Supplie très-humblement une famille entière,
Vieillards, jeunes, maris, femmes, filles, sœurs, frères
Et enfants orphelins, qui tous se font honneur
D’être vos tenanciers, vos pupilles, Seigneur,
La Tremblade est le lieu qui leur donna naissance ;
Puissent-ils avoir part à votre bienveillance ?
Que vous offriroient-ils pour de telles faveurs ?
Ils ne peuvent, Seigneur, disposer de leurs cœurs ;
Vous les possédez tous, vous en êtes le maître,
Et vous aurez tous ceux qui sont encore â naître,
De vos rares vertus instruits par leurs parents,
Ils vous respecteront dès leurs plus jeunes ans.
Cette famille, hélas ! a pour tout apanage
Un triste mazureau, sis au bout du village,
Au lieu le moins passant, dans un coin reculé,
Tout proche du désert, dans un terrain sablé,
Sans charpente, thuile, porte ni couverture.
Quatre murs isolés font toute sa parure ;
Quinze pieds seulement font l’élévation
De ce triste manoir, image d’illion.
On pensoit en jouir, on en fit même usage
Jusqu’au moment fatal qu’arriva le message
Qui d’un ordre subit, en interdit l’accès ;
On obéit soudain. Seigneur, vous le savez
De quoi devint alors cette triste famille !
Dans un désert affreux elle cherche un asyle.
A l’ombre des cyprès, témoins de ses malheurs,
L’arbrisseau se nourrit du torrent de ses pleurs.
C’est là que les frimas éprouvent sa constance,
Que l’écho réfléchit quelle est l’obéissance
Et la fidélité qu’elle jure en ces bois
A Louis le Bien-Aimé, le plus chéri des rois.
C’est là que du soleil l’ardeur insupportable
Darde, brûle, calcine et le corps et le sable,
Que l’hiver coagule et la chair et le sang
Du jeune, du vieillard, de la mère et l’enfant.
Ses rivaux, qui jadis se montroient susceptibles,
A ses affreux malheurs paroissent tous sensibles.
Hélas ! nous disent-ils en conversation,
Obtenez, s’il se peut, de couvrir la maison.
O citoyens chéris, quelle reconnoissance
Devra cette famille à votre complaisance !
Vous lui voulez du bien. O doux ravissement !
Recevez de ses vœux tout l’accomplissement.
Que, ce considéré, Monseigneur, il vous plaise
Permettre aux suppliants de prendre un peu plus d’aise.
Ils veulent en user avec discrétion,
Sous votre bon plaisir et approbation.
Leur dessein se réduit à une couverture
Qui les mette à l’abri, dans la simple clôture,
Des ardeurs du soleil, des frimas de l’hiver ;
Pour se dédommager de ce qu’ils ont souffert,
Traverser quelques bois sur la triste masure,
Lesquels seront couverts de chaume ou paille pure,
Comme l’étable enfin du plus triste hameau
Qui loge du berger la génisse et l’agneau.
Permettez aux suppliants d’amasser, sur la dune
Qui borne le cristal du palais de Neptune,
Le chaume qui y croît, nommé vulgairement
Tanne, dont on se sert pour couvrir seulement.
Permettez, Monseigneur, à notre prévoyance
Que, si Votre Grandeur observe le silence,
Ce silence nous soit un acquiescement.
Ah ! daignez nous tenir ce silence charmant ?
Nous vous en supplions ! Pardonnez notre audace.
Si nous vous offensons, daignez nous faire grâce ;
Et quoi qu’il en résulte, ou silence ou rigueurs,
Vous n’en serez pas moins le maître de nos cœurs ;
Et ces cœurs pleins d’amour, de respect et de crainte
Ne cesseront jamais d’offrir à Dieu, sans feinte,
Les vœux les plus ardents. Votre prospérité
Nous est chère et fera notre félicité.
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