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1604 – Sully, ministre de Henri IV, en visite officielle à La Rochelle

D 18 avril 2009     H 17:22     A Pierre     C 0 messages A 3787 LECTURES


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Arrivé avec une escorte de 1200 cavaliers (par sécurité), Sully est reçu avec faste : repas de 300 couverts, spectacle de bataille navale entre Coreilles et Chef-de-Baye, avec 40 vaisseaux. Pour remercier ses hôtes, le ministre libère des prisonniers. C’est la fête, à la Rochelle. En arrière plan, de sérieux problèmes à propos des marais salants et de la gabelle. Des manifs ? "toutes ces dispositions malignes à mon égard ne s’étendirent point au-delà d’un petit nombre de personnes, ou furent cachées avec beaucoup de soin."

Source : Mémoires du duc de Sully - Maximilien de Béthune, duc de Sully – Paris – 1827 – Books Google

Je partis dans le mois de juin [1604], et je pris le plus court chemin pour me rendre en Poitou, accompagné de plusieurs personnes de qualité de la province, qui se rangèrent auprès de moi sur le bruit de mon voyage. Quelques - uns d’eux n’avaient d’autre intention dans cette démarche que de me faire tout l’honneur qu’on croit devoir à un gouverneur ; mais quelques autres, du nombre desquels je mets sans hésiter Richelieu et Pont-Courlay [1], ne la faisaient que pour être plus à portée de savoir mes desseins, soit par ma propre bouche, soit en questionnant mes gens sur tout ce qui se ferait et se dirait chez moi, pour en informer ensuite les chefs du parti protestant, pour s’opposer à tout ce qu’ils supposaient que j’étais chargé d’entreprendre contre eux en faveur des catholiques, enfin, pour profiter de mes plus petites inadvertances , s’il m’en échappait quelqu’une, et tâcher de me rendre ou criminel ou suspect auprès du roi. Si mes ennemis réussirent dans quelques-uns de leurs mauvais desseins, ce ne fut pas du moins quant à ce dernier point. Le commerce que sa majesté me faisait l’honneur d’entretenir règlement avec moi, dès que j’étais éloigné de sa personne, continua comme à l’ordinaire ; je n’en eus même que plus d’occasions encore d’entrer dans sa confidence, et de connaître jusqu’à quel point elle s’intéressait à ma personne, sa majesté me faisant souvenir avec beaucoup de bonté que j’étais dans un pays où, quelque semblant qu’on fît, on me voulait beaucoup de mal, et que je ne devais pas cesser un moment d’être sur mes gardes.

Il est vrai, que les ennemis du roi et les miens eurent soin de prendre les devans pour rendre tous mes soins inutiles et pour animer la populace contre moi. Ce qu’ils trouvèrent de plus capable de produire cet effet, fut de répandre le bruit que je n’allais en Poitou que pour obliger les propriétaires des marais salans à s’en défaire [2], et pour les acheter tous pour le roi. Je ne découvris nulle part plus de mauvaise volonté à mon égard que dans ceux qui en devaient le moins avoir, je veux dire dans les réformés mes confrères ; je ne parle toujours que des principaux, quoiqu’ils affectassent à l’extérieur de me rendre tous les honneurs possibles. S’ils refusaient de m’instruire du secret de leurs délibérations, c’était toujours sur des prétextes si bien palliés, que je devais feindre de ne pas en être mécontent. Ils craignirent Parabère, qui s’était plus particulièrement attaché à ma personne que les autres, quoiqu’ils le connussent fort zélé pour sa religion, parce qu’il était naturellement franc, et qu’il avait des vues plus droites. Ils chargèrent d’Aubigné et Constant de ne le point quitter tant qu’il serait auprès de moi.

Mais toutes ces dispositions malignes à mon égard ne s’étendirent point au-delà de ce petit nombre de personnes, ou furent cachées avec beaucoup de soin. Je fus reçu avec toutes les marques de la plus haute distinction dans tous les endroits où je fis quelque séjour ; et dans ceux où je ne fis que passer on vint à ma rencontra, on m’escorta avec pompe, on me harangua. Les ecclésiastiques mêmes se montrèrent les plus empressés, et jamais je n’entendis un mot équivoque sur ma religion. Ceux de Poitiers, qui ont la réputation d’être naturellement durs et insociables, me donnèrent une tout autre idée de leur caractère par leurs manières respectueuses et polies.

Je fus encore plus surpris de ceux de la Rochelle. Cette ville orgueilleuse, qui se vante ordinairement de n’avoir que le roi lui-même pour gouverneur, et sous lui ce maire important qui est toujours élu nécessairement sur les trois sujets qu’elle propose à sa majesté, pouvait faire valoir avec moi ces belles prérogatives, d’autant plus justement, qu’à la rigueur elle ne se trouvait point comprise dans mon gouvernement. Cependant elle me fit une réception telle qu’elle l’aurait pu faire à un gouverneur qu’elle se serait choisi elle-même ; j’y entrai avec une suite de douze cents chevaux. On ne craint guère avec une pareille escorte les attentats contre lesquels sa majesté m’avertissait de me précautionner. Les Rochellois ouvrirent leurs portes à tout ce cortége, sans distinction de personnes ni de religion ; ils le logèrent tout entier et presque tous en maison bourgeoise. Dans un repas public qu’ils donnèrent à mon occasion, et auquel je fus convié avec cérémonie, ils dirent, en buvant à la santé du roi, que, si sa majesté leur avait fait l’honneur de se présenter à leurs portes, eût-elle été suivie de trente mille hommes, ils les lui auraient ouvertes, et que, si elles ne s’étaient pas trouvées assez grandes, ils auraient abattu trois cents toises de leurs murailles. Je ne vis que des respects et je n’entendis que des éloges de ce prince. Ils m’assurèrent aussi avec les louanges les plus flatteuses que, quand j’aurais eu avec moi deux ou trois fois plus de monde que je n’en avais, ils n’auraient pas agi différemment.

Le repas dont je viens de parler fut de dix-sept tables, la moindre de seize couverts ; et le lendemain on me donna une collation tout aussi superbe que l’avait été le repas. On y joignit le spectacle d’un combat naval entre Coreilles et Chef-de-Baye, dans lequel vingt vaisseaux français attaquèrent pareil nombre de vaisseaux espagnols. Les Espagnols vaincus furent amenés pieds et mains liés devant un tableau du roi exposé publiquement, et ils me furent présentés comme à son lieutenant-général. Rien ne fut oublié de ce qui pouvait rendre ce divertissement parfait ; habits, armes, livrées, pavillons, panonceaux différens. Je payai cette bonne réception des Rochellois en leur accordant au nom du roi, dont je fis l’éloge publiquement, la délivrance de leurs prisonniers. Excepté eux et le sieur de Lussan, je punis sévèrement tous ceux qui avaient contrevenu aux traités du commerce. Sa majesté se contenta d’avoir obligé la ville de la Rochelle à lui demander cette grâce, qu’elle sut bien d’ailleurs lui faire acheter. J’appris à Poitiers des circonstances qui me firent trouver le comte d’Auvergne beaucoup plus coupable encore que je ne le croyais.

Le peu de temps que le roi avait laissé en ma disposition pour régler les affaires de la province me fit remettre à un autre temps à visiter le haut et le bas Poitou ; je ne pus obtenir de sa majesté que la permission d’aller à Saint-Jean-d’Angely et à Brouage, en lui représentant la nécessité de ce voyage, ne fût-ce que pour détromper le peuple de ce canton de l’opinion que le roi voulait s’emparer de leurs salines. Je partis de la Rochelle pour ces deux endroits, où je fus reçu de MM. de Rohan et de Saint-Luc mieux encore que je ne m’y étais attendu. Je fis tout mon possible pour ramener Rohan à son devoir. Je lui parlai de ses brigues en Angleterre, d’où je l’exhortai à rappeler Durand au plus tôt. Il témoigna à ce discours une extrême surprise, feinte ou véritable. Il se plaignit des impostures de ses ennemis. Il désavoua Durand, et, pour me persuader de sa sincérité, il convint de quelques faits, comme du cheval donné en présent au roi d’Angleterre, mais en assurant qu’il en avait obtenu une permission de sa majesté, dont il la ferait facilement souvenir.

De Saint-Jean, je repris le chemin de Paris par Thouars,


[1François Duplessîs de Richelieu, père du cardinal de Richelieu. François de Vignerod de Pont-Courlay.

[2Péréfixe ne doute point que Henri IV n’ait eu véritablement ce dessein, et il le loue fort, comme le véritable moyen de délivrer le peuple de la gabelle, qu’il assure que ce.prince songeait très-sérieusement à abolir, aussi-bien que la taille. Page 369.

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