercié. En effet, de très-bonne heure nos voitures furent attelées, et en peu de temps nous tournâmes la ville de Niort, aux cris répétés de messieurs les Niortains : Arrête ! arrête ! Les postillons avaient le mot d’ordre. Ils allèrent plus vite et nous ne fûmes que poursuivis à toutes jambes par des forcenés qui auraient été bien mieux placés dans les rangs des Vendéens.

Avant d’arriver à La Rochelle, nous fûmes forcés d’attendre le retour des chevaux de la poste ; les voitures stationnèrent devant l’église de je ne sais quel bourg. On sortait de vêpres, c’était pendant les fêtes de Pâques [Pâques tombait le 5 avril en 1795], la multitude s’attroupa autour de nous, en voyant des gendarmes conduisant des prisonniers d’état à l’île d’Oléron ; c’est ainsi qu’un des habitants nous annonça. Cependant cet attroupement n’avait d’autre caractère qu’une impétuosité curieuse, rien de malveillant, rien d’injurieux. Au bout d’un gros quart d’heure, je vois venir un homme d’un certain âge et un jeune homme qui traversaient cette foule, et qui venaient vers les voitures stationnées, en disant avec un empressement dont nous ne connaissions pas encore les motifs : Où est Barère ? Quel est celui qu’on nomme Barère parmi ces députés ? En m’entendant nommer, je me crus désigné personnellement aux outrages qui, jusque-là, avaient été collectifs. Combien je me trompais ! ce bon père de famille, accompagné de son fils, me voyant à la portière de la voiture, d’où je lui criais d’un air sérieux et ferme : Que lui voulez-vous ? c’est moi ! me prend la main et veut monter sur le marchepied de la voiture pour m’embrasser. – Je n’ai pas l’honneur de vous connaître, lui dis-je. – Je suis Legendre, non pas celui de Paris, mais un des grands propriétaires de cette ville. Je n’ai qu’un fils, le voilà à mes côtés, il vous doit la vie. – Vous vous trompez, citoyen, je n’ai jamais eu l’honneur de vous voir. – Sans doute, me répond-il, je ne vous avais jamais vu ; mais c’est vous qui avez empêché, lors du décret de la réquisition des jeunes gens, qu’on ne la fît remonter à l’âge de seize ans, comme le voulaient Danton et plusieurs autres députés. Vous avez ainsi sauvé mon fils que voilà, et qui, grâce à Dieu, m’est conservé comme le bâton de ma vieillesse. Il n’avait alors que seize ans, il était le seul de cet âge dans cette commune ; aussi vous ne voyez dans cette foule immense que des femmes et des vieillards, tous les jeunes gens ont péri dans cette malheureuse guerre de la Vendée. » Mes collègues et nos conducteurs demeuraient étonnés de cette espèce de harangue inopinée. Aussitôt que le vieillard et son jeune fils m’eurent ainsi salué et touché plusieurs fois la main, en signe d’amitié et de reconnaissance, toute cette foule devint bienveillante.

C’est sous cet heureux auspice que nous partîmes pour La Rochelle, et, cette fois, nous fûmes du moins accompagnés par les vœux favorables d’une bonne population.

Nous nous y reposâmes deux jours pendant lesquels nous fûmes si tranquilles que nous aurions pu nous croire entièrement ignorés.

L’administration s’était occupée, d’après la demande de nos conducteurs, de mettre en réquisition un bateau léger, pour nous transporter à l’île d’Oléron qui est située à trente-six kilomètres de distance. On prit une mauvaise barque de pêcheur, dans laquelle nous fûmes pour ainsi dire entassés et assis sur de mauvaises planches en travers du bateau. Nous partîmes à cinq heures du matin. Il n’y eut cette fois ni spectateurs ni curieux qui assistassent à notre embarquement.

Deux matelots suffisaient pour ramer et conduire le gouvernail de cette misérable et étroite barque. Je ne crois pas que les administrateurs de la Rochelle se fussent beaucoup occupés de notre salut ou de notre heureuse navigation ; mais le temps était si beau, la mer si tranquille, que nous en fûmes quittes pour être extrêmement ballottés et couverts très-souvent par des lames d’eau. Je me rappelle que je lus, pendant cette traversée de huit heures consécutives, un volume de la traduction des Nuits d’Young, par Letourneur, et que mon livre et moi fûmes souvent inondés par des vagues qui se brisaient en l’air et quelquefois au-dessus de nos têtes.

Nous arrivâmes en vue de l’île d’Aix, principal lieu de réunion des forces maritimes de Rochefort. Nos deux mariniers nous indiquèrent au loin l’île de Rhé, à droite ; la tour élevée de Marennes et le clocher de Brouage, à gauche, sur ce qu’ils appelaient la grande terre ou continent français. Quelque temps après, nos matelots nous montrèrent le château de l’île d’Oléron qui domine ce côté de la mer au sud et à l’ouest. Voilà donc cette heureuse terre d’exil ; car c’est quelque chose que de ne plus respirer dans un pays couvert des fureurs aveugles et des passions hideuses des réactions politiques !

À peine à terre, trois canonniers, craignant peut-être quelque surprise, voulurent nous empêcher de passer, et ils ne nous le permirent qu’après avoir vu le décret de la Convention et les ordres du Comité de sûreté générale adressés à M. Walch, commandant du château de l’île d’Oléron. Après ces préliminaires, nous marchâmes pendant trois heures à travers des sables, des marais salins et des vignobles ; nous arrivâmes à la fin du jour chez M. le commandant du château. M. le commandant Walch nous fit servir à souper, ensuite ce fut lui qui nous conduisit, vers les dix heures du soir, à la citadelle où il nous assigna trois chambres, une pour chacun, avec une sentinelle à notre porte.

La fatigue me procura un sommeil profond.

M. le commandant Walch vint nous visiter le lendemain. Il nous dit qu’il n’avait aucun ordre relativement à notre subsistance ; que nous nous adresserions, comme les soldats et les officiers de la garnison, à la cantinière qui était à la porte près du pont-levis ; qu’elle nous fournirait, à nos propres frais, tout ce dont nous aurions besoin ; que, quant à lui, il avait ordre de nous donner la ration du soldat.

Ce fut de cette ration que nous vécûmes depuis le 20 germinal an III jusqu’au 15 prairial, même année [du 9 avril au 3 juin 1795]. Nos heureux collègues du Comité de sûreté générale qui, comme chacun sait, vivaient alors dans une grande abondance et qui étaient fêtés tous les jours chez les nobles et chez les grandes dames sorties de prison, présumaient que des républicains pourraient bien vivre avec de l’eau et un pain de munition, pain alors si grossier que nous y trouvions des fèves presque entières mêlées avec de la paille et de la mauvaise farine de légumes et non de blé.

Qu’on juge dans quelle pénurie j’étais, puisque mes deux malles remplies d’habits et de linge, déposées par M. Dominique de Merville [1] au Comité de sûreté générale depuis le 15 germinal [4 avril], y restèrent constamment sans être envoyées à mon adresse dans l’île d’Oléron. Dans le système des membres du Comité de sûreté générale, nous étions censés n’avoir besoin de rien, pas même de la vie ; et en prudents héritiers, ils gardaient, eux ou leurs employés, tout notre mobilier.

Ce n’est qu’à force d’importunités, à force de lettres écrites à M. de Merville et au Comité de sûreté générale, que j’obtins une seule de ces malles qui me fut envoyée au mois de messidor [fin juin-début juillet] dans les prisons de Saintes, où j’avais été traduit en vertu d’un nouveau décret sollicité par mes persécuteurs.

Il ne me restait dans l’île d’Oléron, que les vêtements et le linge que j’avais sur le corps. Je dus me pourvoir de ce dont j’avais le plus urgent besoin. Ces Messieurs de Paris, ou leurs honnêtes agents, qui dans la journée du 13 germinal [2 avril] m’avaient accompagné en hurlant autour de ma voiture, avaient jugé convenable de la piller ; et à peine l’avais-je quittée pour entrer dans le vestibule de l’hôtel, qu’il n’y restait plus rien de ce qu’elle renfermait. Mon nécessaire, un peu d’argenterie, ma montre, tout ce que j’avais de livres précieux et de linge, ou vêtements pour la route, tout fut pillé en un instant. On dirait que les proscrits et ce qu’ils possèdent appartiennent de droit aux premiers occupants. Et tout cela s’est passé dans le meilleur des mondes possibles, chez le peuple le plus civilisé de la terre, dans la ville la plus aimable et sous les yeux de la société la plus polie qu’il y ait en Europe. Je me consolais de tous ces événements malheureux, en lisant tantôt Young, et tantôt Voltaire ; si l’un m’attristait et me consolait par la peinture des tombeaux, et par la morale de la religion, l’autre m’étourdissait sur les maux de la vie, avec sa philosophie gaie et avec ses maximes spirituelles, dont une surtout m’a beaucoup servi. La voici : Il faut badiner avec la vie, elle n’est guère bonne qu’à cela.

Il y avait dans la ville un garde-magasin fort patriote et fort instruit ; il avait une petite bibliothèque bien choisie. Il me fit proposer par un jeune sous-officier très-bien élevé, appelé Collin, de me prêter quelques volumes d’Young.

Le principal objet de mes méditations n’était point la perte du pouvoir, l’absence de la tribune, le déni de justice politique, et l’ingratitude de mes collègues et des Français. Je trouvais tout cela dans l’histoire ancienne et moderne, elle n’est et ne sera jamais qu’une suite de révolutions, de passions et d’injustices ; mais je pensais profondément à ce caractère national, léger, inattentif, égoïste, insensible, indépendant avec une pente naturelle à la servitude, et esclave par civilisation, avec un fond d’instinct de liberté.
Je pensais surtout aux dangers que courront toujours, chez les Français, les hommes de bien, les bons patriotes, les ministres vertueux et les représentants éclairés qui oseront vouloir le bien de la France et réformer ses abus.

Avec le peuple français, il ne faut que calomnier les hommes utiles pour les perdre sans retour. Ces Français de Paris surtout sont d’un tel acabit, d’une telle insouciance, d’un tel égoïsme, qu’avec des pamphlets et des journaux ils se perdraient et proscriraient dans six mois tous les grands hommes de Plutarque, si la nature était assez barbare et assez prodigue pour leur en faire présent.
(...)

Me voilà donc au milieu de l’Océan, confiné dans une île, ayant perdu tous les droits de l’état social pour l’avoir trop bien défendu. Me voilà, traînant dans un château fort les restes d’une existence consacrée à la patrie, usée dans les travaux de sa défense et de sa législation, flétrie dans les angoisses d’une accusation capitale et calomnieuse, et à qui il ne reste pas même l’espérance d’une réparation solennellement obtenue de mon vivant.

Est-ce donc à la calomnie qu’il appartient de prononcer sur la conduite des hommes condamnés à gouverner ou à représenter la nation ? est-ce au hasard et à l’avenir qu’il appartient seul de les venger ?..............................

Ces tristes réflexions m’ont occupé longtemps dans la prison d’état de l’île d’Oléron. Le lecteur de ces Mémoires trouvera peut-être ces pensées importunes et ces espérances chimériques ; mais qu’il pense du moins qu’en les écrivant j’ai soulagé mon cœur d’un grand poids, et qu’en songeant à l’impartiale et consolante justice de la postérité, j’ai oublié mes calomniateurs et n’ai pas senti le mal que mes ennemis ont voulu me faire.


Mars 1795. — Prison d’état à Oléron. — Prison à Saintes.
Renfermé depuis le mois de mars [avril, en fait] dans le château de l’île d’Oléron, il ne m’était permis ni de communiquer avec les officiers et soldats qui étaient en garnison, ni avec les externes et habitants de la ville.

J’obtins, ainsi que mes deux collègues, la permission du commandant de me promener sur les remparts. Je voyais la mer, ses navigateurs, ses orages ; j’apercevais les vaisseaux français de l’île d’Aix, et je découvrais de loin les deux fameux pertuis ou passages de Mannuisson [Maumusson] et d’Antioche, où croisaient de temps en temps des frégates anglaises, menaçant ou effrayant les habitants de l’île d’Oléron.

Je ne jouis pas longtemps de ces avantages : deux jeunes officiers du génie, que j’aurais bien reconnus pour des réacteurs à la réception presque insultante qu’ils nous firent un jour sur les remparts, adressèrent des remontrances au commandant Walch, sur les dangers de laisser ainsi les trois conventionnels se promener le long des batteries du château et en observer à leur aise les fortifications. Le commandant vint bientôt après, craignant, nous dit-il, les dénonciations de ces messieurs du génie, nous engager à nous abstenir de la promenade ordinaire sur les remparts et à nous contenter de la promenade à une heure après-midi, sur la place où se faisait l’exercice de la troupe. Il fallut bien s’en contenter. Je sortais presque toujours seul pour jouir de la promenade. Deux officiers venaient ordinairement m’apporter alors le Moniteur et les autres journaux qui nous diffamaient à la journée. Ces braves officiers paraissaient indignés du traitement qu’on nous infligeait ; mais nous leur apprîmes que c’était l’usage établi à Paris d’opprimer les malheureux et de diffamer les proscrits.

Bientôt les événements violents du 1er prairial [2] parvinrent jusqu’à nous par les journaux et eurent pour nous les effets les plus sinistres. Nous fûmes plus étroitement renfermés dans nos chambres ; et il n’y eut plus pour moi ni repos ni promenade, parce que les journaux de Paris exaspéraient les esprits dans notre petite ville.

Au milieu de ces contrariétés, la Providence sembla venir à mon secours d’une manière singulière. Il y avait dans la ville un vieux batelier natif d’Auch, et qui avait été pour cause de maladie aux eaux de Barèges plusieurs fois. Il avait souvent entendu parler de moi et de ma famille. En entendant prononcer mon nom par les habitants de la ville, et me sachant prisonnier au château, il demanda à M. le commandant Walch la permission de me voir comme étant mon compatriote. Heureusement le bon batelier était le messager maritime de la ville et du commandant. Il portait les effets et la correspondance à la Rochelle chaque semaine, et rapportait les lettres de la poste et les approvisionnements.

Quel fut mon étonnement de voir arriver dans ma petite chambre, avec un soldat de faction, ce bon vieillard ! Le soldat alla prendre son poste à la porte de la chambre, et j’entamai conversation avec ce bon batelier à qui je demandai les motifs de sa visite. Voici sa réponse naïve et pleine de dévouement.

« Je suis natif du département du Gers, j’ai longtemps habité Auch, ma patrie. Ensuite, étant devenu marin, je me suis marié dans l’île d’Oléron, où je me suis établi, dans la ville du château, batelier public ou messager maritime des habitants. Je vais faire un voyage à la Rochelle chaque semaine. Si vous avez besoin de quelque chose de cette ville, je vous offre mes services.
Mais, lui dis-je, à quoi puis-je devoir vos offres obligeantes et l’intérêt que vous paraissez prendre à un malheureux ? — Vous êtes malheureux et mon compatriote : cela me suffit. D’ailleurs, dans l’île on dit du bien de vous, et vous avez parmi les habitants de la ville plus d’amis que vous ne pouvez l’imaginer. J’ai appris par la femme qui reste à la porte de la citadelle, votre cantinière, que vous êtes fort maltraités et que vous manquez du nécessaire. — Il est vrai, lui répondis-je, que les Comités de la Convention ont donné l’ordre généreux de ne nous fournir que la ration des simples soldats, c’est-à-dire un pain de munition où il y a des fèves et de la paille. Avec cela on nous donne de l’eau à discrétion. De temps en temps je demande à la cantinière de son pain de ménage que nous lui payons, ainsi que quelques douzaines d’huîtres avec une tasse de lait ; cela me soutient et ne m’empoisonne pas.

– Je savais tout cela, me dit le bon marinier d’Auch, et j’ai prévu vos besoins ; comme je suis l’agent maritime de la garnison et du commandant, on ne m’a point fouillé ; je vous apporte sous cette grosse redingote un pain de trois livres fait de fleur de froment par notre ménagère. Ma femme a voulu aussi que je vous apporte une petite provision de ce bon biscuit de mer, dont j’ai rempli mes poches. Tenez, mettez-les en lieu sûr, je reviendrai deux fois par semaine rafraîchir votre petit approvisionnement. Si vous voulez écrire à la grande terre (c’est ainsi qu’à Oléron on appelle le continent français), je me chargerai de vos lettres que je jetterai à la poste à la Rochelle. — Je me hâtai d’écrire une lettre à mon frère que j’aime tant, et qui devait avoir bien de l’inquiétude sur mon sort. J’écrivis également une autre lettre à un de mes cousins du même nom, qui était lieutenant de vaisseau à Rochefort. Je remerciai bien cordialement le vieux messager, et je rêvai son retour avant même qu’il fût sorti de ma chambre, tant son bon cœur et son dévouement avaient porté de consolation et d’espérance à mon cœur.

Mais les choses avaient étrangement changé autour de moi en un instant. Des ordres secrets et pressants étaient arrivés à Rochefort pour préparer un bâtiment qui devait conduire mes deux collègues à la Guiane. Ces ordres furent exécutés avec une promptitude qui me laissa à peine le temps de serrer la main à mes collègues, très étonnés de ce qu’on me laissait seul à l’île d’Oléron, sans être déporté comme eux [26 mai 1795 ?]. « Je crois bien, me dit Collot d’Herbois, que tu as des amis à la Convention et que cette mesure ne te regarde point. » Je ne pouvais croire à la prétendue amitié de ces Conventionnels, tellement réacteurs, que le farouche gouvernement des trois inquisiteurs de Venise eût passé auprès d’eux pour un gouvernement angélique.

Resté seul dans cette prison du château d’Oléron, livré à la plus triste solitude, je lisais et j’invoquais la Providence, seul appui des infortunés et des innocents persécutés.

Ce jeune sous-officier du nom de Collin, dont j’ai parlé déjà, ne se démentit pas ; il passait avec moi de tristes soirées. Il m’apportait des livres, du pain ; il m’offrit même ses économies. Je le remerciai et le priai seulement de m’apporter un paquet d’opium, car je ne pouvais dormir. Il me promit de revenir bientôt ; mais il passa trois jours sans paraître. Je ne savais à quel motif attribuer cette absence, bien longue pour un prisonnier. Lorsqu’il revint, il allégua des travaux de son service et me dit qu’il n’avait pu aller en ville chez le pharmacien... J’insistai ; il m’avoua alors qu’il ne pouvait pas sortir du château. Un nouvel incident termina ses visites et mes demandes. M. le commandant Walch vint dans les premiers jours de prairial [le 1er prairial an III correspond au 20 mai 1795] m’annoncer qu’un huissier de Saintes et quatre gendarmes venaient d’arriver de Marennes pour me transférer, par ordre de la Convention et du tribunal criminel de Saintes, dans les prisons de cette ville. En effet, une heure après la visite du commandant, l’huissier et les quatre gendarmes vinrent me chercher pour me conduire dans les prisons criminelles de Saintes. On me fit passer par des souterrains du château obscurs et infects, qui menaient par une petite porte aux bords de la mer. J’entrai avec mes conducteurs armés dans une barque, et, à travers une mer très houleuse, nous arrivâmes à la grande terre après une heure de navigation pénible. Mais mon cœur était calme, et mes gardiens ne purent s’empêcher de me témoigner quelque intérêt.

Arrivés à l’autre bord, je fus obligé de faire une ou deux lieues à pied au milieu des gendarmes jusqu’à la ville de Marennes, dont on aperçoit de loin la haute tour carrée, bâtie, dit-on, par les Anglais. Entré dans Marennes avec ce cortège de force armée et un huissier, je vis aussitôt les habitants se rassembler, se grouper autour de moi, mais sans témoigner aucune mauvaise intention, ni proférer aucune parole offensante.

Je soupai avec mes tristes acolytes ; il me tardait d’être au lendemain pour retrouver le repos des prisons, que je préférais à cette activité et à cette agitation de la curiosité publique qui environne les accusés ou les prisonniers. Pendant que je me couchais, l’huissier cherchait une mauvaise voiture comme on en trouve dans une petite ville, afin de me transporter plus vite à Saintes ; il m’était impossible de continuer à marcher.

Dès cinq heures du matin, les curieux de Marennes entourèrent l’auberge, cernèrent la voiture, et je partis accompagné de l’huissier du tribunal criminel et de quatre gendarmes. J’arrivai le soir à Saintes, où je fus de nouveau l’objet de la curiosité publique ; enfin j’entrai sous le vestibule obscur de l’ancienne abbaye située dans le faubourg de Saintes, et qui avait été changée en prison. Je fus conduit dans la chambre du geôlier, appelé M. Fédy, homme excellent, plein d’intérêt pour les malheureux, et qui me plaça sous sa garde personnelle dans une grande chambre à trois lits, où habitaient sa femme et trois enfants en bas âge. Je prenais mes repas avec lui, et j’avais plus de sécurité pour ma vie comme pour ma nourriture. Je ne saurais donner assez d’éloges à la conduite honnête, modérée et pleine d’intérêt de ce bon concierge, qui me donnait tous les adoucissements que son devoir lui permettait d’apporter à mon état d’isolement et de captivité. Je lui remis en dépôt le peu d’effets que j’avais, ma montre, un peu d’argenterie, une boîte d’or, du linge et des habits. Plusieurs mois s’écoulèrent ainsi jusqu’au 5 brumaire an III [3] , époque de ma sortie, dont je parlerai plus loin.

Dans les premiers jours de ma captivité à Saintes, les royalistes essayèrent de me tourmenter en faisant arriver jusqu’à moi les bruits les plus sinistres et les diffamations les plus atroces. Puis ils m’envoyèrent les journaux de Perlet, qui était alors l’organe le plus violent de la réaction et qui ne rêvait que supplices et vengeances. Je les lisais et je les renvoyais froidement : cela parut désappointer ces messieurs. Ils placèrent alors à la porte de ma chambre le fils d’un huissier de Saintes, âgé de dix-neuf ans, qui avait une très-jolie voix, mais qui l’employait à me chanter pendant une heure tous les matins le Réveil du peuple [4] , déclamé plutôt que chanté avec une violence et une fureur enthousiastes. Il se lassa de chanter son Réveil, et je commençais à jouir d’un peu de calme, lorsque les officiers municipaux vinrent me signifier que, répondant de moi, ils ne pouvaient plus me permettre de me promener ni dans le jardin de la prison, ni dans un long dortoir de cet ancien couvent dont l’extrémité donnait sur les belles campagnes de la Saintonge. Ma promenade fut supprimée comme elle l’avait été au château de l’île d’Oléron.

Cependant je ne pouvais me passer de mouvement et j’avais un besoin extrême de faire diversion à ce chant lugubre et profond des prisonniers, et au bruit des fers, des verrous et des plaintes de tant de malheureux qui encombraient la prison de Saintes, à cause du passage fréquent des condamnés aux galères de Rochefort. Je priai donc le concierge, M. Fédy, de parler en ma faveur aux officiers municipaux les plus capables de concilier mon désir avec leur responsabilité. Il en trouva deux extrêmement honnêtes et qui consentirent à quitter leurs travaux et leur commerce pour venir m’accompagner eux-mêmes pendant mes courtes promenades dans le dortoir de la prison. Puissent-ils un jour trouver ici les expressions de ma sincère reconnaissance ! Leur obligeance constante me fit oublier pendant quelques mois ma fâcheuse position, et ma santé, déjà si fort altérée par le régime de l’île d’Oléron, se rétablit un peu.

Vers cette époque, j’éprouvai un grand bonheur, celui de revoir et d’embrasser mon frère, que j’ai toujours tant aimé et qui me rappelle si fort les traits chéris de mon père. Jean-Pierre [5] était venu à travers les violentes et atroces réactions de Bordeaux. Il y avait été protégé par le courage du général Darnaud, de Bagnères, qui y commandait alors. Deux frères qui se revoient, deux amis qui se retrouvent après de longs malheurs et une longue absence, éprouvent un tel bonheur que les prisons les plus affreuses se changent subitement en palais somptueux. En embrassant Jean-Pierre, mon cœur tressaillit de joie ; nos larmes se confondirent au milieu de nos embrassements, et j’oubliai un instant que j’étais la victime du despotisme réactionnaire de cette Convention à laquelle j’avais prodigué ma vie, mes veilles, mes travaux.

Pendant que j’étais en prison, M. Prunier, représentant envoyé dans le département de la Charente [6], vint y sonder l’opinion publique. Comme il y avait un très-grand nombre de patriotes à Saintes, il fut convaincu que les réacteurs de la Convention ne parviendraient pas facilement à y trouver de vils et barbares instruments de leur injustice et de leurs vengeances.

Mais, ce qui était bien plus dangereux que les représentants en mission, c’étaient les agents secrets de l’Angleterre, qui soldait la réaction à Paris et organisait en même temps les mouvements populaires dirigés contre la Convention. Elle avait envoyé des émissaires dans les divers départements de la France où il fallait des victimes pour le gouvernement anglais. Deux de ces agents étaient venus à Saintes, afin d’y exciter la diffamation et la plainte publique contre moi et de disposer les esprits à une émeute dans la prison ou à un jugement inique devant le tribunal criminel.

Voici comment cette trame anglicane se découvrit. Mon frère était logé dans la ville à la grande auberge, où il y avait une table d’hôte très-nombreuse. Un jour, les deux commissaires anglais se présentent et se mêlent aux convives ; ils ne connaissaient pas mon frère, et ils ignoraient qu’il y eût à cette table quelqu’un qui pût prendre mon parti. Les deux Anglais, dont l’un était professeur de sa langue à l’école de marine de Rochefort, amenèrent la conversation sur moi. Ils s’étonnaient de ce que je n’étais pas jugé et condamné depuis longtemps ; ils répétaient ce que les journaux de Paris avaient publié de mensonges et de calomnies depuis trois mois. Enfin, ces deux délateurs, avec leur jargon anglais, finirent par indigner les convives. On connaît l’espèce d’acharnement barbare et d’opiniâtreté cruelle qui caractérise les espions et les agents britanniques lancés dans tous les pays. Mon frère fut le premier à les attaquer en leur disant que, pour des étrangers, ils prenaient un intérêt bien vif aux affaires qui n’intéressaient que les Français, et qu’ils paraissaient n’être que les échos des factions ou les agents de leur gouvernement. Cela commença à les troubler un peu dans leur projet d’influencer l’opinion publique à Saintes. Ils se rassurèrent néanmoins en voyant qu’un seul des convives me défendait, et ils se retranchèrent dans des généralités et dans les bruits répandus par les journaux. Aussitôt un brave homme, connu par ses lumières, sa probité et son patriotisme sage et pur, le procureur général du département [7], qui dînait là habituellement, interpella hautement les deux Anglais sur leur qualité et le genre d’intérêt qu’ils pouvaient prendre au jugement d’un accusé par la Convention ; accusé qui n’avait rien de commun ni avec eux, ni avec leur gouvernement. Il leur dit, qu’en qualité de premier magistrat du département, il les engageait à se taire, à ne pas venir porter la diffamation et aigrir les accusations dans un pays tranquille ; qu’il écrirait à Rochefort aux administrateurs et aux chefs de la marine pour s’informer des principes et de la conduite du professeur anglais et de l’agent qui l’accompagnait.

Ils ne tardèrent pas à quitter Saintes tous les deux, et ce départ subit éclaira une foule de citoyens qui restèrent convaincus des intrigues que les réacteurs de Paris et les agents de Londres fomentaient pour perdre en France les meilleurs citoyens.

Il y avait aussi dans l’administration du district un excellent homme, nommé Eutrope Vanderkand, descendant d’une famille hollandaise réfugiée et depuis longtemps établie dans un bourg près de Saintes [8]. Cette famille des Vanderkand était toute patriote ; l’un des frères, l’aîné de la famille, était un ancien professeur de belles-lettres très instruit et digne, par ses lumières comme par son courage patriotique, d’être un citoyen d’Athènes ou de Rome. Les deux frères demandèrent à me visiter ; l’aîné demeurait dans les dépendances de l’abbaye convertie en prison. Je reçus d’eux toutes les consolations dont un patriote malheureux peut avoir besoin ; ils m’offrirent de l’argent, des vêtements, des secours de tout genre. Ils me prêtèrent une collection du Moniteur qui me servit à écrire un compte rendu à mes commettants de ma conduite politique et civile dans l’Assemblée constituante et à la Convention nationale...

J’ai remis à mon frère les travaux que j’ai faits à ce sujet dans ma prison ; le temps m’a manqué pour les rendre complets.

Il y avait longtemps que j’avais demandé aux Comités de la Convention d’envoyer au tribunal criminel de Saintes mon acte d’accusation, plus facile à établir dans des journaux calomniateurs et salariés que devant un tribunal juste et impartial. Jamais les Comités ne répondirent. Je m’adressai au président du tribunal criminel qui avait été mon collègue à l’Assemblée constituante (M. Le Mercier) [9], afin qu’il écrivît, lui aussi, aux deux Comités du gouvernement. Il fut froid, indifférent à ma situation ; il ne me fit rien répondre, et je languis jusqu’à la fin de la Convention nationale, sans accusation, sans réponse, sans intérêt, sans justice.

Mon frère fut obligé de partir, et il me semblait que je ne devais plus revoir ce frère si chéri et si courageux. Je l’embrassai avec des larmes, et je me vouai de nouveau au seul soutien des infortunés, la Providence.

Ma confiance en elle était juste : un jour que j’étais livré aux plus tristes pensées sur l’iniquité des hommes et l’impuissance des innocents, je vois entrer dans la prison plusieurs officiers, et à leur suite, des soldats qui portaient un drapeau presque en loques. Le concierge m’apprend subitement que c’est le bataillon des Hautes-Pyrénées qui, en passant de l’armée des Pyrénées occidentales dans la Vendée, a voulu me rendre hommage, quoique je fusse proscrit, et me saluer avec le même drapeau que je lui avais donné à Tarbes, en 1792, et qu’il avait religieusement conservé au milieu des combats les plus opiniâtres contre les Espagnols.

Le chef de bataillon était un ami du capitaine, M. Marausin [Maransin], de Lourdes, qui depuis a acquis par sa brillante bravoure le grade d’officier général.

Je répondis avec enthousiasme à ces braves.
Les officiers m’offrirent de me délivrer et de m’emmener avec eux, mais je refusai leurs propositions.

Après cette visite des braves Pyrénéens, on m’écrivit de Paris que j’allais être rappelé à la Convention, et dans cet espoir inattendu, je rédigeai la note que voici :

Un décret rendu au milieu des orages politiques m’a déporté le 12 germinal an III [1er avril 1795] ; — un autre décret rendu le 5 prairial suivant [24 mai], m’a décrété d’accusation.

Je suis transféré d’une citadelle dans des prisons ; j’étais au milieu d’une garnison militaire, je suis au milieu des hommes condamnés pour des crimes ou accusés de vol.

On ne me met pas en jugement : on dit que je serai rappelé au sein de la plus belle assemblée de l’univers.

On me fait espérer un rappel prochain. Ah ! je sens dans mon cœur que je pourrais encore servir ma patrie ; et, sans avoir l’orgueil de me comparer aux hommes célèbres de l’antiquité, ne pourrais-je citer l’exemple des Grecs et des Romains ? Aristide était frappé d’ostracisme, et les Athéniens ne craignirent pas de le rappeler et d’expier leur injustice.

Camille fut exilé ; Camille fut aussi rappelé pour sauver Rome des Gaulois, et il sauva Rome.

Cicéron exilé est rappelé à Rome, et une médaille le présente à ses concitoyens comme le père de la patrie. Je ne suis, moi, qu’un enfant de la France ; mais j’ai aussi une patrie à aimer, à servir et à défendre. Que ne puis-je dans ce moment, où les perfides Anglais menacent d’exécuter sur nos côtes de Bretagne une forte descente, revenir encore à cette tribune d’où je dénonçais au monde entier les crimes du gouvernement britannique ! Furieux de voir la République française près de recevoir et d’accepter une constitution sage avec les bienfaits de la paix, avec les richesses d’une moisson abondante et avec des plans régénérateurs de ses finances, ils veulent tenter de donner à la France de nouvelles secousses ; au peuple, des troubles et la famine ; à la liberté, des convulsions ; à l’égalité, des ennemis nombreux ; et aux rebelles de la Vendée, des auxiliaires, des munitions et des armes parricides.

Ah ! pourquoi ne puis-je, du haut de la tribune, exciter de nouveau les braves défenseurs de la patrie contre ces lâches royalistes de Londres ? Serions-nous donc moins généreux, moins justes que les anciennes républiques, et faut-il flétrir et annuler dans des cachots un citoyen, un représentant qui pourrait être encore utile et qui fut toujours fidèle à la France et à la liberté ? 18 messidor an III (6 juillet 1795). [— Prison de Saintes.]

Dès que le 13 vendémiaire eut donné violemment une sorte de triomphe à quelques patriotes de la Convention, les intrigants et les réactionnaires s’empressèrent de me ravir les avantages que les patriotes incarcérés venaient de retirer de cette journée. M. de Fermon [10] se hâta le lendemain proposer qu’au lieu de me faire juger, comme l’avait ordonné la Convention, par un décret des premiers jours de prairial, il fallait au contraire le rétracter et revenir au précédent décret de déportation du 12 germinal. Ce nouveau genre de justice, qui tantôt refuse le jugement légal, et tantôt rappelle une déportation arbitraire, trouva des partisans dans cette Convention qui depuis longtemps ne connaissait rien du juste ou de l’injuste. Les passions dures et sourdes de la réaction avaient fermé tous les cœurs et toutes les oreilles aux cris des malheureux et à l’invocation de la morale et de la justice.

Un nouveau décret ordonna donc ma déportation. J’en eus connaissance dans ma prison, et ce même jour je vis arriver à moi trois amis courageux partis de Bordeaux en apprenant ce nouvel acte d’oppression et de tyrannie, qui les indigna au point de prendre la résolution de venir m’arracher à cette atroce proscription.

Ce furent mon cousin Hector Barère [11], inspecteur de la marine à Bordeaux, un négociant et un jeune homme de vingt ans nommé F… qui arrivèrent à marches forcées à Saintes. Le troisième laissa à ma disposition son cheval à l’auberge de Saintes ; mon cousin et mon ami bien montés attendirent le moment où il me serait possible de tromper la vigilance des gardiens. Mon cousin, qui avait une âme de feu et un courage de lion, proposa d’abord de me faire sortir avec lui, soit de force, soit déguisé. Je résistai à toute idée d’évasion tant que je serais censé être à mon poste ; malgré l’évidence de l’injustice qui me détenait en prison, j’exigeai de mes libérateurs qu’ils me laisseraient prisonnier jusqu’au 5 brumaire an III, époque de la dissolution de la Convention. Le jour où cette assemblée finissait sa session, je n’étais plus représentant, je rentrais dans le droit naturel et je reprenais ma liberté par tous les moyens qui étaient en mon pouvoir.... Mes deux amis improuvaient cette résolution et craignaient que le moindre retard ne devînt funeste. Le lendemain (c’était dans les quatre premiers jours de brumaire an III [an IV en réalité]) mon cousin Hector revint à la charge, m’apportant sous sa redingote une longue échelle de corde pour m’échapper par-dessus les murs du jardin, ou par l’extrémité du dortoir dont j’ai déjà parlé ; mais le jardin était éloigné et le dortoir était fermé. J’ajournai ma fuite à la nuit du 4, et les messieurs Vanderkand, ces amis fidèles, préparèrent avec autant d’habileté que de discrétion ma sortie par le cloître et par le jardin du couvent qui se trouvait devant leur habitation. M. Vanderkand l’aîné vint me prévenir, à huit heures du soir, de me tenir prêt à sortir à dix heures et demie, à un signal donné, pendant que la famille du concierge me croirait couché suivant l’habitude.

Pendant ce temps, M. Vanderkand cadet, administrateur du District, avait loué quelques-uns de ces bateaux pêcheurs qui sont sur la Charente en face du village de Colcourré [Courcoury] où habitait sa famille. L’aîné me fournissait à Saintes le moyen de sortir de l’enceinte de la prison ; et le cadet m’attendait, déguisé en batelier avec deux de ses amis, pour me faire traverser la Charente ; sur la rive opposée trois chevaux nous attendaient. Vers onze heures j’entendis le signal donné par un brave homme que je ne puis nommer, mais dont le nom est écrit dans mon cœur. Je le suivis, et j’arrivai dans le jardin, où M. Vanderkand l’aîné vint m’ouvrir une porte qui donnait sur la campagne. Mon cousin Hector et mon bon ami M. Vanderkand se trouvaient là ; ils me prirent avec eux, et nous traversâmes rapidement la vaste prairie qui joint la ville à la Charente. M. Vanderkand cadet m’embrassa et me conduisit sur son bateau ; son visage me parut plein de joie, je l’embrassai de nouveau et nous montâmes à cheval.

Nous traversâmes pendant toute la nuit cette partie de la Saintonge qui mène dans les défilés de Jonzac, et ensuite dans les bois et les landes qui avoisinent la ville de Montendre. Nous nous reposâmes une demi-heure dans une belle vallée avant d’arriver à Jonzac ; là nous nous écartâmes à quelques pas de la route pour faire manger l’avoine à nos chevaux qui avaient couru toute la nuit.

Placés derrière une longue haie, à cinq heures du matin, nous entendions de tous côtés les cris des laboureurs excitant leurs bœufs au travail. Au sortir du calme profond d’une prison, j’étais comme effrayé de ces cris répétés dans toute la campagne. Nous remontâmes à cheval, et nous voilà marchant vers les bois et les landes de Montendre. Nous arrivâmes le soir, à travers champs, par une nuit nébuleuse, dans une auberge de village. Je me trouvai mal en descendant de cheval, et on me transporta sur un lit. Je crois que la fatigue de vingt-quatre heures d’une marche presque continue contribua à cet évanouissement, autant que le plaisir de trouver asile et repos après tant de captivité, de dangers et d’agitation.

Je n’ai de ma vie passé une nuit plus calme et plus heureuse : c’était la première fois depuis huit mois que je ne couchais plus en prison, et que je respirais librement ; il me semblait que je recommençais la vie.

A cinq heures du matin, mes deux amis laissèrent leurs chevaux dans cette auberge et me conduisirent à une petite lieue, aux environs de la petite ville de Pont [12], placée sur les bords de la Dordogne, à l’entrée du bec d’Ambez. Mes deux amis me laissèrent seul sur la route. Je les vis bientôt revenir avec un habitant de Pont, qui était le cousin de M. Vanderkand, et qui me dit obligeamment : « Je vais vous conduire dans un château dont je suis le fermier, et où vous serez bien reçu par mon associé. »

Nous nous acheminâmes tous quatre vers une colline assez élevée au sud de la ville de Pont, et, par des chemins de traverse, nous arrivâmes, à huit heures du matin, dans un vieux château situé au milieu d’un immense clos de vignobles. Nous fûmes accueillis très-cordialement.

C’est avec un profond regret que je vis partir mes deux amis, mes deux libérateurs. J’étais comme abandonné à ma destinée, et en butte aux recherches de la gendarmerie de la Charente-Inférieure et des districts voisins. Le bon fermier m’installa dans la grande salle du château, ornée de tapisseries de cuir doré et d’un lit immense couvert d’étoffes damassées qui dataient au moins de François Ier ou de Henri II. Un peu remis de ma fatigue par quelques heures de sommeil, j’allai dîner dans les bâtiments qu’habitait le fermier. Il avait une fille unique qui faisait sa cuisine, et des domestiques mâles pour soigner les vignes et la cave du château. Je donnai au fermier quelques assignats pour faire acheter la provision de viande et de vin dans la ville voisine. Son associé, le cousin de M. Vanderkand, veillait sur moi, épiait les mouvements de la gendarmerie de Pont, et m’envoyait les lettres que M. Vanderkand et Hector m’écrivaient de Bordeaux, pour m’apprendre l’état de l’esprit public et le degré de sûreté que je pourrais trouver dans cette ville, aussitôt que je serais forcé de sortir de mon asile.

J’avais dans ma poche quelques volumes de Voltaire et des moralistes anciens : les premiers servaient à me distraire ; les seconds, à me donner cette fermeté d’âme et cette constance de caractère nécessaires pour supporter l’infortune et l’exil. Mais parfois j’étais fatigué de lire et de penser ; je me résolus à prendre un fusil du fermier avec son attirail de chasse et à parcourir ainsi, la moitié de la journée, les vignes et les bois. — Je ne rentrais que pour les repas et j’attendais la nuit pour me retirer au château.
(...)

Au bout de quinze jours la place n’était plus tenable pour moi, je m’y ennuyais profondément ; mais ce qui était encore plus décisif, c’est que la gendarmerie de Pont avait reçu de Saintes mon signalement et l’ordre de m’arrêter. L’associé du fermier, le cousin de mon ami Vanderkand et qui habitait Pont, l’avait appris ; il s’empressa de m’écrire que le lendemain, vers six heures du soir, il m’enverrait un matelot pour me conduire à bord d’un bateau qu’il avait frété pour cent écus (assignats).

En effet, le lendemain j’étais prêt à partir et à me hasarder à toute navigation qui pouvait me conduire dans le port de Bordeaux pendant la nuit. Je chargeai ce matelot du peu d’effets que j’avais réunis dans une petite valise, je pris congé à regret de mon excellent hôte. Avant de partir je lui demandai à qui appartenait ce château abandonné, et quel nom il portait : c’est, me dit-il, le château et le domaine de madame de Campistron de Maniban [13], dont le fils était président à mortier au parlement de Toulouse. « Ce nom m’est connu, lui dis-je, j’ai rendu service au maître de ce château. Un bienfait n’est donc jamais perdu.... » A ces mots, je sautai au cou de mon hôte, je lui remboursai ma dépense de quinze jours, et je promis de lui témoigner ma reconnaissance dès que je le pourrais.

Me voilà donc avec un matelot inconnu, parcourant les champs et arrivant à l’entrée de la nuit sur les bords de ce grand bassin appelé le bec d’Ambez. Le terrain y est très-élevé, la rivière était basse, et il fallut descendre à travers des rochers pour aller trouver l’embarcation. Là un autre matelot m’attendait ; ils étaient tous les deux accoutumés à recevoir et à passer de malheureux émigrés. Ils me crurent de cette classe de proscrits, et me comblèrent d’égards ; nous partîmes, la mer était calme, nous n’avancions pas malgré les efforts des deux rameurs. Je m’inquiétais d’avancer si peu, je demandais combien il fallait de temps pour arriver à Bordeaux. — Il faut patienter, me dit le pilote, nous arriverons à neuf ou dix heures, nous aurons dans une demi-heure la marée montante et le vent frais. Il ne se trompait pas ; après avoir couru inutilement quelques bordées pour échapper au cours de la Dordogne et gagner l’autre côté du cours de la Garonne, nous fûmes poussés par les flots de la marée montante. La nuit devint très-obscure, le vent du nord fraîchit, et, la voile déployée, nous remontâmes la rivière avec une telle rapidité que je m’approchai du pilote pour lui demander s’il n’y avait pas de danger à remonter si vite. — Laissez-nous faire, cela nous regarde : voulez-vous en attendant que nous buvions à votre santé ?


[1Dominique Demerville : jeune Tarbais que Barère s’était attaché comme secrétaire lorsqu’il rédigeait des comptes rendus de la Constituante, puis qu’il fit nommer commis du Comité de salut public. Compromis dans un complot jacobin, il sera condamné à mort et guillotiné le 31 janvier 1801 ; Barère est soupçonné par certains de l’avoir dénoncé.

[220 mai 1795 : insurrection jacobine, réprimée par l’armée et qui se solda par l’arrestation des derniers Montagnards.

[3Barère continue de parler de l’an III, mais l’an IV a commencé depuis Vendémiaire. Le 5 brumaire an IV =le 27 octobre 1795. L’incarcération à Saintes aura donc duré cinq mois.

[4« Anti-Marseillaise » datant de janvier 1795 : « Hâte-toi, peuple souverain, De rendre aux monstres du Ténare Tous ces buveurs de sang humain ! (...) Oui, nous jurons sur votre tombe, Par notre pays malheureux, De ne faire qu’une hécatombe De ces cannibales affreux. »

[5Jean-Pierre Barère (1759-1837), docteur en théologie et vicaire épiscopal, avait été le premier prêtre des Hautes-Pyrénées à prêter le serment civique. Il devint procureur syndic de la commune de Tarbes, président de la société populaire, puis du tribunal de conciliation. Contrairement à son frère, il connaîtra une belle réussite locale sous l’Empire comme sous la Restauration. (renseignements tirés de la biographie de Barère par Jean-Pierre Thomas, Desjonquères, 1989).

[6Jean-Augustin Pénières, et non Prunier (1766-1821), conventionnel corrézien envoyé comme représentant en mission en Charente (et Charente-Inférieure ?) en mai 1795. Il y épura les municipalités. C’était un Girondin qui avait dû se cacher sous la Terreur et qui participa à la chasse aux Montagnards après le 9-Thermidor. Cependant, le 13 vendémiaire (5 octobre 1795), il contribue à l’écrasement de l’insurrection royaliste. Comme Jacques Garnier, il devra s’exiler aux États-Unis sous la Restauration.

[7Il y eut à partir de 1790, à la tête de chaque administration départementale, un procureur général syndic. En Charente-Inférieure, le poste fut occupé successivement par Jacques Garnier et par René Eschassériaux mais, d’une part, tous deux furent ensuite élus à la Convention (le second en août 1793) et ne se trouvaient sans doute pas à Saintes durant ces mois de 1795 - au surplus, Barère les eût sans doute cités comme ses collègues ; d’autre part, la fonction fut supprimée fin 1793 et Eschassériaux ne semble pas avoir été remplacé. On peut donc supposer que Barère, quitte à commettre un anachronisme, utilise ici la dénomination du représentant du Parquet rétablie en l’an IX, pour ne pas utiliser celle qui avait cours sous la Révolution : accusateur public. Le Fouquier-Tinville du département se nommait Pierre-François Héard (1748-1814) ; constamment réélu, il occupa la charge de septembre 1791 jusqu’à son élection au Conseil des Cinq Cents, en germinal an VII, ce qui semble indiquer qu’il ne s’était pas fort compromis sous la Terreur !

[8Les Vanderquand étaient effectivement d’origine hollandaise et « venus en Saintonge, notamment à Courcoury, vers le commencement du XVIIe siècle, d’après une tradition de famille » (Revue de Saintonge et d’Aunis, XXXVIII, 1920, pages 53 à 59) − le premier connu, Antoine (1623-1695), aurait été notaire arpenteur et/ou marchand. Les deux frères dont il est ici question sont nés à Courcoury. L’aîné, Jean (1754-1812), fut vicaire de Courcoury en 1781, puis curé de Virollet en 1784. En 1791, l’assemblée électorale de district le nomme à la cure de Gémozac à la place d’un Robert qui avait refusé le serment civique. Proche de François-Marie Bourignon, il collabore à son Journal patriotique et littéraire de Saintes. Renonce au sacerdoce en novembre 1793 après avoir épousé, en janvier, sa servante. De 1797 à 1803, il enseignera la grammaire à l’Ecole Centrale de Saintes ; se fera ensuite maître de pension avant de se retirer sur son domaine du Haut-Pérat, aux Gonds. Auteur d’une Grammaire générale, d’une biographie de Bourignon et de chansons en saintongeais. Le vicaire général Taillet (Archives historiques de Saintonge et d’Aunis, 1902, XXXI, p. 328) l’exécute en ces termes : « assermenté, intrus de Gémozac, dénonça son évêque, brigua l’évêché de Saintes, épousa sa servante,... remit ses lettres de prêtrise... »
Le cadet, Jean dit Eutrope (1761-1805), aurait été notaire de l’an IV à son décès, administrateur et, en février 1794 (pluviôse an IV), vice-président du district de Saintes. Il sera ensuite conseiller municipal.

[9Louis-Nicolas Lemercier, né à Saintes en 1855, succéda à son père vers 1778 comme lieutenant général criminel de la sénéchaussée de Saintonge et siège présidial de Saintes. Un des rédacteurs du cahier de doléances, il est élu en 1789 député du Tiers aux Etats-Généraux. En septembre 1792, il devient président du tribunal criminel de la Charente-Inférieure et le demeurera jusqu’en avril 1798, ayant été réélu à ce poste en vendémiaire an IV, quelques jours avant l’évasion de Barère. Il sera élu au Conseil des Cinq Cents et, se trouvant présider celui-ci lors du 18 brumaire, il appuiera le coup d’Etat de Bonaparte qui le fera sénateur d’Angers, puis comte d’Empire en 1808. Lemercier se ralliera ensuite, successivement, à Louis XVIII puis à Louis-Philippe, ce qui lui permettra de siéger sans interruption à la Chambre des Pairs jusqu’à la révolution de 1848. Il mourra au début de 1849, à 94 ans.

Après Brumaire, « un de ses compatriotes » publia contre lui un pamphlet : bigot avec ostentation avant la Révolution, il serait devenu ensuite le pire ennemi de la religion tout en conservant son « ton insinuant » et son « air doucereux » ; à son retour à Saintes, sous Robespierre, « il se familiarisa de plus en plus avec les individus qui composaient la tourbe révolutionnaire de ces contrées. (…) Le 9 thermidor (…) ne déconcerta pas notre caméléon : toujours attentif à prendre le ton et le langage de la faction dominante, il accueillit cette journée avec la même allégresse que depuis il manifesta en apprenant les désastreux attentats du 18 fructidor [le coup d’Etat des trois Directeurs, le 4 septembre 1797, contre les royalistes des Conseils]. » (Dictionnaire des parlementaires)

[10Jacques Defermon, député girondin. Siégeant au Comité de salut public à partir de décembre 1794, il fut particulièrement en pointe dans la réaction thermidorienne.

[11Né en 1765, il débuta dans le négoce du vin, à Bordeaux, avant d’être nommé commissaire de la marine. Le 10 août 1792, il fait partie de ceux qui attaquent les Tuileries. Rentré à Bordeaux, noté comme jacobin, il est emprisonné un moment après le 9 thermidor, puis « entre dans le rang et vit bourgeoisement... dans un appartement des allées de Tourny » (J.-P. Thomas, op. cit., p. 232).

[12Il y a évidemment confusion avec la ville de Pons, traversée entre Saintes et Jonzac. Il s’agit probablement de Bourg sur Gironde

[13Il s’agit du château du Rousset, à Samonac (Gironde), où était né le président Louis-Cécile-Marie Campistron de Maniban (1748-1820). Celui-ci, qu’on croyait émigré, s’était en réalité réfugié à Toulouse après avoir été arrêté comme suspect à Paris, au commencement de la Terreur, puis relâché – grâce à Barère ? Ce domaine viticole se trouve au nord de Bourg ; aussi, lorsque l’on fait partir Barère vers le sud avant de rejoindre le Rousset, on a dû songer à déjouer une poursuite. Quant au cousin de Vanderquand, il s’agit sans doute d’Arnaud Renaud, désigné comme l’un des intendants du Rousset dans « Une paroisse du Bourgeais pendant la Révolution » (Emile Maufras, Revue catholique de Bordeaux, 1893) : la servante qu’a épousée le curé Vanderquand en 1793 se nommait Suzanne Renaud, native de Saint-Fort sur Gironde (L. Audiat, Deux victimes des septembriseurs, chap. 13, note 6).

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