La liste des « Mouchedune » et approchants n’est pas bien longue. Ces noms apparaissent seulement dans la région Poitou-Charentes, et encore pas partout.
Ils forment une sorte de traînée le long de l’ancienne sylve d’Argenson, frontière dialectale entre le poitevin et le saintongeais, avec un échappement en direction du nord-est. Une implantation assez similaire à celle des « leignes » (cf article sur les lemniae).

Des trois formes du mot, quelle est la plus proche de la phonétique originelle ?
Je penche pour « Mouchedune » parce qu’elle est la plus fréquente, et parce qu’elle permet d’expliquer les deux autres : le « d » peut s’assourdir en « t » sous l’influence du « ch » précédent, ou devenir liquide par attraction du mot « lune », qui restitue du sens.
Pour le « Mouchedune » qui se trouve dans les Deux-Sèvres, aux environs de Melle, on rencontre dans les documents des siècles passés une hésitation entre « Mouchedune » et « Mouchetune ». Le dictionnaire toponymique de Bélisaire Ledain (1902) porte « Mouchelune ». La prononciation locale est aujourd’hui encore indécise : on entend plutôt « Mouch’tune ».
Quelle étymologie, quel sens trouver à ce toponyme ?
Difficile de lui supposer une origine celtique, latine ou germanique. La concentration des toponymes dans un espace étroit oriente plutôt vers une expression dialectale, et la structure du mot incite à y reconnaître un composé médiéval « mouche » + « dune ».
Quel genre de composé ? verbe + nom (Gratteloup, Chantemerle, Buffevent, Tartifume), nom + adjectif (Boisjoly, Longepierre, Villeneuve, Hautefaye) ou nom + nom (Bois-le-Duc, Fontegrive, la Roche-aux-moines, Disneyland) ?
On se retrouve devant deux difficultés :
D’une part « mouche » peut être un nom ou un verbe, et dans les deux cas offre une kyrielle de sens possibles.
D’autre part il est improbable que le germanique « dune » ait fait partie du vocabulaire ordinaire des Poitevins-Saintongeais du moyen-âge. En tout cas il n’apparaît guère dans la toponymie régionale. Et il est difficile de lui substituer un candidat crédible, la finale « -une » étant plutôt rare en français.
J’ai bien peur que le sens ne reste insaisissable. Avez-vous une suggestion ?
Implantation, époque ?
« Mouchedune » désigne des lieux-dits aux abords de bois, mais aussi des fermes, des hameaux, et deux villages qui furent de petites seigneuries au bas moyen-âge. Il se rencontre sur des buttes comme dans des plaines marécageuses. Le toponyme est attesté depuis 1454.
Il semble donc qu’on ait affaire à des implantations liées aux grands défrichements de l’époque féodale (Xème-XIIIème). A cette époque-là il devait exister, dans une zone dialectale à cheval sur la frontière linguistique poitevin-saintongeais, une expression familière et imagée, qui a servi à désigner des écarts nouvellement mis en valeur.

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