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La formation du département de la Charente, par L. de la Bastide (1933)

D 5 novembre 2007     H 00:21     A Pierre     C 3 messages A 4766 LECTURES


Carte de l’Angoumois, par Cassini
Source : BNF Gallica

De la Gaule romaine aux débuts du 20ème siècle, l’évolution de l’organisation de l’espace régional, avec pour suggestion finale le regroupement des départements en régions.

Les idées de M. de la Bastide, écrites en 1933, ont fait leur chemin.

Pour suivre le chapitre sur les contours de l’Angoumois, une carte de Cassini vous aidera à y voir plus clair.

Un lecteur attentif nous a signalé un oubli de L. de la Bastide, à propos des enclaves d’Angoumois (voir ici)

Source : Bulletins et Mémoires de la Société Archéologique et Historique de la Charente - Année 1933 - Sous-titres : P. Collenot|

En 1887, M. Boissonnade, professeur d’histoire au lycée d’Angoulême, entreprenait de démêler les origines du Département de la Charente, et son travail paraissait au Bulletin de la Société au volume de 1889.

Le nombre de sociétaires actuels qui possèdent ce volume est certainement très restreint, et ceux qui veulent trouver des renseignements à ce sujet sont fort embarrassés s’ils n’habitent pas Angoulême.

De plus, M. Boissonnade a fait une étude générale, très détaillée sur certains points, mais laissant dans l’ombre certains autres qui ne manquent pas d’intérêt, comme par exemple la question si complexe des enclaves.

Nous croyons donc pouvoir reprendre en partie le travail de M. Boissandae qui restera notre guide.

De la Gaule romaine à la Révolution, évolution de l’organisation de l’espace régional

Quand César entreprend la conquête de la Gaule, elle se divisait en trois régions, l’Aquitaine au Sud de la Garonne, la Celtique entre Garonne et Seine, et la Belgique au Nord de la Seine.

Plutarque nous dit qu’au moment de la conquête, le Gaule comprenait 330 peuples différents. Un recensement datant du règne de Tibère n’en comprend plus que 306. Il faut trouver l’explication de ces chiffres dans le récent ouvrage posthume de M. Hubert.

Les Celtes étaient primitivement installés dans la Hesse, la Franconie et le Wurtemberg. Si certaines tribus celtes ont émigré en masse, elles ont néanmoins laissé en arrière des éléments qui ont émigré à leur tour. De plus, les émigrants se sont divisés, ont essaimé. C’est ainsi que nous voyons la famille des Pictons s’installer dans le Poitou actuel et aussi en Ecosse et en Irlande. Les Eburons s’installent aux environs d’Evreux, mais ils ont des établissements jusqu’à Embrun dans les Alpes. Les Boïens, partis de la rive gauche du Danube et de la Bohème qui a conservé nom, se retrouvent en Asie Mineure, en Macédoine, en Hongrie, en Etrurie et en Gaule. Chaque famille d’émigrants conservait le nom de sa tribu primitive et les Romains, très respectueux des nationalités, ont enregistré les noms de cette poussière de tribus diverses dont d’ailleurs les origines étaient variées, celtiques pour la plupart, mais aussi Ligures, Ibères, germaines et romaines par les colonies installées sur les bords de la Méditerranée.

Auguste modifiait la division adoptée par César. La Belgique conservait son nom. L’Aquitaine s’étendait jusqu’à la Loire et la Celtique prenait le nom de Lyonnaise, englobant le pays depuis Lyon jusqu’à l’Océan, entre Loire et Seine.

Mais les Romains conservaient le groupement des divers peuples en « Cités » et l’Aquitaine, qui nous intéresse, se divisait en 17 cités dont Tacite nous donne la nomenclature. Il n’y est pas encore question de l’Angoumois, qui se trouve probablement partagé entre les Santons, les Lémovices, les Pictons et les Périgourdins.

Plus tard, l’Aquitaine est divisée en deux par une séparation Nord-Sud, l’Aquitaine première comprenant le Berry et le Limousin, l’Aquitaine seconde comprenant l’Agenais et les provinces situées à l’Ouest des précédentes. Vers l’an 400, l’Aquitaine ne comprend plus que 14 Cités au lieu des 17 énumérées par Tacite, et nous voyons apparaître la « Civitas Ecolismensium » qui est devenue notre Angoumois.

Nous ignorons quels sont les peuples qu’englobait cette division territoriale parmi les 330 de César ou les 306 d’Auguste. Il semble cependant probable que, parmi eux, nous devons compter les « Agésinates » de Pline cités parmi les 42 peuples qui habitaient l’Aquitaine. Une ressemblance toponymique peut nous per mettre de placer ces Agésinates sur la rive droite de la Charente, autour de Genac, et les Bouchauds au raient pu être le point de rendez-vous de ce petit peuple groupé autour de son théâtre.

Ce « pagus Ecolismensium » comprenait certaine ment d’autres peuples que ces Agésinates, prélevés probablement sur les Santons, et peut-être dans sa partie Est, sur les Limousins et les Périgoudins.

Nous connaissons très bien les limites de ce Pagus Ecolismensium qui ont été jusqu’à la Révolution celles du Diocèse d’Angoulême.

Il se divisait en 13 Archiprêtrés, d’après le Pouillé de 1489, et l’abbé Michon nous en donne la nomenclature : Saint-Jean d’Angoulême, Rouillac, Ambérac, Saint-Genis, Jurignac, Pérignac, Grassac, Orgedeuil, Garat, Chasseneuil, Jauldes, La Rochefoucauld, Saint-Ciers.

Ultérieurement, le nombre des Archiprêtrés devait être porté à 17 par la suppression de l’Archiprêtré de La Rochefoucauld et la création des Archiprêtrés de Chasseneuil, Saint-Claud, Saint-Projet, Torsac et Vars, d’après le Pouillé publié par l’abbé Nanglard en 1897.

Si l’organisation ecclésiastique et ses limites restent à peu près immuables jusqu’à la Révolution, il n’en va pas de même des organisations civiles, judiciaires et financières.

Sous la domination carlovingienne, la Comté d’Angoulême est divisée en 8 Vigeries ou Vicomtés : Saint-Genis, Pérignac, Marcillac, Jarnac, Chasseneuil, Vouzan, et la Vigerie de (( Novicensis » qui ne semble pas avoir été identifiée jusqu’à présent. L’Angoumois s’est donc amplifié au moins de la Vigerie de Jarnac, prélevée sur le « pagus Santonicus ».

A l’époque féodale, les limites s’agrandissent. Ces limites sont très incertaines parce que les mouvances féodales ont varié suivant la puissance des Comtes qui étaient les protecteurs de leurs vassaux.

C’est ainsi par exemple que le « Princeps » de Chabanais, qui a donné naissance à la « Principauté » de Chabanais, bien que certainement du Diocèse de Limoges, s’est avoué du Comte d’Angoulême, entraînant avec lui le grand fief de Confolens, détaché de sa Principauté, et qui comme elle dépendait de l’Archiprêtré de Saint-Junien. Ce n’est que beaucoup plus tard, sous les Bourbons, que, pour des raisons fiscales, Confolens sera détaché de l’élection d’Angoulême pour aller à celle de Montmorillon.

De même, nous voyons le vicomte de Rochechouart abandonner la mouvance de Limoges et s’avouer du comte de Poitiers pour en avoir une protection plus efficace.

Les limites de ce que nous nommons les anciennes Provinces ont été très variables et en réalité ne correspondent à aucune définition précise. On peut en suivre dans le temps les variations principales dans leurs grandes lignes, mais la précision est à peu près impossible à établir.

C’est de cette époque que datent les limites qu’on peut fixer tant pour l’organisation judiciaire que pour la fiscalité et c’est à ces mouvances féodales qu’on doit attribuer les enclaves d’une région dans une autre. Ces enclaves représentent des propriétés situées au milieu des propriétés du voisin.

Cependant l’isolement de certaines de ces enclaves peut provenir de l’aliénation des fiefs qui les reliaient primitivement au noyau central. Tel peut avoir été le cas des enclaves du petit Angoumois et de la Tour Blanche. Pour d’autres, comme par exemple pour l’enclave poitevine de Gourville ou l’enclave saintongeaise de Cellefrouin-Sansac, il faut en chercher l’origine soit dans un aveu fait à un protecteur plus puissant, soit à une modification de propriété.

Nous en tirerons la preuve dans la liste des fiefs dépendant du Duché d’Angoulême, arrêté à la date du 18 mai 1647, liste provenant des archives du Château de la Bastide et faisant partie d’un important versement fait aux Archives du département de la Haute-Vienne.

Cette liste a été publiée au Bulletin de la Société archéologique de la Charente, au Volume 1905-1906. Elle comprend les différents fiefs mouvant directement du Duché d’Angoulême et nous y trouvons des fiefs qui ont été séparés de l’Angoumois tout en conservant leurs mouvances. Ce sont :
- Montendre en Saintonge, appartenant à Messire François de La Rochefoucauld. Il est dit que le dernier hommage lige a été rendu en 1227.
- Barbezieux en Saintonge à Messire Armand du Plessis de Richelieu. Il est dit que le dernier hommage est de 1229. Cependant le Roi entend bien ne pas laisser périmer ses droits et le 12 mai 1643 il autorise Armand du Plessis, héritier du Cardinal, à ne rendre son hommage qu’après avoir atteint sa majorité.
- Mareuil en Périgord appartient aux héritiers de M. de Pompadour. L’hommage n’a pas été rendu de puis l’an 1257.
- La forteresse d’Aucors et le mainement du Poufous en la paroisse de Bouyat en Périgord, n’ont pas rendu l’hommage depuis l’an 1253.
- Grésignat et Verteillac en Périgord, appartenant à Louis Chabot, Sgr de Jarnac. N’a pas rendu l’hommage depuis 1253.
- Le Mas du Montel et le Mas du Puy, paroisse de Cumont en Périgord, appartenant à Jean de la Cropte. Le dernier hommage rendu est de 1580.

Cette énumération nous montre que la fiscalité ne perdait pas ses droits, même après quatre siècles d’interruption. Nous voyons, en outre, qu’à un moment donné le Duché d’Angoulême s’était étendu jusqu’à Montendre, en pleine Saintonge, et que l’enclave angoumoisine de la Tour Blanche avait englobé Verteillac, Grésignac et peut-être Mareuil.

L’Angoumois avait perdu ses droits de justice sur ces fiefs, qui avaient été incorporés aux sénéchaussées de Saintes et de Périgueux, mais le droit féodal s’était conservé et la Généralité de Limoges, dont cette liste est extraite, entendait bien ne pas laisser perdre des droits qu’elle ne considérait pas comme prescrits, ou passés à ses voisins de La Rochelle ou de Bordeaux.

Il est difficile de suivre les variations de limites de l’Angoumois d’après les ressorts des châtellenies. Ces ressorts possédaient de’ nombreuses enclaves qui rendaient les attributions judiciaires très incertaines parce que les limites n’étaient jamais bien définies.

Nous en donnerons un exemple : la Seigneurie de la Bastide possédait les droits de basse, moyenne et haute justice sur diverses paroisses des environs de Limoges et sur des parties du territoire même de la commune de Limoges. Un assassinat, suivi de vol, était commis en 1783 à un endroit qui semblait être du ressort judiciaire de la Bastide.

Le coupable fut arrêté dans le ressort royal du Présidial de Limoges. Mais le crime avait été commis sur la justice de la Bastide et le criminel devait comparaître devant cette justice et non devant celle du roi qui avait à tort fait arrêter le coupable et avait provoqué ses aveux.

Il y eut conflit de juridiction porté devant la Cour de Bordeaux qui, après de nombreuses enquêtes sur les lieux, décidait que le crime avait été commis sur la justice de la Bastide. Les Officiers du Présidial faisaient appel devant le Parlement de Paris et après de nouvelles expertises, le Parlement de Paris confirmait l’arrêt de la Cour de Bordeaux.

Le coupable comparut alors devant les juges du Présidial, jugeant non plus au nom du roi, mais au nom de M. de lai Bastide, haut justicier. Il fut condamné à être pendu aux fourches particulières de la Seigneurie après avoir attendu quatre ans en prison que le conflit de juridiction fut tranché. L’affaire ne se termina pas là.

Qui devait payer les frais d’emprisonnement du coupable pendant les quatre ans qu’avait duré sa détention ? Le Roi soutenait que les frais incombaient à la justice de la Bastide. M. de la Bastide soutenait, de son côté, que le Roi ayant maintenu le prisonnier dans ses cachots pendant quatre ans contre tous droits, ainsi qu’il résultait des jugements des Parlements de Bordeaux et de Paris, il était mal venu de réclamer des frais pour la faute qu’il avait commise.

La cause était en instance au Parlement de Bordeaux quand la Révolution est arrivée. Elle n’a jamais été plaidée.

Espérons qu’elle est éteinte et qu’on ne nous réclamera pas le paiement de cette incarcération comme nous avons vu réclamer les droits féodaux de divers fiefs après des interruptions de quatre cents ans.

Il est difficile de fonder des délimitations sur des données aussi incertaines et nous nous laissons guider par les limites des généralités et des élections qui ont varié, mais dans des proportions mieux définies, depuis leur organisation par l’ordonnance du roi Charles VI datée de l’an 1400.

Il semble probable que l’Election d’Angoulême a compris d’abord tout l’Angoumois féodal, tel qu’il se comportait, avec ses enclaves.

Si nous nous reportons à l’historique de la Généralité de Limoges placé par M. Leroux en tête de son Inventaire sommaire de la Série C des Archives de la Haute-Vienne, Fonds de l’Intendance de Limoges, publié en 1891, nous voyons que l’Angoumois a d’abord fait partie de la Généralité de Bordeaux.

En 1558, une Ordonnance d’Henri II établit la Généralité de Limoges et y incorpore les élections d’Angoulême, Saintes et Saint-Jean-d’Angély. L’élection de Cognac est organisée en 1576, mais vingt ans plus tard elle fait retour à l’Election d’Angoulême. Pendant sa courte existence, elle avait été rattachée à la Généralité de Poitiers.

En 1635, l’élection de Cognac est reconstituée et réunie à la Généralité de Bordeaux. Ce n’est qu’en 1694 que les Généralités prennent les limites qu’elles conserveront à peu près jusqu’à la Révolution, l’élection de Cognac attribuée définitivement à la Généralité de La Rochelle formée en 1694.

C’est à cette date qu’est créée l’élection de Montmorillon dépendant de la Généralité de Poitiers, et la ville de Confolens est rattachée à cette élection avec cinq paroisses situées au Nord de cette ville et ayant fait autrefois partie de la châtellenie de Saint-Germain-sur-Vienne, l’une des sept châtellenie de la Basse-Marche dont l’historique a été établi par M. Antoine Thomas.

Les limites des élections ont varié, comme le fait ressortir M. Boissonnade, suivant les besoins d’une meilleure organisation financière et des conceptions dont les causes nous échappent. Il nous montre qu’en 1786 on avait détaché de l’élection d’Angoulême les paroisses joignant les élections de Limoges et de Montmorillon pour les affecter à l’élection de Limoges, subdélégation de Saint-Junien.

Ce détachement faisait que les paroisses de Saint-Christophe et d’Epenède, restées dans l’élection d’Angoulême, devenaient des enclaves dans celles de Limoges et de Montmorillon.

Les contours des élections d’Angoulême et de Cognac

Si nous voulons tracer sur une carte les limites des élections d’Angoulême et de Cognac et, en outre, étudier quelles sont les localités appartenant à d’autres élections incorporées dans le département de la Charente, il est nécessaire de choisir une date et un document certain. Ce document s’impose, c’est la carte de Cassini.

Ce n’est pas que ce document soit parfait. Il présente d’assez nombreuses lacunes. Les élections sont séparées par un pointillé et il arrive que ce pointillé soit interrompu. On doit y suppléer par l’étude de documents écrits. On lit dans certains auteurs que cette carte est remplie d’inexactitudes. Nous avons suivi sur la carte de Cassini les limites données par M. Boissonnade dans ce qu’elles ont de plus inattendu, comme par exemple des villages chefs-lieux de paroisses coupés en deux par la limite de la Généralité. Les deux renseignements étaient absolument concordants. Par conséquent, s’il y a des erreurs sur cette carte, elles sont négligeables pour l’objet qui nous occupe. Il peut sembler extraordinaire qu’une paroisse ait été partagée en plusieurs ressorts financiers. C’est précisément pour remédier aux inconvénients que présentaient ces anomalies que les hommes de la Révolution ont mené à bien une réorganisation territoriale, commencée depuis longtemps par la monarchie. Elle avait été entravée par des oppositions locales qui avaient eu leurs raisons d’être parce que touchant à des intérêts certainement respectables, mais qui devaient s’incliner devant les nécessités d’une meilleure organisation.

Nous suivrons donc la carte de Cassini comme le guide le plus certain, en signalant au passage ce qui peut nous sembler une erreur.

L’Angoumois y est représenté par les élections d’Angoulême et de Cognac.

Prenons d’abord l’élection d’Angoulême par sa pointe la plus septentrionale et suivons sa limite sur la carte au 200.000e de Michelin, qui se trouve aujourd’hui dans toutes les mains. Cette pointe septentrionale se trouve dans les Deux-Sèvres, mais juste à la frontière de la Vienne, au village du Pain. Si nous suivons la limite vers l’Ouest, elle borde le village de Montalembert et vient couper la limite actuelle de la Charente en bordant le village de Montjean, laissant dans la province du Poitou la partie Nord de cette commune. Les deux limites se confondent pendant environ 2 km. La limite d’élection entre dans les Deux-Sèvres, laissant en Angoumois la Jarge, le Breuil-Coiffaud, la cote 156 ; la cote 96 borde le chemin actuel de Chef-Boutonne à Loubillé. Le village de Loubillé, placé en bordure de l’Angoumois et du Poitou, n’appartenait à aucune de ces deux provinces. C’était une enclave saintongeaise d’environ 2 km dans le sens Est-Ouest et 1 km de large dans le sens Nord-Sud.

La limite partie de la pointe Sud de l’enclave de Loubillé venait couper la route de Longré à Couture-d’Argenson, à mi-chemin entre ces deux localités, et continuait vers de Sud jusqu’à environ 2 km de cette route. Là se : trouvait la réunion des trois provinces : Angoumois, Poitou et Saintonge.

La séparation d’avec la Saintonge se retourne vers l’Est, alors que la limite Poitou-Saintonge entoure la commune des Gours, aujourd’hui charentaise, autrefois poitevine, jusqu’au village de Vivier-Jusseau. Ce village, avec celui de Sècheboue, formait une enclave angoumoisine d’environ 2 km de diamètre entre le Poitou et la Saintonge. La limite entre ces deux provinces se continue au delà de l’enclave vers le Nord-Ouest, laissant Chives au Poitou, et son voisin immédiat, le Breuil, à la Saintonge, alors que la limite départementale actuelle entre les Deux-Sèvres et la Charente-Inférieure se trouve un peu plus au Nord, passant entre Couture-d’Argenson et Villiers-Couture.

La limite entre l’Angoumois et la Saintonge passe au Sud du Vivier, coupe en deux le village même de Marsillé, fait le tour des Petits et Grands Villaret qui sont Saintonge, laisse Beaunac et la Motte à l’Angoumois et se recourbe vers le Nord pour atteindre la bordure Ouest de la Forêt de Tusson. Tusson formait une enclave du Poitou intercalée entre l’Angoumois et la Saintonge.

Sa limite angoumoisine bordait la forêt, longeait le hameau de la Potonnière, près d’Ebréon, en laissant ce hameau à l’Angoumois, contournait par le Nord le village de Tusson, faisait une pointe vers l’Est, bordait Ligné qui était Angoumois, et rejoignait la bordure de la forêt à hauteur de Vau-Seguin. La limite saintongeaise de l’enclave longeait la forêt.

La limite continuait dans la direction de Mansle, laissant Luxé à la Saintonge, et arrivait à la Charente en face du village de Villorioux.

Là, commençait l’élection de Cognac. Nous laisserons la limite entre Cognac et la Saintonge descendre le cours de la Charente et nous suivrons la limite entre les deux élections angoumoisines, limite de Généralité, puisque l’élection de Cognac appartenait à la Généralité de La Rochelle.

Il est difficile de se rendre compte des raisons qui, aux environs de Mansle, ont pu tracer des ; limites aussi inattendues.

La limite remonte d’abord le cours de la Charente au Nord de l’île de Saint-Groux. Elle laisse cette localité à l’élection d’Angoulême, puis traverse la Charente pour aboutir en ligne droite à la route nationale actuelle. Elle suit cette route vers le Sud pendant un km. environ jusqu’à la Charente qu’elle longe jusqu’à un peu au-delà du village de Mouton qui est de l’élection de Cognac. La limite revient vers l’Ouest, arrive à la Tardoire à Puiglier, remonte cette rivière jusqu’à hauteur de Sigogne qui est de Cognac, laisse Coulgens à Angoulême, borde le village de Jauldes qui est de Cognac, borde la forêt de Braconne, se retourne vers l’Ouest pour passer entre Cherves et Le Temple et arrive à la route nationale au pont de Churet.

La limite descend le ruisseau l’Argence laissant La Chignole à Angoulême et vient en droite ligne, traversant la Charente, séparant Vindelle de Guisalle, Le Cluseau de La Faye, et arrive à la route d’Angoulême à Rouillac, qu’elle suit un instant vers Rouillac.

Elle contourne pour les laisser à Angoulême, les villages des Doribaux, Nouaillac, Douzat et L’Habit, laissaint Echallat à Cognac. Elle revient vers le Sud-Sud-Est, contourne Hiersac par le Sud-Ouest, laisse Champmillon et Chez-Cagnon à Cognac, longe la Charente en laissant Sireuil à Angoulême, contourne Le Pâtureau par le Nord pour le donner à Cognac, traverse la Charente et vient border par le Sud-Ouest les maisons de Roullet.

Elle atteint la route, l’abandonne pour passer au Nord de la Charlotterie qui est d’Angoulême. Elle coupe alors la route et, piquant vers le Sud, atteint au village de Debau notre chemin actuel de grande communication n° 32 qui suit la crête en passant aux Coffres. Elle abandonne ce chemin pour entourer le village de Nanteuillet qui est de Cognac, se dirige vers le Sud de manière à entourer Voulgézac qui est de Cognac. La limite vient de retourner vers le Nord-Ouest à hauteur du hameau de la Meulière qui est d’Angoulême.

La limite borde Voulgézac par l’Ouest, Rouffiac, Plassac et La Croix-Chamaille par le Sud, borde par le Nord Etriac et Jurignac qui sont d’Angoulême, laissant à Cognac Pitignac et le Maine-Loup, traverse la route nationale à Touvent, coupe en deux le hameau de Cerclet et arrive à la rivière du Né, entre Pont-à-Brac qui est de Cognac et Ladiville qui est d’Angoulême.

Cette limite forme comme une botte dont la jambe serait à Plassac et le pied à Voulgézac.

En arrivant au Né, nous retrouvons la limite de la Province de Saintonge qui a contourné par l’Ouest l’élection de Cognac.

La limite contourne d’abord Vignolles par l’Ouest, suit le chemin d’intérêt commun 38 jusqu’à hauteur de Saint-Bonnet qui est Saintonge, tourne vers l’Est, sépare Bouffard, Saintonge, d’Angeduc, Angoumois, se retourne vers le Sud à la Croix-Rouge, séparant Saint-Aulais-la-Chapelle, Saintonge, de Bessac, Angoumois, Brie, Saintonge, de Deviat, Angoumois.

Elle suit vers le Sud-Est le chemin de grande communication 21 jusqu’au Maine-Biget et Chez-Le Biais. Elle passe à mi-chemin entre Courgeac et Saint-Martial, se retourne vers le Sud, laisse Peudry à l’Angoumois et atteint la Tude au pont du chemin 21. La limite suit la Tude jusqu’à 1 km. au-dessous du pont de Chalais, laissant Chalais à la Saintonge et Saint-Christophe à l’Angoumois.

Elle sépare St-Quentin de Saint-Avit, coupe en deux le village de Bazac et arrive à la Dronne à 1.500 mètres au-dessus de Parcoul.

C’est en ce point que se trouve la limite actuelle du département de la Charente qui sera séparé de la Dordogne par la Dronne d’abord, puis par la Lizonne, pendant de nombreux kilomètres. Mais l’Election d’Angoulême ne s’arrêtait pas là. Elle descendait la Dronne jusqu’au village de Parcoul, le contournait par le Nord pour le laisser à la Saintonge, longeait par l’Ouest Puymangou, la Côte et Saint-Michel qui étaient d’Angoumois, jusqu’au cours de la Chalaure qu’elle descendait pendant deux km. Elle remontait alors un petit affluent de la Chalaure jusqu’à Fougereau qui était Guienne suivant la limite actuelle des départements de la Gironde et de la Dordogne jusqu’à hauteur du village du Bost. La limite partait alors vers l’Est, laissant le Bost à l’Angoumois, bordait Chauvet, Périgord, passait à la cote 11, contournait Servanches par le Nord jusque vers la cote 118, puis se dirigeait vers le Nord, coupant en deux le village de Saint-Vincent-Jalmoutiers, dont elle englobait dans l’Angoumois la partie Ouest et finalement atteignait la limite actuelle du département de la Charente à un km. au Nord-Est de Saint-Aulaye qui était Angoumois et est aujourd’hui Dordogne.

La Charente a été amputée là des communes de Saint-Michel, Puymangou, Chenaud, Saint-Aulaye et d’une partie de Saint-Vincent-Jalmoutiers.

A partir de Saint-Aulaye, l’ancienne limite correspond à peu près avec la limite actuelle. Cependant, si la carte de Cassini est exacte, la Dordogne aurait incorporé une longue et étroite bande de terrain partant à hauteur du village de Bonnes, qui aurait donné à l’Angoumois le village de Saint-Antoine, en face d’Aubeterre et aurait rejoint la limite actuelle à Petit-Bersac.

La limite se continue sans modification jusqu’à la séparation entre les communes de Mainzac, Angoumois et d’Hautefaye, Périgord. Cependant, la carte de Cassini n’indique pas la dent que fait sur la rive droite de la Lizonne le village de la Joufrenie, dépendant de l’ancienne paroisse de Fontaine. C’est certainement une erreur de Cassini.

Les deux limites se séparent entre le village de Mainzac, Angoumois, et La Chapelle-Robert, Périgord. La limite laissait Souffrignac au Périgord, traversait le Bandiat entre Marthon et Le Maine-Gué, laissait Chez-Vincent et Chez-Manot au Périgord et atteignait la Tardoire près de Montbron à la bouche de Chez-Clergeau qui était Périgord. La limite remontait à la Tardoire jusqu’à la limite actuelle des deux départements, et elle la suivait jusqu’à la rencontre des trois départements de Charente, Dordogne et Haute-Vienne où se trouvait en même temps la réunion des trois provinces, Angoumois, Périgord et Poitou, cette dernière représentée par son enclave limousine de la Vicomté de Rochechouart.

La limite entre l’Angoumois et Rochechouart sembla avoir été beaucoup moins sinueuse que la limite actuelle des départements. Elle forme une ligne droite à partir du hameau de Madrinie, près de Roussines, avec une dent entre Sauvagnac et Verneuil, qui se dirige vers Massignac sans l’atteindre. Cette ligne droite laisse en Angoumois la Chassagne qui est aujourd’hui en Haute-Vienne et en Poitou la Gélizant, Laurière, Bréthenoux qui sont maintenant en Charente.

Les deux limites se réuissent au pont de la Gorre, à Saillat et elles remontent la Vienne pendant un petit kilomètre.

C’est en passant sur la rive droite de la Vienne que la séparation commence entre l’Angoumois et le Limousin. Dans cette région, les limites de l’Angoumois et surtout du Poitou et du Limousin sont extrêmement confuses car on aborde la Basse-Marche qui dépendait du Diocèse de Limoges, mais appartenait aux Comtes de Poitiers. Il y a les pénétrations réciproques les plus inattendues dont les causes lointaines nous échappent entièrement.

Les limites de province et de département coïncident jusqu’à hauteur du hameau du Mas, en Limousin et Haute-Vienne. Mais le hameau du Monter ! est déjà en Poitou et les limites de provinces se séparent à deux km. Sud-Est de Saulgond. La limite fait un quart de cercle autour de Brigueil qui est Poitou, laissant la Cour au Poitou. Elle se dirige ensuite directement vers le Nord, passant à moitié chemin entre Montrollet, Poitou et Saint-Christophe, Angoumois et la limite du département est rejointe à l’extrémité Sud de la dent que fait cette limite près et à l’Est de la Marousse. La limite de l’Angoumois se confond avec celle de la Charente pendant un petit kilomètre le long de l’enclave limousine de Bussière-Boffy, presqu’entièrement entourée par le Poitou et ne tenant à l’Angoumois que par cette courte bordure.

La limite se détache de l’enclave de Bussière-Boffy pour englober dans l’Angoumois les maisons de Villesot, elle entoure Saint-Christophe et Mesura par l’Ouest’, dessinant une dent poitevine qui fait de Saint-Christophe une presqu’île angoumoisine reliée par l’isthme de Tarracher large de moins de un kilomètre. La limite remonte ensuite vers le Nord pour venir rejoindre par son extrémité Nord-Est, près de la Courtaudie l’enclave limousine de Lesterps, enclave sensiblement circulaire d’environ deux kilomètres de diamètre, dont certaines limites sont encore parquées par des croix de pierre. Cette enclave limousine touche à peine au Poitou, près de la Courtaudie.

La limite se dirige vers le Nord, direction Brillac, mais à 1.500 mètres de ce village se retourne vers l’Ouest, laissant Esse en Angoumois, coupe à mi-chemin la route Esse-Saint-Germain, contourne au plus près Confolens qui est Poitou, comme nous l’avons vu, et longe la route nationale 148, laissant Hiesse à l’Angoumois.

Tout près d’atteindre la limite actuelle du département, la limite se retourne vers l’Ouest, laissant Pieu-ville au Poitou et faisant une dent aiguë entre les hameaux de Veine et Contedour qui sont l’un et l’autre du Poitou. Elle atteint le Transon qu’elle remonte, laissant Bréchevaux à l’Angoumois et Lasfont au Poitou. Les Essarts sont Poitou, mais la Grange-des-Mottes, Ambernac et le Breuil sont Angoumois. La limite coupe en deux le hameau de Lascoux, le Chau-des-Fregnaudies et atteint presque la route nationale 151 bis à 1.500 mètres Nord-Est de Saint-Claud. Elle dépérit autour de Saint-Claud un demi-cercle qui laisse Mouchedune au Poitou et tout près de ce dernier hameau, à égale distance de ce dernier, de Chalais, Angoumois, et du Temple, Saintonge, on arrive à l’enclave Saintongeoise de Cellefrouin.

Les limites de cette enclave saintongeoise commençaient au point que nous avons indiqué, décrivaient un quart de cercle autour de la Tierse qui était Poitou, passait entre Parzac, Poitou et Beaulieu, Saintonge, décrivait un demi-cercle autour de ce village et aboutissait à un point situé à mi-chemin entre le Chau-de-Sansac et Saint-Gourson, au lieu dit la Croix-de-la-Ferrière où la limite se retrouvait avec celle de l’Angoumois. Elle se dirigeait vers le Sud-Ouest, laissant le Paradis à la Saintonge, séparait Chez-Magnot et Ventouse, Saintonge, de Chez-Blanchard et Valence, Angoumois, laissait la Brousse à l’Angoumois, La Tâche, à la Saintonge, traversait la Forêt de Belair à peu près par son milieu et par une ligne Ouest-Est, contournait Chavagnac, Saintonge, séparait Lascoux, Saintonge, de Chalais, Angoumois, et revenait au point d’où nous sommes partis.

Le château important de Sansac et son fief se trouvaient dans cette enclave. Nous ne le trouvons pas dans la nomenclature des fiefs relevant directement du Duché d’Angoulême, et il nous semble probable que cette enclave devait provenir de ce château de Sansac qui aurait relevé de la Saintonge, lui et ses mouvances.

Nous retrouvons notre limite à la Croix de la Ferrière. Elle laisse les maisons de Biarge en Poitou, Remigère et Peupoussant en Angoumois, Champagne-Mouton en Poitou, Vieux-Ruffec en Angoumois, ainsi que Messeux. Elle passe entre Braillicq et la Couture, un peu au Nord de Moutardon et de Bioussac, entre Aizie et Ussaud, et atteint la Charente ainsi que la limite actuelle du département à Peu-pas-trop.

Elle quitte la limite à Madrat pour aller border la Charente, laisser à l’Angoumois le hameau du Bouc, et elle nous ramène à notre point de départ, coupant, près du Pain, la limite des départements de la Vienne et des Deux-Sèvres, à environ 1.500 mètres de son départ de la limite de la Charente.

Dans ce parcours, depuis le passage de la Vienne, le département de la Charente a empiété sur le Poitou, lui prenant les communes, de Brigueuil et de Montrollet. Il a pris au Limousin l’enclave de Lesterps, puis de nouveau au Poitou les communes de Brillac, Oradour-Fanais, Abzac, Saint-Germain, Confolens, Lessac, Pleuville, Alloue, Saint-Laurent-de-Céris, le Grand-Madieu, Parzac, Turgon, Chassiecq, Vieux-Cérier, Champagne-Mouton, Saint-Coutant, Benest et le Bouchage. Dans cette énumération, les chefs-lieux de communes sont seuls comptés, mais il reste entendu que ces limites ont pu traverser des communes.

Dans les limites tracées au moment de la Révolution, d’une façon générale, on a évité de morceler les paroisses dont on a respecté les limites.

Plus à l’Ouest, la Charente a perdu Montalembert, la Place, le Breuil-Coiffaud, Bouin, Hanc et Pioussay attribués aux Deux-Sèvres. Enfin l’enclave du Vivier-Jusseau et de Sècheboue qui fait aujourd’hui partie de la Charente-Inférieure.

Nous allons suivre maintenant les contours Ouest de l’élection de Cognac.

Nous avons laissé sa limite sur le cours de la Charente, entre Echoisy et Saint-Groux.

Elle quitte le cours de la rivière pour laisser en Saintonge Echoisy et Luxé. Elle retrouve la rivière à 500 mètres au-dessous du pont de la route départementale n° 9 et descend le cours de la rivière pendant environ 1.500 mètres. Elle prend alors la rive gauche, laissant le cours de la rivière à la Saintonge, laissant Villognon et Coulonges à l’Angoumois, ainsi que le hameau du Fouillou. La limite atteint la Charente un peu au-dessus du Pontour qui est Angoumois. Elle traverse la rivière à hauteur de Gourville et, à 1.500 mètres à l’Est de cette localité, elle arrive à l’enclave poitevine de Gourville.

Cette enclave poitevine a la forme générale d’un cœur. Sa limite passe entre Cerceville, Angoumois, et les Cailletières, Poitou. Dauve est Poitou, et la pointe du cœur arrive jusqu’au Sud-Est de Grosville qui est Angoumois. Le Chau-de-Lignières est encore Angoumois alors que celui de Puyboissard est Poitou et que le hameau de Saint-Roman redevient Saintonge. La Folie et Fraichefont sont Poitou, alors que Montigné et Saint-Médard sont Saintonge. Bonneville, Montaigon et Germeville sont Poitou, alors que Patreville, Lanville et Marcillac sont Saintonge. La limite n’arrive pas jusqu’au cours de la Charente.

La limite entre Cognac et la Saintonge se détache de l’enclave entre le Chau-de-Lignières et Saint-Roman. Elle remonte vers le Nord à la Cote 135, coupe la route de Sonneville à Anville à 500 mètres au Sud de cette dernière localité et arrive à la limite actuelle du département à hauteur de la Foye. La limite entre les deux élections se confond avec la limite départementale jusqu’à hauteur de Puygard-Haut où elle se détache vers le Sud-Est pour faire dans l’Angoumois une dent qui laisse à la Saintonge les villages du Plessis, Mareuil, la Courade, Herpes, et la limite départementale est rejointe entre Petit-Beauvais et Chez-Drouillard qui sont Angoumois.

Les limites se confondent jusqu’aux abords du Breuil, en Saintonge. Le Breuil aux Moines, la Tâcherie, le Fourneau, aujourd’hui en Charente-Inférieure, étaient alors Angoumois. Le Seure et le Maine sont Saintonge.

A partir du cours de l’Antenne, la limite va pénétrer dans la Charente-Inférieure. Elle laisse Migron en Saintonge, mais Lunaud et Villars au Bois sont Angoumois. La Verderie et le Petit-Bois sont Saintonge et la limite suit le cours du ruisseau qui traverse Saint-Bris-des-Bois et SaintCésaire. Saint-Souvent est Saintonge, et les deux limites se rejoignent près de Chez-Blaiseau.

Elles se séparent immédiatement, après Saint-André, pour laisser les maisons de Louzac en Saintonge et se rejoignent à hauteur de Saint-Laurent. Elles se séparent à nouveau à la traversée de la Charente. La limite de provinces mettait Salignac de Pons en Angoumois et venait rejoindre la limite départementale à hauteur de Pérignac en longeant le hameau de Sainte-Foy qui était Saintonge.

La limite atteint le Né à 500 mètres au Nord du hameau des Corbinaux et suit exactement le cours du Né jusqu’auprès de Vignolle et de Ladiville où nous retrouvons les limites de l’élection d’Angoulême.

Cependant cete limite quittait momentanément le Né pour encercler et mettre en Angoumois les maisons de Saint-Palais-du-Né.

Le département de la Charente a donc emprunté à la Saintonge tout ce qui se trouvait à l’Ouest des limites que nous avons suivies pour les élections de Cognac et d’Angoulême.

On n’oubliera pas cependant que l’état des fiefs relevant d’Angoulême comprend la ville de Barbezieux, et nous verrons plus loin que l’Angoumois possédait en Saintonge une enclave dite du Petit-Angoumois. Par conséquent, il est certain que Barbezieux, féodalement Angoumois, reliait autrefois l’élection d’Angoulême au petit Angoumois et que la séparation a été un fait fiscal plutôt que féodal.

Les enclaves

Nous avons relevé, en cours de route, un certain nombre d’enclaves qui venaient s’intercaler sur les limites des élections. Nous les rappelons : Enclave saintongeoise de Loubillé prise entre l’Angoumois et le Poitou. Enclave angoumoisine de Vivier-Jusseau et Sècheboue entre la Saintonge et le Poitou. Enclave poitevine de Tusson entre l’Angoumois et la Saintonge. Enclave poitevine de Gourville entre la Saintonge et l’élection de Cognac. Enclaves limousines de Bussière-Boffy et de Lesterps entre l’Angoumois et le Poitou. Enclave saintongeoise de Cellefrouin et Sansac entre les mêmes provinces.

En outre, il y avait des enclaves qui venaient se placer complètement dans l’intérieur des élections. Deux étaient saintongeoises, Courcôme et Charmant. Trois étaient poitevines, celles de Montembœuf et ses deux petites annexes des Pins et de Chablanc et Champoutre.

L’enclave de Courcôme comprenait les villages de Courcôme, la Croix-Geoffroy, les Ouillères et Tuzie.

Celle de Charmant longeait la route départementale n° 1 pendant environ 3 km., laissant Chavenat à l’Angoumois ainsi que Corlux, englobait les maisons de Juillaguet et celles de Charmant.

L’enclave poitevine de Montembœuf avait une forme très compliquée, représentant une sorte de haricot. Si nous prenons la limite au Nord, elle englobait le Petit-Madieu, Lépinassoux, la Lière, coupait le Son à la Forge de Champlaurier, longeait la route nationale 151 bis à environ 500 mètres, laissant Lussac à l’Angoumois, arrivait devant Chasseneuil à la réunion des deux routes nationales, traversait la Bonnieure en contournant par l’Est les maisons de Chasseneuil, se dirigeait vers Vitrac sans l’atteindre, se retournait vers l’Ouest pour englober Villebœuf, laissait les Mas et Saint-Adjutory à l’Angoumois, séparait Jayat, Poitou, du Puyponchet, Angoumois, faisait une pointe vers le Sud jusqu’à l’endroit où la ligne de Chemins de fer Economiques coupe la route départementale n° 13, passait près de la Belle-Etoile qui était Angoumois, entourait Montembœuf par un demi-cercle de 1.500 mètres de rayon coupant en deux les hameaux des Mazouillères et de Chez-Veyret, allait passer près de Margnac qui était Poitou, longeait le Mas Faubert, Angoumois, la bordure Sud du village de Suaux, Poitevin, faisait une pointe vers le Sud-Ouest pour englober dans l’enclave le hameau de Chichiat, se rapprochait progressivement’ de la route nationale 141 qu’elle coupait au passage à niveau du chemin de fer de Limoges à Angoulême, laissait la gare actuelle de Roumazières en Angoumois, et rejoignait notre point de départ à l’Est du Petit-Madieu.

L’enclave des Pins était beaucoup plus modeste et comprenait un cercle de 1 km. de diamètre autour de ce village.

L’enclave de Chablanc n’était pas plus considérable. C’était un cercle qui englobait les maisons du village de Chablanc et dont la limite Sud passait à mi-chemin entre Champoutre et la Morendie.

Par contre, l’élection d’Angoulême possédait deux importantes enclaves, l’une en Périgord, l’autre en Saintonge.

L’enclave périgourdine se groupait autour de la Tour Blanche.

Le document publié par nous en 1905 nous montre que non seulement la Tour Blanche relevait d’Angoulême, mais encore Verteillac et Grézignac, ainsi qu’une partie de la paroisse de Bouyat. Nous n’avons pas pu identifier ces deux dernières localités, mais la mouvance de Verteillac montre qu’au moment où la carte de Cassini a été établie la Généralité de Bordeaux avait déjà amputé l’enclave de la Tour Blanche du gros bourg de Verteillac.

Les limites de cette enclave s’établissaient ainsi. A 300 mètres du village de Cercles, elle descendait le cours d’un ruisseau qui va se jeter dans la Dronne, vers Creyssac. Elle remontait vers le Nord, laissant Lignières, le Bazac, les Tremblades au Périgord ainsi que Jaillé et englobant dans l’enclave la Forêt de Saint-James.

Elle suivait assez exactement le chemin de grande communication n° 100 jusqu’aux Rossignols qui étaient Périgord. Elle se rapprochait ensuite progressivement du chemin de grande communication n° 12, englobant dans l’enclave la Guide et Chansaux. Elle contournait par le Sud les Bois de Jovelle, laissait le hameau de Féraillon au Périgord et rejoignait le ruisseau au Sud de Cercles.

Cette enclave est aujourd’hui incorporée à la Dordogne, canton de Verteillac.

Nous devons noter que la pièce de Généralité à laquelle nous avons déjà fait des emprunts nous donne Mareuil en Périgord comme mouvant d’Angoulême. Or, Mareuil a toujours été compté parmi les quatre baronnies du Périgord. Son dernier aveu à Angoulême datait de 1257. Il y a là un mystère que nous ne ; chercherons pas à éclaircir, mais il nous semble vraisemblable qu’à une certaine époque la Tour Blanche et Verteillac ont dû tenir à l’Angoumois par Mareuil et la Valette et que, pour des raisons que nous ignorons, des modifications féodales et fiscales ont détaché cette antenne que les comtes d’Angoulême lançaient en plein Périgord.

Quant aux mouvances de la paroisse de Cumont, elles se trouvent près d’Aubeterre, tout près de ce qu’est devenue la limite entre les deux provinces.

Reste l’enclave du Petit Angoumois dont nous avons déjà parlé.

Il est vraisemblable que son détachement est relativement récent et que son territoire était singulièrement diminué. Primitivement, il englobait le fief de Montendre et il était relié à l’Angoumois par Barbezieux qui relevait d’Angoulême, comme nous l’avons vu.

Le Petit Angoumois, tel que nous le présente la carte de Cassini, se groupait autour de Baignes-Sainte-Radegonde et de Chevanceaux.

Si nous prenons sa limite à l’endroit où elle coupe la route nationale n° 1, cette traversée se fait à hauteur de Condéon. La Garde-à-Retard est en Saintonge. La limite continue vers le Sud pour englober Boisbreteau et vient couper la limite actuelle départementale entre Peluchon, Saintonge, et Buissonnet, Angoumois. Elle passe un peu au Sud des Dodins, au Nord de Chez-Pelet et de Saint-Palais de Négrignac, et fait par le Sud le tour de Pouillac. Elle laisse à la Saintonge les bois de Sainte-Colombe et du Pin, passe entre Mérignac et Peugeay, va border Moulon et Doutaux qui sont Saintonge ainsi que Messac et Malmeau, vient border Chaunac, Saintonge, Soulard et Puyrigaud, Angoumois, borde un instant la limite départementale, va border Saint-Médard, passe à la cote 96, entoure Mortiers qui est Angoumois, passe au Nord et contre Saint-Pardon et atteint la limite départementale actuelle au Sud-Est de Passignac. Les limites se confondent pendant 2 km. et se séparent au Nord du Chau-du-Tartre.

Elle passe à la cote 127 et arrive à la route nationale à 1 km. au Sud de Reignac.

Dans la constitution des départements, la Charente a perdu une partie du Petit-Angoumois : les villages de Mérignac, Vanzac et Mortiers.

Par contre, elle a récupéré le terrain compris entre le Né et le Petit-Angoumois, ainsi que la partie de Saintonge autour de Brossac et sur la rive droite de la Tude.

Il a fallu le hasard bien imprévu de la conservation d’une pièce fiscale dans des archives de famille pour nous mettre sur la trace des circonstances qui ont amené la constitution de ces deux enclaves de la Tour-Blanche et du Petit-Angoumois. La découverte d’autres pièces nous donnera peut-être l’explication des autres enclaves qui proviennent presque certainement de modifications dans les mouvances féodales.

Réflexions sur l’organisation de l’espace

Si on suit attentivement les limites que nous venons de décrire sur une carte donnant les limites de communes, on verra qu’il n’y a en principe aucune corrélation entre ces deux séries de limites, ainsi que M. Boissonnade nous l’avait annoncé. Or, quand on a délimité nos communes actuelles, on a suivi les anciennes limites des paroisses.

La limite des paroisses est certainement la plus ancienne délimitation de notre sol. Il est probable qu’elle est gauloise et au moins gallo-romaine. Le régime rural antique était celui de la grande propriété. Le propriétaire se construisait une maison à l’endroit qui lui semblait le plus favorable, ce que les Romains ont nommé la « Villa ». Autour de l’habitation, il groupait les services généraux de son exploitation rurale, forgeron, charron, tisserand, tailleur, sabotier, tous les corps d’artisans nécessaires. En outre, ses magasins et ce qui était nécessaire à la vie journalière. Fustel de Coulanges nous le montre avec son autel pour ses Dieux Lares dont il est le pontife. La Villa, avec son groupement et les maisons d’exploitation plus ou moins éparses sur le domaine, constitue un tout qui vit sur lui-même.

Dans les pays qui s’adonnent à peu près exclusivement à la culture, comme la Beauce et nos plaines du Nord, ce centre groupe auprès de lui tout le personnel qui vit sur la Villa et le pays reste ouvert, sans clôtures.

Au contraire, dans les pays où le pâturage est l’industrie principale, les pâtures sont séparées des cultures par des baies et les maisons d’habitation se dispersent sur le domaine.

Quand le Christianisme s’implante en Gaule, les Dieux Lares sont remplacés par un Saint tutélaire ; le pontificat du Seigneur cesse et est exercé par un prêtre fourni par l’évêque ou le monastère voisin. On construit une église et la paroisse est constituée. Elle ne subira comme paroisse que des changements insignifiants.

La féodalité ne pourra que très peu morceler les pays de grande culture qui forment un tout difficilement divisible et la villa restera le fief, conservant ses limites. Il en ira autrement dans les pays de pâturage et de petite culture dont le morcellement est tout préparé. Dans ces régions, la paroisse se divise en fiefs dont chaque propriétaire s’avoue du protecteur puissant qui lui convient le mieux. Les mouvances féodales ne respectent plus les limites de paroisses.

Le propriétaire de l’agglomération centrale restera bien le « gros décimateur » de la paroisse, mais il devra partager les dîmes avec d’autres propriétaires qui pourront les vendre ou les échanger. L’unité paroissiale est rompue et avec elle l’unité fiscale, bien que les limites restent inchangées, et quand s’organiseront les élections, leurs limites se conformeront aux mouvances féodales et non aux limites paroissiales.

Cette différence de limites sera surtout fréquente dans les régions de pâturage et de petite culture.

Quant à l’autorité judiciaire, représentée par le Sénéchal, elle présente plus de fixité. Mais ses limites restent vagues au milieu des justices particulières qui, comme nous l’avons vu, ne laissent pas empiéter sur leurs droits et sont la cause de conflits constants avec la justice du Roi.

Néanmoins, malgré leur imprécision, ce seront les sénéchaussées qui serviront de bases pour les élections des Etats Généraux en 1789. L’incertitude de leurs limites fera que certains fiefs et certaines paroisses seront omis parce qu’ils ne semblent relever d’aucune sénéchaussée, alors que d’autres seront revendiquées par deux et même par trois sénéchaussées.

Quand le décret de la Constituante a ordonné la formation des Départements, les limites féodales étaient déjà abolies, entraînant avec elles les limites des élections et des sénéchaussées. Seules restaient debout les limites de paroisses et c’est dans leur cadre que s’est faite la nouvelle organisation. Quand les paroisses ont présenté une surface et une population trop faibles pour assurer une existence municipale, on a réuni ensemble plusieurs paroisses. Dans certains cas, on a fait des remaniements pour réduire la superficie de paroisses trop grandes, mais très rarement.

Lorsqu’il s’est agi de les réunir en districts et en Départements, on a fait des groupements d’intérêts et de similitude d’existence, et nous voyons que l’on a respecté les anciennes limites d’élections quand il a été possible de le faire.

C’est ainsi que la Dronne et la Nizonne continuent à séparer la Charente de la Dordogne comme elles séparaient l’Angoumois du Périgord. Sur la limite Nord on a fait disparaître les irrégularités et on a rendu à la Charente les paroisses du Confolentais que l’élection de Montmorillon lui avait enlevées.

Dans la partie Ouest, les limites ont été régularisées et les gains équilibrent les pertes,

Au Sud-Ouest, on a rendu à la Charente la région de Barbezieux qui lui avait autrefois appartenu et on y a ajouté aux dépens de la Saintonge la région de Brossac et la rive droite de la Tude.

Par contre, le département de la Dordogne a absorbé l’ancienne partie angoumoisine du Périgord et la partie de la Double qui lui avait appartenu sur la rive gauche de la Dronne.

Au moment du Concordat, les limites des Diocèses se sont conformées aux limites administratives et l’Evêché d’Angoulême a vu doubler sa superficie.

La division de la France en départements répondait à une nécessité. Depuis longtemps la Royauté avait cherché à rompre les unités provinciales et c’est à cette préoccupation qu’il faut attribuer les bizarreries des délimitations que nous avons constatées dans l’organisation des généralités. Il ne saurait être question de revenir sur cette organisation.

Mais on peut se demander si à notre époque de communications rapides et faciles, elle n’entraîne pas des frais généraux exagérés.

Beaucoup de bons esprits se demandent s’il ne serait pas avantageux d’opérer un regroupement des départements en régions économiques plus étendues. La division du pays a été faite en 1790 en se fondant sur les possibilités des communications, à une époque où le manque de routes ne permettait’ pas une vitesse supérieure à quatre kilomètres à l’heure. Cette vitesse est aujourd’hui décuplée et il n’y a plus si petit hameau qui n’ait sa sortie par bonne route aux artères principales. Il semblerait logique de proportionner l’étendue des divisions territoriales à la nouvelle vitesse des communications.

Ce sera sûrement l’œuvre de l’avenir.

L. DE LA BASTIDE.


Voir en ligne : Série C des Archives de la Haute-Vienne

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