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1817 - La Tremblade (17) - Le temps des règlements de comptes politiques

D 29 mai 2007     H 16:09     A Razine     C 0 messages A 1512 LECTURES


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Lettre de G. de LÉTANG, ancien maire de La Tremblade, à Monsieur J. JOUNEAU [1],
Membre de la chambre des députés, chevalier de l’ordre Royal et militaire de St Louis,
à Saint Jean d’Angély

1814-1818, avec la 1ère chute de l’Empire napoléonien, le 1er retour du roi Louis XVIII, les Cent-jours, la chute finale de l’Empire et le 2ème retour de Louis XVIII, c’est la grande époque des règlements de comptes politiques, et aussi le temps des "girouettes", qui tournent au gré des vents porteurs du moment.
G. de Létang, ancien maire de La Tremblade, raconte ses tribulations dans une Charente-Inférieure qui ne sait plus à qui se fier, et demande aide à son député.

Source : document d’archives familiales.

Le contexte historique de cette lettre en quelques dates :
- janvier à mars 1814 : Campagne de France, Autrichiens, Prussiens et Russes occupent la France.
- 6 avril 1814 : Abdication de Napoléon. - Première restauration : 1er retour du roi Louis XVIII - Épuration des bonapartistes.
- 1er mars 1815 : Napoléon Ier revient de l’île d’Elbe et débarque en France - Les Cent-Jours - Louis XVIII s’enfuit à Gand - Épuration de ceux qui se sont déclarés royalistes (même le concierge des Tuileries est "épuré")
- 18 juin 1815 : bataille de Waterloo (Belgique)
- 22 juin 1815 : 2ème abdication de Napoléon
- 8 juillet 1815 : Louis XVIII revient de Gand. - Nouvelle épuration des bonapartistes

On ne sait plus où donner de la tête en ces périodes troublées - Napoléon 1er et Louis XVIII - Caricature d’époque
Passez le pointeur de la souris sur l’image, sans cliquer

Saintes, le 15 septembre 1817,

Diverses absences que j’ai faittes chez mon fils et autres endroits où j’avais quelques affaires m’ont empêché jusqu’à ce moment de répondre à votre dernière lettre.

On vous en a imposé lorsqu’on vous a dit que j’avais été destitué de la place de Maire de la ville de La Tremblade que j’ai occupée près de dix ans à la satisfaction j’ose même dire avec la considération de mes concitoyens et dans laquelle j’ai été plus d’une fois heureux pour leur être utille. Je remplirais sans doute encore cette place si je n’en avais donné ma démission volontaire. Mr Richard Préfet à cette époque de notre département qui me blâma beaucoup de cette détermination et m’engagea à ne pas lui donner son exécution et qui était par conséquent le seul qui put recevoir cette démission, le justifiera quand je voudrais. J’ai d’ailleurs … par devers moi plusieurs pièces et particulièrement un certificat du corps municipal de la Tremblade qui loin de dire que j’ai été destitué, sont pour moi des titres honorables.

Je donnai ma démission parce que j’eus de très fortes discussion avec le Sr Duclaux pour lors sous-préfet de l’arrondissement de Marennes dans lequel la Tremblade est située. Ce Sr Duclaux qui était l’opposé d’être royaliste et je vais tout à l’heure vous en donner la preuve, m’accusait peu de temps avant la première rentrée du Roi d’envoyer dans la campagne des agens, des émissaires pour propager, d’une part, la haine envers le tyran [2] et de l’autre, l’amour du Roi légitime qui était tant désiré par tous les honnêtes gens. Le fait était vrai : je fis fort peu de cas de cette accusation et n’étant pas accoutumé à molir, je résistai comme je le devais aux lettres dures et impertinentes qu’il m’écrivit à ce sujet, par les réponses que je lui fis. Enfin, ma famille informée qu’il voulait me dénoncer aux ministres de l’usurpateur [3] je cédai à ses instances réitérées et donnai ma démission. J’ai eu dans cette occasion la certitude acquise de sa lacheté. Cet homme était en éxécration dans tout son arrondissement par la manière dont il l’administrait et on l’a vu partir avec une joie généralle. Entre autres faits, il eut l’indignité de faire arrêter un voyageur venant de Rochefort qui annonça le premier à Marennes l’arrivée du Roi à Paris [4], et cependant il en avait la nouvelle dont il ne voulait pas donner connaissance. Le public indigné se porta en foule chez lui et l’obligea à lire sur le seuil de sa porte la nouvelle qu’il avait reçue. Voilà l’homme contre qui j’ai eu à luter.

Quels que soient mes détracteurs, j’ai pour eux tout le mépris qu’on doit avoir. Fort de ma conscience et de ma conduite je n’ai rien à me reprocher ; leur calomnie est loin de m’affecter. Au sur plus qui n’a pas des ennemis ? Celui qui se croit le plus pur n’en est pas exemt.

Malgré ma position malheureuse et mon infortune, je vois qu’il ne faut plus que je m’occupe d’une place. Elles ne sont pas souvent pour ceux qui les méritent le plus. Lorsque vous fûtes appelé à la législature, je m’en félicitai doublement pour vous et pour moi et je conçus dès lors le doux espoir ainsi que ma famille que je cesserais d’être malheureux et que je ne tarderais pas d’après les liaisons que, nous avions eues ensemble à être placé. La moindre petite place tant ma position est fâcheuse m’eut rendu heureux : même une place de portier. J’éprouve la vive douleur que vous n’avez rien pu me procurer. Je n’ai pas été plus heureux dans ma juste demande pour mes services militaires, dont vous avez bien voulu vous charger.

Une malheureuse place de juge de paix aurait comblé mes vœux : il y en a eu plusieurs de vacantes ; la dernière qui l’était dans notre département c’est celle de la charente [5] . Elle a été donnée au grand étonnement de tout le monde à un musicien de la garde nationale de Rochefort ; les personnes les plus honnêtes en charente ne peuvent en revenir. Je sais bien qu’il faut être présenté pour une place et que je ne l’ai point été pour celle-ci, mais lorsqu’on a des droits aussi légitimes que ceux j’ai, en ma qualité d’avocat, ainsi que de ma conduite, mes mœurs, ma moralle, mes services, ceux que j’ai rendus pendant la révolution et mes sacrifices pécuniaires pour le gouvernement, il est bien permis dans une telle hypothèse d’espérer une légère faveur : et nos députés ordinairement consultés peuvent facilement l’obtenir ; tous les jours on en voit des exemples pour des personnes qui ne l’ont pas autant méritée. Celui qui est malheureux doit se résigner à tout.

Pour consolation vous me dittes que je suis d’un âge à ne plus prétendre à une place. J’ai la facilité du travail et l’amour de l’étude comme je les avais à trente ans. Presque tous les juges de notre tribunal de première instance sont plus âgés que moi ; et il en est à peu près partout de même. Ce serait un très grand malheur si les tribunaux n’étaient composés que de jeunes gens. Il faut dans cet état plus que dans aucun autre, avoir acquis une longue expérience ; s’il en était autrement, ce serait une grande calamité.

Nouvellement, je n’ai pu obtenir la place de juge de paix du canton de Cozes dont le titulaire qui avait des raisons pour cela demandait à toute force son remplacement et qui dès lors m’avait été promis, mais encore je n’ai pas même pu obtenir la misérable place de greffier de cette justice de paix. Elle a été donnée à un autre. Il faut convenir qu’en tout point on ne peut pas être plus maltraité.

On m’offre une place de maître d’école : je suis forcé de l’accepter : C’est une douloureuse et forte chutte… Il ne faut pas regarder derrière soi.

J’ai l’honneur d’être avec les sentiments les plus distingués, Monsieur,
Votre très humble et très obéissant serviteur.

G. de l’Etang.


[1Ndlr : A propos de J. Jouneau, on peut lire dans le livre de Louis Audiat "DEUX VICTIMES DES SEPTEMBRISEURS - LES BIENHEUREUX DE LA ROCHEFOUCAULD" chapitre 29, cette information :

Aux Nouillers, commune du canton de Saint-Savinien, voisine de celle de Torxé, où mourut l’évêque constitutionnel de Saintes, et sur le territoire de laquelle s’élève le château de Bois-Charmant que faillit habiter Pierre-Louis de La Rochefoucauld, j’ai foulé dans le cimetière une modeste tombe sur laquelle on lit :

« Jean-Joseph Jouneau, ancien député, chevalier de Saint-Louis et maire de cette commune, décédé le 25 janvier 1837 âgé de 81 ans » (À côté deux autres tombes : « Jules-Pascal Jouneau, sous-officier, décédé le 8 janvier à 28 ans », et « Henri-Adam Jouneau, ancien officier de l’administration de la marine, chevalier de la Légion d’honneur, décédé le 17 novembre 1840, âgé de 61 ans ». Pour les Jouneau, voir Revue de Saintonge (XIV, 106), où il est dit qu’il eut quatre enfants de son mariage avec Mlle Franquiny de Feu. Il épousa à Saintes, le 8 juillet 1793, Marie-Anne-Henriette d’Abbadie, âgée de 30 ans, née à La Rochelle le 9 janvier 1763, de Joseph-Blaise-Pascal d’Abbadie et de Marie-Madeleine-Arrangée Dusmesnil Roland, divorcée d’avec Paul-Charles Dubreuil de Théon de Chateaubardon, comte de Guitaut, ancien officier au régiment de Jarnac dragons, dont elle avait trois enfants.).

Or, Jean-Joseph Jouneau, né aux Dauvres, commune de Barret près de Barbezieux, en 1756, mort sur son domaine des Razes, en la paroisse des Nouillers (1837), lieutenant de gendarmerie dans l’île de Ré, administrateur du département de la Charente-Inférieure (1790), député à l’Assemblée législative le 20 août 1791, fut presque une victime des Septembriseurs. Le 14 juin 1792, à propos de l’amnistie de Jourdan-Coupe-tête, Jouneau, qui siégeait au côté droit, eut avec Grangeneuve, son collègue, une altercation suivie d’une provocation en duel refusée par le député de la Gironde, et terminée par des coups de canne. Pour ces voies de fait Jouneau fut poursuivi devant les tribunaux. Mais il faillait l’autorisation de l’Assemblée, qui fut accordée le 10 août. Jouneau fut incarcéré à l’abbaye de Saint-Germain. Ce fut miracle s’il échappa. Il put faire passer à son collègue, Jean-Aimé Delacoste, de La Rochelle, député de la Charente-Inférieure, ce billet daté du Lundi midi : Mon cher collègue, ce brave canonnier qui vous remettra cette lette m’a dit que, si j’étais réclamé de l’Assemblée nationale, je ne courrais pas le moindre risque dans le moment actuel. Faites tout de suite ce que votre prudence et votre amitié vous engageront. J’attends tout de votre zèle et de la sagesse de l’Assemblée nationale (15). » Et l’Assemblée porta le décret demandé. Elle n’ignorait donc pas le danger que couraient les prisonniers et ce qui se passait ! Fauchet, du reste, lui annonçait au même moment « que 200 prêtres viennent d’être égorgés dans l’église des Carmes ». Jouneau, délivré, arrive à la barre, accompagné d’une douzaine de citoyens : « Avec votre décret sur la poitrine, dit-il, je suis sorti de ma prison au milieu des acclamations du peuple. Ces braves citoyens m’ont accompagné avec le plus grand empressement. Leur zèle atteste le respect qu’on a partout pour vos décrets. » Le député flattait un peu l’Assemblée ; mais il lui indiquait son devoir.

[2Ndlr : Napoléon, pour les royalistes

[3Ndlr : encore Napoléon

[4Ndlr : le 8 juillet 1815

[5Ndlr : ? on s’attendrait à trouver ici le nom d’une ville

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