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Herpes (16 Courbillac) - Morgue et insolence seigneuriales au 18e siècle : les seigneurs irascibles

D 4 avril 2008     H 01:38     A Razine     C 0 messages A 1120 LECTURES


Pendant des siècles la plupart des nobles défendirent avec âpreté leurs privilèges, certains avec dignité mais d’autres avec beaucoup d’arrogance. De petits seigneurs locaux se comportaient comme de véritables potentats envers leurs manants et même leur famille.

Sources Alcide Gauguié - La Charente communale illustrée- Histoire et géographie pittoresque - édition originale 1865

LE MARQUIS DE CHARRAS DE LA LAURENCIE : seigneur d’Herpes en Courbillac,

L’histoire se situe au village d’Herpes, ancien fief relevant de la châtellenie de Neuvicq. Le dernier possesseur du château était M. de La Laurencie, marquis de Charras qui avait droit de basse et moyenne justice.

Ce seigneur peu banal, qui était le père du dernier marquis possesseur du château, alimenta la chronique locale car il était réputé pour être avare et violent. Un jour, il avait requis pour faire conduire sa récolte de vin, 24 manants pour conduire 24 charrettes. Après avoir chargé au château qui se situait bien à deux kilomètres du bourg, les paysans devaient mener leur charroi jusqu’à Jarnac, situé à une douzaine de kilomètres. Or, un des habitants n’avait qu’un boeuf. Il décida donc de s’adjoindre un voisin. En groupant leurs bêtes ils pouvaient ainsi constituer l’attelage manquant.

"Pour ce voyage pénible dans des sentiers comme on en voyait dans ce bienheureux temps, ils reçurent comme rétribution 5 sols par attelage et un souper au château". Au retour de cette course de plus de 24 kilomètres, les deux Herpois affamés allèrent donc s’attabler avec les autres. Les mauvaises langues de l’époque prétendirent que le repas fut des plus médiocres si l’on s’en réfère à l’avarice du maître des lieux. C’est alors que le vieux marquis entra tout à coup.

Mais laissons place au conteur relatant l’altercation :

"Le marquis compte ses gens, les recompte...vingt-cinq ! Il y en a un de trop ! s’écrie t’il d’une voix tonnante ! Nul ne bouge. Il fait un second dénombrement, même résultat ; ils sont 25. Il veut connaître l’intrus. Il tempête, si bien que le pauvre diable se lève, se jette à ses genoux et lui explique sa présence presque justifiée par le prêt de son boeuf. La fureur du marquis ne connaît plus de bornes.

Rends-moi mon souper, coquin ! hurle t-il et ses yeux cherchent un bâton quelconque pour assommer le voleur. Notre manant comprend qu’il n’a que le temps de fuir. Il s’échappe, mais pas assez vite pour éviter le terrible marquis qu’il trouve à la porte extérieure du château décidé à étrangler le voleur qui lui emporte son souper".

Pendant la période révolutionnaire, le marquis de Charras résidait dans la région parisienne où il échappa au rasoir national eu égard à son état maladif. Mais son épouse et sa soeur, accusées de complicité à l’émigration, périrent sur l’échaufaud . La plupart des La Laurencie émigrèrent et passèrent à l’armée de Condé.

LE DERNIER SEIGNEUR DE PONT-D’HERPES

Ce petit village proche de Courbillac comportait aussi une seigneurie, ancien fief ayant appartenu à la famille de Lainé relevant de la Comté de Jarnac.

Le dernier seigneur de PONT-D’HERPES avait 12 enfants, filles et garçons. Autoritaire, despotique, tous ses gens tremblaient devant lui, même ses enfants ! Voici la description que donnèrent de lui ses contemporains :

"Riche, mais pour le moins aussi avare que le marquis de Charras, il laissait ses cadets dans la plus grande pénurie et les pauvres diables traînaient dans les villages, leur noblesse en guenilles. L’excès de leur misère finit par les pousser à la révolte et, la menace à la bouche, ils demandèrent de l’argent à leur père. Sa réponse fut un dur refus, qui ne fit qu’augmenter leur irritation, et dans une seconde tentative aussi infructueuse que la première ; ils saisirent violemment à la gorge leur père et seigeur qui, cette fois, promit de s’exécuter sous trois jours. Mais dès le lendemain, le rusé vieillard les fit prendre par la maréchaussée et conduire dans les culs de basse-fosse du château de la Pouade, de la paroisse de Sigogne, que possédait son beau-frère, Monsieur de Bonnefoi.

Il fallut la révolution de 1789 pour rendre la liberté aux prisonniers que leur dure captivité avait nourris dans une haine profonde de leur père et de leur frère aîné : mais ils ne purent satisfaire leur vengeance car le premier était mort et le second avait fui. Cet héritier de l’avare fut un prodigue car il perdit sa fortune au jeu. Abandonné par sa femme, dépossédé de son patrimoine, il fut réduit à une pension de 750 fr qui ne lui aurait pas suffi pour vivre, s’il n’avait été secouru par un de ses anciens laquais, vieux serviteur qui ne l’abandonna qu’à sa mort".

Ces deux anecdotes montrent combien le vent de liberté et les idées nouvelles qui se répandaient jusque dans nos campagnes au 18ème siècle n’influençaient en rien la mentalité de certains seigneurs de la noblesse qui précipitèrent par leur incompréhension, leur morgue et leur avarice, les évènements qui allaient balayer leurs antiques privilèges dans la tourmente révolutionnaire.

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