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Le lexique des marais salants au XVIIIe siècle

mercredi 13 mars 2019, par Christian, 209 visites.

« Ce mémoire donne des détails sur la construction des marais salants et sur les moyens de l’améliorer, le chiffre des produits des marais de l’Aunis et de la Saintonge, la contenance des différents instruments adoptés pour le mesurage. » (Léopold Delayant, Bibliographie rochelaise). On n’en a retenu ici que les éléments en rapport avec le vocabulaire technique.

NOTES EXPLICATIVES.

1. Le Jars, le Jas, ou Vasais est le premier réservoir qui reçoit l’eau de la mer.
2. Le gros mât, corps de pompe d’un pied de diamètre ou environ, par lequel l’eau du jars entre dans les conches.
3. La première conche par où l’eau passe, pour entrer dans la seconde conche.
4. La seconde conche par où l’eau est introduite dans le corps de pompe de la lame-d’eau.
5. Le corps de pompe par où l’eau entre dans la lame-d’eau.
6. La lame-d’eau, par où l’eau est introduite dans le mort.
7. Le mort longe trois côtés du bossis. L’eau entre de cette pièce dans la table simple.
8. La table simple, réservoir d’où l’eau passe dans la petite table de communication.
9. La petite table de communication par où l’eau est introduite dans la table du muan.
10. La table du muan par où l’eau entre dans le muan.
11. Le muan par où l’eau passe dans les petits canaux des brassous.
12. Les canaux des brassous par où l’eau entre dans les aires.
13. Les aires, carrés réguliers où les molécules de sel fixe se réunissent & se consolident.
14. Le chemin qui sépare les deux rangs d’aires.
15. Petits cônes de sel qu’on laisse égoutter sur le chemin.
16. Les entrenaux, levées qui bordent chaque rang d’aires
17. Les mairans, levées latérales qui séparent les aires.
18. Fioles, levées latérales des aires qui forment les brassous.
19. Vettes, levées qui séparent les pièces du marais.
20. Les garde-vent, levées qui coupent les conches, le mort, les tables & le muan. Les ouvertures, pour laisser passer l’eau, doivent être opposées.
21. Pertuis, planche percée de cinq trous : on en met une au bout du corps de pompe qui donne dans la lame-d’eau, & une autre au bout de la table du muan qui donne dans le muan.
22. Pompe d’écours pour vider le marais.
23. Ruisseau d’écoulement à la mer.
24. Bossis pour mettre les pilots de sel.
25. Pilot de sel de forme conique.
26. Idem de forme ovale, appellé vache.
27. Marée montante dans le ruisseau d’écoulement à la mer.

NOMS des Outils dont les Sauniers se servent pour la limaille & pour la saunaison.

28. Le rouable, sert à limer & à unir le fond des aires, avant de commencer la saunaison.
29. Le boquet, à dresser différentes parties du marais.
30. La ferrée, espèce de pelle de fer, sert à couper & à creuser les pièces du marais.
31. La palette, à faire les bouches des aires & à les fermer, ainsi que les entrées des fioles.
32. Le simosis, à briser & mouvoir le sel, en le poussant au foyer de l’aire.
33. Le sourvon, pour égoutter & tirer le sel sur le chemin.
34. Les essageoires servent à prendre le sel sur le chemin, & à le mettre dans les paniers.
35. Le panier avec lequel on porte le sel sur le bossis.
36. Le batour, espèce de masse plate avec laquelle le Saunier bat, & incruste les deux couches de glaise qu’il met pour couvrir les pilots de sel.

(DESCRIPTION)

Les marais salans sont à champ double ou à champ simple : comme ils diffèrent peu, je n’entrerai que dans le détail d’un marais à champ simple, ou composé de deux rangs d’aires, appellé communément vissoule. Pour rendre l’exposé de toutes ces parties plus sensible, j’ai fait graver avec autant d’exactitude qu’il m’a été possible un plan contenant 48 aires ou 2 livres 2 cinquièmes de marais. On le trouvera au commencement de ce Mémoire, ainsi que les outils à l’usage des Sauniers : je vais le suivre dans le détail des différentes pièces tant intérieures qu’extérieures. Ces pièces consistent dans le jars, les conches [ou métières], la lame-d’eau [ou porteau, ou amissional], le mort, les tables, le muan, les brassous, les aires & le ruisseau.
Le jars, (1) est le plus haut réservoir d’un marais. Sa forme est arbitraire, & depend ordinairement de celle du terrein. Il doit être creusé six pieds plus bas que les grandes marées des équinoxes, & des solstices : à cette profondeur il faut seulement lui donner la huitième partie des surfaces qu’il doit abreuver. Il est ordinairement soutenu du côté de la mer par une digue de terre, revêtue en pierre séche : il reçoit pendant le flux, l’eau de la mer par un canal au bout duquel est une petite écluse nommée varenne [1] que l’on ferme au reflux.
Comme le jars est le réservoir le plus intéressant d’une saline, il faut s’attacher particulièrement à lui donner une profondeur convenable pour avoir pendant la saunaison une quantité d’eau suffisante pour les besoins du marais, sans cependant nuire à la profondeur des autres pieces qui doivent être creusées trois pieds plus bas ; ainsi pour établir sûrement celle du jars, il est nécessaire de connoître la hauteur des marées. […]
Le gros mât (2) est un corps de pompe d’environ un pied de diametre, placé dans le bas du bossis qui sépare le jars d’avec la premiere conche.
Les conches doivent avoir chacune quinze pieds de largeur & être creusees, la premiere (3) six pouces de plus que le jars, & la seconde (4) seulement un pouce & demi de plus que la premiere : cette profondeur de six pouces à la premiere conche est nécessaire pour qu’elle contienne une plus grande quantité d’eau qui s’échauffe plus promptement dans cette piece que dans le jars.
La lame d’eau doit être placée au bout de la seconde conche ; elle est composée de deux pieces qui coupent latéralement le bossis, dont la largeur ne doit pas excéder trente pieds.
La premiere est un corps de pompe (5) d’environ six pieds de long, fermé par une planche percée de plusieurs trous que l’on ouvre & que l’on bouche suivant les besoins du marais.
La seconde est un canal (6) de trois pieds de largeur, qui doit avoir vingt-quatre pieds de long, depuis l’extrémité de la pompe jusqu’au mort, & un demi-pouce par toise d’inclinaison, afin que le mouvement de l’eau en soit accéléré, lorsqu’il est temps de l’introduire dans l’intérieur du marais.
La lame-d’eau, dans sa plus basse partie, doit avoir deux pouces de profondeur de plus que la seconde conche.
Le mort (7) est un petit canal qui longe les trois côtés du bossis dans l’intérieur du marais, il doit être un pouce plus profond que la plus basse partie de la lame d’eau ; il convient de lui donner huit pieds de largeur. Le mouvement de l’eau est si insensible dans cette piece, qu’elle y paroît comme stagnante & pour ainsi dire morte, ce qui la fait nommer le mort ; c’est la premiere piece de l’intérieur du marais.
Les tables sont des réservoirs qui longent le mort de trois côtés, & se communiquent par un canal de huit pieds de largeur. La premiere table (8) s’appelle simple, & cotoie l’entrenau à levées latérales simples ; la seconde (10 ) se nomme table du muan & longe le muan. La table simple doit être un pouce & demi plus basse que le mort, & la table du muan un pouce & demi plus profonde que la simple ; elles doivent avoir chacune quinze pieds de largeur. Le canal de huit pieds n’étant désigné par aucun nom par les Sauniers, je l’appellerai dans ce Mémoire, où j’aurai occasion d’en parler, petite table de communication. (9).
Le muan (11) est un réservoir qui est entre la table du muan & l’entrenau à brassous ; il doit être deux pouces plus bas que les tables : il convient de lui donner trente pieds de largeur, pour accélérer d’avantage l’évaporation dans cette piece intéressante. Le mort, les tables & le muan doivent être coupés d’espace en espace par des garde-vents.
Les brassous sont des levées parallèles, separées par un canal (12) d’un pied de largeur, sur dix-huit de longueur : on introduit par ces petits canaux l’eau du muan dans les aires, par les bouches ou petites ouvertures que le Saunier fait avec une palette de bois, (31) & qu’il referme quand l’eau y est entrée en quantité suffisante.
Les levées latérales des aires s’appellent mairans (17), quand elles sont simples, comme celles du rang d’aires supérieur du côté de la table simple, mais on les nomme fioles, quand elles sont doubles, comme celles des brassous du rang d’aires inférieur, du côté du muan.
Les brassous à deux fioles (18) coupent les aires, de deux en deux, dans le rang inférieur du côté du muan.
Les mairans doivent être simples, & dans le rang d’aires supérieur, où l’entrenau longe la table simple ; il ne doit point y avoir de brassous à deux fioles, mais seulement des fioles simples, appellées mairans.
Les mairans & les fioles doivent avoir de largeur un pied en sol, & huit pouces en tête arrondie, comme celle des vettes & des garde-vents ; ce sont les levées les plus basses du marais.
Les aires (13) doivent être un pouce & demi plus basses que le muan ; ce sont les pieces les plus profondes de l’intérieur d’un marais. Leur point de perfection est de dix- huit pieds sur toute face, à l’exception du rang inférieur, où sont les brassous à deux fioles, où elles ont un pied de moins, & forment un carré long, ou parallélogramme rectangle.
Chaque fois que l’on introduit l’eau dans les aires par les brassous, il faut avoir attention de fermer, avec de la terre glaise, l’entrée des fioles à la hauteur de l’entrenau pour empêcher l’eau du muan de passer par-dessus ces levées latérales qui sont plus basses que l’entrenau.
Les petites levées qui séparent les pieces d’un marais, à l’exception des aires, s’appellent vettes (19) & celles qui les coupent, d’espace en espace, se nomment garde-vent (20). Les vettes & les garde-vent doivent avoir deux pieds en sol, & environ un pied en tête, faites comme un cercle coupé par son diametre.
Les garde-vent sont destinés à garantir l’eau d’une agitation violente, & sur-tout de la répulsion, à une des extrémités du marais, que le vent ne manqueroit pas d’y occasionner, dans les mauvais temps, sans cette utile précaution.
On laisse au bout des vettes, & à l’extrémité opposee de chaque garde-vent, des ouvertures pour passer l’eau ; mais il faut avoir soin de les fermer, avec une pierre plate, pour empêcher l’effet des vents violens.
Le chemin (14) est une levée qui doit avoir quatre pieds de largeur, sur quatre à cinq pouces de hauteur ; il sépare les deux rangs d’aires dans toute la longueur du marais.
Les entrenaux (16) sont deux levées dont la largeur est d’un pied en tête, arrondie comme celle des vettes & des garde-vent : l’une borde le rang d’aires supérieur du côté de la table simple, & l’autre le rang d’aires inférieur du côté du muan : elles doivent être deux pouces plus hautes que le chemin, pour empêcher l’eau du muan & de la table simple d’entrer dans les aires.
Le bossis (24), pour amonceler le sel, doit avoir trente pieds de largeur ; cette proportion est suffisante pour y mettre des pilots de cent septiers, mesure de Ré, ou vingt-huit muids, mesure rase de Brouage, d’environ douze pieds de hauteur, & ménager aux Sauniers le passage qui leur est necessaire autour de ces pilots
Le ruisseau (23) est un fossé qui doit être creusé de dix-huit pouces, & si la situation du terrein le permet, de deux pieds plus bas que la superficie des aires qui sont les plus basses parties du marais ; son principal usage est, pour écouler à la mer, par un corps de pompe appellé pompe d’écours, (22) l’eau que le Saunier a fait entrer dans le marais, à la fin de la saunaison, pour en garantir toutes les parties des mauvais temps de l’hyver, & les tenir, l’année suivante, en état de recevoir l’eau destinée à faire du sel. On prend ordinairement le temps du reflux pour cette opération. Le ruisseau sert encore à d’autres usages qui seront détaillés dans ce Mémoire.
Pour placer la pompe d’écours de maniere que le marais soit aisé à vuider, il convient de la mettre en face du muan.
Le bossis que les conches longent dans l’extérieur du marais, & le mort dans l’intérieur, doit être coupé en talus, & gazonné d’herbe fine, pour mieux retenir les terres, & empêcher l’éboulement : on ne doit pas donner au bossis plus de cinq à six pieds de hauteur, parce qu’une plus grande élévation empêche l’action du vent sur les pieces du marais.

NOMS DE DIVERSES PIÉCES d’un Marais salant tels qu’on les trouve dans les chartes & anciens titres. Extrait de l’Histoire de la Rochelle, tom. I. p. 23.

Area, araium. Aire ou carreau d’un Marais salant.
Abotamentum. Batardeau, aboteau dans le pays d’Aunis.
Bossilli. Bossis ou bords élevés d’un marais.
Bessa. Tranchée ou fosse.
Coyum. Conduit de bois terminé par une bonde. Coy.
Esterium. Chenal ou grand canal qui porte dans le jas ou jars les eaux de la mer.
Exclusa, eyclusellum. Manière de parc formé de pierres séches.
Libra. Division d’un marais salant. C’est un tout composé de vingt parties, c’est-à-dire, de vingt aires. Ainsi un marais de 100 aires est un marais de 5 livres.
Ministerium, Maracio, Misliria, Les outils & instrumens des sauniers.
Mulones. Mulons ou pilots. Tas de sel amoncelé[s] sur les bossis ou revers, d’un marais.
Porterellum. La fermeture d’un canal, portereau.
Salina. Portion d’un grand marais, disposée avec art pour y faire du sel : il ne faut pas confondre ce mot avec Mariscus dont elle n’est qu’une partie.
Vas ad continendas aquas. Vasais, jars ou jas.

Un autre plan de marais salant, celui de Nicolas de Fer (1724) :


Voir en ligne : Mémoire sur les marais salants des provinces d’Aunis et de Saintonge, par M. Beaupied Dumenils, de la Société royale d’agriculture, de la généralité de La Rochelle, 1765.


[1On trouve aussi le mot sous la forme vareigne.

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