1846 - La Charente-Inférieure va-t-elle envoyer en Algérie des enfants abandonnés ? - Archives

D 10 avril 2016     H 00:32     A Pierre     C 0 messages A 57 LECTURES


En mars 1846, le Comte de Montigny, qui réside au château de Thaims (17) et a obtenu une concession de 96 ha près d’Oran, demande au Préfet de la Charente-Inférieure l’autorisation d’emmener en Algérie 15 enfants abandonnés des hospices de la Rochelle et de Saintes pour exploiter sa concession.

6 mois plus tard, après plusieurs échanges de courriers, le Préfet lui refuse cette autorisation.

Sources diverses, précisées au cas par cas.

Le récit à partir de ces archives

Qui est le Comte de Montigny ?

Eléonor-Alfred, comte de Montigny, 70 ans, au château de Thaims, par Cozes, Charente-Inférieure.
Annuaire de la noblesse de France de 1884 - Google Livres

Dossiers individuels des conducteurs des Ponts-et-Chaussées XVIIIe-XIXe siècles :
MONTIGNY (Alfred-Eléonore-Marie de) né le 18 juillet 1811 à Perreux (Yonne)
Archives Nationales (F 14 2420 - 2696)

Concessions de cinquante hectares et au-dessus, depuis le commencement de la conquête jusqu’à ce jour (1847)

Date de la concessionNom et qualités des concessionnairesContenance des concessionsSituation des immeubles concédés
28/01/46 Comte de Montigny 96 Sur la route d’Oran à Misserghin, province d’Oran

Des concessions et propriétés en Algérie - A. Cochut - Revue des Deux Mondes T.19 1847 - Wikisource

19/03/1846 - Le Comte de Montigny au Préfet de la Charente-Inférieure

Oran le 19 mars 1846

Monsieur le préfet,

La concession que j’avais demandée en Algérie viens de m’être accordée définitivement, les jours derniers après sept mois du jour de ma demande, j’ai pu arriver au but et je suis m’assure-t-on des plus favorisés. Vous jugerez vous-même Monsieur le préfet, si à ce train-là, les affaires de la colonisation marchent bien vite. C’est un grand mal que ces lenteurs ; les solliciteurs se fatiguent et découragent ceux qui auraient envie de venir faire quelque chose sous ce beau ciel, sur le bon terrain d’Afrique.

Puis donc que me voici propriétaire en Algérie et je dois dire qu’à Paris on a été fort bienveillant pour moi en diminuant mes obligations. Il faut songer à s’installer, à travailler, mais la main-d’œuvre est un obstacle ; le prix en est trop élevé pour la culture, les constructions absorbant les bras des quelques Français venus comme manœuvres, des nombreux Espagnols et d’une foule de Marocains.

Il m’a été suggéré l’idée de demander en France une certaine quantité d’enfants trouvés, de ceux qui ayant atteint l’âge de 12 ans et au-dessus sont mis chez des propriétaires dans les campagnes. Je désirerais donc connaître si le département que vous administrez pourrait me fournir ces jeunes travailleurs, à quelles conditions le directeur des hôpitaux me les confierait, quelles seraient en un mot mes obligations et celles des enfants qu’on m’enverrait.

Le territoire d’Oran et le plus sain de l’Algérie, la population qui était de 14 000 âmes l’an dernier, se trouvait au 31 décembre 1845 à 19 000 passés et Monsieur le sous-directeur me montrait l’autre jour un effectif de plus de 100 personnes pour le mois qui vient de s’écouler.

Les journaux font beaucoup plus de bruit avec les Arabes que nous n’en avons véritablement ; la campagne se couvre d’habitations. D’ailleurs dans la dernière prise d’armes, on n’a pas vu d’ennemi à trois lieues d’Oran et ma concession en est à 3/4 de lieue seulement sur deux grandes routes ; voilà pour la sécurité.

Un choix d’enfants venant ici sans contrainte pourrait être d’un bon avenir pour la colonie et d’un grand avantage pour eux. Leur origine, qui est pour eux une cause d’abandon ou de répulsion en France, ne leur serait.point imputée ici où l’on ferait en sorte qu’elles ne se connut pas, et il grandiraient pour devenir un jour colons propriétaires. Je suis sûr de l’intérêt que porterait à cette réunion de jeunes gens, le général de la Moricière qui m’honore de sa bienveillance. Il aiderait mon entreprise s’il la voyait prendre une voie d’utilité non seulement pour moi, mais aussi pour le pays.

Je pourrais recevoir de suite une douzaine ou quinzaine de ces jeunes gens. Il ne me serait pas indifférent de prendre les premiers venus. Des antécédents de conduite, des dispositions de bon caractère, une constitution physique qui promette qu’on pourra petit à petit tirer parti de leurs bras, telles sont vous le comprenez, Monsieur le préfet, les exigences que réclame l’essai que je me propose de faire.

Je me suis déjà assuré du concours d’ecclésiastiques zélés pour la direction du moral. Le gouvernement a un médecin rétribué pour les colons de la banlieue.

L’ancienneté à mon service des domestiques qui m’ont aidé à Thaims servira de garantie sous le rapport de ma manière d’agir avec ceux que j’ai à faire travailler. Sur dix années de séjour en Saintonge, je compte un service de dix ans qui se continue encore plusieurs de six ou de cinq de journaliers qui, non plus, ne m’ont jamais quitté. Enfin un jeune enfant de Corme-Ecluse a voulu me suivre ici sans conditions de ma part plus avantageuses que s’il était resté à la vue de son clocher.

Mon projet serait donc d’utiliser un certain nombre de jeunes gens, de les mettre à même, à leur majorité, suivant leur mérite et leur travail, de cultiver des champs qui leur seraient réservés en toute propriété non loin de l’habitation qu’ils auraient contribué à faire prospérer.

Si mon idée vous agrée, je vous prie, Monsieur le préfet, de m’assurer de votre réponse. J’ai déjà mille remerciements à vous faire dans l’envoi du certificat que je sollicitai de vous pendant mon séjour à Alger. J’en aurai d’autres à vous adresser indubitablement pour la satisfaction que vous donnerez à ces lignes.

J’ai l’honneur d’être avec les sentiments les plus distingués et les plus respectueux, Monsieur le préfet, votre très humble et obéissant serviteur.

Cte de Montigny

A Oran

AD 17 - 3 X 372

14/04/1846 - Le Préfet de la Charente-Inférieure au Comte de Montigny

À M. le Comte de Montigny, à Oran (Afrique) le 14 avril 1846

Monsieur le Comte
Vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 19 mars dernier que le gouvernement vous avait accordé la concession de terrains que vous aviez demandée en Algérie, et vous m’avez fait part de l’intention où vous seriez de vous charger d’une quinzaine d’enfants trouvés pour les placer dans votre colonisation.

Le décret du 19 janvier 1811, et l’arrêté du gouvernement du 30 ventôse an V, disposent que les enfants trouvés de l’âge de 12 ans doivent être mis en apprentissage, les garçons chez des laboureurs ou artisans, ou dans des fabriques et manufactures, et que les commissions administratives des hospices pourront, lorsque les enfants manifesteront le désir de s’attacher au service maritime, contracter, sous l’approbation des Préfets, des engagements pour le placement de ces enfants sur des vaisseaux de commerce ou de l’Etat.

Le premier de ces deux modes de placement des élèves des hospices offre, il est vrai, une sorte d’analogie avec celui que vous proposez, néanmoins, comme il s’agirait de transporter ces enfants sur un sol dont le climat peut porter de rudes atteintes à leur santé, sans parler des dangers qu’ils peuvent courir dans un pays où nous sommes en état permanent d’hostilité, je ne me déterminerai pas à prendre sur moi l’initiative d’une mesure qui, dans ses résultats, peut avoir des inconvénients graves.

Toutefois, pour donner suite à votre demande, je vous engage à vous adresser directement aux commissions hospitalières de Saintes et de la Rochelle, qui sont chargées de la tutelle des enfants. Vous leur présenterez les raisons qui vous font penser que leurs pupilles trouveraient en Algérie des positions meilleures que celles qui pourraient leur être faite en France. Alors ces commissions examineront votre demande, et formuleront un avis sur son objet ; j’y joindrai le mien, et je soumettrai ensuite la question à M. le Ministre de l’Intérieur, qui donnera alors, s’il y a lieu, l’autorisation nécessaire au départ des enfants que vous désirerez obtenir.

Quant au contrat de placement, il ne stipulera aucune somme en votre faveur ni de l’enfant. Il vous garantira seulement le service gratuit jusqu’à l’âge de sa majorité, à la charge de lui assurer sa nourriture, son logement et son entretien ; ce contrat disposera en outre que l’enfant recevra l’instruction morale et religieuse que son état comporte.

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22/07/1846 - La Commission administrative des hospices civils de La Rochelle au Préfet de la Charente-Inférieure

Ville de La Rochelle
Commission administrative des hospices civils

La Rochelle, le 22 juillet 1846

Monsieur le Préfet

Monsieur le Comte de Montigny nous a informé qu’il a fondé près d’Oran, une colonie agricole qu’il veut faire exploiter par des enfants trouvés, et il nous a demandé de lui confier quelques élèves de notre hospice de l’âge de 12 à 15 ans, en nous faisant connaître qu’il enverrait à la Rochelle une personne qui aurait la mission de les accompagner jusqu’à leur destination.

Le nombre d’enfans dont nous pourrons disposer pour cet établissement sera très restreint, et, si vous donnez votre approbation à leur placement, nous aurons l’honneur de vous adresser, avant leur départ, les renseignements qui vous seront nécessaires pour leur faire obtenis un passeport avec secours de route. Monsieur de Montigny se chargera de payer le surplus de la dépense que leur transférement occasionnera.

Nous sommes avec respect, Monsieur le Préfet, vos très dévoués serviteurs.

Signé : Belhommeau, Papineau, Marsillac, Crenoux

AD 17 - 3 X 372

24/07/1846 - Le Comte de Montigny au Préfet de la Charente-Inférieure

Oran 24 juillet 1846

Monsieur le Préfet,

Conformément à vos observations, j’envoyai à la date du 7 de ce mois un rapport formant demande à Messieurs les membres de la commission des hospices civils de la Rochelle et de Saintes, à l’effet d’obtenir 15 enfants trouvés de 12 à 15 ans pour les établir sur ma concession près d’Oran.

Ma lettre a été favorablement accueillie par la commission de la Rochelle, qui met à ma disposition les enfants dont elle peut disposer en ce moment. Mais je n’ai point reçu de réponse de Saintes. Pourtant ma lettre, pour la commission de cette ville, était sous le même plique celle adressée à la Rochelle, Monsieur le sous-directeur de l’Intérieur s’étant chargé de vous les transmettre toutes deux.

Comme je ne puis prendre, pour un petit nombre d’enfants, une détermination sans savoir l’avis des autres commissions, je viens vous prier, Monsieur le Préfet, de faire vérifier si ma lettre à la commission de Saintes lui a bien été expédiée de vos bureaux.

Aussitôt que j’aurai obtenu le nombre d’enfants que je désire, je chargerai quelqu’un qui me représente à Thaims de venir me les amener ici tout exprès ; ce sera le moyen qu’ils soient moins exposés aux accidents de route.

J’ai répondu à Messieurs les membres de la commission de la Rochelle que je les priais de me conserver les trois enfants qu’ils avaient de disponibles. Mais s’ils leur étaient à charge en attendant que je puisse les faire venir ici, je les fervoit s’élevetais rendre à Thaims où ils attendraient là la détermination des autres personnes qui ont à se prononcer sur ma demande. Des ordres seront donnés à Thaims pour que les enfants qui seraient envoyés de la Rochelle y soient immédiatement reçus ; je vous serai obligé, Monsieur le Préfet, de transmettre ceci à Messieurs les membres de la commission.

Malgré l’année peu favorable à cause de la sécheresse, la colonisation prend du développement. Chaque jour de nouvelles bâtisses, opérer quelques défrichements.

Puissent les administrations de France nous envoyer de nombreux et laborieux colons. Tout le monde s’en trouvera bien. Rien ne décourage les arabes comme un établissement agricole. Les bataillons, les escadrons, tout cela passe et ils espèrent ne plus les revoir, mais une maison qui s’élève c’est pour eux une démonstration plus terrible que le canon, n’en déplaise à nos illustres généraux qui ne veulent pas comprendre qu’il y a hors d’eux de grands moyens de colonisation.

J’ai l’honneur d’être, avec la plus grande considération, Monsieur le Préfet, votre très humble et obéissant serviteur.

Cte de Montigny

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27/07/1846 - Le Préfet de la Charente-Inférieure aux membres de la commission administrative des hospices civils de la Rochelle

Messieurs les membres de la commission administrative de l’hospice civil à la Rochelle

le 27 juillet 1846

Messieurs,
vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 22 de ce mois, que Monsieur le Comte de Montigny vous avait entretenu du projet qu’il avait formé de fonder près d’Oran, une colonie agricole qu’il ferait exploiter par des enfants trouvés, et il vous a demandé en conséquence de lui confier quelques élèves de votre hospice de l’âge de 12 à 15 ans, en vous faisant connaître qu’il enverrait à la Rochelle une personne qui aurait la mission de les accompagner jusqu’à leur destination.

Le décret du 19 janvier 1811, et l’arrêté du gouvernement du 30 ventôse an V, dispose que les enfants trouvés de l’âge de 12 ans doivent être mis en apprentissage, les garçons chez les laboureurs ou artisans, ou dans des fabriques et manufactures, et que les commissions administratives des hospices pourront, lorsque les enfants manifesteront le désir de s’attacher au service maritime, contractée, sous l’approbation des préfets, des engagements pour le placement de ses enfants sur des vaisseaux du commerce ou de l’État.

Le premier de ces deux modes de placement des élèves des hospices offre, il est vrai, une forte analogie avec celui que vous propose Monsieur le Comte de Montigny, néanmoins comme il s’agirait de transporter ses enfants sur un sol dont le climat peut porter de rudes atteintes à leur santé, sans parler des dangers qu’ils peuvent courir dans un pays où nous sommes en état permanent d’hostilité, je ne me déterminerai pas à prendre sur moi l’initiative d’une mesure qui, dans ses résultats, peut avoir des inconvénients graves.

Si donc, Messieurs, vous pensiez devoir insister pour placer quelques-uns de vos élèves dans la colonie agricole de Monsieur le Comte de Montigny, je ne pourrai donner mon approbation à cette mesure, autant que M. le Ministre de l’Intérieur lui-même m’y aurait autorisé.

J’attendrai donc une nouvelle communication de votre part, pour soumettre cette proposition à S. Ex.

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05/08/1846 - Les membres de la commission administrative de l’hospice civil à la Rochelle au Préfet de la Charente-Inférieure

Ville de la Rochelle
Commission administrative des hospices civils

la Rochelle, le 5 août 1856

Monsieur le Préfet,
En réponse à notre lettre du 22 juillet dernier, par laquelle nous vous demandions votre adhésion au placement dans la colonie agricole de Monsieur de Montigny, de quelques enfants trouvés, vous nous avez fait l’honneur de nous écrire le 27 du même mois, que vous ne donneriez votre approbation à cette mesure autant que Monsieur le ministre de l’intérieur vous y aurait autorisé.

Notre attention n’est pas détendre à un très grand nombre d’enfants le placement proposé : nous voudrions seulement envoyer dans ladite colonie agricole, ceux qui, par la versatilité de leur caractère, ou par une tendance à la paresse, mécontentent les ouvriers chez lesquels ils sont placés, et ne pouvant, par cette raison, y rester, deviennent une charge indésirée pour notre hospice. En les dirigeant sur Oran, nous pourrions espérer que le changement de climat, le mode d’emploi du temps, le système d’émulation que M. de Montigny doit mettre en usage, et enfin l’assurance de posséder un jour une petite habitation et du terrain à cultiver pour leur compte, apporteraient dans leur caractère et leur manière d’agir un salutaire changement.

Par ces motifs, nous avons l’honneur de vous prier, Monsieur le préfet, de vouloir bien demander à Monsieur le ministre de nous autoriser à envoyer quelques élèves de notre hospice, de l’âge de 12 à 15 ans, dans la colonie agricole de Monsieur de Montigny, et de le charger de la tutelle de ces enfants jusqu’à leur majorité.

Nous sommes avec respect, Monsieur le préfet…

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07/08/1846 - Le Préfet de la Charente-Inférieure au Comte de Montigny

Monsieur le Comte de Montigny à Oran (Afrique)

le 7 août 1846

Monsieur le Comte,
Aussitôt que vos lettres aux commissions administratives des hospices civils de Saintes et de la Rochelle m’ont été transmises par Monsieur le sous-secrétaire d’État de l’Intérieur, je me suis empressé de les faire parvenir à leur adresse.

La commission de l’hospice de la Rochelle m’a écrit le 22 juillet dernier, que le nombre d’enfants qu’elles pourraient vous livrer, serait très restreint ; mais qu’avant d’arrêter définitivement les conditions du traité à passer, elle avait besoin de mon approbation.

Je lui ai répondu le 27, et en lui déduisant les mêmes raisons que je vous ai présentées dans la lettre que j’ai eu l’honneur de vous écrire le 14 avril, j’ai ajouté que je ne prendrai pas sur moi l’initiative d’une pareille mesure, et que si elle insistait pour le placement de quelques-uns de ses élèves dans votre colonie agricole, je ne pourrai donner mon assentiment à leur départ, autant que Monsieur le ministre de l’intérieur lui-même m’y aurait autorisé.

Aussitôt que Messieurs les membres de la commission m’auront fait connaître leur dernières intentions, je prendrai, s’il y a lieu, les ordres de S. Ex.

Quant à l’hospice de Saintes, la commission administrative de cet établissement ne m’a fait aucune communication.

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08/08/1846 - Le Préfet de la Charente-Inférieure au Ministre de l’Intérieur

Le 8 août 1846

Monsieur le Ministre,
Monsieur le Comte de Montigny, qui habite ce département, m’a écrit le 19 mars dernier, que le gouvernement venait de lui accorder la concession de terrains, qu’il avait demandée en Algérie, et il m’a fait part de l’intention où il était de se charger d’une quinzaine d’enfants trouvés de l’âge de 12 à 15 ans, pour les placer dans sa colonisation située dans la province d’Oran.
Le décret du 19 janvier 1811, et l’arrêté du gouvernement du 30 ventôse an V, disposent que les enfants trouvés de l’âge de 12 ans, doivent être mis en apprentissage, les garçons chez les laboureurs ou artisans, ou dans des fabriques et manufactures, et que les commissions administratives des hospices pourront, lorsque les enfants manifesteront le désir de s’attacher au service maritime, contracter, sous l’approbation des préfets, des engagements pour le placement de ses enfants sur des vaisseaux du commerce ou de l’État.

Le premier de ces deux modes de placement des élèves des hospices offre, il est vrai, une sorte d’analogie avec celui que propose Monsieur le Comte de Montigny ; néanmoins comme il s’agirait de transporter ses enfants sur un sol dont le climat peut porter de rudes atteintes à leur santé, sans parler des dangers qu’ils peuvent courir dans un pays où nous sommes en état permanent d’hostilité, je n’ai pas cru pouvoir prendre sur moi l’initiative d’une mesure qui, dans ses résultats, peut avoir des inconvénients graves.

Mais, comme les commissions administratives des hospices de Saintes et de la Rochelle paraissent disposées à envoyer quelques-uns de leurs élèves dans la colonie agricole de Monsieur le Comte de Montigny, j’ai l’honneur de vous prier, Monsieur le Ministre, de vouloir bien me faire connaître si l’administration doit consentir à ce placement. Quant à moi je ne le pense pas.

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12/09/1846 - Le Ministre de l’Intérieur au Préfet de la Charente-Inférieure

Ministère de l’Intérieur
Administration départementale et communale
3e section - 2e bureau
Aliénés, enfants trouvés et mendicité
Charente inférieure

Enfants trouvés : demande d’un certain nombre d’enfants pour une exploitation dans la province d’Oran

Paris le 12 septembre 1846

Monsieur le Préfet,
Vous m’avez informé, le 8 août dernier, que Monsieur le Comte de Montigny, un de vos administrés, concessionnaire d’une exploitation dans la province d’Oran, vous a demandé, pour les emmener sur cette exploitation, une quinzaine d’enfants trouvés de l’âge de 12 à 15 ans. Les commissions hospitalières de la Rochelle et de Saintes sont, ajoutez vous, assez disposées à accueillir la demande dont il s’agit.. Mais vous, au contraire, vous pensez que transplanter de jeunes adultes sous le climat de l’Afrique, et dans une province qui naguère était en état complet d’insurrection, c’est compromettre leur existence, vous me priez dès lors d’approuver le refus que vous vous proposez d’opposer à la demande de Monsieur le Comte de Montigny.

Je pense, Monsieur le Préfet, que du jour où l’Algérie, complètement pacifiée, aura reçu des populations européennes assez nombreuses pour se défendre contre la race Arabe, il pourra y avoir avantage à envoyer une partie de nos enfants trouvés, devenus grands, chercher là une condition meilleure que celle qu’ils rencontrent généralement en France.

Mais le temps ne me paraît pas venu à cet égard, et il convient de n’entrer qu’avec réserve dans une voie qui n’est pas exempte de difficultés et de périls. J’ajouterai à cette observation générale que la concession pour laquelle des enfants vous sont demandés est situé précisément dans celles de nos provinces africaines la plus exposée aux hasards de la guerre, et que M. de Montigny, qui ne paraît pas disposé, au moins rien ne me l’indique, à aller se fixer d’une manière permanente sur sa concession, ne sera pas à même de veiller par lui-même sur les enfants qui lui seraient confiés. Je vois donc dans l’expatriation de ces enfants au moins autant de mauvaises chances que de bonnes, et je crois dès lors que, dans le doute, il y a lieu à ne pas accueillir, au moins quant à présent, la demande de Monsieur le Comte de Montigny.

Recevez, Monsieur le Préfet, l’assurance de ma considération distinguée.

Pour le ministre de l’intérieur : le sous secrétaire d’État.

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15/09/1846 - Le Préfet de la Charente-Inférieure aux membres de la Commission administrative de l’hospice civil de la Rochelle

MM. Les membres de la commission administrative de l’hospice civil de la Rochelle

La Rochelle le 15 septembre 1846

Messieurs,
J’ai soumis à Monsieur le Ministre de l’Intérieur la demande de Monsieur le Comte de Montigny, concessionnaire d’une grande exploitation dans la province d’Oran, qui désirerait emmener sur cette exploitation une quinzaine d’enfants trouvés de l’âge de 12 à 15 ans.

En appelant l’attention de S. E/ sur les dangers auxquels pouvaient être exposés ces enfants, dans un pays où nous sommes dans un état permanent d’hostilité, je l’ai prié de me transmettre ses instructions à l’effet de me diriger dans la suite qui serait donnée à la demande de Monsieur le Comte de Montigny.

Monsieur le ministre vient de me répondre que, du jour où l’Algérie, complètement pacifiée, aura reçu des populations européennes assez nombreuses pour se défendre contre la race Arabe, il pense qu’il pourra y avoir avantage à envoyer une partie des élèves des hospices, devenus grands, chercher là une condition meilleure que celle qu’ils rencontrent généralement en France ; mais que le temps n’est pas venu à cet égard, et qu’il convient de n’entrer qu’avec réserves dans une voie qui n’est pas exempte de difficultés et de périls.

À cette observation générale, S. Ex. ajoute : que la concession pour laquelle des enfants sont demandés et situés précisément dans celle de nos provinces africaines la plus exposée aux hasards de la guerre, et que M. de Montigny, qui ne paraît pas disposé, au moins rien ne l’indique, à aller se fixer d’une manière permanente sur sa concession, ne sera pas è portée de veiller par lui-même sur les enfants qui lui seraient confiés.

D’après ces considérations, Monsieur le ministre, voit dans l’expatriation de ces enfants au moins autant de mauvaises chances que de bonnes et dès lors, dans le doute, il pense qu’il n’y a pas lieu d’accueillir, au moins quant à présent, la demande de Monsieur le Comte de Montigny.

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15/09/1846 - Le Préfet de la Charente-Inférieure à M. le Comte de Montigny

La Rochelle le 15 septembre 1846

Monsieur le comte,
Ainsi que j’ai eu l’honneur de vous l’écrire le 7 août dernier, j’ai demandé à Monsieur le ministre de l’intérieur, ces instructions au sujet des enfants trouvés de l’âge de 12 à 15 ans que vous demandiez à emmener sur l’exploitation qui vous a été concédée dans la province d’Oran.

Monsieur le ministre vient de me répondre que, du jour où l’Algérie, complètement pacifiée, aura reçu des populations européennes assez nombreuses pour se défendre contre la race Arabe, il pense qu’il pourra y avoir avantage à envoyer une partie des élèves des hospices, devenus grands, chercher là une condition meilleure que celle qu’ils rencontrent généralement en France ; mais que le temps n’est pas venu à cet égard, et qu’il convient de n’entrer qu’avec réserves dans une voie qui n’est pas exempte de difficultés et de périls.

À cette observation générale, S. Ex. ajoute : que la concession pour laquelle des enfants sont demandés et situés précisément dans celle de nos provinces africaines la plus exposée aux hasards de la guerre et que, comme rien n’indique que vous soyez disposés à vous fixer d’une manière permanente sur votre concession, vous ne seriez pas alors à portée de veiller par vous-même sur les enfants qui vous seraient confiés.

D’après ces considérations, Monsieur le ministre, voit dans l’expatriation de ces enfants au moins autant de mauvaises chances que de bonnes et dès lors, dans le doute, il pense qu’il n’y a pas lieu d’accueillir, au moins quant à présent, la demande que vous avez formée.

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