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1850 Les colonies agricoles de Charente-Inférieure

et leur annexe algérienne.

mercredi 21 juin 2023, par Pierre, 62 visites.

Plan général de cette étude Références et bibliographie

Histoire et description des Colonies Agricoles de Charente-Inférieure et de leur annexe en Algérie. En 1850, la colonisation de l’Algérie bat son plein.

Sources : Des Colonies Agricoles établies en France en faveur des jeunes détenus, enfants trouvés, pauvres, orphelins et abandonnés – Précis historique et statistique – Jules de Lamarque et Gustave Dugat – Paris – 1850 – Voir en ligne

La première colonie décrite dans ce livre est celle de Mettray (Indre-et-Loire), archétype des Colonies Agricoles de France, page 9
Les colonies de Charente-Inférieure sont décrites
- Colonie Saint-Antoine (Bois), page 93
- Colonie Notre-Dame des Vallades (Rétaud), page 131
- Colonie de La Ronce (La Tremblade), page 132
- Colonie de Medjez-Amar (Algérie), page 134
Table des matières - page 148

Il existait en Charente-Inférieure, en 1850, trois établissements du type « Colonie Agricole », situés à Rétaud, La Tremblade, et Bois.
Il faut y ajouter une « annexe » située à Medjez-Amar (Algérie, Département de Constantine)

Bois, Saint-Genis, Plassac - Colonie de Saint-Antoine. fond° 1841

En 1841, M. l’abbé Deshaye, fondateur de la société des Frères agriculteurs, et M. Fournier, curé de Saint-Martin de Pons, établirent cette co­lonie dans le département de la Charente- Inférieure, arrondissement de Jonzac, canton de Saint-Genis, communes de Bois, Saint-Genis et Plassac. Ce fut un asile ouvert aux enfants abandonnés, orphelins et pauvres, où ils devaient puiser les principes de la morale religieuse, des habitudes de travail, d’ordre et d’économie.

La société des Frères agriculteurs est propriétaire de la colonie. La contenance des terrains est de 95 hectares, consistant en prairies, châtaigneraies, bois taillis et de haute futaie, terres arables, vignes et bruyères. Deux fontaines avec bassin, écluses, canaux, servent à l’irrigation de la propriété. Le matériel agricole est suffisant ; il se compose de charrues Dombasle, Rosé, Grignon, américaine, etc., herses, charrettes, 6 bœufs, 10 vaches et génisses, 4 chevaux, 2 ânesses, 50 brebis, 20 cochons anglo-chinois, tongkin et race coupée.

Le directeur, M. Richard, et 8 religieux forment le personnel administratif et de surveillance.

La population des jeunes colons a été de 40 en moyenne, elle est fixée à 50 pour l’année 1850. Depuis la fondation, il n’y a pas eu de décès.

Les enfants se livrent aux travaux agricoles et horticoles sous la conduite des Frères agriculteurs ; ils ont exécuté des défrichements considérables ; de vastes pièces de terre, autrefois couvertes de bois, sont aujourd’hui livrées à la culture ; des marais ont été convertis en prairies ; ces travaux se continuent. On explique aux enfants, deux fois par semaine, sur le terrain, les différents travaux exécutés, et on leur donne des leçons sur l’hygiène et l’éduéation des animaux. La colonie possède une bibliothèque agricole.

Les enfants vont tous les jours à l’école. La plupart ne sa­vaient ni lire ni écrire. L’instruction morale et religieuse est la même que dans les écoles chrétiennes des Frères de M. l’abbé de La Salle.

RECETTES INTÉRIEURES.

1847, récoltes 3,547 94
1848 5,252 25
1849 6,530 40
Total. 15,110 59

Les terres de la colonie rapportent 2 p. 100. La plus value a été, en 1847, de 3,000 francs ; en 1848, de 6,000 fr. ; en 1849, 4e 9,000 fr.

En 1850, le comice agricole de l’arrondissement de Jonzac met à la disposition du directeur une somme de 150 fr., qui est répartie entre les enfants qui se sont fait remarquer, dans le courant de l’année, par leur bonne conduite et par leur application aux travaux agricoles. Ils reçoivent, en échange de ce pécule, un livret de caisse d’épargne. Cette somme, grossie des intérêts, leur est remise, ainsi que les vêtements, à leur sortie légale de la colonie.

En 1855, le nombre des enfants est de 60. La préfecture en place 30 à elle seule. Il est remarquable que depuis quinze ans la colonie n’a vu qu’un seul décès. De l’aveu de tous les habitants de la contrée, cette institution a donné un élan visible à l’agriculture locale.

Rétaud (17). Colonie de Notre-Dame-des-Vallades. fond° 1843

LA VALLADE
Colonie agricole du Comte de Luc - Photo : Pierre Collenot - 2010

La colonie agricole de Notre-Dame-des-Vallades, établie, en 1843, dans le département de la Charente-Inférieure, recueille, dès l’âge le plus tendre, les enfants trouvés et abandonnés, et les façonne ensuite , sous une intelligente direction, aux travaux de l’agriculture. On sait ce que deviennent généralement ces pauvres petites créatures : placées chez des nourrices de la campagne, presque toutes avares de leurs soins mercenaires, elles périssent en grand nombre. Celles qui triomphent de leur mauvaise fortune ne se rachètent de la mort qu’au prix d’une santé débile et d’une constitution affaiblie par des infirmités précoces. La vue de ce navrant spectacle inspira à des hommes charitables la pensée d’ouvrir un asile à l’enfance délaissée. Telle a été l’origine de la colonie des Vallades.

M. de Luc, aujourd’hui le frère Marie-Théodore, en devint le fondateur. L’habitation des Vallades, près Saintes, fut achetée et appropriée par lui à ce nouvel usage. Dès la première année, un certain nombre d’enfants de 2 , 3, 4 et 5 ans, sortant des hospices de Paris, vinrent prendre possession de cet asile ; on leur adjoignit des élèves plus âgés, et dans l’espace de six années, 120 enfants furent reçus aux Vallades. Les plus heureux résultats répondirent au zèle des fondateurs. Dans l’espace de six ans, et à un âge où la mortalité est si grande, la colonie ne perdit que 13 enfants. Les autres grandirent et se développèrent de la manière la plus heureuse sous le double rapport de la santé et de l’intelligence, et l’on vit alors combien les soins physiques et moraux sont nécessaires et profitables à l’enfance. Habitués au travail dès leur plus jeune âge, ils s’y livrèrent avec amour, avec intelligence, et avec une ardeur remarquable.

Des leçons théoriques et pratiques d’agriculture et d’horticulture ont lieu chaque jour aux Vallades ; l’enseignement mutuel y est adopté pour les classes ; l’émulation est le grand mobile de l’éducation. Les punitions ne sont appliquées que dans les cas graves. Chaque enfant reçoit le soir, à titre de récompense, selon son travail ou sa bonne conduite, un bon au moyen duquel il se procure, à une vente qui est faite une fois par mois dans la maison, les petits objets mobiliers ou autres à son usage. L’amour de la colonie est si profond au cœur des enfants, que, loin d’avoir à craindre leur désertion lorsqu’ils grandissent, la menace d’un renvoi est pour eux le châtiment le plus redouté.

Les résultats obtenus dès le commencement de cette œuvre donnèrent bientôt le désir de l’étendre. L’occasion se présenta
d’acquérir un immeuble en France et d’obtenir une concession en Algérie ; les fondateurs de la colonie en profitèrent. Deux nouveaux établissements forment aujourd’hui les annexes des Vallades, celui de la Ronce, près la Tremblade-Maresmes, et celui de Medjez-Amar en Algérie.

Placée dans un pays très-sain, Notre-Dame-des-Vallades reste consacrée aux plus jeunes enfants et à ceux qui doivent recevoir l’enseignement horticole. Une serre et 10 hectares de terrain divisés en jardin, pépinière, etc., donnent toute facilité pour cet enseignement.

La colonie renferme 44 enfants du premier âge, elle pourrait en loger 120 ; il n’y a que 5 élèves horticulteurs, ce nombre pourrait être élevé à 30.

La Tremblade (17) - Colonie de La Ronce.

La Ronce, située dans le département de la Charente-Inférieure, arrondissement de Maresmes, composée de six corps de ferme garnis de 100 têtes de bétail, de 70 hectares de prairies, de 500 hectares de terres labourables, et de l000 hectares de dunes, pourrait recevoir jusqu’à 300 colons et devenir un établissement magnifique. Les terres sont propres à toutes sortes de culture, les dunes peuvent être semées de sapins, chênes et châtaigniers. Il y aurait là un avenir immense si l’on avait les ressources nécessaires pour mettre en activité ce grand établissement. La Ronce est consacrée à recevoir les enfants sortant de Notre-Dame-des-Vallades à 7 ou 8 ans, et à les préparer, pendant un égal nombre d’années, à passer, robustes et accoutumés aux travaux agricoles, dans la colonie de Medjez-Amar

Les terres arables, dans le pays, rapportent 4 p. 100 ; dans la colonie, elles peuvent, avec une bonne culture, donner le même produit.

Pécule - Placement.
On accorde aux enfants un pécule de 900 à 1,000 francs, après qu’ils ont séjourné dans la colonie de Medjez-Amar en Algérie. Ce pécule sert à faciliter leur établissement privé en Algérie ou dans toute autre contrée. Il n’y a eu jusqu’à présent que 15 enfants de la Ronce qui sont passés en Algérie.

Les colonies de Notre-Dame-des-Vallades et de la Ronce n’ont vécu que de faibles aumônes et de l’allocation accordée par les hospices du département de la Charente-Inférieure pour les enfants trouvés. Cette allocation est de 20 c. pour les enfants au-dessous de 6 ans, et de 10 c. depuis 6 ans jusqu’à 12, époque à laquelle elle cesse complètement. II est pourvu aux dépenses de nourriture de chaque enfant et de chaque frère, moyennant une somme annuelle de 90 francs. Les frais d’habillement et entretien ne s’élèvent qu’à 22 francs par tête.

Algérie, Département de Constantine - Colonie de Medjez-Amar. Fond° 1847

Cette colonie a été fondée, en 1847, par M. l’abbé Landmann, à Medjez-Amar, département de Constantine, arrondissement de Bone, canton de Ghelma, sur la route de Constantine à Ghelma, à 14 kilomètres de cette ville et à 70 kilomètres de Constantine. Elle est située au fond d’un immense entonnoir formé par les montagnes les plus hautes de la province. Les eaux thermales de Hammam-Meskhatin, plus belles que toutes les eaux thermales de l’Europe, se trouvent à 4 kilomètres de cet établissement.

L’étendue des terrains est de 500 hectares, dont 80 en culture, 170 en pâturages et en prairies naturelles, et 250 en broussailles. Il y a deux corps de bâtiments de 25 mètres de longueur sur 10 de largeur. Le ministre de la guerre a concédé les bâtiments qui formaient l’ancien camp de Medjez-Amar et les 500 hectares à MM. de Luc et à M. l’abbé Landmann pour y fonder un établissement d’orphelins pour toute la province de Constantine. M. l’abbé Landmann est arrivé en 1847 à Medjez-Amar avec 15 orphelins de 12 à 18 ans, et 6 frères pris dans la colonie de Notre-Dame-des-Vallades. La population de la colonie est maintenant de 52 enfants, dont 16 sont employés à diverses industries nécessaires à l’exploitation, 11 aux travaux des champs, et 25 qui, n’ayant pas encore 12 ans, ne peuvent pas travailler. Depuis la fondation, 8 enfants sont morts. Les enfants ont défriché, depuis seize mois, 50 ares de jardin d’été, 50 ares de jardin d’hiver, et ont contribué beaucoup au défrichement de 8 hectares, fait en partie par des militaires, en partie par des Arabes. Le matériel agricole a été créé par les enfants. La colonie possède 12 paires de bœufs, 4 mulets et 1 mule, 1 cheval, 6 ânes, 40 vaches, 30 veaux, 185 brebis et moutons, 12 chèvres et 125 porcs. On a récolté 56 hectolitres d’orge, dont un cinquième a été laissé aux khommas, cultivateurs arabes, qui, en échange de leur travail, reçoivent le cinquième de la récolte. Les blés ne sont pas encore dépiqués ; on espère en avoir au moins 400 hectolitres.

La durée du travail des enfants est de huit heures. Ils apprennent à lire, à écrire et à calculer ; les quatre plus âgés apprennent un peu d’histoire et de géographie. Ils vont tous les jours à l’école, une heure et demie le matin et autant le soir. Ils apprennent le catéchisme du diocèse pendant la semaine, et, le dimanche, on leur fait une instruction sur l’Évangile.

Les colons mangent toujours cinq fois de la viande par semaine et très-souvent six fois, parce qu’ils ont une dispense pour le samedi. Depuis la Toussaint jusqu’à la fin de mai, ils ont tous les matins le café au lait, et pendant l’été, un morceau de pain avec un verre de, vin et d’eau ; à midi, la soupe, un plat de légumes, et un morceau de viande ; à quatre heures et demie, un morceau de pain, et le soir, la soupe et un plat de légumes.

L’habillement consiste en bonnets béarnais, vestes, pantalons de drap gris, cravates rouges, blouses bleues, et souliers en été, et sabots en hiver.

Literie : cadres de bois avec sangles, paillasse , drap plié en deux, traversin bourré de laine, une couverture de laine en été , deux en hiver.

La colonie a reçu du ministère de la guerre une subvention de 20,000 fr, qui a servi à approprier les bâtiments à leur nouvelle destination. Le fondateur reçoit 90 centimes pour chaque orphelin que l’administration place à la colonie. En ce moment, cette pension est faite pour 40 enfants.

Le système de récompenses adopté par le fondateur lui permet de former un pécule pour les colons. Ainsi les enfants de 6 à 9 ans ont 10 centimes par semaine ; ceux de 9 à 12, 20 centimes ; de 12 à 15, 30 centimes ; de 15 à 18, 40 centimes , et de 18 à 21, 50 cent. Cet argent ne leur est donné qu’à l’époque de leur sortie de l’établissement, à 21 ans.

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