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1847 - ? La triste histoire des orphelins charentais de Medjez-Amar (Algérie)

lundi 11 juillet 2022, par Pierre, 150 visites.

Plan général de cette étude Références et bibliographie

Des orphelins de Charente-Inférieure déjà soumis à rude épreuve dans les "colonies agricoles" de La Vallade (Rétaud 17) et de La Ronce (La Tremblade 17) ont connu l’enfer dans la Colonie Agricole de Medjez-Amar (région de Constantine - Algérie) où ils sont envoyés en 1847 et 1849 par la congrégation fondée par le Comte Jean de Luc, sur l’initiative de l’Abbé Landmann. Les plus jeunes ont 8 ans.

Pour les Préfectures françaises, la colonisation est une occasion de se débarrasser à bon compte d’une population d’enfants qui encombre les institutions publiques et privées des départements.

Loin des yeux, pris en partie en charge par l’armée et en partie par des congrégations religieuses, c’est l’aubaine.

A Medjez-Amar, il est probable que la plupart des enfants venant de Charente-Inférieure sont morts de maladie ou de mauvais traitements de la part de ceux qui les encadraient (tous des hommes).

Dans le document qui suit, il suffit de lire entre les lignes pour deviner la triste réalité.

Source : La Colonisation de l’Algérie, ses éléments - Louis de Baudicour - Paris - 1856 - Archiv


LES ORPHELINATS.

...

L’orphelinat de garçons de la province de Constantine a été placé à Medjez-Amar, entre Guelma et les Eaux-Chaudes de Hammam-Meskhoutine, dans un bassin formé au confluent du Bouham et de l’Oued-Cherf. Lors de l’expédition de Constantine en 1846, l’armée, partie de Bône, suivit l’ancienne route arabe, et un camp fut établi en cet endroit. Un rideau de montagnes y abrite parfaitement des vents du nord ; mais on y reste exposé à ceux du midi. Les deux rivières qui, réunies, prennent le nom de Seybouse, débordent à l’époque des pluies, et leurs eaux, stagnant dans les parties basses, causent, pendant la saison d’été, des fièvres d’une malignité excessive.

Le sol est fertile, malgré les couches imperméables d’argile sur lesquelles il repose ; la terre végétale a près d’un mètre de hauteur dans une partie des terres arables. Ces terres, ainsi que celles propres au pâturage, comprennent la moitié environ du territoire ; l’autre moitié est couverte de massifs d’oliviers et de massifs plus étendus de broussailles improductives.
Les eaux potables sont peu abondantes. Deux sources, qui filtrent à travers des rochers, disparaissent en été ; il ne reste alors qu’une fontaine d’un faible débit, qui est située à 300 mètres de l’établissement.

M. l’abbé Landemann [1] s’installa, en 1849, avec 15 orphelins dans les bâtiments construits par le génie, qui lui furent abandonnés avec une concession de 500 hectares. Il reçut de plus une subvention extraordinaire de 20,000 fr. La généreuse protection du général de Saint-Arnauld, alors commandant supérieur de la province de Constantine, l’aida dans ses débuts.

Il avait pour coopérateur et pour associé M. de Luc, ancien militaire, qui avait quitté l’épaulette pour endosser une bure grossière de moine. Ce saint religieux s’était voué depuis plusieurs années à l’éducation des enfants, s’était attaché quelques disciples et avait fondé avec eux, aux environs de Saintes, dans le département de la Charente- Inférieure, un établissement agricole. Une dizaine de Frères de la Croix et 27 enfants l’avaient suivi en Afrique. Ces enfants, joints à tous ceux que la province de Constantine n’avait cessé d’envoyer, dès la fin de 1851 avaient élevé à 87 le nombre des orphelins de Medjez-Amar.

Toutefois, après deux années de continuels mécomptes, M. de Luc retira ses Frères, et M. l’abbé Landemann dut renoncer à son établissement. L’autorité militaire prit alors la direction de l’orphelinat. En avril 1852, un autre prêtre séculier fut envoyé à Medjez-Amar. Des difficultés de tout genre et, par-dessus tout, les fièvres dispersèrent bientôt le nombreux personnel amené par le nouveau directeur avec l’espoir d’un meilleur succès.
L’autorité militaire reprit l’administration de l’orphelinat en janvier 1853, et mit tout en œuvre pour le remettre à flot. Des avances considérables furent versées dans la caisse du directeur ; des thuizzas (corvées arabes) furent successivement accordées pour ensemencer les terres et pour faire les moissons ; un poste militaire vint s’établir à Medjez-Amar et fut employé aux cultures et aux défrichements : ainsi puissamment secondée, la Direction parvint à rembourser les sommes avancées.

Les orphelins de la province de Constantine se trouvaient alors sous la tutelle d’un capitaine et de quelques caporaux. Leurs nouveaux mentors prenaient d’eux des soins véritablement dignes d’éloges ; ils les faisaient marcher au son du tambour et les passaient en inspection plusieurs fois par jour : mais pouvaient-ils leur apprendre une autre vie que celle des camps, leur parler de choses qu’ils ne pratiquaient pas, leur inspirer des sentiments auxquels ils étaient eux-mêmes étrangers ? Obligés, par ordre supérieur, de se faire maîtres d’école, ils étaient les premiers à reconnaître tout ce qu’avait d’incomplet l’éducation qu’ils pouvaient donner à ces pauvres orphelins, et désiraient ardemment qu’on les déchargeât d’une aussi délicate mission.

L’Administration faisait de vains efforts pour attirer en cet endroit les Frères des Écoles chrétiennes nouvellement établis en Algérie, lorsque la Providence lui envoya, du couvent suisse de Saint-Maurice, en Valais, M. le comte Bagnoud, évêque de Bethléem, supérieur général des chanoines de Saint-Augustin.

Ces prêtres réguliers se disent les héritiers privilégiés de l’évêque d’Hippone [2] : ils étaient désireux de reparaître sur le sol africain qui avait été leur berceau.

Un traité fut conclu avec eux : les bâtiments et les terres de l’orphelinat de Medjez-Amar leur furent concédés. Mais, dans l’ardeur de marcher sur les glorieuses traces de leur fondateur, ils se laissèrent un peu éblouir et acceptèrent les yeux fermés des conditions très-onéreuses. Un inventaire fut dressé lors de l’installation des chanoines ; le directeur militaire, à qui ce soin fut confié, devait naturellement chercher à faire ressortir l’excellence de son administration. D’un autre côté, il était assez difficile à des étrangers de bien apprécier la valeur des choses. Ils ne furent pas longtemps à s’apercevoir qu’ils étaient loin de compte, et que la succession acceptée sous bénéfice d’inventaire était une charge très­onéreuse. Ainsi, les chars et les ustensiles aratoires se trouvaient hors d’usage dès les premiers jours où l’on voulut s’en servir. Au temps de la fenaison, il fallut acheter du fourrage pour l’entretien des chevaux et des mulets. La récolte avait été évaluée à un chiffre énorme lors de l’inventaire ; quand vint la moisson la déception fut complète : on récolta à peine de quoi ensemencer les terres. Il n’y avait ni blé, ni farine, ni autres provisions dans les greniers ou dans les magasins de l’établissement ; il fallut donc tout acheter, et les jardins eux-mêmes étaient incultes.

Le nouveau directeur avait appelé à son aide des religieuses, pour s’occuper plus spécialement des enfants au dessous de dix ans et s’appliquer au soin des malades. Les pernicieuses influences du climat ne tardèrent point à se manifester : toutes les précautions hygiéniques restèrent impuissantes ; toutes les ressources de l’art échouèrent. Deux Frères et une Sœur furent les premières victimes : un peu après, plusieurs enfants étaient emportés par les fièvres, et un grand nombre, pendant les chaleurs de l’été, étaient atteints d’ophthalmie. L’Evêque de Bethléem donna les preuves d’un dévouement sans égal, ne reculant devant aucune fatigue et se sacrifiant pour les pauvres orphelins dont il était devenu le père. Il lutta longtemps contre la fièvre qui le minait avec la volonté la plus énergique et la plus persévérante ; mais il dut céder aux injonctions des médecins qui ne répondaient plus de ses jours, et il partit presque mourant.

Les orphelins laissés aux soins des religieux de son Ordre sont aujourd’hui au nombre de 81 ; près du quart ont déjà dépassé 18 ans ; mais ils ne pourront quitter l’établissement qu’à leur majorité.

Le régime de la maison, qui est maintenant celui des autres orphelinats de l’Algérie, a été beaucoup amélioré.Toutefois l’éducation des enfants a dû évidemment souffrir des changements fréquents de direction. Les bons religieux ont eu une peine infinie à les moraliser ; il n’y avait chez eux aucune trace de sentiments élevés ; l’ivraie et les ronces avaient étouffé le bon grain ; ils n’écoutaient plus que leurs mauvais penchants. Il en est encore qui demeurent sourds à leur voix ; mais au moins les bons principes ne leur sont plus étrangers, et s’ils ne sont pas tous vertueux, presque tous voudraient l’être.

Toujours est-il que l’instruction a beaucoup gagné avec les nouveaux maîtres. A leur arrivée il y en avait à peine trois qui lussent passablement ; maintenant presque tous lisent et écrivent plus ou moins bien. Ils sont, du reste, comme dans les autres orphelinats, selon les goûts et les forces de chacun et selon les besoins de la maison, employés aux travaux de la campagne ou utilisés dans différents ateliers.

Ces résultats sont concluants et doivent d’autant plus faire apprécier les services rendus à notre colonie par les religieux de Saint-Augustin, que, n’étant pas Français, ils ne pouvaient pas prendre un aussi grand ascendant que d’autres sur leurs élèves.

Faisons des vœux pour que l’Administration les aide à vaincre tous les autres obstacles. Ils ne considèrent pas l’Afrique comme une terre étrangère, puisqu’ils la tiennent comme un héritage de leur saint fondateur ; traitons-les aussi bien que des compatriotes. Ici, toute considération d’amour-propre doit être mise de côté, et parce que d’autres n’ont pas réussi à Medjez-Amar, on ne doit être que plus empressé à prodiguer des encouragements aux nouveaux venus. En définitive, ils travaillent plus dans l’intérêt de la colonie que dans le leur, et il faut à tout prix éviter le scandale d’une fâcheuse déroute essuyée par des hommes qui ont accepté avec confiance la plus pénible des tâches.

Or, les précédents administrateurs de Medjez-Amar ont joui d’assez grandes ressources sans pouvoir mettre cet établissement au niveau des autres de ce genre. Ils recevaient de fréquents dons en bétail, en couvertures, en ustensiles de toute espèce. Un jardin potager de deux hectares était entretenu par les militaires du poste. L’autorité supérieure faisait faire aux Arabes une corvée d’une centaine de charrues pour ensemencer soixante ou quatre-vingts hectares de terre. Pourquoi, dès la première année, retirer tous ces avantages aux religieux de Saint-Augustin ? Sans doute, une somme de 25,000 fr. a été allouée aux nouveaux hôtes de Medjez-Amar pour achever les constructions qu’on leur a concédées ; mais en sont-ils plus avancés, si, par défaut de solidité, elles menacent déjà de tomber en ruine ? Sans doute, ces constructions sont entourées de cinq cents hectares de terre ; mais à quoi bon si, pour les mettre en valeur, il leur faut recourir à une main-d’œuvre étrangère qui absorbe tous les subsides qu’ils reçoivent pour leurs enfants, sans les mettre en état de les nourrir ? Le manque d’eau ne permettant pas de les employer aux cultures industrielles, l’éducation du bétail serait peut-être le seul moyen d’assurer la prospérité de l’établissement ; mais, pour cela, la concession de Medjez- Amar, malgré son étendue, est encore reconnue insuffisante.

Les personnes appartenant aux différentes confessions protestantes se sont aussi occupées avec zèle du soin des orphelins laissés par leurs pauvres coreligionnaires ; elles y ont pourvu par des dons volontaires jusqu’en 1849, époque où l’Administration a accordé au Consistoire d’Alger, pour les enfants protestants, des subventions semblables à celles qu’elle accordait pour les enfants placés dans les orphelinats catholiques. En effet, ces derniers établissements étant sous la direction de corporations religieuses, ne paraissaient pas offrir toutes les garanties désirables en ce qui concerne la liberté de conscience.


[1M. l’abbé Landemann, en 1841, avait publié un projet de colonisation sous le titre de Fermes du Petit-Atlas, et depuis avait adressé plusieurs Mémoires au roi Louis-Philippe pour la colonisation de l’Algérie. Il est aujourd’hui curé de l’une des paroisses d’Alger, qu’il édifie par son dévouemen charitable.

[2Augustin d’Hippone (latin : Aurelius Augustinus) ou saint Augustin, né le 13 novembre 354 à Thagaste (l’actuelle Souk Ahras, Algérie), un municipe de la province d’Afrique, et mort le 28 août 430 à Hippone (l’actuelle Annaba, Algérie), est un philosophe et théologien chrétien romain d’origine Berbère 1ayant occupé le rôle d’évêque d’Hippone en Numidie

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