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Histoire du château de La Tranchade, à Garat (16)

D 7 mars 2009     H 02:39     A Jean-Claude, Razine     C 0 messages A 5218 LECTURES


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Le château de la Tranchade

La terre de La Tranchade dont les origines sont fort anciennes comprenait un château fortifié dès le moyen-âge avec de nombreuses dépendances féodales. Ses seigneurs avaient depuis 1697 droit de basse, moyenne et haute justice, sur les paroisses de Garat et Sainte-Catherine. La Seigneurie de La Tranchade est une des plus anciennes de la sénéchaussée d’Angoulême. Les familles qui possédèrent les terres et le château furent des acteurs importants de la vie locale à travers les siècles, notamment au moment des guerres de religion et de la Fronde avec l’affaire du Duc de Condé et du Duc de Longueville lors de troubles qui éclatèrent en Guyenne et Périgord en 1651.

Sources :
- Bulletin de la Société Archéologique et Historique de la Charente - Année 1845
- Sources diverses

Le château de la Tranchade
Dessin de Jean-Claude Chambrelent - 2009

I - Origines de la seigneurie

La contrée où est situé le château dans la vallée de l’Anguienne, s’appelait dès le XIIe siècle « Terre de Prus », Terra de Prus comme il est stipulé dans certains titres du cartulaire de l’abbaye de St Cybard. Un grand nombre de borderies relevait de deux fiefs principaux : le mas de Chai et le mas de La Tranchade. Cette terre appelée également autrefois Monesthéron était ravagée de manière incessante par 38 petits seigneurs pillards et tracassiers. Leurs continuelles luttes avaient appauvri considérablement les terres exploitées par de pauvres paysans au point de les avoir frappées de stérilité. De vieilles chartes de l’époque relatent ces faits en les termes suivants : « haec terra diù permanserat deserta et inculta, propter multitudinem Dominorum qui oppressiones exercuerant in illâ. ». Afin de racheter leurs âmes, les seigneurs, propriétaires des terres, en firent don collectivement à l’abbaye de St Cybard. Cela se passait peu avant 1136 sous l’évêque Gérard II d’Angoulême. De 1136 à 1142 le cartulaire de l’abbaye contient 8 chartes relatives à la terre de Prus.

Les premiers seigneurs de la Tranchade

Le fief fut cédé par l’abbaye à Géraldus Rammulfi et son épouse Emma qui devinrent donc les premiers seigneurs de LaTranchade. Toutefois, l’abbaye se réservait la dîme et le revenu de la moitié de tous les moulins existants ou venant à être construits. A cette époque, le château n’était qu’une demeure fortifiée abritant une petite garnison.

Les Preyssac

Blason : d’azur au lion d’argent couronné d’o , lampassé de gueules à 8 losanges en pal, 4 à dextre, 4 à senextre

On attribue la construction du donjon vers 1396 à Armand de Preyssac. Le donjon carré (flanqué d’une tour polygonale renfermant l’escalier à vis desservant les 3 étages) constitue un bel exemple d’architecture militaire du moyen-âge. Dans la décoration on notera la présence d’une coquille St Jacques et de la croix de Malte. Les pélerins sur le chemin de Compostelle faisaient une halte au château. Les pierres ayant servi à la construction du donjon proviennent des douves sèches.

Les Baud et Guynot de Saint-Gelais

Des actes de propriété datant de 1492 et de 1509 attestent que les terres et le château ont changé de mains puisqu’ils appartenaient alors, à Baud de Saint Gelais, chevalier seigneur de Cyré, puis à Guyot de Saint-Gelais, son fils, écuyer. Ces seigneurs en firent une agréable demeure de plaisance capable de résister aux coups de mains fréquents pendant la période des 8 guerres de religion. Le château attaqué par les protestants à plusieurs reprises repoussa leurs assauts. Sa situation exceptionnelle sur un promontoire en faisait une sentinelle avancée facile à défendre.

Les Nesmond

Le 27 avril 1753 la terre noble de la Tranchade fut vendue à la famille de Nesmond. Leurs armes sont gravées dans la paroi des douves. François de Nesmond I fut conseiller du roi et lieutenant général d’Angoumois et son fils Francois de Nesmond II conseiller de la commune d’Angoulême. Cette famille dont la branche aînée s’éteignit au début du XVIIème siècle s’éleva au plus hautes dignités de l’église et de la magistrature donnant à l’Etat un archevêque membre de l’Académie française et plusieurs présidents des ¨Parlements de Paris et de Bordeaux et aussi un lieutenant-général des armées navales.

Pendant plus d’un siècle les Nesmond embellirent le château. On leur doit les deux ailes renaissance : l’une de style italien, l’autre ornée de faux mâchicoulis. Ils firent aussi édifier la porte fortifiée qui à l’origine précédait un pont-levis remplacé plus tard par un pont au-dessus des douves. L’écusson des Nesmond gravé dans la pierre fut martelé par les propriétaires suivants. Dans la cour une chapelle (souterraine) était probablement au moyen-âge reliée directement au château.

Marie Nesmond dame de la Tranchade fille unique du dernier François de Nesmond épousa en premières noces Jean de Rochechouart marquis de St Victurnien, (fils de René baron de Mortemar) dont elle n’eut point d’enfants. Elle se remaria à Armand Belcier. Charlotte leur fille unique apporta la terre de La Tranchade dans la famille d’Aydie.

Les Normand de Puygrelier ou Normand de la Tranchade

Blason : D’azur à la bande d’or, accompagné en chef d’une croix de Malte d’argent et en pointe de trois glands effeuillés du second posés en orle, les tiges en haut avec pour devise « in fide quiesco » : tranquille dans ma foi »

Marie d’Aydie fille unique d’Armand et de Charlotte Belcier transmit par mariage la châtellenie à François de Lambertie qui pour cause de prodigalités fut contraint d’arrenter le domaine à François Normand III de Puygrelier, sieur des Bournies en 1666. Le château et toutes ses dépendances féodales devinrent pleine et entière propriété des Normand de Puygrelier le 7 novembre 1667. Cette famille tenait ses titres de noblesse en récompense des nombreuses charges communales assumées à la mairie d’Angoulême. C’est à cette époque que les Normand de Puygrelier changèrent leur nom en Normand de La Tranchade.

En 1789 Louis Normand de La Tranchade participa aux premières assemblées révolutionnaires mais en 1792 il émigra en Angleterre avec une partie de sa famille laissant le château à son demi-frère Monsieur de la Rainerie. Le château fut saisi, vendu aux enchères comme bien national.

Enfin, le château revint aux Normand de la Tranchade grâce à Monsieur Vaslet avocat à Angoulême, qui en fit l’acquisition le 15 décembre 1816. Il était le beau-père de Joseph Normand de la Tranchade. Ce dernier avait épousé Marguerite Ausone Vaslet dont il eut 10 enfants. Il fut maire d’Angoulême de 1837 à 1855. En 1852 il accueillit Le prince Louis Napoléon qui devait devenir le futur Napoléon III venu inaugurer la ligne de chemin de fer Bordeaux-Angoulême. A cette occasion, Mademoiselle de La Tranchade ouvrit le bal avec le futur empereur lors des festivités offertes à cette occasion par la ville d’Angoulême. A la réception se trouvait convié un hôte célèbre Alfred de Vigny.

En 1890 la crise du phylloxera ruinera le vignoble du domaine. La terre de la Tranchade ainsi que le château sont restés dans le patrimoine des Normand de la Tranchade jusqu’en 1929

II – Les ducs de Condé et de Longueville assiègent le château pendant la Fronde

L’affaire se déroula pendant la Fronde dont le Prince de Condé avait pris la tête. En 1651, Ce dernier quitta Paris pour rejoindre les Bordelais de l’Ormée. (Ce parti était un groupe d’opposants à la monarchie. Ses partisans se réunissaient dans un lieu planté d’ormes, d’où l’origine de leur nom. Ils s’allièrent un temps au Prince de Condé lorsque celui-ci se réfugia dans son gouvernement de Guyenne).Cette année-là, Condé ouvrit les hostilités en Saintonge et en Angoumois. Mais l’armée royale le força à reculer au-delà de la Charente puis de la Dordogne.

Sous la minorité de Louis XIV le château fut assiégé plusieurs fois par les Frondeurs qui cherchaient un point d’appui pour attaquer la ville d’Angoulême. Le parti du Roi avec le comte d’Harcourt et le parti des Frondeurs mené le prince de Condé, mirent à feu et à sang la contrée. Plusieurs batailles se déroulèrent pour la prise des châteaux d’Ambleville, de Barbezieux et de la Tranchade.

Dans les archives municipales de la Ville d’Angoulême un registre fait la relation de ces évènements :

« 1651 – La présente année, les troubles de la Guyenne recommencèrent après l’eslargissement de messieurs les princes de Condé et de Conty et ducq de Longueville, ce qui obligea ledict sieur maire (Jean Guymard escuyer, sieur du Jallais), su l’advis qu’il receust le quinzième du mois de septembre de la marche de monsieur le Prince… à Bourdeaux, de renouveler les gardes en la présente ville et de les faire faire exactement plus que par le passé. Et d’autant que le mal s’augmenta peu après le soulèvement presque universel de toute la Guyenne et Périgort, messieurs les Princes ayant été favorablement receus dans Bourdeaux, aussy bien que Madame la Princesse de Longueville, le dict sieur maire crut qu’il falloit apporter de nouveaux soings pour la conservation de cette ville que les ennemis muguetoient de toutes parts et menaçoient d’un siége au cas qu’ilz ne la peussent emporter par surprise…… Le dict sieur maire, crainte de se trouver trop faible pour soustenir un siége en cas d’attaque, exhorta les habitans d’appeler en laurs maisons les amis queilz auroient à la campaigne et les meilleurs soldats qu’ilz pourraient choisir ; ce qu’ilz firent aussitost à l’exemple du dict sieur maire en telle sorte que cette ville se trouva en peu de temps renforcée de quatre ou cinq cents hommes, parmy lesquelz il y avoit plusieurs gentilz-hommes qui sy estoient volontairement jetés pour y signaler leur courage en cas de siége. Et sur l’advis que receust le sieur maire que les ennemis avoient formé divers desseins pour s’emparer de l’abbaye de La Couronne et du chasteau de la Tranchade, jugeat que s’ilz s’estoient saisis de ces deux postes, proche de la présente ville, ilz s’en pourroient servir pour l’incommoder et blocquer en quelque sorte et mettre plus facilement à exécuction les desseins qu’ilz avoient de s’en rendre maistres, il donna ordre pour la garde des dictz lieux où il envoyoit chasque jour dix à douze habitants, et notamment au dict chasteau de La Tranchade, où les ennemeis s’estant deux diverses fois présentés, ilz en furent repoussés par la généreuse défense des dictz habitants.

Cette garde continua jusqu’au commencement d’octobre en cette sorte, que monsieur le marquis de Montauzier, gouverneur de la province, estant arrivé en la présente ville fist cesser celle de la Tranchade, la jugeant inutile, ce qui donna lieu aux ennemis de s’en emparer bientost, après et de s’en servir pour faire des courses jusqu’au portes et piller tout le voisinage, dont la présent ville fust grandement incommodée pendant un mois que les ennemis tiendrent le dict chasteau ».

Dans ses « souvenirs du règne de Louis XVI » (1852) Daniel de Cosnac (prélat français attaché à la maison du prince de Conti. raconte :

A une lieue d’Angoulême, le château de la Tranchade, situé dans une position escarpée, entre deux précipices, enveloppés eux-mêmes par des marais, était occupé par un détachement des troupes des princes, composé de cent vingt hommes sous les ordres de trois capitaines. Cette petite garnison était, pour ainsi dire, inexpugnable et commettait de terribles ravages aux alentours. Le marquis s’attacha à surprendre et à détruire les détachements qui s’aventuraient au dehors ; une de ses embuscades fut si bien dressée, que la petite colonne de sortie fut détruite en partie et le reste dissipé de manière à ne plus pouvoir rentrer dans la place. Le château se trouvant ainsi dégarni de la plus grande partie de ses défenseurs. Le marquis s’avança avec deux pièces de canon ; la garnison, devenue trop faible, n’attendit pas son attaque, et il put, sans coup férir, prendre possession pour le roi de ces murs redoutés. Il y plaça un détachement de ses propres soldats ; mais ce château appartenait au marquis de Mortemart, qui demanda à être remis en possession, et obtint à cet effet autorisation de la cour pour y rentrer. Montausier ne se hâta pas d’y obtempérer ; il fallut qu’un ordre formel, signé parle roi, l’obligeât à faire cette remise au seigneur du château, qui s’engagea à pourvoir à sa défense au moyen d’une garnison lui appartenant.

Le marquis de Montausier, gouverneur de l’Angoumois, avait quitté Paris depuis le commencement des troubles, et résidait à son poste en gardien vigilant. Son dévouement à la cause royale n’était pas suspect, chaque jour il en donnait des preuves, guerroyant même pour son propre compte avec les faibles forces dont il disposait comme gouverneur.

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