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1570 - 1680 - Archives de l’état civil protestant - Histoire d’une découverte à Saintes en 1861

15 février 2008, 10:18, par CROUAIL Pascal

Petit résumé d’histoire familiale qui peut éclairer sur l’identité du condamné dont la tête est retrouvée à Saintes en 1861 :

1840. Condamnation de Honoré Crouail pour meurtre
En 1840, dans le petit village de Soubise, un double assassinat défraie la chronique. Les victimes sont Madame Lachenaye, et sa servante Marie Pauline Furiany. La veuve Lachenaye était une vieille dame de 73 ans, veuve d’un ancien officier de Marine, Pierre André Lachenaye (1760-1828), ancien conseiller municipal de Soubise. Madame Lachenaye était une demoiselle Pinasseau, son père était notaire et son frère Jean (1767-1848) qui a été plusieurs fois maire de Soubise, était encore conseiller municipal au moment du crime. La servante était la fille du garde champêtre Balthazar Furiany, elle avait 24 ans. Les coupables sont Joseph Chassereau, 44 ans, boucher de Soubise, père de six enfants et... Honoré Crouail, 23 ans, boulanger à Soubise, fils et petit-fils de boulangers. Son grand-père Jacques (1735-1790) qualifié de « notable » de Soubise à sa mort, était l’ami du notaire Pinasseau. Son père Jacque-Honoré (1775-1845) a été conseiller municipal pendant 30 années consécutives à Soubise, de 1810 à l’année du crime. Cette affaire, relatée en détail dans la presse locale (Les Tablettes, Journal de Marennes), a sans aucun doute porté un fort préjudice à la famille du criminel, mais aussi, peut-être, à tous les porteurs du nom Crouail qui vivaient sur les bords de Charente au milieu de XIXème siècle.
22 septembre 1840. Journal « Les Tablettes ». Nouvelles de l’extérieur :
Un évènement épouvantable se répand. Une dame âgée et sa servante qui habitaient une petite maison à l’extrémité de Soubise ont été trouvées hier au matin, mutilées et sans vie sur le plancher. Le désordre des meubles indiquait que ces femmes s’étaient long-tems défendues, et que le désir de s’approprier leur argent, a été la cause de leur malheur.
26 septembre 1840. « Journal de Marennes ». (extraits) :
Un crime affreux vient d’être commis dans la commune de Soubise. Un double assassinat a jeté l’effroi parmi les habitans de cette localité. Dans la nuit de vendredi à samedi 18, où le bruit de l’orage semblait couvrir le crime, Madame Lachenaye, veuve d’un lieutenant de vaisseau de la république, et Pauline Furiani, sa domestique, ont été égorgées dans leur lit. Il paraîtrait, d’apr`s certains indices, que l’assassin était seul, qu’il s’était introduit dans la maison avant le coucher de ses victimes, et qu’il attendit qu’elles fussent endormies. Profitant de leur sommeil, il alluma une chandelle, s’introduisit d’abord dans la chambre de la domestique qui était au premier, et lui porta un coup d’un instrument tranchant sur la figure. Alors dût s’établir une lutte cruelle entre l’assassin et la victime et ce n’est qu’après que celle-ci a été renversée par terre qu’il a dû lui mettre un genou sur le ventre, d’une main la prendre par les cheveux et de l’autre lui couper la gorge d’un coup de coutelas d’une jugulaire à l’autre, jusqu’à la colonne vertébrale. Celle-ci expédiée, il descendit dans la chambre de la maîtresse, qui était extrêmement sourde, alors au lieu de se servir des mêmes armes, l’assassin lui tira un coup de pistolet à bout portant dans l’oreille et cette seconde victime a reçu la mort dans le plus profond sommeil, sans mouvement ni résistance. Libre dès lors dans la maison, ce monstre a ouvert un tiroir de commode où il savait qu’était déposé l’argent. Il a tout enlevé ainsi que l’argenterie et les bijoux. Ce n’est que lundi 21 vers les 11 heures que le garde-champêtre, père de la jeune fille, qu’il n’avait vue depuis trois ou quatre jours, ouvrit la porte de la maison en présence et par ordre de l’autorité. On peut juger de la stupeur des assistans à la vue de deux cadavres et deux chambres semblables à des mares de sang. [...] On se demande comment il a pu se trouver dans un pays de moeurs si douces un être assez féroce pour commetre un tel crime. [...]
PS : Au moment de mettre sous presse on nous apprend l’arrestation, avec sa femme, du nommé Chassereau, boucher à Soubise, comme prévenu du double assassinat.
Je n’ai pas consulté les journaux des semaines suivantes. Le procès eut lieu quelques mois plus tard les 16, 17, 18 et 20 juin 1841 à la Cour d’Assises de Saintes (juges Dangibaud et Guillebaud) :
26 juin 1841. « Journal de Marennes ». (extraits) :
Les deux accusés furent introduits. Chassereau était assisté de Me Vacherie avocat distingué de Marennes. Croail (sic) était défendu par Me Limail, avocat célèbre à Saintes.
Chassereau est d’une taille peu au-dessus de la moyenne, il est d’une consistance nerveuse et robuste quoique mince et sans embonpoint. L’expression de sa figure est remarquable par la fixité et la dureté excessive de ses yeux d’un bleu clair et très vif. Sa pose est impassible. Ses paupières seules témoignent de l’émotion par un clignotement souvent répété aux passages de l’acte d’accusation ou de l’exposé de M. le Procureur du Roi. Ses cheveux sont rares et blonds, il a le front et la partie supérieure de la tête entièrement nus. Les personnes qui le voient de près peuvent apercevoir les traces de l’opération du trépan qu’il a subie étant jeune.
Crouail est un grand jeune homme très pâle, il porte sur sa figure les traces de la dégradation du vice ; ses yeux noirs et sans expression sont enfoncés dans leur orbite. Les deux angles de sa bouche cachée par un manton saillant s’abaissent contrairement aux règles ordinaires et donnent une expression étrange à une physionomie qui n’inspire qu’un profond dégoût, tant elle se montre stupide et méprisable, sa contenance est celle d’un homme fort abattu. [...] 104 témoins sont venus dévoiler tous les faits de cet horrible drame. Plusieurs charges effrayantes sont venues, par leur poids, confondre les dénégations constantes de Chassereau. Quant à Crouail, ses aveux déjà faits depuis quelques mois n’ont pas été complétés, et cependant on a dû comprendre difficilement que cet homme forcé, comme il l’a dit d’assister à la mort de la fille Furiani, ait pu se décider à tuer à son tour madame Lachenaye alors que pour commetre ce second crime, Chassereau l’avait armé d’un pistolet ! [...]
Le 20 juin, à onze heures, les deux accusés ont été condamnés à la peine capitale. En écoutant l’arrêt lu par le Greffier, Chassereau est demeuré fort calme, il a seulement protesté de son innocence avec son énergie habituelle. Crouail est tombé par terre affaissé par le remord et la crainte de la mort. Ainsi finit ce triste drame qui avait pendant toute sa durée captivé l’attention et la curiuosité de plus de 2000 personnes. Le public et surtout les habitans de l’arrondissement de Marennes comptaient sur la condamnation des accusés qui par avance étaient déjà jugés par cette puissance de tous, exprimée par ce proverbe vulgaire : vox populi, vox dei.

Dans les Bulletins des Archives Historiques de l’Aunis et Saintonge (tome 27, pp.245-247), on apprend encore que Chassereau fut le quatrième des sept condamnés qui furent guillotinés à Saintes entre 1833 et 1908 :
Chassereau expia son crime sur la place du Champ-de-Foire, à Saintes, le 15 septembre 1841, à onze heures du matin. « Il a été conduit par des gendarmes et ceux-ci l’ont aussitôt remis aux mains de l’executeur des arrêts criminels, après quoi ledit Chassereau est monté sur un échafaud et l’exécuteur l’a de suite mis à mort en lui tranchant la tête ». La tête de Chassereau, après l’exécution fut dissequée en vue d’expériences médicales par Mr le Docteur Alphonse Mestreau, frère de Frédéric Mestreau, ancien député de Marennes et sénateur de Charente-Maritime, et son crâne resta pendant très longtemps dans le grenier de ce dernier. En tout cas, d’après un rapport fait par M. de la Moranderie au Conseil Général de la Charente Maritime, le 15 septembre 1862, le crâne de Chassereau se trouvait dans un local du greffe, servant de dépôt aux pièces à conviction

Honoré Crouail vit sa peine commuée en celle des travaux forcés à perpétuité. En outre, Crouail subit l’exposition publique à Saintes le 23 octobre 1841 : « Honoré Crouail a été livré par la gendarmerie à l’exécuteur des arrêts criminels qui l’a attaché à un poteau, ayant au-dessus de sa tête un écriteau portant, en caractères gros et lisibles, ses noms, sa profession, son domicile, sa peine, et la cause de sa condamnation ; ledit Crouail a été ainsi exposé aux regards du peuple, sur la place publique du Champ-de-Foire, depuis onze heures du matin jusqu’à celle de midi. ».
Honoré Crouail fut conduit au bagne de Brest. Il y décèdera le 30 janvier 1847, à l’âge de 30 ans.

Pascal Crouail
SaintonGénéalogie

Voir en ligne : http://fr.groups.yahoo.com/group/Sa...

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