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1831 - les consignes de vote de la société "Aide-toi, le ciel t’aidera"

mercredi 14 septembre 2022, par Christian, 12 visites.

La société « Aide-toi, le ciel t’aidera », que nous avons vue à l’œuvre, en Charente, en 1827 poursuit après la Révolution de Juillet, son travail d’information et de mobilisation des électeurs. Mais elle s’est radicalisée sous la direction d’Étienne Garnier-Pagès et a nettement pris ses distances avec Guizot, son premier président, et, plus généralement, avec le « juste milieu » au pouvoir. Dans ces Notes et jugemens publiés à la veille des élections de 1831, elle livre son appréciation sur tous les députés sortants, notamment au regard du vote qu’ils pourraient émettre sur l’abaissement du cens et, surtout, sur l’hérédité de la pairie. Bien peu dans nos deux départements sont jugés dignes d’être réélus : quand ils ne se sont pas compromis avec le régime précédent, soit ils sont trop âgés (Pougeard et Eschassériaux, qui ont tous deux plus de 75 ans), soit ils se sont tenus à l’écart de la tribune et leur silence ressemble par trop à de l’attentisme. En définitive, la société ne soutient guère qu’Audry de Puyravault, en raison de son action déterminée (et déterminante ?) lors des journées de Juillet.
Dans quelle mesure les électeurs ont-ils suivi ces consignes ? En Charente, fut seul reconduit Gellibert, qui semble pourtant avoir déçu les espoirs que mettait en lui la gauche départementale de 1827, tandis que le siège de Pougeard était repris par son fils… En Charente-Inférieure, Audry de Puyravault était réélu, mais aussi Duchâtel, et tous deux se trouvèrent siéger avec une deuxième génération d’Admyrault et d’Eschassériaux. On ne sait si un seul de ces nouveaux députés figurait parmi les 40 sur 426 qui ne votèrent pas la loi du 18 octobre 1831 abolissant l’hérédité de la pairie. En tout cas, Caminade du Chatenet, qui avait battu Jacques Hennessy à Cognac, n’en était pas – mais c’est le seul à être intervenu dans le débat.

Département de la Charente

Doit élire en 1831, cinq députés, comme par le passé.

Les électeurs de la Charente, s’ils veulent être représentés à la chambre prochaine par des patriotes sincèrement dévoués aux intérêts du pays et de la révolution de juillet, auront à renouveler leur députation tout entière. De leurs cinq députés, les uns ont fait preuve pour la dynastie déchue d’un dévouement qui ne permet guère à leur conscience de servir la nation qui l’a chassée : les autres, dans la session qui vient de s’écouler, ont montré ou des intentions hostiles ou une complète indifférence pour les principes de notre régénération. Est-ce faiblesse ? est-ce incapacité ? Dans l’un et l’autre cas, la chambre prochaine ne peut les recevoir. Si les électeurs de la Charente ne trouvent point de représentans plus aptes à défendre leurs intérêts, qu’ils exigent des députés actuels des engagemens bien positifs contre l’hérédité de la pairie, le cens d’éligibilité, la liste civile à 18,000,000 fr.

ALBERTElu par le grand collège, en juin 1830
M. Albert, nouveau député sorti des élections de 1830, est le fils de M. Albert, qui fut député de la Charente depuis 1815 jusqu’en 1823.
Voici quelques détails sur la conduite politique de M. Albert, père :
« En 1815, M. Albert, nommé juge au tribunal d’Angoulême, fut élu, en cette qualité, député de la Charente. Il fut l’un des membres de la commission chargée d’examiner le projet de loi contre la liberté individuelle. Ses services et son dévoûment ministériels furent appréciés, car, en 1816, on le nomma président du tribunal de la Charente, puis président de la cour prévôtale du département.
Lors de la discussion de la loi sur les délits de la presse, en 1819, M. Albert, père, ne s’occupa que de protéger les fonctionnaires contre les plaintes des citoyens, qu’il qualifiait de diffamations. Il ne voulait admettre à la preuve testimoniale des faits articulés contre les agens du pouvoir, que dans très peu de cas, et en entourant cette preuve d’un grand nombre de conditions, c’est-à-dire de difficultés. Il ne faut pas, disait-il, que des moyens de preuve soient toujours à l’avantage de l’accusateur et au désavantage du fonctionnaire. Cette opinion de M. Albert fut plus tard admise dans la loi oppressive du 25 mars 1822, et excita les plus vives réclamations du côté gauche.
Après les votes ministériels de la session de 1819, M. Albert devait être naturellement le candidat du ministère, qui, en effet, le nomma, en 1820, président du collège électoral du 1er arrondissement de la Charente. M. Albert fut élu député sous les auspices directs du gouvernement, qui, de plus, en fit un chevalier de la Légion d’honneur. »
M. Albert fils est ministériel comme le fut son père ; il a surtout une prédilection toute particulière pour le système de M. Guizot, c’est-à-dire pour le système d’une demi restauration. C’est un homme qui préconise et exagère les doctrines du juste milieu. Du reste, monsieur Albert n’est pas un ministériel inutile à sa famille et à ses amis. Il a demandé et obtenu beaucoup de places pour les siens. Par ce moyen, il s’est fait une assez nombreuse clientelle dans l’arrondissement de Barbezieux, où il espère réussir plus sûrement que dans l’arrondissement d’Angoulême.
Il votera pour l’hérédité de la pairie.

GELLIBERT
Elu par l’arrondissement d’Angoulême en juin 1830
M. Gellibert, médecin à Angoulême, ne manque pas d’une certaine capacité, quoiqu’il ait bien rarement abordé la tribune. En 1828 et 1829, il était ministériel et appuyait les propositions du cabinet Martignac : en 1830 il vota contre le ministère Polignac l’adresse des 221 ; depuis la révolution, il a successivement soutenu les trois ministères que nous avons vus au pouvoir. Quelques habitués de la chambre prétendent que M. Gellibert est dévoué au système des centres : d’autres assurent qu’il voterait bien avec un bon ministère.
Tout ce que nous en pouvons dire, c’est qu’il a rejeté les adjonctions [1] ; qu’il s’est montré partisan d’un cens élevé d’éligibilité, même pour les élections communales ; qu’il voulait qu’on cherchât les conditions d’éligibilité sur le terrain solide des intérêts matériels ; qu’il repoussait les assemblées nombreuses d’électeurs. Ces idées indiquent assez que M. Gellibert est partisan des privilèges, et qu’abandonné à son libre arbitre, il votera pour la conservation intégrale de ceux de la pairie, comme il a voté pour la désorganisation de la garde nationale et pour la nomination des maires par le roi.
M. Gellibert siège au centre gauche.
Il est membre du conseil général du département de la Charente.
Il s’engagera, peut-être, si les électeurs lui en font une loi, à voter contre l’hérédité de la pairie.

HENNESSY
Elu par l’arrondissement de Cognac, en juin 1830
Depuis 1824 jusqu’en 1828, M. Hennessy a siégé au côté droit. Depuis 1828, il s’est assis au centre ; ses opinions se ressentent et de la place qu’il a occupée et de celle qu’il occupe ; M. Hennessy a été nommé président d’un des collèges de la Charente, en 1824, par M. de Villèle. Élu, grâce à l’influence ministérielle, il a prouvé qu’il n’était point ingrat ; membre du conseil général de la Charente, par ordonnance du 22 février dernier, il ne paraît pas disposé à montrer moins de reconnaissance pour les ministres actuels qu’il n’en a témoigné aux ministères passés.
Il serait à désirer que les électeurs de la Charente se fissent représenter par des hommes qui aimassent un peu moins le pouvoir que leur pays.
M. Hennessy votera pour l’hérédité de la pairie.

DELALOT
Elu par le grand collège du département de la Charente, en juin 1830
Les amis de M. Delalot assurent qu’il est doué d’une éloquence entraînante, irrésistible ; pour nous, qui l’avons entendu en 1822 et 1823, nous nous rappelons très-bien qu’il possède un organe sonore et plein, et qu’il était alors à la tête d’un parti assez puissant pour inspirer de l’ombrage à M. de Villèle, qu’il avait cependant aidé à monter au pouvoir.
On se souvient en effet que M. Delalot était l’auteur de cette fameuse adresse qui renversa le ministère Richelieu à la fin de 1821, et que ce fut grâce à ses efforts et à ceux de ses amis, que Louis XVIII se vit forcé d’essayer d’un ministère d’extrême droite, ministère pour lequel ce prince cauteleux et dissimulé avait toujours affecté de l’antipathie.
M. Delalot, qui avait jeté quelque éclat dans l’opposition ultra-royaliste, était, pour des ministres de ce parti, un assez mauvais soutien : il s’éclipsa peu à peu ; mais point assez cependant pour ne pas porter ombrage au nouveau chef du cabinet, qui fit échouer son élection en 1824. Ainsi M. Delalot ne fit pas partie de cette chambre vénale qui de 1824 à 1827 livra au pouvoir toutes nos libertés et ne recula devant aucune des mesures proposées par les Villèle et les Peyronnet [2]. Il ne reparut qu’à la fin de la session de 1827, et ne prit aucune part aux travaux de cette campagne législative.
Cependant l’effroi qu’il avait causé au premier ministre et à ses partisans le rangeait naturellement dans l’opposition et ce furent les électeurs constitutionnels qui, oubliant ses antécédens, et son dévoûment absolu à la dynastie des Bourbons, lui imposèrent la tâche d’aller renverser le ministère déplorable. Nous devons dire que M. Delalot fut fidèle à ce mandat ; on assure même qu’il refusa un ministère en 1828, nous ne pouvons affirmer que ce refus soit réel ; mais nous savons, à n’en pas douter, que, candidat à la présidence, il contribua au choix de M. Royer-Collard, dont il était devenu l’admirateur et l’ami ; dès lors ses votes se réglèrent sur ceux du modèle qu’il s’était choisi ; il fut donc ministériel dévoué sous le ministère Martignac et pendant les deux sessions de 1828 et 1829.
Lorsqu’à propos du projet de loi sur les conseils généraux de départemens, le côté gauche se sépara du ministère, M. Delalot fit tous ses efforts pour opérer un rapprochement, et éviter le retrait de la loi ; mais ses anciens amis de la droite, déterminés à renverser M. de Martignac et ses collègues, firent échouer ses tentatives, en procurant au côté gauche un succès momentané, au grand déplaisir des Dupin, des Royer-Collard, et de toute la coterie Agier (défection) dont M. Delalot était un des membres les plus habiles.
Dans la courte session de 1830, cet honorable député fit aussi quelques efforts pour que la chambre amendât cette adresse des 221, qu’il passe cependant pour avoir votée ainsi que MM. Royer-Collard et Agier. Sincèrement dévoué à Charles X et à sa dynastie, peut-être M. Delalot prévoyait-il une partie des revers que la stupide obstination de ce prince appelait sur sa tête.
Il est bien inutile de dire que M. Delalot n’a en rien participé à la révolution dont il désapprouve les principes, et dont il arrête, de tout son pouvoir, les développemens ; que, comme son patron, le chef des doctrinaires, il a voté contre la déclaration de vacance du trône, et contre les amendemens faits à la Charte. Cependant, faute de pouvoir servir la légitimité, il a prêté son appui à la quasi-légitimité du ministère Guizot ; il a admiré le zèle vraiment monarchique avec lequel les doctrinaires, arrivés au pouvoir, ont conservé tous les fonctionnaires de Charles X, dont ils n’ambitionnaient pas les emplois, pour eux ou leurs amis.
Sans prendre une seule fois la parole dans la longue session de 1830 et 1831, M. Delalot a pris cependant beaucoup de part à la chute du ministère de M. Laffitte, et à l’arrivée au pouvoir de M. Casimir Périer, en attendant mieux. Comme son ami le Journal des Débats, il pousse ce ministre dans de fausses mesures, tout prêt à l’abandonner quand il aura achevé de perdre une popularité acquise par dix ans d’opposition, et à présenter à sa place un de ces hommes qui ont servi la restauration avec zèle.
M. Delalot n’aspire pas, personnellement, au ministère ; mais il appartient au parti qui étend déjà la main pour le saisir et qui y réussirait certainement, si les électeurs n’y mettaient bon ordre. Avant de renommer l’ultra furieux de 1821 et de 1822, devenu doctrinaire de 1827, les électeurs se rappelleront qu’il est en quelque sorte le promoteur du ministère Villèle ; que, dans la commission nommée en 1828 pour mettre en accusation ce ministère, il a contribué à écarter l’accusation ; que, depuis la révolution, il a voté la désorganisation de la garde nationale et l’élection, par le roi, des maires et adjoints ; enfin qu’il est un des partisans déclarés de la pairie héréditaire. Rédacteur du Journal des Débats, au temps où cette feuille était l’organe avoué de la contre révolution, M. Delalot a suivi ce journal dans ses variations, et il est probable qu’une apostasie de plus ne lui coûterait guère.
Il votera pour l’hérédité de la pairie.

LE BARON POUGEARD DU LIMBERT.
Elu par l’arrondissement de Confolens, en juin 1830
M. le baron Pougeard du Limbert fut successivement député d’Angoulême aux Etats-généraux en 1789, membre du conseil des anciens, préfet de la Haute-Vienne, tribun, préfet de l’Allier, enfin membre du conseil général de la Charente, destitué en 1814, préfet de la Somme en 1815, député de la Charente de 1821 à 1823, et depuis 1827 jusqu’à présent.
Dans cette longue carrière d’emplois administratifs et de fonctions législatives, M. Pougeard du Limbert a acquis une réputation de probité, mais il ne s’est jamais distingué par sa capacité, surtout à la tribune, qu’il a rarement abordée. Déjà vieux en 1827, lorsque les libéraux de Confolens l’envoyèrent faire de l’opposition contre le ministère Villèle, il alla siéger au centre gauche et resta muet sur son banc, votant presque toujours avec le centre sous le ministère Martignac.
Le peu d’énergie dont la nature l’avait doué, fut épuisé par le vote de l’adresse des 221 en 1830 ; renommé à cause de ce vote, il n’a pris aucune part à la révolution de juillet, et, depuis cette époque, quand il assistait aux délibérations de la chambre, il votait presque toujours avec les centres. Tout ce que nous pouvons dire de M. Pougeard de Limbert, c’est qu’il a maintenant grand besoin de repos : espérons, dans son intérêt comme dans celui de la France, que les électeurs de Confolens ne le raviront pas encore une fois encore aux douceurs de la retraite.
Dans tous les cas, les électeurs doivent, en lui demandant des engagemens formels, l’empêcher de voter pour l’hérédité de la pairie.

CHARENTE-INFÉRIEURE

pour élire, en 1831, sept députés comme par le passé.

Au nombre de leurs sept représentans, les électeurs de la Charente-Inférieure avaient la gloire de compter Audry de Puyraveau, si courageux, si noble dans les journées de Juillet : ils comptaient aussi André Gallot, son ami, son collègue de députation, son associé de commerce, mais que des revers inouïs de fortune empêcheront sans doute de venir encore à la chambre, défendre la liberté et les principes de notre révolution. Quant à M. Béraud, qui partage sincèrement les opinions de ses deux collègues, nous n’avons à lui reprocher que son silence depuis Juillet. Pour les quatre autres députés, il ne nous semble pas que les électeurs de la Charente doivent les charger encore une fois de les représenter à la législature. Les uns par l’effet de l’âge, les autres par celui d’antécédens peu favorables, ne peuvent point participer aux graves débats qui doivent s’agiter dans la chambre prochaine.
Si les électeurs de la Charente-Inférieure jugent convenable de renommer ces députés, ou l’un d’eux, il faut au moins qu’ils se prémunissent contre leurs votes futurs, en exigeant des garanties positives contre l’hérédité de la pairie.

AUDRY DE PUYRAVEAU
Elu par l’arrondissement de Rochefort en juin 1830
Quand bien même la France n’eût pas connu Audry de Puyraveau avant la révolution de Juillet, sa conduite héroïque dans les trois jours suffirait seule pour le signaler à la reconnaissance et à l’estime des patriotes. De tous les députés présens à Paris Audry de Puyraveau est le seul qui ait eu le courage de payer réellement de sa personne. Dès le mardi matin, parcourant les rues de Paris, sa médaille de député à la main, il excitait le peuple à la défense, et il se trouvait dans les rangs des amis de la liberté, quand le plomb des Suisses les décimait. Des dépôts d’armes considérables, des munitions furent livrés par lui à toute cette ardente et belliqueuse population, à qui seule la France a dû la victoire. Sa maison était le rendez-vous de toute la jeunesse qui prit part au combat ; elle était devenue comme un poste militaire que protégeaient de tous côtés de formidables barricades construites avec des pavés, et des chariots que M. Audry avait enlevés à son établissement de roulage.
Dans la journée du 28, au plus fort du combat, M. Audry réunit, deux fois, chez lui, ses collègues : il voulait que la députation se mît à la tête des patriotes et les conduisît au feu et à la victoire. On s’imagine bien qu’une si noble proposition fut repoussée avec effroi, et que tous les hommes qui, quelques jours après, osaient se proclamer les sauveurs de la France, ne songeaient, dans ce moment décisif, qu’à sauver leur propre vie. Quant à Audry, toujours maître de lui-même, il refusait de faire partie, le mercredi à 2 heures, de la députation qui fut envoyée auprès du duc de Raguse [3], et qui, si elle eût réussi, anéantissait tout ce que le peuple avait déjà fait, et replaçait, sans nul doute, Charles X et sa dynastie sur le trône. Aussi, las de la faiblesse de tout ce qui l’entourait, et ne comptant plus que sur lui et sur quelques courageux amis, tels que Lafayette, Mauguin, Laborde, etc., Audry passait la nuit du mercredi au jeudi à faire imprimer des placards où il proclamait Lafayette général en chef et se faisait son aide de camp. Le jeudi matin, il exécutait ce qu’il avait médité pendant la nuit : il allait chercher Lafayette et le conduisait, à trois heures, des salons de M. Laffitte à l’Hôtel-de-Ville. Dans l’intervalle, les députés réunis le nommaient membre de la commission municipale à la place de M. Odier, qui refusait d’en faire partie.
À l’Hôtel-de-Ville, Audry de Puyraveau eut le bonheur et la gloire de continuer l’œuvre commencée par son courage. Quand les envoyés de Charles X se présentèrent proposant l’annulation des ordonnances et la formation d’un nouveau ministère, Audry fit repousser toutes leurs demandes, et jusque-là, la révolution flottante et incertaine, fut enfin fixée. La famille des Bourbons était bannie et déchue pour la troisième fois.
À tous ces titres, que M. Audry s’est acquis à la reconnaissance nationale, il en joint d’autres qui doivent lui mériter plus spécialement les suffrages des électeurs de la Charente-Inférieure. Ceux-ci doivent se souvenir que pendant vingt ans M. Audry de Puyraveau contribua par de vastes essais de culture, et plus encore par d’immenses sacrifices pécuniaires à la prospérité et au bonheur du pays. Ils se souviendront que M. Audry les a représentés déjà deux fois à la chambre élective, et qu’il a toujours su remplir leur mandat avec un patriotisme aussi pur qu’énergique. Depuis juillet, son zèle ne s’est pas ralenti, son dévoûment ne s’est pas égaré un seul instant. Il a pris dès les premiers jours d’août contre le système bâtard du juste milieu, ce rôle de constante et ferme opposition qu’il avait suivi contre la restauration. Il n’est pas une seule mauvaise loi présentée depuis huit mois qu’il n’ait combattue de son vote et souvent de sa parole.
M. Audry de Puyraveau est un de ces hommes que la calomnie ne peut atteindre ; mais aussi il est un de ceux qu’elle devait poursuivre avec le plus d’acharnement, parce que son courage et son désintéressement lui ont suscité d’irréconciliables haines. Le pays ne s’y est pas trompé. Il a pu laisser ses trésors aux mains des ennemis politiques de M. Audry : mais, pour lui, il l’a payé de son estime et de son amour ; seule récompense digne d’Audry de Puyraveau, la seule aussi qu’il ambitionne. Dans la chambre prochaine, M. Audry sera encore l’un des plus fermes défenseurs de nos libertés, et l’hérédité de la pairie n’aura pas de plus sincère et de plus rude adversaire.

BÉRAUD
Elu par le grand collège de La Rochelle, en juin 1830
M. Béraud n’avait pu prendre la parole avant la révolution de juillet, et depuis il n’a pas su la prendre. C’est trop de modestie ou trop de faiblesse. Nous savons que M. Béraud vote avec les patriotes, et se règle sur l’un des plus fermes soutiens de la liberté, Audry de Puyraveau ; mais il devrait se rappeler que les votes ne suffisent pas toujours, et que la France a besoin de juger au grand jour de la tribune et de la publicité parlementaire, les hommes que les électeurs chargent de lui donner des lois. Que ceux de la Charente-Inférieure, s’ils renvoient M. Béraud à la chambre, lui demandent, à défaut d’opinions hautement énoncées, des engagements formels sur toutes les grandes questions de la session prochaine, l’hérédité de la pairie, le cens d’éligibilité, l’enseignement primaire, etc.
Il est peu probable cependant que M. Béraud se représente aux suffrages de ses concitoyens : sa santé ne lui permettrait pas de soutenir la fatigue des séances de la chambre.

LE COMTE DUCHATEL
Elu par le grand collège de La Rochelle, en juin 1830
M. le comte Duchâtel doit toute sa fortune à l’empire, et à l’attention toute particulière dont l’honora Napoléon. C’était dans l’administration des domaines de la couronne que M. Duchâtel devait faire sa brillante carrière. Avant la révolution de 89, il était directeur des domaines et de l’enregistrement à Bordeaux, et il eut le bon esprit, quand le vent de la faveur vint à souffler pour lui, de rester dans la carrière que le hasard lui avait ouverte, mais où il avait déjà long-temps marché. En 1800, il fut nommé conseiller-d’état, sans doute parce qu’il avait figuré au conseil des cinq cents ; et, en 1801, il devint directeur-général des domaines et de l’enregistrement. Il occupa cette place plus de 14 ans sans interruption, et ne la perdit que sous la seconde restauration. Pendant cette longue jouissance d’un emploi à peu près inamovible, M. Duchâtel fut fait successivement chevalier, officier, commandeur, et grand officier de la Légion-d’Honneur. En 1808, on l’affublait du titre de comte. C’est par erreur sans doute que quelques biographes ont confondu cette noblesse d’une origine si récente et si roturière avec celle des Tanneguy Duchâtel, qui vivaient au temps de Charles VI et de Charles VII. Nommé pour la première fois député en 1827, M. Duchâtel, long-temps éloigné des emplois publics sous la restauration, ne fit pas difficulté d’y rentrer, et consentit même à accepter une place de conseiller d’état honoraire. C’était une grande modestie, ou une vanité bien plus grande encore de la part de monsieur le comte.
Depuis juillet, M. Duchâtel a gardé le silence et s’est contenté de voter avec le centre toutes les lois défectueuses ou déloyales que le ministère a présentées depuis huit mois. Il votera pour l’hérédité de la pairie.

ESCHASSÉRIAUX
Élu par l’arrondissement de Saintes, en juin 1830.
Toutes nos assemblées nationales depuis 40 ans, ont compté M. Eschassériaux dans leur sein. Il a successivement figuré dans la convention, aux cinq-cents, au corps-législatif, dans la chambre des représentants, dans plusieurs chambres sous la restauration. De 1820 à 1823, M. Eschassériaux s’assit à l’extrême gauche et votait avec elle : de 1827 à 1830, il conserva la même place, vota dans le même sens : mais la révolution de 1830 paraît avoir changé des opinions jusque-là fort constantes, sans avoir jamais été bien énergiques ni bien remarquables. M. Eschassériaux a pris place parmi les honorables qui en 1830 et 1831, siégeaient au centre, et il paraît avoir adopté toutes leurs opinions rétrogrades et anti-nationales. M. Eschassériaux s’est, du reste, bien gardé de prendre une seule fois la parole depuis juillet. Craignait-il de compromettre la fin de sa carrière en défendant encore la liberté ?
M. Eschassériaux a 80 ans à peu près. Les fatigues de la session prochaine seraient au-dessus de ses forces physiques. Que les électeurs y songent bien : l’énergie est la première qualité des députés
patriotes que doit recevoir la chambre de 1831. Cependant, M. Eschassériaux voterait, à ce que nous croyons, contre l’hérédité de la pairie.

FLEURIAU DE BELLEVUE
Elu par le grand collège de La Rochelle, en juin 1830
M. Fleuriau de Bellevue possède, dit-on, à un degré éminemment distingué, un talent qui, sans être tout-à-fait parlementaire, pouvait cependant lui servir à la chambre. Il rédige les procès-verbaux avec une rare perfection, et c’est uniquement à cette habileté toute spéciale qu’il a dû d’être presque constamment, depuis seize ans, le secrétaire ou le président du conseil général de son département. M. Corbière, ministre de l’intérieur, se récriait souvent d’admiration sur les procès-verbaux de M. de Bellevue et se plaisait à les citer comme des modèles de grâce et de bon goût. Plusieurs fois il daigna en faire des complimens à leur auteur : et M. Fleuriau, charmé de cette marque de justice et d’attention, se laissa si bien gagner par le ministre, qui savait ainsi reconnaître son mérite, que depuis 1820 jusqu’à 1830, il n’a pas cessé de voter avec tous les ministères qui se sont succédés. Son dévouement alla même fort loin ; et, tout protestant qu’il est, il ne refusa pas de voter pour la loi du sacrilège. Que ne devait-on point faire, en effet, pour un ministre qui savait, comme M. Corbière, apprécier un procès-verbal à sa juste valeur ?
M. Fleuriau venait à peine d’être nommé député par les électeurs du grand collège de la Rochelle, lorsque le ministère le fit chevalier de la Légion-d’Honneur. Quatre ans plus tard, il fut élevé à la dignité d’officier de cet ordre.
En 1830, M. Fleuriau votait contre l’adresse des 221. Aujourd’hui, M. Fleuriau vote, comme jadis, avec les hommes du pouvoir, quels que soient leurs principes. Il est inutile de dire que M. de Bellevue a voté, depuis juillet, toutes les lois que les ministères rétrogrades, les ministères Guizot et Périer, ont présentées à la chambre, qu’il a été l’un des ardens défenseurs du cens à 300 fr. et à 1,000 fr. Il n’est pas moins inutile de dire que M. Fleuriau de Bellevue voterait pour l’hérédité de la pairie, si les électeurs de la Rochelle le renvoyaient siéger à la chambre de 1831.

A. GALLOT
Elu par l’arrondissement de la Rochelle, en juin 1830
M. André Gllot, collègue d’Audry de Puyraveau et son associé dans une vaste entreprise de roulage qui devait être utile au pays, a, comme lui, bien cruellement souffert de l’influence désastreuse que l’incertitude et la faiblesse du ministère ont exercée sur le commerce. Des revers de fortune qui n’eussent point dû atteindre des patriotes, après la révolution, l’ont forcé de donner sa démission de député. C’est un défenseur de moins pour la patrie et la liberté, si comme nous le craignons, les élections prochaines trouvent encore M. André Gallot contraint par une dure nécessité de réserver tout son temps pour ses propres affaires. Que les électeurs de la Charente lui donnent un successeur digne de venir s’asseoir comme lui, auprès d’Audry de Puyraveau, digne de voter comme votaient jadis ces deux généreux collègues de députation, et nous pourrions presque ajouter d’infortune.
Le successeur de M. André Gallot devra voter contre l’hérédité de la pairie.

LE GÉNÉRAL MINOT.
Elu par le grand collége, en juin 1830.
Le général Minot se présenta à la chambre comme une recrue parlementaire contre le ministère Polignac. Mais son opposition fit bien peu de bruit. Quoique depuis la révolution de juillet, il ait matériellement occupé la place de M. Benjamin Constant, il ne paraît pas y avoir recueilli les inspirations patriotiques de l’infatigable défenseur de la liberté. Nous devons dire cependant que, dans la question des adjonctions électorales, M. le général a proposé un amendement que les hommes du juste milieu pourront lui reprocher comme trop radical.
M. le général est très-répandu dans les ministères, et, dit-on, très dévoué à ses parens et amis. Si les électeurs étaient dans l’intention de le renvoyer à la chambre, ce que nous ne présumons pas, nous les exhorterions à exiger de lui des engagemens d’honneur contre l’hérédité de la pairie, pour l’extension de capacités électorales, la réduction de la liste civile et toutes les améliorations que réclament les intérêts populaires.

M. ADMYRAULT fils
Élu en avril 1831.
M. Admyrault a été nommé en avril 1831, à la place de M. A. Gallot. M. Admyrault, fils du préfet de la Charente-Inférieure, était alors à Alger, où il est encore. Il n’a point paru à la chambre.


Voir en ligne : Aide-toi, le ciel t’aidera, Notes et jugements sur la chambre de 1830, 25 juin 1831


[1L’adjonction de « capacités » au corps électoral, refusée par Guizot au motif que l’ascenseur social pourvoirait à l’accroissement des élites, d’où l’invite : « Enrichissez-vous ! ».

[2le ministre de l’Intérieur.

[3Le maréchal Marmont, major général de la Garde royale.

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