CHAPITRE X. - De ce qui se passa au grand siège de la Rochelle jusques au secours du comte de Montgommeri.
Nous voilà au grand siège qu’il ne faut plus laisser qu’à la fin. Au commencement de l’an, les approches [1] se firent par mer et par terre ; deux forts, l’un à la poincte de Gourcille, l’autre vis à vis au port neuf. Le Gast [2] commandant au premier et Cosseins à l’autre.
Au milieu des deux estoit à l’anchre la caraque [3], bien chargée de lest, qui avec des couleuvrines tiroit à coups perdus dans la ville. A un bas de mer, ceux de la ville y portèrent des feux d’artifice, mais ils furent repoussez avec perte de quinze ou seize soldats. On commence à parlementer, et, en suite de quelques lettres [4] envoyées auparavant à Languillier [5], Biron escrit [6] aux Rochelois la venue de l’abbé de Gadagne [7], demande hostages pour lui et entrée en la ville. Les autres refusent cela et demandent lettres du roi pour y respondre comme ils pourront. Biron rescrit [8] à La Noue force choses notables, mais entr’autres : « Qu’entre des plus grands princes du monde, on n’a jamais refusé le parlement et les hostages, comme estans du droict des gens. » Cela ne fit point changer d’advis aux habitans, répliquans : « Qu’entre les princes on traictoit de bonne foi, cela valoit ; mais qu’eux, ayans esté perfidiez, trouvoyent doubteuses les choses seures et vouloyent qu’on traictast par escrit. » Sur ce temps, y ayant deffense aux soldats, dans la ville, de ne sortir pource que, les tranchées estans avancées, les plus judicieux voyoyent des corps de garde et ridottes [9] faictes à propos pour donner sur les doigts aux plus hastifs (et, de fait, elles estoyentbien garnies), quand des soldats, se dérobant par des eschelles, allèrent importuner les travailleurs, mieux parez qu’ils ne pensoyent.
La Noue, voyant qu’il n’y avoit plus moyen de retenir les compagnons, et le danger qu’ils fussent battus au commencement, sort à cheval et, faisant autant de charges qu’il voyoit d’embuscades, desmesle les premiers et reschauffe et maintient une escarmouche cinq heures, que Biron disoit aussi furieuse que celle de Jazeneuil [10]. Ceux de la ville s’en retournèrent avec gain, prindrent deux capitaines en chef, un, parent de Puygaillard [11], poignardé par les chemins. Salbert, ayant descouvert quelques menées commencées par Tibaudière de Xainctonge [12], sur un fort léger soupçon, fit jeter par dessus les murailles, à la porte neufve et à la veuë des ennemis, quatre des plus soupçonnez ; ce que voyant, un nommé Baugenci, des gardes du roi de Navarre, et six autres se jettèrent [13] par le bastion de l’Évangile ; deux empoignez et tuez. Adonc ils ne craignirent point de donner la géhenne à trois prisonniers [14] qu’ils avoyent, qui confessèrent à la géhenne et à la mort que Biron les avoit envoyez avec asseurance qu’ils avoyent beaucoup de compagnons en la ville. Cela rompit les discours de l’abbé, qui se contenta d’envoyer ses lettres de créance [15].
Les assiégez, sachans la venue de Monsieur, du roi de Navarre et du prince de Condé et autres grands, envoyèrent [16] en Angleterre Languillier, qui n’y fit point ses affaires, pource que le comte de Rets y estoit allé [17] ambassadeur extraordinaire, faire Élizabeth commère du roi [18], renouveller les alliances, rendre conte de la Sainct-Barthélemi en termes exquis, prier la roine qu’au lieu de secourir les Rochellois inutilement, elle leur donnast des conseils de paix, qu’ils ne cerchassent point la vengeance des choses advenues par les querelles des grands, qu’ils se contentassent d’obtenir seureté en leurs biens et vies et liberté de leurs religions ; de quoi le roi mettroit sa foi entre les mains de la roine. L’instruction du comte portoit encores d’emprunter de l’argent de ceste princesse, afin que, si elle prestoit, elle eust moins de moyen de prester encore, et, si elle refusoit le roi. qu’il y eust toute apparence de refuser ses subjets.
Il y eut encor ce malheur pour les réformez, c’est que le duc de Sommerset [19], estant venu pour le baptistère à Paris [20], fut destroussé et courut fortune, en s’en retournant, par des pirates françois ou Flamands [21] ; de quoi la roine irritée fit arrester tous les vaisseaux de ces deux nations, sur le poinct que le comte de Montgommeri vouloit amener le secours par mer ; ce qui le fit partir plus tard et mal équippé. A la fin de janvier [22], les assiégez firent une course à Nestré, où ils ostèrent aux fourrageurs force munitions ; mais ils se battirent à bon escient à Coureilles [23], à cheval et à pied ; et par eau, par le moyen des galiottes qu’ils avoyent faictes, La Noue entretint l’escarmouche jusques à la nuict.
De Sainct-Maixant [24], Monsieur escrit [25] à La Noue pour promettre aux habitans bonnes conditions s’ils s’humilioyent dans trois jours ; sinon, il venoit résolu avec tous les princes et grands de France pour faire une prompte et horrible punition [26]. Il n’y eut point de response, mais deux combats [27] sur la fin de février ; l’occasion prise d’une barque eschouée que les assiégeans entreprirent de brusler et les autres de deffendre.
La Noue, avec ses gens de cheval, fit une charge de trois cents pas dans les vases de Ia mer retirée, et, par là, engagea et deffit plusieurs soldats de l’armée. A la seconde fois, ceux de la ville y perdirent, par les arquebusiers qui avoyent percé la barque. Encor de Mauzé [28], Monsieur escrivit aux Rochelois lettres de remonstrances [29], ausquelles ils respondirent [30] honnestement. Le lendemain [31], ils virent arriver de Congne, avec le salve [32] de toute l’armée, Monsieur, le duc d’Alençon, son frère, le roi de Navarre, les princes de Condé et Dauphin [33], les ducs de Guise, d’Aumale [34], Nevers, Longueville, Bouillon et Uzez [35], le chevalier [36] et mareschal de Cossé, Montluc [37], le comte de Rets, la Chappelle-aux-Ursins [38], Chavigni [39] et le grand prieur de Champagne [40]. Tout cela va loger à Nieul [41]. Aux premiers conseils, il y eut grande différence d’opinions pour les manières d’assiéger ; depuis, on partagea la conduite des tranchées [42]. Le duc de Montpensier et le marquis de Mayenne [43] (depuis duc) demandèrent la charge de lever un cavalier [44] à six vingts pas du coin du fossé qui tourne vers Congne, avec un destour de la grand’tranchée, pour y mener les pièces. La plus-part des grands que nous avons nommez voulurent estre de cette besongne, c’est-à-dire gens pour eux ; car, à tels maneuvres, ces messieurs n’y donnent que le nom et la pourmenade.
A trois jours de là [45], Mirande [46], Rochelois, avec quelques pataches, alla enlever vers Chef-de-Baye, d’entre les munitions de l’armée, cinquante tonneaux de vin et vingt-cinq de froment. Et, encores que les deux forts de Coureille et de Port-Neuf, avec la Caraque [47], lui donnassent plus de cent canonnades, il fut bien receu et sans perte à la ville. Le lendemain, Monsieur voulut disner à Coureille, où, pour l’amour de lui, se passa une escarmouche de quatre heures [48], durant laquelle Grandris [49], avec huict chevaux [50] et autant d’arquebusiers en crouppe, alla enlever un logis auprès la Fonds et emmener les prisonniers [51].
Voilà encor les parlements resveillez [52], le peuple un peu estonné de tant d’entreprises, et notamment de l’intelligence mesnagée par un Blancardière [53], naguères maistre d’hostel de Teligni. Monsieur choisit pour ce parlement Strosse, Biron, le comte de Rets [54], Villecler [55] et l’abbé de Gadagne. De la ville sortirent [56] avec La Noue le bailli Mortier [57] et Morisson [58]. Gadagne, comme dernier envoyé, ayant loué la courtoisie du roi [59], qui,sans user de son droict, vouloit traicter avec ses subjets, se mit sur la conjuration de l’amiral : « Comme les choses estoyent allées plus avant que Sa Majesté ne vouloit ; qu’il avoit arresté le cours du mal par les deffenses ; depuis, escrit plusieurs fois aux Rochelois amiablement ; et, après avoir envoyé Le Vijan, mal traicté et contre la foi, oubliant tout cela, le roi leur promettoit l’exercice libre de leur religion en leur ville, pourveu qu’es autres choses ils monstrassent obéissance et qu’ils reçeussent ses lieutenants de roi comme il appartient ; qu’ils ne s’attendissent point aux Anglois, avec lesquels le roi est mieux que jamais, ni à Montgommcri, qui ne cerche rien qu’à se réconcilier ; par ainsi, qu’ils soyent sages de bonne heure, pour ne se précipiter point à une nécessité sans remède. » Les Rochelois respondirent à cela [60] : « Que ce leur est un grand crève-cœur de voir que tout ce qu’ils font pour deffendre leurs vies se tourne en crime de rébellion vers le roi ; que les plus apparents de leur ville crioyent contre ceux qui donnoyent des soupçons à l’amiral ; que, la mèche estant découverte par le massacre, quelques maux et appréhensions que leur eust donné le baron de la Garde, enlevé leurs vivres, recogneu leur place par mer et par terre, soubs titre de discours, qu’ils sont tousjours demeurez en estat paisible. Quant au faict du Vijan, que ceux qui avoyent fait le coup estoyent bien venus au service du roi, et ceux qui avoyent demeuré dans la ville avoyent esté punis ; et pour la promesse du roi de faire observer ses édicts de paix. Ils remercient le roi très humblement, supplians Sa Majesté que, cependant qu’ils feront part de cest offre aux églises qui sont en mesme cause avec eux, il y ait partout cessation d’armes et liberté de conscience. »
Le lendemain [61] de ce parlement inutile, il y eut une sortie de six heures, où La Noue courut grand’fortune de sa vie [62] ; et Marsac qui exposa la sienne pour lui mourut deux jours après. Là encores se perdirent deux capitaines en chef [63] ; du costé des catholiques, furent blessez Auchi [64], Ragni [65], Vins [66], Grillon [67], Sérillac [68] et La Molle [69]. Tant que la meslée dura, cinquante femmes de la ville ne bougèrent d’entre les soldats, leur portans ce qu’ils appellent à la mer des rafraichissements, amenants les blessez et rapportans les morts [70].
Les députez de la Rochelle, ayans rapporté leurs discours, les plus gros de la ville panchoyent merveil-leusement au traicté, mais les ministres s’y opposèrent et firent résoudre qu’on ne traicteroit plus qu’avec tous les partisans du royaume et par escrit.
Le dernier de febvrier [71], les batteries [72] commencèrent, l’une au bastion de l’Évangile, l’autre à une tour de Congne sur laquelle deux coulevrines faisoyent mal dans l’armée. Pour response à un trompette qui sommoit la ville, La Noue fit sortir par deux endroits, mais il trouva la cavalerie en garde commandée par les deux frères de Guise [73]. Cela chargea La Noue si vertement, qu’il trouva bien à propos le capitaine Normand, pource qu’avec peu de perte [74], il desmesla ceste retraicte. Là fut tué Monts [75], premier capitaine des gardes, et blessez les comtes de Saint-Aignan [76] et de Molevrier [77], Chemeraut [78] et Montigni [79]. Quelque ordonnance qu’eussent fait faire les ministres, La Noue, qui avoit gaigné crédit par tant de combats, fit redresser un parlement et, ayannt pour hostages Strosse, le chevallier de Batteresse [80] et Mandreville [81], alla trouver Monsieur, avec les deux mesmes qu’on lui avoit adjoints la première fois, Monsieur, les ayant bien receus, n’adjousta rien aux premiers discours de Gadaigne, sinon quelques lettres de Languillier surprises, par lesquelles ils ne devoyent rien espérer en Angleterre, et que ceux de Montauban avoyent accepté les offres qu’on leur faisoit comme pleines d’équité [82]. Là-dessus, Monsieur tire La Noue à part et puis les autres, et comme ils revenoyent, sentans plus les pacifiques qu’ils n’estoyent partis, ceux de la ville prenoyent tousjours des résolutions plus fermes, desquelles La Noue, qui faisoit l’homme de guerre et le pacificateur, estant irrité, cerchoit la mort à toutes occasions.
Sur le soir du discours, à une grande escarmouche qui s’attaqua, le duc d’Aumale fut tué derrière un gabion percé [83], ce qui haussa encores le courage aux assiégez. Dès ce temps-là, le comte de Rets commença à presser La Noue de la promese faicte au roi, qui estoit de quitter les Rochelois, quand il les verroit hors le chemin de la paix. De là, en avant, La Noue commença de solliciter la reddition, dont advint que, se retirant du conseil, La Place [84], ministre et gentilhomme, poursuivant ce chevalier avec reproche jusques à son logis, lui donna un soufflet. Quelques gentilshommes des siens s’avançoyent à punir cest outrage ; mais lui les arresta et fit emmener ce vieillard à sa femme, la chargeant qu’elle eust soing de lui. Pour autres cholères pareilles, il fut puis après déposé du ministère. La Noue donc s’en alla [85] ; avec lui Roche-Esnard, Champagne et La Salle, et puis d’autres, qui prirent cest exemple à leur commodité.
Les assiégez, pour monstrer qu’ils estoyent plus irritez qu’estonnez, firent pendre tous les prisonniers accusez de la dernière intelligence [86], puis adjousterent pour conseil de guerre à leur maire Le Chaillou, Les Essars, avec les capitaines Normand, La Rivière et Gargouillaut [87]. La batterie continua par quatre jours [88], durant lesquels ils sceurent quelques nouvelles [89] du comte de Montgommeri et de Sancerre [90], qui avoyt desjà enduré trois assauts. Ils sortent à minuict, se jettent dans les tranchées, lesquelles ils enfilent assez loing. Là, Serillac, ci-devant blessé, fut tué [91], et Cosseins arresta ceux qui estoyent sortis avec nombre de noblesse et gens couverts. De mesme, le capitaine La Fonds donna, l’autre nuict [92], dans les tentes d’auprès de la ladrerie et y tua quantité d’hommes de bonne maison. À ces deux fois, les assiégez perdirent quatorze hommes, et puis, voyans les tranchées et les logis d’artillerie avancez jusques vers le moulin de la Brande, ils firent encores une grande sortie, où ils mirent haut le cul tous les gabions, roulèrent quelques balles de laine vers eux, retardèrent le dessein de batterie vers la porte de Congne, laissent soixante des assiégeans morts sur la place et force blessez, entre ceux-là le comte de Rets [93]. Plusieurs commencèrent lors à se desrober de la ville, entr’autres Le Chaillou [94], pour les disputes qu’il avoit avec le maire, surtout pource qu’il tendoit à parlementer, de quoi il eut aussi dispute avec un Robert David [95], parlant pour le peuple, tousjours bandé à la fermeté. Les catholiques eurent bien tost relevé les tranchées rompues, si bien que, dans la fin de mars, les commissaires rapportèrent avoir tiré 14,745 coups de canon [96], tant à la tour d’Aix qu’aux deux tours du Chasteau et à la courtine d’entre-deux, comme aussi en ruine par la ville.
Il y eut une attaque du costé de Meaubec [97], pour gaigner les casemattes, mais cela fut vivement repoussé avec beaucoup de perte. Les assiégez aussi tirèrent un grand rempart derrière le bastion de l’Évangile, où une mine creva sur six-vingts pionniers. Le lendemain [98], ayant eu charge de presser vers Tadon, comme la cavallerie s’y présenta, douze des assiégez leur font une charge ; l’aisné Lourie tué et son frère [99] pris. Dans la Ville aussi se perdirent les capitaines Sauvage et Provençal ; Gargouilleau [100] fut mis en la place du premier. De la ville sortoyent tousjours quelques soldats qui disoyerit du pis qu’ils pouvoyent de l’armée ; se desroboyent force gens sans congé pour leurs incommoditez. L’un et l’autre furent cause à Monsieur de se résoudre aux grands efforts, tellement que les batteries commencèrent [101] à jouer sans relasche, battans depuis la vieille fontaine jusques à la tour d’Aix, et quant et quant le boulevard de l’Évangile, tout cela mis en ruine ; et de sept casemates, les unes abriées [102] de ruine ou aveuglées, et par ainsi n’y ayant plus de flancs, à l’abri d’un pont de bois de trente-six pieds de long, où marchoyent trois soldats de front, et puis des mantelets roulans, couverts de fer, tout le camp vint, à l’assaut [103].
Ceux de la ville regaignent une casematte, puis voyans venir toute la noblesse et des princes à leurs testes, hommes et femmes ensemble s’encouragèrent, jettent de leurs meilleurs hommes dans le bastion, et, encor que toute la contr’escarpe fust en feu de coups de canon qui tiroit à fleur du rempart, c’estoit à qui iroit planter de meilleure grâce une arquebusade à descouvert jusques aux pieds ou porter un feu d’artifice tout froidement ; le fossé tout en feu, les ducs de Nevers [104] et du Maine, Clermont et du Gast blessez ; plusieurs armez bruslans dans leurs cuirasses. Il falut lascher le pied. La confusion qui se fit à entrer dans le fossé par les pertuis avoit bien esté préveue par le duc de Nevers, qui promettoit tousjours à Monsieur une mauvaise journée, s’il n’empeschoit les princes et les courtisans d’y donner.
Le duc de Guise, qui avoit rompu les deffenses, se trouva engagé en la ruine, couvert de feu et fit blesser le duc de Nevers en le secourant [105]. Il y eut un soldat qui, sur le poinct qu’un pan de muraille tomba, mit le nez jusque hors du rempart, où il trouva que les femmes et quelques ministres faisoyent jouer des feux d’artifices et entr’autres une pièce qu’ils appelloyent l’encensoir : c’estoit un mas qui tournoit sur un pivot et avoit une chaudière au long bout, duquel long bout on versoit le feu dans le milieu du fossé. Faut dire en passant que les canonniers de l’armée plusieurs fois coupèrent le pivot. Cest assaut ayant duré deux heures, demeurèrent sur la place du dedans soixante hommes, et » pour ce que sur la fin quelques uns, qui avoyent donné au bastion de l’Évangile, bien repoussez, l’avoyent pourtant recognu, où mesme Strosse, Bellegarde [106] et Chasteauvieux [107] furent blessez et Saint-Supplice [108] tué, ceux qui gardoyent le bastion, à l’ombre d’uner grande fumée, retranchèrent ; ce qui fut cause que le lendemain, en y pensant donner un assaut, on ne fit que le présenter. Tout cela fut faict dans le septiesme et huictiesme d’apvril [109].
Sur le dixiesme, Monsieur se résolut à mettre le tout pour le tout, commande au comte du Lude une attaque d’escalade par Tadon [110] et la porte des Moulins, à quoi Biron et Bajourdan [111] furent encore envoyez, l’un pour donner à la chaine au bas de la mer, l’autre à l’escalade [112]. Le premier, estant subject à la mer et ne pouvant partir que de grand jour, receut dommage d’une barque couchée où s’estoyent mis des soldats. Ainsi Bajourdan fut renvoyé si rudement qu’il perdit soixante ou quatre-vingts hommes et ses eschelles, et les femmes et les goujats à qui, avec fort peu d’autres, ils avoyent eu afaire, allèrent despouiller les morts jusques à quatre cents pas de la ville [113].
Le principal effort fut au bastion de l’Évangile [114], mais la casematte, qui avoit resté, et la multitude des artifices renvoya tout sans grand effort. Ce jour-là, fut perte aux assiégeans de trois cents hommes. Le douziesme, on approcha le bastion pied à pied, et les quatre jours d’après furent tous de grande batterie. Voilà une mine preste sous le bastion qui, joué, fait mourir neuf de ceux du dedans [115], entre ceux-là un ministre [116], et, pour n’avoir pas esté la poudre bien dispensée ni logée, la terre enlevée accabla deux cents hommes dans le fossé des plus choisis de l’armée. L’assaut ne laisse pas de se donner [117], mais un retranchement de six pieds en œuvre et l’opiniastre deffense renvoyèrent tout cela. Encores avoyent-ils fait un pertuis au retranchement pour faire des sorties, comme ils firent. Les femmes, les premières, qui tuèrent dans le fossé plusieurs se retirant de l’assaut, blessèrent Savaillan et La Bastide ; et elles mesmes mirent le feu au pont et mantelets. Là fut blessé à mort, du dedans, La Musse. Le quinziesme, se fit une petite sortie sur les pionniers. Le seiziesme [118], une autre par le trou que nous avons dit. Deux jours après, furent tuez Cosseins [119] et Scipion [120], cestui-ci travaillant à deffaire ce qu’il avoit faict. Nous vous avons fait cognoistre l’autre à la Sainct-Barthélemi ; ses domestiques nous ont conté d’estranges propos à sa mort [121].
CHAPITRE XI [122] - Achèvement du siège et commencement de la paix.
Sur ces difficiles besongnes, parut [123] l’armée [124] du comte de Montgommeri, composée de cinquante trois vaisseaux, dont il y en avoit douze de charge. Tous les autres, horsmis l’amiral, nommé la Prime-Rose, et celui où estoit son gendre Champernon [125], estoyent tous de soixante tonneaux [126] pour le plus ; et, parmi ceux-là, plus de la moitié barques françoises qu’on avoit envoyées solliciter le secours ou qui, pensans retourner à la Rochelle, l’avoyent trouvée blocquée. En tout cela, pas une pièce de bronze, mais tous vertueils [127], tous pauvrement équippez, comme estans des deniers des réfugiez, ou empruntez par les envoyez de la Rochelle. La cause pourquoi ils estoyent en si piteux estât fut que le conseil de la roine Élizabeth l’intimida, comme estant rempli de catholiques, et mesme l’amiral Clinton avoit envoyé Olestat [128] desgraisser les navires qui faisoyent la guerre pour la cause, les despouillans de deux millions d’or qu’on disoyent qu’ils avoyent gaignez. Il y avoit dix-huict cents hommes dans l’armée, moitié matelots.
Les Rochelois, à la veuë de leur secours, despeschent le capitaine Mirande avec une galliotte bien accommodée, qui passa hazardeusement aux coups de canon de la Caraque, du prince et autres navires qui faisoyent palissade d’une coste à l’autre.
Le soir, les galères firent la bienvenue à coups de canon [129] ; le vent changeant, si fit aussi le dessein de Montgommeri, qui s’en retourna à Belle-Isle [130], espérant s’y fortifier.
L’ambassadeur en Angleterre s’estant pleint de ceste flotte, partie des havres de Cornuaille, la roine les désavoua et déclara pirates, priant le roi, s’ils tomboyent en ses mains, de les traicter comme tels, encores qu’il y eust quelque noblesse de bonne maison angloise qui accompagna Champernon [131]. Mirande avoit à dire au comte que, l’armée de Monsieur s’estant mieux montée de navires et galères, fournies d’autres artilleries et ayant des hommes à plaisir, desquels ils avoyent rempli quatorze navires qui estoyent chargez de sel et que le comte eust bien pris s’il eust voulu, les costes garnies de pièces avantageuses, et mesmes Monsieur pouvant flanquer son armée de toute la pallissade, ils n’estoyent pas d’advis qu’ils se bazardassent à ces désadvantages, mais seulement qu’ils leur fissent tenir quelques poudres et autres nécessitez par voyes desrobées. Voilà ce que quelques uns disent pour le retour du comte ; les autres, qu’il pouvoit tout emporter d’abordade avant que Monsieur eust fait entrer à bord la fleur de son armée.
Le vingt-troisiesme d’apvril, après une batterie en ruine, Ouarti et Vaux, frère des Essarts, vindrent demander à parlementer [132] à la porte de Congne. Le baillif, les Essarts et le ministre de Nort sortirent. Comme ils achevoyent leur discours, on met le feu à la mine qui estoit sous le boulevard de l’Évangile. La terre couvrit des uns et des autres. On va à l’assaut, favorisé de deux cents coups de canon. Les premiers arrestez, le reste tourna visage. Le lendemain, la batterie continuée pour empescher qu’on n’ouïst les pionniers qui minoyent vers le milieu du bastion. Le vingt septiesme, le comte du Lude fait donner un assaut à Tadon, bien donné, et le terrier gagné jusques au haut de l’escarpe. Le vingt huitiesme, la batterie plus furieuse que jamais au bastion de l’Évangile ; nouvelles coulevrines mises sur la caraque pour accompagner ceste batterie ; on trie de toute l’armée pour un assaut ; la moitié du bastion est emportée par la mine ; il y eut cinq rafraichissemens d’assaut qui combatirent chacun une heure. Là, les femmes prindrent les armes de leurs maris, blessez ou las, soustindrent les derniers combats. Un petit logement que le capitaine Bobineau [133] avoit fait au fossé fit grand dommage aux assaillans ; mesmes on vint aux mains dedans les mines avec lances à feu, le pistolet et l’espée, et à ce jeu se trouvèrent plusieurs femmes. Cest assaut repoussé haussa fort les courages des uns et attiédit ceux des autres, et, au lieu qu’au commencement du siège plusieurs sortoyent dehors et peu se jettoyent dedans, la chance estoit tournée ; entr’autres deux gentilshommes Xainctongeois, faussans un corps de garde ou plein midi, en l’eau jusques au ventre des chevaux, passèrent, à la porte des deux moulins. Par eux les Rochelois sceurent comme Royan avoit esté pris, et aussi tost quitté par Campet [134], sauvé de prison.
Le dernier d’avril, les assiégez sortis prindrent un fort tout contre le bastion de l’Évangile, que Clermont Taîlard avoit pris et gardé jusques lors. Ayans tué tout ce qui estoit dedans, ils l’ouvrirent du costé de la ville pour le quitter. En huict ou dix jours il ne se fit rien que quelques feux artificiels pour brusler un cavallier des assiégeans, et, le pourparlé de la paix n’estant point interrompu, la noblesse du dedans envoya [135] ses demandes à Monsieur, et les receut par Ouarti ; le propos remis à trois jours. Cependant on fit encores sauter une mine, où les soldats ne firent plus que bransler la queue, quoi que Strosse et le Gast se missent à leurs testes. La nuict du neufiesme, ceux de dedans, ayans contreminé, firent quitter le corps de garde de la mine, qu’ils gardèrent jusques à dix heures du matin ; mais, les canonnades remplissans tout de terre, ils le quittèrent.
Le dixiesme, sur la diane, une sortie par la porte des deux moulins, avec six vingts arquebusiers, tailla en pièce ce qui estoit dans la tranchée de la Corderie. Biron, allant pour y remédier, receut une arquebusade en la cuisse, estant près delà contr’escarpe. Le peuple, appelle au boulevard de l’Évangile, ouyt lire les articles de Monsieur [136], et les renvoya. Monsieur, estant pressé par la venue du secrétaire Pinard [137] de faire une fin ou autre, cela sans préjudice des sorties ; car sur le soir quatre cents arquebusiers et cinquante chevaux sortirent par la porte de Maubec, donnèrent dans les maisons ruinées de Congne. Les catholiques, comme se vengeans, donnèrent une heure avant jour si brusquement sur le haut du boulevard de l’Évangile qu’ils chassèrent la garde, se contentèrent du drapeau [138] de La Rivière faute d’être suivis. Et le troisiesme, voulans essayer le mesme heur suivis comme il faloit, ils montèrent à la bresche de la vieille fontaine, qu’ils trouvèrent bien garnie, et se falut retirer. Deux jours après les assiégez donnèrent de résolution à brusler le pont, où ayans pris le vent à propos et porté quantité d’artifices, après avoir donné résoluement et fait abandonner la besongne, la fumée empescha ceux qui y vouloyent redonner ; et sur la fin un autre grand effort leur donna moyen d’achever d’un autre costé. En mesme temps il y eut quelque légère escarmouche pour empescher le povre peuple de pescher [139].
En fin à la mi-may [140], le huictiesme assaut se donna au bastion de l’Évangile, bien assailli, mieux défendu, les trois rafraichissemens commandez par Goas, Saincte-Golombe et le capitaine Stephe [141], qui y perdit la cuisse, Saincte-Colombe fort blessé. Entre les morts demeura Renchère, parent du duc de Nevers. De la ville se perdit Berger-Beaulieu [142], qui avoit acquis beaucoup d’honneur au siège. Les jours suivans se passèrent en canonnades pour raser un moineau qu’ils avoyent avancé de la courtine. Les assiégez ne perdoyent plus de coups au loing, sentans la défaillance de leurs poudres. Cela faisoit pourmener les courtisans privément jusques auprès des contr’escarpes. Le comte de Montgommeri, sur la demande que lui avoyent faite les Rochelois, avoit despesché [143] le capitaine La Meausse [144] avec cinq barques chargées de poudre et autres commoditez ; mais, n’ayans ni vent ni autre moyen de passer avec cela, le capitaine Arnaud [145], avec sept hommes, en un vaisseau de trente cinq tonneaux, contrefit le pescheur, n’ayant que son haut bourset et la misène défrelée [146]. Comme ceux de la Caraque lui commandèrent d’amener, et qu’il se vid à l’endroit des pertuis de la palissade, il abbat et amure sa grande voile tout d’un coup, et, hinsant la civadière, le vent n’afraichit pas assez, il fait prendre les rames à six hommes qu’il avoit, beut toutes les canonnades en avant et les arquebusades de six pas au passer, et, lui seul blessé d’une arquebusade à un bras, gaigna le havre.
La nuict, les habitans firent rouler force chariots pour faire entendre qu’ils remplissoyent leurs magasins, et, ayans distribué de la poudre aux compagnons, leur permirent de tirer de plus loing. Là furent empoignez les pourmeneurs, entr’autres Pouillac [147] qui tiroit des passades à la veue de la ville et Puygaillard en passant. Alors commencèrent en l’armée les dissenteries et les soldats sans paye n’estoyent plus pensez. Ils guettoyent les seigneurs en passant pour monstrer les vers dans leurs playes. Mais il s’y mit encor une pire maladie que tout cela : ce fut trois partialitez de fidèles, qui maintenoyent la Saint-Barthélemi bien faicte ; mal contents, qui blasmoyent ces choses et l’estât ; nouveaux, c’estoyent les révoltez de leur religion. Les deux derniers commencèrent dès lors à parler ensemble ; les mal contents apprenoyent à ces nouveaux que, la Rochelle estant prise, on les feroit tous mourir, et que les Jésuites, qui commençoyent lors à avoir crédit, disoyent à l’oreille : « Sauvez-vous un parricide, un voleur et un traistre, pour dire qu’il ne veut plus estre cela ? Et les hérétiques qui ont volé le prophane et le sacré, parricides d’avoir esgorgé en tant qu’ils ont peu l’Église leur mère, traistres à leur roi et patrie, est-il dit qu’ils en seront quittes pour faire semblant qu’ils n’y voudront plus toucher ? » Telles procédures remplirent l’armée de menées. Plusieurs de ma cognoissance furent envoyez en Gascongne pour faire r’allier nombre de noblesse sous Langoiran [148] ; en Xainctonge, avec le vicomte d’Aubeterre [149] et, Campet. Le lieutenant La Haye [150] travaillant dès lors en Poictou, le duc d’Alençon fut alléché pour se faire chef [151]. Le prince de Condé n’en parloit que trop haut, le roi de Navarre plus retenu. Ils en vindrent à mettre leur picquet sur le retour du comte de Montgommeri, promis aux Rochelois par le capitaine Arnault et depuis par une despesche de Languillier.
L’armée des Suisses [152] dès longtemps attendus [153], mit de l’eau dans le vin des entrepreneurs. Comme on les alloit loger à Ronçai et à Nestré [154], plusieurs, qui estoyent de garde, voulurent voir [155] ce nouveau secours.
Ceux de la ville advertis font sortie, rompent tous les premiers corps de garde, mettent en fuite tout ce qui estoit aux tranchées jusques à la Fonds, perdent vingt hommes à leur retraicte pour la faire trop glorieusement à la teste de toute la noblesse ; perdirent entre ceux-là Maronnière [156] et le capitaine Bobineau auparavant. Mais ils laissèrent dans les tranchées, le ventre en sus, quatre cents de ceux qui avoyent courage, emportèrent neuf enseignes, desquelles ils n’oublièrent pas à parer leurs remparts le lendemain [157]. De cela Monsieur, plus irrité que jamais, se résout de garnir de mines toute la courtine, qui va de la vieille Fontaine jusqu’au bastion de l’Évangile. Pour ce faire il falut raser à bon escient les petites casemattes qu’on regaignoit et perdoit quelquesfois. Mais on ne pouvoit, par les trous du fossé, tirer à celle qui estoit vers Congne, sinon quelques arquebusades de la contr’es-carpe, qui n’empeschèrent point que les assiégez, possédans la moitié du fossé, n’y amenassent une bastarde et une moyenne, desquelles ils battoyent les approches qu’on faisoit au bastion.
Le vingt-deuxiesme [158], on fait marcher les Suisses, non sans perdre des gens au passage ; on met le feu à la grande mine, laquelle, pour n’estre pas encores assez grande, laissa des avances aux deux bouts qui servirent de flanc. On marche à l’assaut. Le Gast en eut la poincte [159]. Strosse le soustenoit avec trente capitaines qui avoyent juré de faire merveilles. Un gros de noblesse suivoit après, mené par le prince de Condé et le duc de Longueville. À la dernière troupe marchoyent le duc de Guise et le chevalier de France [160]. Par cinq fois l’assaut fut repris, y ayant dispute entre les hommes et les femmes de la ville à qui monstreroit plus de courage. Après la perte de quelques uns de ces capitaines choisis de Goas, qui avoit fait la guerre long temps sans être blessé, et de trois cents des meilleurs soldats de l’armée, il se fallut retirer ; les deffenseurs quittes pour vingt-cinq hommes, et entre ceux-là d’un capitaine en chef [161]. Le comte du Lude ne manqua pas en mesme temps de donner l’escalade vers Tadon, prit et garda quelque temps le vaisseau eschoué auprès de la chaîne, de quoi nous avons parlé.
Depuis cest assaut, les assiégeans, ne cerchans plus qu’à se deffaire honnestement d’une si fascheuse besongne, le canon seul travaillant pour faire mine de siège, la nouvelle d’élection de Monsieur pour le faire roi de Polongne [162] arrive. Il se sauva de la ville un capitaine Brave [163], pour avoir esté mal mené du nouveau maire nommé Maurisson [164]. Cela mit du soupçon dans la ville, pource que les gros avoyent gaigné les plus affamez à présenter une requeste, le siège d’ailleurs estant refroidi. Et le roi, bien adverti, envoya Villeroi [165], secrétaire d’estat, pour faire la composition le plus commodément et honnestement que faire se pourroit. Pour donc induire à cela et faire mieux, on fait nouvelles mines, les plus grands navires chargez d’artillerie s’approchans pour favoriser un assaut. Ceste mine joua fort bien, fit grand bresche et remplit le fossé. Plus de cent gentilhommes montèrent sur le rempart de la vieille fontaine, mais, voyans au dedans un grand retranchement bien flanqué, et que le peuple donnoit à eux la teste baissée, ils prirent parti du retour, emportans Bussi [166] et Jule Centurion [167], blessez, et peu d’autres [168].
Quant au duc de Guise, qui avoit donné au bastion de l’Évangile, quelque peu de noblesse le suivoit, mais les gens de pied ne voulurent point sortir de leurs tranchées. Pour punition de quoi, Monsieur cassa honteusement maistres de camp et capitaines, jusques à soixante compagnies, mettant les Suisses en leurs gardes.
On avoit des députez de Montauban avec La Noue, pour faire parler les Rochelois. Il n’y eut autre response sinon qu’ils feroyent tout, ayans les consciences, vies et biens bien asseurez. Lors, la peste s’adjousta aux autres maux de l’armée, sur tout dans les navires, où mourut le vicomte d’Usas [169], y ayant commandement. Monsieur, se pourmenant avec son frère et le roi de Navarre, faillit à estre tué [170] dans le fossé, d’une meschante pièce chergée de dragée. Mais Vins [171] se jetta au devant de lui, si bien qu’il n’eut que quelques rifflades au col, à la main gauche et à la cuisse ; mais son écran, Vins, en eut par la hanche, qu’on creut avoir esté guairi par enchantement. Et puis, bien qu’on fist jouer une mine à la Vieille fontaine et qu’on commençast une batterie nouvelle à la porte Sainct Nicolas [172], tout cela ne fut que pour haster le parlement où se trouvèrent les comtes de Suze [173], de Rets et de la Vaugion [174], Montluc, Villecler, Biron et Malicorne [175], ausquels on adjoint depuis La Noue et Villeroi. D’autre costé, le baillif Gargouilleau et les députez de Montauban et de Nismes s’assemblèrent et tombèrent d’accord des articles que nous vous donnerons à la fin du livre [176]. Ce chapitre nous donnera encores la petite merveille sur laquelle plusieurs ont cerché des causes naturelles, c’est que, sur la grande nécessité des Rochelois, le Havre fut rempli d’une monstrueuse quantité de sourdons et pétoncles [177], ce qu’on n’avoit jamais veu en ce lieu et dont les réformez ont encores les tableaux en leurs maisons pour mémoire comme d’un miracle. Ce peuple accoustumé à courir pour s’en munir sur les vases, quelques soldats de l’armée avoyent empoigné des femmes qu’ils forcèrent durant le parlement. Mais elles y coururent en grand nombre ; et parmi elles y en avoit de barbues, qui avoyent caché les armes sous la cotte. Celles-là, rangeans le long de la coste, ne faillirent pas de voir donner à la trouppe les plus eschauffez, ni aussi de leur coupper chemin et les guérir de leurs chaleurs.

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