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1501 - 1502 6 Philippe de Habsbourg et Jeanne d’Aragon voyagent à travers Belgique, France et Espagne - de Bayonne à Burgos

D 15 janvier 2012     H 23:59     A Pierre     C 0 messages A 647 LECTURES


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Jeanne d’Aragon et de Castille, dite Jeanne la Folle
1479-1555
Philippe de Habsbourg, dit Philippe le Beau
1478-1506

Un document exceptionnel ! Du 3 novembre 1501 au 7 mai 1502 (185 jours) l’archiduc Philippe de Habsbourg, dit Philippe le Beau, et sa femme Jeanne d’Aragon, dite Jeanne la Folle, voyagent de Bruxelles à Tolède pour recevoir l’hommage des Cortès. Ils traversent la Belgique, la France et l’Espagne. La relation de ce voyage fourmille de descriptions et de détails sur les villes et villages traversés, l’accueil par la population et les autorités locales.

Cette page raconte le voyage de Philippe le Beau et Jeanne la Folle de Bayonne (64) à Burgos (Espagne) via Fontarabie, Hernani, Toloza, Segura, Salvatierra, Vitoria, Miranda de Ebro, Grisalena, Briviesca et el Monasterio de Rodilla.

La traversée des montagnes de Biscaye n’est pas de tout repos pour les voyageurs. On découvre la corrida, qui étonne les flamands, et la réception à Burgos et tout à fait somptueuse !

Source : Die Handschriften der k. k. Hofbibliothek in Wien, - Joseph Chmel – Wien - 1841 - Google livres
Codex Ms. Nro. 3410, Reise des Erzherzogs Philipp nach Spanien 1501

Les titres donnant les lieux d’étapes ont été ajoutés par Histoire Passion.

Le voyage de Philippe de Habsbourg et Jeanne d’Aragon, de Bruxelles à Tolède
- Introduction, commentaires, bonnes pages
- de Bruxelles (Belgique) à Paris (France)
- de Paris à Tours (France 37)
- de Tours à Guitres (France 33)
- de Guitres à Bayonne (France 64)
- de Bayonne à Burgos (Espagne)
- de Burgos à Tolède (Espagne), fin du voyage.

Autres récits de voyage, sur Histoire Passion
Philippe de Habsbourg, appelé aussi Philippe 1er de Castille, surnommé Philippe le Beau (né le 22 juillet 1478 à Bruges et mort le 25 septembre 1506 à Burgos) fut par sa mère l’héritier de l’État bourguignon et par mariage (avec Jeanne d’Aragon dite Jeanne la Folle, la fille du roi Ferdinand II d’Aragon et de la reine Isabelle Ire de Castille) roi de Castille et de León. Philippe était également l’héritier des possessions des Habsbourg mais il n’en hérita jamais, ayant précédé son père dans la tombe.

Il est le fils de l’empereur du Saint-Empire romain germanique Maximilien Ier de Habsbourg et de la duchesse Marie de Bourgogne (morte à l’âge de 25 ans). Il est le fondateur de la longue dynastie des Habsbourg qui règnera notamment en Autriche et en Espagne.

Jeanne Ière, dite Jeanne la Folle (Juana la Loca), fut reine de Castille (1504–1555), et reine d’Aragon (1516–1555), unissant définitivement sous un même sceptre toutes les Espagnes à partir du 25 janvier 1516. Issue de la dynastie de Trastamare, Jeanne était le 3e enfant des Rois catholiques, Ferdinand II d’Aragon (1452-1516) et Isabelle Ière de Castille (1451-1504). Elle n’a en réalité jamais effectivement régné.

Source : Wikipedia

Pour en savoir plus
- sur Philippe de Habsbourg
- sur Jeanne de Castille, dite Jeanne la Folle

Fontarabie – Biscaye - Espagne

Item le mercredy XXVIe jour de Januier monseigneur et madame se partirent de baionne, apres que lon eust tresbien disne, et fut a faire matin et vinrent au giste en la ville de font a raby, que est forte ville, et y a vng fort chasteau, et est la premiere ville de castille ou despaigne, mais proprement cest la premiere ville de biscaye qui est fort bon pays pour montaignes belles de femmes et de bien nouueaux acoustremens de testes, a la maniere de biscaye qui est bien sauuaige a veoir pour gens qui ne lont jamais veu leurs acoustremens, sont gros cols de cors de cigongne ou de chynes ou dautres oyseaulx, et leurs corps alauenture, mais ce sont bonnes belles femmes de visaige, et bien sont les hommes legiers et honnestes Quant monseigneur fut party de la ville de bayonne, et madame aussi, incontinent quilz furent hors de la porte, il y auoit dessus les murailles de gros engiens qui tirerent moult fort, et estoient monseigneur et madame acompaigniez des commissaires du Roy de france qui conuoyerent monseigneur, mais quant monseigneur fut vne lieuvve hors de la ville, monseigneur leur dit quilz ne yroient poient plus auant, mais quant ilz veirent que monseigneur le vouloit, recommencherent de dire a monseigneur en lui priant quil leur voulsist pardonner quilz nauoient mieulx fait le commandement du Roy, et que deulx mesmes ilz nauoient mieulx fait, monseigneur leur fit grant honneur et les print par la main, en les remerchiant du Roy et de leur paine, et leur fist monseigneur presenter de beaux vus, mais ilz nen volrent rien prendre, et quant monseigneur vit cela il leur fist donner cheuaulx et joyaulx, ilz remercierent monseigneur fort amiablement, apres que monseigneur eust print le congie desdits seigneurs de france, monseigneur chemina jusque a vne grosse demy lieuvve pres de la ville de font a raby ou il vint au deuant de monseigneur et de madame vng anchien seigneur despaigne fort noble et grant maistre nomme le commandeur maior, cest a dire le grant commandeur et gouuerneur du pays de saint Jaques ou de galife, le quel est fort honneste homme et estoit fort bien et honnourablement acompaignie pour receuer monseigneur et madame, et estoit acompaignie de grant noblesse despaigne, premiers il y auoit le conte de moranne filz audit commandeur maior, le conte de puarente qui est vng petit plus veille et tant dautres que riens plus tous montez sur beaux geonetz et coursiers despaigne, et auoient pres tous grosses chaynes dor au col, a tout plusiers tours de chaynes a la maniere despaigne, lesdits geonetz estoient fort et bien gaurierement acoustrez de belles houpes de soye autour de la teste, il y auoit aussi beaucop de trompettes et de gros tamburins despaigne, comme groz chauderons a la maniere dallemaigne, et quant ce vint a laprocher chacun desdits seigneurs espaignars se mirent a pie et vint primiers le dit grant commandeur, faire la reuerence a monseigneur estant monseigneur sur son cheual et sa teste couuerte, et y auoit grant presse de gens, a cause que chacun le vouloit veoir (Fol. 27.) Et dist a monseigneur quil estoit le tresbien venu au pays du Roy et quil estoit bien desire du Roy et de la Royne. et baisa la main de monseigneur, monseigneur lui fist tresbon recuel, et puis sen ala faire autant et plus a madame et baisa sa main, aussi le receut madame fort aimablement, apres les dits deux contes et chacun dautres keualiers baiserent la main de monseigneur et de madame Et incontinent cela fait chacun se remist a cheual, et sonnerent les trompettes de tous costez, et les groz tamburins que a paine lon oyoit goute, incontinent chacun se mist en ordonnance pour cheminer chacun en la ville, et quant on vint aupres dicelle, tout lestat de monseigneur aloit en ordre, dont en furent assez esmerueilliez lesdits seigneurs despaigne et de lestat que monseigneur auoit, les trompettes de monseigneur sonnoient si bien que chacun en fut esmerueillie, et quant monseigneur et madame assez pres de la ville il y auoit vne grande eauvve a passer et estoit vng bras de mer comme deuant anuers, Et au millieu de leauvve estoit la departie du royaulme de france et du pays despaigne, Lon trouua au pies de leauvve plusiers bateaulx et barges a passer monseigneur madame et toute la compaigme et y auoit aucuns bateaulx qui furent fort acoustrez de tappisserie, de bons engiens et de bons rimeurs, Et incontinent que monseigneur et madame furent dedens leurs basteanx acompaigniez des nobles despaigne, lon commencha de chacun basteaulx a deschargier les engiens, et apres lon eust oy tirer de la ville et du chasteau tellement que a merueille, et des trompettes auec lesdits gros tamburins, quant monseigneur et madame furent descenduz a pie, les seigneurs de la ville estaient la pour les recheuoir, et firent la reuerence en presentant les clefz de la ville et du chasteau, comme au prince de castille, et que monseigneur estoit le tresbien venu, et baiserent la main de monseigneur et puis de madame, il y auoit bien a deux costez de III a IIIIm hommes biscayens, chacune vne jaueline au poing ou vne coustille a tout le boucler, et faisoient merueille de crier comme a la maniere de biscaye. Ainsi marcha monseigneur et madame pour entrer en la ville, et quant lon vint aupres de la porte, les gros engiens qui estoient sur la muraille commencherent a tirer tres fort et de si bons engiens que cestoit a merueilles. Les cloches sonnerent, les rues estoient tendues de tapiz et de linges et aussi de couuertures de lit assauoir audeuant des maisons, les seigneurs deglise estoient au portail de leglise a tout leurs processions vestuz en belles chappes, ou il y auoit vne moult belle croix, et autres reliquiaires, monseigneur entra dedens la dite eglise et lon chanta vne antiesne depuis loroison, apres cela fait en leglise, monseigneur et madame remonterent a cheual, et allerent dedens leur logis au chasteau qui est tresfort, et y auoit beaucop de torsses faictes a la maniere despaigne, grosses a la façon de chandeilles a quatre quares sans batons, et y auoit a deux costes torsses aupres de monseigneur et madame et des dames, car il fasoit brim primiers que monseigneur fut en son logis, ainsi fut lentree de monseigneur et de madame tousiours allante en ordre, les trompettes et tamburins sonnans , et les trompettes de monseigneur semblablement Lon deffroya monseigneur madame et aucuns grans seigneurs de par le Roy, assauoir de moutons de gelines de cabres de vin pain chire orge pour les cheuaulx, et daucunes pommes telles que en nostre pays, et fut par le commandement des Roy et Royne, car lon ne fait jamais vng commandement de par le Roy que la Royne ni soit nommee, pour ce quil est Roy de par la Royne [ Ferdinand le Catholique (1452-1516) par sa femme Isabelle de Castille (1451-1504) ], ainsi se passa ceste journee, Lon compte de bayonne a font a Raby cincq lieuvves.

Item le Jeudy XXIIIe jour de Januier seiournerent monseigneur et madame tout ce jour a font a Raby, et fut monseigneur acompaignie tout ce jour de ses nobles et des nobles despaigne, Et quant monseigneur eubt oy la messe les trompettes despaigne sonnerent le disner et aussi les grans tamburins, et leur fit monseigneur donner le vin de X ou XII philippe dor, et apres sonnerent les trompettes de monseigneur, et firent les espaignars bien esbahis de oyr si bonnes trompettes et fut a faire dedit le chasteau, monseigneur sasist tantost a table pour disner, et estoient illec presens les grans maistres despaigne et autres keualliers, et tenolt monseigneur sa grauite seul assiz au millieu de la table, et y auoit vng dorcret (destret ?) de drap dor sur sa teste, ilz furent bien esbahis que deuoit seruir tant de viandes et a tant de fois Et estoit monseigneur lamiral au boult dun bancq ou monseigneur estoit assiz, pour sauoir comment monseigneur seroit seruy, et aussi pour (Fol. 28.) tenir lieu de grauite de grant maistre dostel. Apres que les espaignars eurent assez regarde et veu la maniere, ilz se retirerent en sen allerent disner en la ville chacun en sa chaumiere pareillement ilz cuiderent aller veoir madame, comme ilz auoient fait a monseigneur mais ilz ne peurent entrer en la chambre de madame car elle se conduisoit a la maniere despaigne, apres le disner chacun reuint en court pour se deuiser et faire autre passetemps a monseigneur a veoir danser sur les espees, et estoient biscayens qui estoient fort legiers Ainsi se passa ceste journee, en deuisant en regardant danser et de regarder la mer, car dudit chasteau lon veoit bien auant en mer, et est la ville et le chasteau faicte sur vne montaigne, il sambloit a lescoipuent quil estoit au bon pays de Zeeland quant ainsi veoit la mer, lequel si souhaidoit pour estre aupres de sa bonne et noble maistresse.

Item le vendredy XXVIIIe jour de Januier monseigneor et madame sejournerent tout ce jour a font a Raby, et apres que monseigneur reuint de la messe lesdites trompettes espaignars estoient illec et de rechief jouerent auec les tamburins, mais ils neubrent point tant dargent que le jour precedent, si eurent ilz quelque chose pour aller faire bonne chiere. et en y auoit de deux sortes les trompettes du Roy despaigne qui estoient venu vers monseigneur a ghistres [ Guitres – Gironde – France ] la nuyt des Roix et depuis ne laisserent monseigneur, et si en y auoit appartenant au commandeur maior et aux deux contes, Apres chacun sen alla disner, et apres ce ilz reuinrent en court, Et pour faire passetemps a monseigneur ilz le menerent hors de la ville par la porte ou il estoit entre sur le sablon de la mer et la coururent les cheualiers sur leurs gennetz chacun une jaueline au poing et ainsi coururent lun apres lautre a la maniere de turquie, et apres ce ils prinrent leur escus en leurs mains comme targe et prinrent des cannes ce sont comme dars ou roaulles, et chassoient lun lautre en section lun apres lautre comme a la guerre, il les fait bon veoir, a cause du cry quilz cryent, et y auoit de tresbons cheuaulx, les trompettes sonnoient a lassault, et les grans tamburins Leurs escuz estoient tant garniz de houpes de soye, et les gennetz fort bien acoustrez autour de la teste de ces houppes, il y en eubt de ces keualliers qui churent cheual et homme, a cause quilz couroient aucunesfois lun contre lautre. Ilz sont sur leur gennetz assiz comme turcqs et sarasins, les jambes ne sont point estendues mais leurs piedz viennent aupres de leurs genoulx mais quant ilz se veullent haulcier, ilz sont tous comme hors de la selle, et auoient la teste lyee dune longnee seruiette, ou comme vng doublier a tout fringes qui sont bien ouurees, et si ont de longs paltoz de draps de couleur fort bien acoustrez de brodure dor clincquant pour se monstrer ou de perles que lon voit qui sont contre faictes, ainsi fut fait passetemps a monseigneur cedit jour, en la premiere ville de biscaye ou despaigne.

Hernani - Biscaye - Espagne

Item le samedy XXIXe jour de Januier, monseigneur et madame se partirent de font a Raby, vinrent au giste en une autre villette nommee amanye qui est es montaignes es pays de biscaye, Les seigneurs de la ville bien acompaigniez de plusiers gens vindrent audeuant de monseigneur enuiron vne lieuvve hors de la ville, montez sur beaux gennetz et y auoit bien mil biscayens tous compaignons habilles et pour estre prestz a la gendarmerie chacun vne jaueline au poing les autres coustilles le dart et bouqueler, les autres des culuerines mais non gaires, et a laborder lesdits seigneurs de la ville firent la reuerence a monseigneur et lui presenterent les clefz de la ville, aussi leurs corps et biens a faire seruice, comme au prince, et baiserent la main de monseigneur et de madame, monseigneur les merchia de leur bon vouloir et a tant marcha oultre. Et quant il vint aupres de la porte, et quil entra en la ville il y avoit des josnes filles et autres femmes fort belles qui dansoient et chantoient a la maniere de biscaye tant bien que a merueille, dont chascun y prenoit plaisir et faisoient de leurs mains le possible, aussi il y auoit compaignons qui dansoient sur coustilles au son du tamburin a la maniere de castille ou de biscaye, les rues estoient tendues de linges et de couuertois, les cloches sonnoient et entra monseigneur a tout ses nobles et gentilzhommes tous en ordonnance comme monseigneur auoit fait par tout le Royaulme de france, les trompettes sonnoient toutes a lentrer en la ville, et tant que monseigneur fut en son logis et madame pareillement, ainsi se passa ceste journee, Lon compte de font a Raby a arnanye III ½ lieuvves.

Toloza - Biscaye - Espagne

(Fol. 29.) Item le dimence XXXe jour de Januier monseigneur et madame se partirent de arnanye vinrent au giste en la villette de toulouzette qui est encoires es montaignes au pays de biscaye, les seigneurs de toulouzette firent a monseigneur et a madame tout ne plus ne moins que firent ceulx de arnanye, si non que les seigneurs de ceste ville firent venir la pourcessian de leglise au deuant de monseigneur et de madame jusques a la porte a tout la croix et reliques chacun seigneur deglise vne chappe vestue, et y auoit plusiers candeilles que torsses que enffans portoient, ainsi se passa ceste journee, Lon compte de arnanye a toulouzette III ½ lieuvves.

Segura - Biscaye - Espagne

Item le lundi XXXIe et dernier jour de Januier monseigneur et madame se partirent de toulouzette vinrent au giste en vne autre villette nommee segoura qui est encoires es montaignes au pays de biscaye , et firent les seigneurs de la ville tout ainsi que ceulx de toulouzette et les seigneurs deglise pareillement ilz sonnerent les cloches, et de faire le possible pour complaire a toute la compaignie, et sont fort belles gens tant hommes que femmes et bien aimables Lon compte de toulouzette a sigoura III ½ lieuvves.

Salvatierra - Biscaye - Espagne

Item le premier jour du mois de feurier qui fut le mardy monseigneur et madame se partirent de seguoura, gisrent en vne bonne villette nommee sanneterre en pays de biscaye oultre des montaignes Et quant lon se part de la ville de segoura pour venir a sanneterre il fault passer vne grosse et grande montagne et longue, nommee saint adrian qui est montaigne bien dangereuse a passer et nen y a point de plus hault a passer en espaigne, et quant on vient pres au dessus, lon y tienne vne porte que le Roy despaigne y a fait faire, et ne peult on passer icelle montaigne si non que par la porte, ou lon se met en tresgrant pene de sa vie a cause du dangereux chemin, Et dedens la porte vous y trouuez vne maison et deux chapelles lune est petite et est de nostre dame, et lautre est plus haulte et y fault monter a degrez et est de saint adrian En la dite porte lon y vent pain et vin a cause des pelerins de saint Jaques et dautres lieux, et y loge on bien que veult cest vng lieu fort rematique il y fait froit et moiote et fort frecq a cause des eauvves que y degoutent des pierres de la dite montaigne, Et quant vous estes passe la dite porte il fault de rechief monter la montaigne, et fault passer la neige, tellement que les cheuaulx marchoient dedens la neige presque a la cleingle, et fut on bien a passer pres de cincq heures premiers que le tout fut passe, tellement quil y eubt assez des cheuaulx de monseigneur et de madame refroidiez et morfondus a cause que si longuement lon mist a passer, car il faisoit fort froit, et si ny auoit autre chemin, si non cestuy la et falut que lon alast lun apres lautre, car il y auoit tant de muletz chergie de baghes que cestoit chose merueilleuse a veoir, car les chariotz ny pouoient passer, Toutesfois monseigneur de boussu gaiga a monseigneur quil y feroit bien passer vne charrette quil auoit ce quil fist, mais de cent lune ne passeroit point et en tant maint lieu il le fallut porter ou elle fut chutte de hault en bas et les cheuaulx auecques, non obstant il gaigna sa gaigure, dont chacun en fut bien esmerueillie de lauoir ose entreprendre Or estoit il la nuyt de nostre dame et ny auoit gaires de gens qui ne fusent a desmener et chacun auoit grant fain, quant monseigneur aprocha la ville, les seigneurs vindrent au deuant de monseigneur presenter les clefz, et eulx offrir corps et biens, dont monseigneur les remercia, et y auoit vne grande quantite de biscayens, tout ainsi habilliez comme gens de guerre, les cloches sonnerent, les seigneurs de leglise vinrent au deuant de monseigneur et de madame, hors de la porte, quant monseigneur et madame arriuerent a la porte chacun vouloit baisier la main de monseigneur ce quilz firent, et tant que monseigneur et madame eubrent la main toute rouge, monseigneur estoit acompaignie desdits seigneurs despaigne, assauoir le commandeur maiour, et alloit monseigneur au millieu du commandeur et de leuesque de corduvvaen ambassadeur et alloit le dit euesque au dessus, madame aloit entre deux des dits deux contes assauoir de miranne et de bonnauente et apres les dames estoient entretenues des autres keualliers despaigne, chacun tenoit ordre des gens de monseigneur en entrant en la ville les trompettes sonnoient et les grans tamburins, les rues estoient tendues de couuertures et de linges, ainsy fut mene monseigneur et madame en leurs logis, et chacun se retira (Fol. 30.) pour estre en son logis, et pour aller mengier car chacun auoit fain Ainsi fut lentree de monseigneur et se passa la journee, lon compte de segoura a sanneterre VIII lieuvves

Item le merquedy IIe jour de Feurier jour de nostre dame, monseigneur et madame seiournerent tout ce jour a sanneterre, Et furent monseigneur et mynvrauvve ouyr la messe en leglise, et fut fait le seruice par monseigneur de cambray et par les chantres de monseigneur que fut bon a oyr et auec estoient les orgues de monseigneur, dont les grans seigneurs despaignes furent bien esbahis doyr si bien chanter et jouer des orgues, monseigneur fit acoustrer et preparer lautel fort richement, et estoient monseigneur et madame acoustrez dabillemens fort riches, monseigneur fut mene et ramene de leglise par ses nobles et gentilzhommes et tout par ordre, quant monseigneur fut prest a son logis tous a cheual les grans seigneurs despaigne estoient assez gauriers de chaignes et de belles baghes, et tous vestus de drap borde de velours ou de satin ou de drap dor, vng doit de large et non plus, car ilz ny peuent vestir ni porter robes de velours ni de soye ni drap dor, car le Roy la deffendu mesmes il nen porte point comme lon dit ; incontinent que monseigneur fut deuant son logis les trompettes commencherent a sonner le disner. Et y auoit tant de gens a regarder monseigneur et madame et doyr sonner les trompettes que a paine lon pouoit passer par la rue, aucuns seigneurs despaigne grans maistres portent bien IIIIxx ou cent tours de chayne autour du col vela la gauore quilz font, et des barettes de velours ou il y a atachie de bonnes baghes et joyaulx, aussi ils font fort la gauore a tout leurs gennetz, lesquels sont fort acoustrez de belles sellez poitras et la testiere du dit cheual de beaucop de belles houppes de soye de toutes couleurs et ouurees a tout fil dor cest le possible a veoir, et si ont de gaurriers estriez et pareillement les esperons a la maniere despaigne. Apres le disner monseigneur et madame furent a vespres, apres retourna en son logis et faisoit fort froit, ainsi se passa ceste journee, et les trompettes despaigne auec les grans tamburins firent leur possible de sonner tant au disner que au souper, mais il faisoit bon ovr celles de monseigneur enuers celles despaigne.

Item le Jeudy IIIe jour de feurier, monseigneur et madame seiournerent tout ce jour a sanneterre et fut madame vng petit mal disposee a cause du traueil de passer la dite montaigne de saint Adrian mais fut tantost garrie, Et aussi lon laissa reposer les cheuaulx qui estoient fort traueilliez, et fit ce jour froit, ainssi se passa ceste journee a deuiser plusiers deuises et de la charrette de monseigneur de boussu, dont en furent bien esbahis lesdits espaignars car jamais nen passa nulle telle pour gaigner lon fait beaucop.

Vitoria - Biscaye - Espagne

Item le vendredy IIIIe jour de feurier, monseigneur et madame se partirent de sanneterre vinrent au giste en la bonne ville de victorien pays de biscaye, et est la plus grande que soit en ce pays, et la meilleure quant monseigneur vint a vne lieuvve pres de la ville, il y auoit vne belle et gente montaigne, ou il y auoit plusiers compaignons de guerre biscayens qui se bouterent en ordonnance et falloit que monseigneur y passast, et y auoit bien de VII a VIII mil hommes, et y auoit plusiers capitaines qui auoient belles chaynes dor au col, et auoient chacun compaignon en la main vne javeline vne coustille le dart et le boucqueler, Et y auoit beaucop de culurinners [couleuvrines] qui tirerent a la venue de monseigneur et de madame Et passa monseigneur au millieu de larmee, les capitaines firent la reuerence a monseigneur et a madame, et baiserent la main de monseigneur et de madame, et tous les compaignons firent la reuerence, en gettant vng cry, vint le prince de castille et faisoit beau avoir tant de gens, il fit ce jour beau soleil Apres que monseigneur eubt tout veu il commencha a tirer oultre pour aller en la ville, mais vint audeuant de monseigneur les seigneurs de la ville tous montez sur beaux gennetz , et fort bien acompaigniez de gens de bien, et firent la reuerence a monseigneur tous a pied presenterent les clefz de la ville leurs corps et biens et baiserent la main de monseigneur et de madame, et les remercia monseigneur bien amiablement, et tousiours marchoit la dite armee apres les dits seigneurs de la ville, remonterent a cheual, et marcha monseigneur auant, et ainsi que monseigneur marchoit y vint audeuant de monseigneur leuesque de victori bien acompaignie de gens de bien et deglise bien lettrez et dautres gens fort bien acoustrez de bon draps et bonnes robes. Et quant ledit (Fol. 31.) euesque et sa compaignie vinrent aupres de monseigneur, ilz se misrent a pied, et vint leuesque faire la reuerence a monseigneur en lui baisant sa main, et plusiers autres apres ledit euesque, et puis en alla faire autant a madame. Il fut fort bien recueillie de mondit seigneur et de madame et fut remerchie du bon vouloir quil monstroit. Apres monseigneur marcha auant et alloit monseigneur entre deux euesques, assauoir leuesque de corduvvaen ambassadeur au dessus, et de leuesque de victori, il y auoit tant de monde par les chemins que a grant paine pouoit lon passer, Incontinent que monseigneur aprocha la porte lon tiroit fort de dessus la dite porte de gros engiens de joye et de la venue de monseigneur, ainsi que monseigneur aprocha la dite porte leuesque de victori sen ala deuant en la ville, et aupres de monseigneur en son lieu les commandeur maior, et fut lentree moult longue. Quant monseigneur fut entre dedens la dite porte estoit la porte des fourbourgs Et puis incontinent monseigneur et madame entrerent de dite la ville chacun des gens de monseigneur tenant son ordre fort honnestement Les archiers tous deuant et aloit le capitaine tout deuant apres marchoit lescuirye a tout les paiges de monseigneur jusques a XXIII paiges le palfrenier derriere, mes les messagiers deuant les paiges, apres les gentilzhommes, apres les trompettes despaigne, et les tamburins, apres les trompettes de monseigneur, apres les heraulx apres les deux maches de monseigneur et thoison dor au millieu. Apres lescuier de monseigneur qui portoit lespee, monseigneur apres entre leuesque ambassadeur et le commandeur maior, apres les seigneurs de la thoison monseigneur de besancon monseigneur de cambray, les contes et autres grans maistres, apres madame entre deux contes assauoir miranne et bonneuente, et apres les dames qui estoient toutes entretenues de grans maistres despaigne, et de nostre quartier, Les rues estoient tendues de tapisseries et de linges les cloches sonnoient et bateloient pour la venue de monseigneur et de madame, et fut monseigneur mene par le plus long chemin affin quil veist la ville, Et quant monseigneur vint aupres de leglise, il trouua illec leuesque tout habilite comme vng euesque, a tout la pourcession de son eglise, a tout les crois et confanons, et de beaux reliquiaires les seigneurs deglise a tout leurs beaux souplis et belles chappes vestues Et y auoit quatre vicaires qui portoient deuant ledit euesque quatre grans bastons dargent au boult des dits bastons comme grosses maches, il y auoit deux si beaux enchensons que riens plus beau veoir, qui encenssoient tousiours atout bonne senteur. Quant monseigneur vint aupres de la pourcession, monseigneur descendit de son cheual et toute la compaignie, Et baisa monseigneur et madame la croix que leuesque tenoit, et estoit la vraye croix lon se tira en leglise et chanta lon Te Deum, apres cela fine lon chanta vne antiesne en discant et puis loroison qui fut dite par leuesque, et donne la benediction, et respondu par les chantres en contrepoint Apres cela fine les orgues commencherent a sonner, et incontinent monseigneur et madame se leuerent de leurs sieges qui estoient fait et preparez pour eulx fort richement pour ce que desia il faisoit assez brun, il y auoit tant de chandeilles en maniere de torsses que cestoit plaisir a veoir tant de chandeilles, Et y auoit si grant presse des gens que lon ne pouoit passer les rues et aussi a cause des cheuaulx Et fut pres de huit heures au soir, premiers que monseigneur et madame furent arriuez en leurs logis, apres que tout fut acheue en leglise monseigneur et madame remonterent en leur cheuaulx, Et lon mena monseigneur en son logis et y auoit encoires bien longs et chacun se remist en son ordre, Les trompettes sonnoient tant celles despaigne que celles de monseigneur, et les gros tamburins pareillement. Ainsi se fist lentree de monseigneur en la dite ville de victori, et quant monseigneur fut en son logis chacun se retira au sien, lon compte de sanneterre a victori III ½ lleuvves.

Item le samedy Ve jour de feurier monseigneur et madame seiournerent ce jour a victori, et illecq reposerent, mais monseigneur fut au champs pour veoir voller ses oyseaulx et estoit monseigneur acompaignie des seigneurs despaigne, cestoit vng beau plaisant pays autour de victori, et tant de villaiges que riens plus Ainsi se passa ceste journee.

(Fol. 32.) Item le dimence VIe jour de feurier, monseigneur et madame seiournerent tout ce jour a victori, et pour ce jour ilz oyrent messe a leurs logis chantee par les chantres de monseigneur Et apres le disner pour faire passe temps a monseigneur et a madame, lesdits cheualliers de spaigne et gentilzhommes coururent a vne grande place deuant la court VI tors, lesquelz tors furent pourement martirisiez et tuez, mes aussi il se deffendoient bien de courir apres les gens, Et esta mon aduis jus [coutume] de turcqs et de sarasins, apres ce que lesdits quatre tors furent tuez de bons cops de jauelines et de coustilles, lesdits keualliers et gentilzhommes firent autre passe temps, car ilz coururent lun apres lautre chacun deulx ayant vne jaueline au poing, et quant vne partie auoit couru jusques au boult de la Roye, les autres sen fuyoient, et les autres apres, et crioyent si fort que merueille comme font les turcs ou sarasins apres ces deduis ilz prinrent des chaynes qui sont en nostre langue Wauwes comme dars a la maniere de turquie, et gettoient lun apres lautre, et auoient de grans escus a maniere de targes pour eulx couurir, et receuoir les cops, lesquelles targes estoient fort belles et bien garnies de houppes de soye, apres cela fait, et quil en y eubt daucuns tumbes de leurs cheuaulx, et cheuaulx auecques, ilz reprinrent leurs jauelines et allerent courir les deux tors qui estoient encoire en uie, Et firent tant apres que longuement euvrent couru lun apres lautre, quilz furent mis a mort, ainsi fut le passetemps de monseigneur pour ce jour, apres le souper vinrent en court pour deuiser, Et apres les deuises chacun se retira, et sen alla en chemin a son logis, ainsi se passa ceste journee bien joyeusement.

Miranda de Ebro - Biscaye - Espagne

Item le lundi VIIe jour de feurier monseigneur et madame se partirent de victory vinrent au giste en vne petite ville, nomme miranne que appartient au conte de miranne, et y a vng beau chasteau fort hault car il es sur vne montaigne bien haulte, et vinrent les seigneurs de la ville audeuant de monseigneur faire la reuerence et fut logie monseigneur audit chasteau, les cloches sonnoient, et vinrent audeuant les gens deglise atout les croix et torsses, et fut tart quant monseigneur entra en la ville, a lentree de monseigneur pour venir en son logis, ceulx du chasteau tirerent de beaux gros engiens pour sa venue, quant monseigneur fut venu en son logis le conte fist apporter espisses et le vin, et fit le mieux quil peult pour receuoir monseigneur et madame, le souper fut prest et alerent soupper et chacun se retira pour aller en son logis pour la nuyt, ainsi se passa ceste journee, Lon compte de victory a miranne cincq lieuvves.

Item le mardy VIIIe jour de feurier monseigneur et madame seiournerent ce iour a miranne pour lamour du jour des caresmeaulz, et ce jour se passa en faisant bonne chiere. les vngs bien et les autres mal et croy que la plus saine partie se souhaida au pays ceste journee pour faire meilleure chiere aupres de ses amis, et primo michy, pour estre aupres de sa maistresse, ainsi se passa ceste journee le mieulx que on peult, car quant lon eubt souppe lon ne sauoit ou couchier, mais il fallut auoir pacience en attendant le jour des cendres.

Grisalena - Biscaye - Espagne

Item le mercredy IXe Jour de feurier monseigneur et madame se partirent de miranne vinrent au giste en vne petite ville nomme grisalinne et vinrent les seigneurs de la ville au deuant de monseigneur, et plusiers biscayens car cestoit encoire pays de biscaye. ilz offrirent a monseigneur les clefz corps et biens a lui faire seruice, comme a prince de castille, et firent passetemps a monseigneur de danser sur les coustilles, et les josnes filles pareillement, et estoient bien fort estraignement acoustrees de la teste. Et pour ce que le train de monseigneur estoit fort grant et que les villes estoient petites et quil y auoit petit logis, ancuns sen allerent deuant, si comme le conte palatin de nassou monseigneur de cambray et les chantres, et partout ou monseigneur aloit les trompettes faisoient leur deuoir de sonner et aussi les gros tambourins, ainsi se passa la journee, Lon compte de miranne a grisalinne VI lieuvves.

Briviesca - Biscaye - Espagne

Item le Jeudy Xe Jour de feurier monseigneur et madame se partirent de grisalinne vinrent au giste a beruisque aussi petite villette pays de biscaye Et vinrent ceulx de la ville audeuant de monseigneur et faisoient le mieulx quilz pouoient, de sonner leurs cloches de venir a pourcession a la porte les filles de danser et les compaignions aussi sur (Fol. 33.) leurs coustilles, et des rues tendues, ainsi se passa ceste journee, Lon compte de griselaine a berusque I lieuvve

Monasterio de Rodilla - Castille - Espagne

Item le vendredy XIe jour de feurier monseigneur et madame se partirent de beruisque vinrent au giste en vng cloistre nomme Rodille et toute la compaignie es villaiges la aupres, La fault le pays de biscaye, et commenche le pays de castille franchise et pre de burghes Ainsi se passa ceste journee, Lon compte de beruisque au cloistre de Rodille, III lieuvves.

Burgos - Castille - Espagne

Item le samedy XIe jour de feurier monseigneur et madame se partirent dudit cloistre de Rodille disnerent en vng autre cloistre de saint estienne dardre au pies de burghes, ou il vint vng grant triumphe de noblesse alencontre de lui, et est burghes la meilleure ville, et la plus grande que soit en espaigne pour auoir renom, premierement il vint audeuant de monseigneur et de madame, a vne grosse demy lieuvve hors de la ville, le connestable despaigne, fort noblement acompaignie de grant noblesse, il y auoit son frere, don ynigo de Valesto, le duc dalebrouckerke, le conte de cyronnelle, le conte de nyeve, le conte de valence, le conte de salins, le conte de castre le visconte de bauderue, le marisal Danpoudien et le grant seigneur de Leutal, et de beaucop dautres nobles keualliers et gentilshommes bien montez sus beaux gennetz bien acoustrez, Ledit connestable auoit ses trompettes, le duc dallenbourkerque et autres plusiers comptes aussi, et quant ce vint alaborder aupres de monseigneur et de madame, lesdits seigneurs se misrent a pied tant le connestable comme les autres, et firent la reuerence a monseigneur, et baiserent la main et celle de madame, et dirent quil estoit le tresbien venu quil estoit fort desire du Roy et de la Royne, apres ce que monseigneur les eubt receupt ils monterent a cheual, et puis toutes les trompettes ensemble et groz tambourins qui sonnerent tous que certes lon oyoit a paine parler Et si auoit aussi grant presse de cheuaulx que a merueille, et de gens qui estoient venu de la ville de burghes, et alaborder les nobles et gens de monseigneur estoient tous mis en ordonnance, et chacun par ordre il faisoit beau veoir les gens de monseigneur enuers les autres, monseigneur estoit acompaignie de leuesque de corduvvaen le grant commandeur, le conte de miranne, le conte de bruauente et autres nobles keualliers, et faisoit beau voir monseigneur tenir sa grauite, et que si joyeusement il receulla lesdits grans maistres despaigne, Et du coste de madame pareillement, les receupt si amiablement que riens plus, Quant le receul fut fait tant de monseigneur de madame et des seigneurs lun a lautre lon commancha a se mettre en ordre pour cheminer vers la ville, Et aloit au pies de monseigneur dun coste au dessus le connestable et la duc dallebourkerque de lautre coste aloit leuesque de corduvvaen ambassadeur, et le grant commandeur Ainsi fut monseigneur au millieu, les autres contes et grans maistres furent entre monseigneur et madame, Et apres venoit madame qui estoit acompaignie de plusiers autres contes, et les dames estoient entretenues de grans maistres despaigne, ainsi que monseigneur marchat auant, vinrent les seigneurs de la ville audeuant de monseigneur et de madame, acompaigniez de leuesque de burghes bien acompaignie de gens de bien, et a lapprochier il et tous ses gens se mirent a pied, et aussi les seigneurs de la ville, lesquelz presenterent les clefz de la ville, corps et biens a faire seruice a monseigneur, et quil estoit le tresbien venu et aussi lui fut presente la clef du chasteau, qui est bien fort, et hault sur vne montaigne, dont monseigneur remercia chacun, et ne print point les clefz mais leur dit que bien les gardassent comme ilz auoient fait, et ilz firent le cas pareil a madame et lors on marcha et vint lon pres de la ville, et fut mene monseigneur au dehors de la ville en vng cloistre de dames nonnains la ou il y a vne abesse, et furent monseigneur et madame dedens leglise, et a lentree la pourcession attendait monseigneur et fut receupt et chanterent les seigneurs deglise Te deum laudamus, monseigneur et madame se misrent chacun sur vng siege qui y estoient preparez lon chanta vne antiesne et puis lorison, et lors se leuerent monseigneur et madame et allerent deuers les dames que estoient dedens leglise enfermees, et fit labesse la reuerence a monseigneur et a madame auec toutes ses dames, et leur pria quil voulsissent auoir pour recommander lesdits cloistres et eglise comme prince de castille monseigneur leur respondit que la ou il leur pourroit faire plaisir il le feroit tres voulentiers, et au prendre le congie monseigneur (Fol. 34.) leur dit la bonne nuyt en ostant son bonnet de son chief, apres que monseigneur fut remonte a cheual et madame, ilz furent menez encoire plus auant, et fut monstre a monseigneur lospital du Roy qui est bel et bon, Et ny a nuls pelerins alans a saint Jaques quilz naient a boire et a menger et a logier, mais monseigneur nentra point dedens, et vint pour entrer en la ville, et estoit desia tart et faisoit brun, et vindrent audeuant de monseigneur plusiers torses afin quil fust veu, aussi que monseigneur aperceust la porte cestoit merueillcs de oyr tirer les gros engiens hors de chasteau Et de la ville les cloches sonnoient de tous costez et bateloient de joye de la venue de mondit seigneur, il y auoit tant de gens par les chemins que a paine pouoit lon passer pour la presse, Et droit a lentree de la porte estoient XVIII keualliers a tout grosses kayncs au col, et vestuz tous de rouge drap et vne barette de velours cramoisy, lesquelz estoient seigneurs de la loy, et dautres nobles de la ville, qui auoient vng ciel de drap dor a tout belles fringes de mesmes, les bastons tous couuerts dargent ou de feulle de bateur que sembloit estre tout dargent mais les quatre bouts estoient de feulle de batour doree que resembloit or et incontinent que monseigneur fut entre en la ville lesdits keualliers lui firent honneur, et mirent le ciel au millieu de la rue afin que monseigneur et madame alassent dessoubz ce quilz firent, les nobles de monseigneur se mirent tous en bon train et ordonnance pour faire lentree que fut fort belle et longue, le capitaine et les archiers apres ceulx de la ville, les messagers de lescuirie le palfrenier, les XXIIII paiges a tout leur robes de velours cramoisy vng blanc chapeau et chacun vng baston de deffence les heraulx, et puis les trompettes de monseigneur et dautres seigneurs qui firent le possible apres le grant escuier de monseigneur qui portoit vne espee que le Roy et la Royne auoyent enuoye a burghcs pour porter deuant monseigneur et est lespee du prince de castille, la gayne fort, belle, mais celle de monseigneur encoire plus, apres aloient monseigneur et madame dessoubz le ciel de drap dor, les nobles et dames apres et puis qui vouloit il y auoit grant plente de torsses, et sans les torsses les rues estoient tendues de tapisseries fort riches et de fort beaux tapis, et a chacune maison il auoit chandeilles Et au millieu des rues il y auoit de douze maisons a XII maisons il y auoit de lanternes de papier esquelles tournoient dedens comme danses bestaulx et autres choses pendues a trauers des rues lesquelles sont fort estroites. Quant monseigneur aprocha la grant eglise lon le mena dedens, et trouua au portail leuesque de burghes bien miste vestu dune riche chappe et sa croche en la main, et aussi tout son collegie vestuz de chapes, et apres leuesque print vne relique et lui donna a baisire a monseigneur et a madame, et lors lon commencha a marchier, et a chanter te deum laudamus Et entrerent monseigneur madame et les nobles dedens le cour qui estoit fort bien acoustre de tapisseries, et dornemens de... aussi estoit leglise entierement, et tant de torsses que merueilles y auoit, Lon getta denhault de leglise des nyeules, ainsi fit on au ceur cestoit plaisir de veoir le peuple apres ces nyeules, lon chanta vng beau motet en discant. Et puis ledit euesque dit lorison, et les chantres respondoient tout en contrepoint et estoient lesdits chantres es voyes du ceur assez hault et la chantoient, apres ledit euesque fit la benediction , apres ce monseigneur et madame se leuerent et regarderent quil faisoit si beau partout Et quant monseigneur fut hors de leglise il y auoit si grant presse que merueille pour les veoir, chacun se mist en ordonnance comme deuant les trompettes a sonner, et y auoit sur vng pont six dereschoirs chargies de vasselle d’argent, et regarda monseigneur lesdits dreschoirs qui estoient si riches, cest la place ou les changeurs se tiennent, aussi pareillement le clochier de ladite eglise sembloit estre tout en feu tant de fallotz y auoit il hault et bas dont en faisoit plus cler sur les rues, ainsi furent menez monseigneur et madame en leurs logis qui estoient encoire long de leglise, et estoit la maison du connestable qui est vng beau lieu, et tant richement acoustre de bonne et belles tappisseries que cestoit plaisir, et y auoit de chambres et chambrettes que jamais lon en veist tant, et de si bien acoustrees de tapisseries et (Fol. 35.) de tout ce quil y failloit, les planchiers estoient couuers de beaux tapis velus, que beau faisoit veoir, et ce sembloit de chacune chambrette vng petit paradis. La chambre de monseigneur et de madame toute tendue de drap dor, tant riche que riens plus, lit et chayeres acoustrees tout de mesmes les plangers tendus de tapis velus, Et en la chambre de monseigneur et de madame y auoit a chacun deux beaux torssiers dargent, fort grans et bien ouurez, ilz auoient plus de trois quartiers de hault, et estoient bien large au pied, et le tout ouure au marteau, comme sont aucunes tasses a la maniere despaigne il les faisoit beau veoir , Et chacun torssier auoit vne torsse toute de chire, faiz comme flambeaux, mais sont plus grans deux foix lun tortine et lautre non, et semble chire jeltee en molt tant est honneste et bien faicte, quant monseigneur fut entre en son logis il monta en sa chambre, et passa par vne belle grande salle tres bien tendue a deux costez et la dessus tant bien que ce sembloit vng ciel, et fut la chose tant bien tendue que ce sembloit pointure, et cela fut plus regarde que nulles autres tapisseries, car au monde ne pouoit estre mieux tendu ne plus richement, et estoit tapisserie de verdure et le faisoit beau veoir, et furent sarasins , qui lauoit ainsi bien tendu, ilz font merueille de bien tendre tapisseries, et de bien ouurer es maisons de mortier et de platre, il semble estre ouuraige gette en molt , ilz font vignes et tous autres ouuraiges et belles deuantures de maisons, Et quant lon regarde ce semble estre blanche pierre taillie, tant est bien fait Et pour vous aduertir il y a beaucop de sarasins en burghes et autres lieux, et ont vne rue ou ilz demeurent, ou est leur eglise a leur mode, cest ainsi comme vne salle mais il y a vne grande place enclose de passetz et toute natee, et au millieu de la place y a deux grans traux ou portes, lun est quant le prestre de leur loy veult faire son oroison et y entre a pied nud, et sont tous les sarasins aussi a pied nud et sans coroye, et lautre porte est vng lieu pour mettre vne chaiere, a III ou a IIII degrez pour preschier leur mahommerie, les femmes nentrent jamais en ceste place si non les hommes, et portent ces sarasins vne petite piece de drap jaune sur leurs robes et par ce les recoignoit lon, et les femmes pareillement, il y a de tresbeaux homs et de tresbelles femmes dont est pitie quilz seront perduz, se dieu na pitie deulx mais le Roy a fait commander quil fault quilz vviddent son pays endedens le mois dauril que vient, ou quilz se facent chrestiens ou autrement le Roy les fera pugnir et prendra leurs biens, et depuis cela il en y a eubt que se sont fait chrestiens dieu doint que tous les autres puissent estre bons, mais je doubte que non, dieu les veulle conuertir, car ilz sont fort abusez en leur folie. En ladite salle estaient aussi penduz quatre beaux chandeiliiers atachie audit nel de tapisserie, ou il y auoit sur chacun chandellier huit grosses torsses comme flambeaux a quatre quareaux, mais proprement ce sont torsses , ilz sont loing dune aulne et demye. Et en ladite salle il y auoit vng lieu tout hault comme vne gallerie, ou il y auoit orgues que jouoient quant monseigneur entroit en la salle pour aller en sa chambre, quant monseigneur fut en sa chambre il se mist en point dautres habillemens, et quant il fut prest il sen ala en vne chambre aupres de la sienne ou estoient les keualiers despaigne qui se deuisoient, aupres de la porte de la salle estoient tout autour de la maison galleries sur galleries sur gros piliers de pierre, et sur la premiere gallerie aupres de la dite porte, y auoit vng dreschoir bien de huit aulnes de long et sept passetz de hault, lequel estoit chargie de vasselle presque toute doree sans vasselle de cuisine, mais il en y auoit aucune doree et y auoit beaucop de belle vasselle comme pots couppes dragions bachins et autres choses et estoit vng dreschoir fort riche et fort beau a veoir, et y auoit plusiers torsses en gros flambeaux dargent pour mieulx veoir la vasselle, en ladite sale y auoit fait vng tresbeau marchepied, et y failloit monter a quatre degrez, et dessus le dit marchepied, y auoit deux chayeres couuertes de drap dor et chacun vng coussin de mesme et le beau dosseret aussi a tout belles fringes, et estoit le ciel du dosseret aussi long que le marchepied, et estoit (Fol. 36 ) tout le marchepiedt et les degrez tenduz et couuers de beaux tapis, tellement que cestoit riche chose a veoir, apres que monseigneur fut en la chambre aupres de la sienne, le connestable vint lui mesmes a tout les espises, et auoit vne moult belle seruiette mise sur ses espaulles a teste nue, et vint a monseigneur presenter les dits espices il y auoit bien XXIIII ou XXX platz et tous couuers de seruiettes fort belles, que genlilzhommes portoient tous a teste nue, et pouen penser que cestoient plusiers sortes de drogeries et cucades, Ledit connestable prenoit lassay de chacun plat ou monseigneur vouloit prendre, apres vindrent autres keualiers tous a teste nue apporterent grosses couppes plaines de vin pour presenter a chacun a boire apres que monseigneur fut seruy, Et quant lon apporta la couppe de monseigneur, le connestable estoit present et volu faire lassay mais monseigneur ne le volt souffrir, mais toutesfois il le fit, apres qne monseigneur fut seruy, le connestable lui fit la reuerence, et sen alla faire autant a madame quil auoit fait a monseigneur et porta lon aux dames vin a grand plente, et aussi en fut apporte en la sale pour chacun qui en vouloit prendre, apres cela fait monseigneur sen alla soupper. et apres soupper lon deuisa vng petit, et puis chacun se retira pour sen aler reposer Ledit connestable diffroioit de pain vin et poisson Ainsi fut lentree de monseigneur et de madame en la bonne ville de burghes, et se passa ceste journee, Lon compte du cloistre de Rodille a burghes IIII lieuvves.

Item le dimence XIIIe jour de feurier monseigneur et madame seiournerent tout ce jour a burghes, et fut monseigneur et madame oyr la messe en la grant eglise, Et fut monseigneur acompaignie de la noblesse despaigne comme le jour deuant sont nommez, et les nobles de monseigneur et gentilzhommes estoient fort gaurrers dabillemens et de grosses chaynes dor au col, dont lesdits espaignars furent bien esbahis de veoir gens si bien acoustrez, Et au retour de leglise estoient deuant la court les trompettes de monseigneur qui firent leur deuoir de sonner et faire triumphe Et y auoit tant de gens pour veoir monseigneur et madame et toute la compaignie que a paine pouoit lon passer de nulz costez, et quant monseigneur fut en son logis, et quil montoit a mont il y auoit les trompettes du Roy et dautres seigneurs auec les gros tamburins qui faisoient le possible de tamburer et sonner tellement que lon ny oioyt goute, apres le disner pour faire passetemps a monseigneur et a madame les keualiers et gentilzhommes despaigne, firent courre sis tors lun apres lautre, et les chassoient a tout gros bastons qui auoient au boult quelque clou ou pointe pour les poindre, et y auoit tant de gens qui gettoient ces bastons que le tor courroit aucune fois appres eulx, et puis les autres de lautre coste, ainsi ne se sauoit garder ledit tor quil ne fust martirisie. Et quant il estoit courru assez et quil ne vouloit plus courre lon prenoit jauelines que les keualiers auoient et les perchoient pour tuer, ou autrement les coppoient les guerretz de coustilles silz pouoient, ainsi furent martirisiez lesdits tors, apres cela fait vinrent en ladite place, XL ou L cheualiers tous a cheual sur gennetz fort bien acoustrez de leur houpes de soye et eulx tous habilliez a la maniere turquoise, et en entrant courroient et donnoient vng cry comme font les turcs chacun vne jaueline au poing, a tout la teste lyee, mais entre les keualiers en y auoit bien la moictie ou plus qui estoient sarasins aucunes foiz chrestiens les autres non, par quoy sauoient bien la mode de courre et de crier. Apres quilz eurent assez courru de jauelines, ilz se partirent en deux et prinrent des quatraines (quadnes ?) a maniere de traules (waules ?), et en courrant gettoient lun apres lautre, tellement quil en y eubt qui churent lun apres lautre, et auoientdes escus de cuyr boully fort richement acoustrez de houpes et de couleurs, sur lesquels ilz roceuoient les dits waules, apres ce ilz firent courre deux autres tors (Fol. 37.) lesquelz furent mis a mort par lesdits keualiers, et alla fois les tors courroient bien contre leur cheuaulx et leur donnoient de cops de cornes, et en y auoit qui gettoient de petiz dars si longs que a merueilles, et tandis quilz gettoient ainsi ces waules lun apres lautre il y auoit trompettes qui sonnoient et gros tamburins aussi pour leur donner coraige, et si auoit sur vne tour a lostel du connestable des engiens a pouldre qui furent tirez tandis que la coursse se faisoit, Et quant lesdits keualiers cheoient desdits cheuaulx il y auoit belle huee de gens, cela fait chacun des keualiers se retira a son logis pour se remettre a point, et puis remurent en court tellement que la chambre estoit tousiours plaine de keualiers, il y auoit tant de peuple sur hours aux fenestres et partout autour de parcq que cestoit merueille a veoir tant de gens et tel presse Ainsi se passa ceste journee bien joyeusement.

Item le lundi XIIII jour de feurier monseigneur et madame seiournerent tout ce jour a burghes, et de lapres disner de rechief lon chassa quatre tors comme lon auoit fait le jour precedent, mes non point tant de keualiers, et fit monseigneur chanter la messe par ses chantres, en son hostel, et chanta la messe messire seruais chappellan de monseigneur de berghes a diacre et soubzdiacre, et fist fort honnourablement sa messe comme se feust vng grant personnnige, Lon fit vng beau preschement par le confesseur de monseigneur. Lautel estoit fort richement acoustre et pare a tout les apostres belles croix, IIII chandelliers dorez, le benitoir dore, et la fleur de lis pour la paix les ampules dorees et la boiste au pain, et les ornemens qui estoient bien riches dont les seigneurs despaigne se esmerueillerent de veoir si belle et bonne chappelle pareillement de si bons chantres et de si bonnes orgues, tellement quilz tenoient grant extime du fait de monseigneur car il y auoit beaucop de seigneurie despaigne a oyr la messe, et le fit monseigneur ainsi acoustrer et parer tout de gre, Et ainsi se passa ceste journee et faisant bonne chiere. et deffrayoit tousiours ledit connestable la cuisine de monseigneur et madame et daucuns grans maistres mais non point tout, mais presentoit du merlens saumon fruit pain et vin qui en vouloit ausdits grans maistres, et le dressoir sur la gallerie tousiours chargie de vasselle et donnoit lon a boire et a manger a ceulx qui en auoit danger.

Item le mardj XVe jour de feurier, monseigneur et madame seiournerent tout ce jour a burghes et oyt monseigneur et madame la messe en la chappelle de lostel que estoit fort belle et riche de pointure dor et semble vng petit paradis tant beau y fait il, mais estoit tendues de belle tappisserie appertenant au connestable, il nest point marie, mais lon dit quil a fiance vne josne dame parente au Roy, La maison du connestable fut ou madame marguerite [ Marguerite d’Autriche (1480-1530), épouse de Jean d’Aragon et de Castille ] espousa le prince de castille et tint le jour de ses nopces, ou le Roy et la Royne et toute la noblesse despaigne estoient, dont lon dit merueilles de la triumphe que lors fut faicte, et est madame marguerite fort aimee au pays de biscaye et de castille et partout le pays despaigne, quant monseigneur fut entre en son oratoire lon commencha a preschier et apres lon fit la messe et y auoit de riches ornemens de drap dor de pierres et de perles qui furent bien regardez de perles espaignars, apres le disner lon fit passetemps a monseigneur de faire courre six autres tors comme par auant et y eut grand monde a les regarder, Apres tout acheue, ilz reuindrent en court pour eulx deuiser ce quilz firent, et tousiours le grant dressoir sur la gallerie dressie et chacun buuoit que le demandoit, et faisant tousiours ledit connestable les presens aux grans maistres, Et tenoit vne court ouuerte en son hostel aupres de la court ou chacun cheualier despaigne et de nostre terre pouoit aller boire et menger a toutes heures, Lon portoit de jour en jour les presens ausdits grans maistres, et garda fort ledit connestable lhonneur du Roy et le sien, et est fort prisie et honnoure, et aussi il a tresbonne grace, Ainsi se passa ceste journee.

Item le merquedy XVIe jour de feurier, monseigneur et madame seiournerent ce jour a burghes, et oy monseigneur et madame le seruice en la chappelle de lostel, apres le disner fut monseigneur aux champs pour veoir voler ses oyseaulx, et fut monseigneur acompaignie des nobles despaigne, et firent les oyseaulx de monseigneur le possible de voler les millans et les pies, tellement que lesdits seigneurs despaigne disoient quilz ne virent jamais meilleurs, apres cela fait monseigneur retourna des champs, et tantost apres quil fut retourne, lon apporta les espisses, en la grant sale ou monseigneur estoit sur (Fol. 38.) le marchepied, et faisoit tousiours le seruice le connestable comme il fit la premiere fois, et y auoit bien XX platz ou plus et puis le vin fut apporte a monseigneur et apres a tout chacun Et apres que monseigneur fut seruy lon ala seruir madame comme par deuant et aussi les demoiselles, apres cela chacun sen retira, et ala soupper mondit seigneur, apres le souper chacun revint en court pour deuiser et apres les deuises chacun sen ala reposer, et y auoit torsses a plente comme a vne court ouverte ainsi se passa la journee.

Item le Jeudy XVIIe jour de feurier monseigneur et madame seiournerent tout ce jour a burghes, Et fut la messe chantee par les chantres et aux orgues, de la reuint monseigneur par la porte ou il fit son entree, et estoit monseigneur acompaignie des nobles despaigne et des siens, et y auoit tant de gens qui couroient par la ville pour veoir monseigneur que cestoit merueilles Ainsi se passa la Journee.

Item le vendredj XVIIIe jour de feurier monseigneur et madame seiournerent tout ce jour a burghes, et allerent oyr la messe a vng cloistre de chartreux [ Chartreuse Santa María de Miraflores fondée en 1441] a vne grosse demye lieuvve hors de la ville, et chacun y ala pour veoir ledit cloistre qui estoit fort beau et deuot, et croy que lon ne vit jamais si beau et si bien acoustre et regle pour cloistre de chartroux Et y a dedens le ceur deuant le grant autel vne tresriche tombe de blanche alebastre, e leuee hault comme vne personne que le Roy et la Royne ont fait faire pour leur sepulture Et y sont faiz sur ladite tombe fort richement, et de grans personnaiges de leur genealogie tous dalbastre, et est chose fort belle et riche a veoir. Et au coste senestre en regardant sur le grant autel y a contre le mur fait comme vne petite oratoire ou est a genoulx tout fait dalbastre la personne du prince de castille derrenier trespasse frere a madame et vng siege fait dalbastre pour mettre ses heures comme elles sont, et illecq est enterre, et aussi vne chose fort rice a voir et fort bien fette, Il y a aussi vne des belles tables daustel et la plus grande et la mieulx faite que piecha lon vist et grans personnages et tous dores de fin ou qui est vne manifique chose a veoir, aussi y a des petis personnages appres la messe finee fut monstre a monseigneur et madame le Roy don Henry [ Henri IV de Castille (1425-1474), grand père de Jeanne la Folle] grant pere de madame tout enthier en char et en os et ancoires est enthier comme sil dormoit a tout la char et ses genous mes tout est secq. Et garde on bien pres ledit lyeu de peur que lair ny entre. Et ne le monstre lon a personne si non a grans princes ou du sanc du Roy Je croy quil est seschie au soleil a tout quelquune muxion deauvve car chacun en fut bien esbahy de le voir, car quant monseigneur et madame furent dehors lon ferma et serra lon lhuys ledit Roy estoit bel homme, en son tempz et bien aisme. Appres monseigneur et madame et leur compaignie furent partout dedens ledit cloistre, vng des biau et rice pan tout quarre et fort gran et tant bien point que riens plus pour telle pointure, et fort bien paue de belles pyerres dedens ledit pan y a de biaux grans et haulx arbres de chipres et de pins et vne belle fontainne, qui est la milleire eauvve de jamais Et y a aussi de belles grandes arbres et lauriers, et autour du pan sont les celles des chartreux qui sont fort gentes, il ne leur fault que paradis tant beau y fait il ledit estiment en souhaidoit vng tel aupres de soubourg pour la beaute et du bon regle quilz auoient auec les beaux arbres, et y a vng si tresbeau jardin que merueille de toutes solitez, et de tous arbres place fort grande et belle Et font fort vng deuot seruice, apres le retour de monseigneur et quil eust disne enuers le soir sen ala aux champs veoir ses oiseaulx, Ainsi se passa ceste journee.

Item le samedy XIXe jour de feurier monseigneur et madame seiournerent tout ce jour a burghes , et oyt monseigneur le seruice en la chapelle de la court par ses chantres, et fut monseigneur de rechief au champs de lapres disner pour aller veoir voller ses oyseaulx les millans et les pies ce quil fist, Et fut monseigneur acompaignie des nobles despaigne, et apres son retour il ala souper Ainsi passa ceste journee.

(Fol. 39.) Item le dimence XXe jour de feurier monseigneur et madame seiournerent tout ce jour a burghes, Et fut monseigneur a la messe a la grant eglise qui estoit bien richement acoustree, Et fist leuesque de burghes le seruice auecq les chanters de leglise Et y auoit aucuns chantres de monseigneur auecques, Et cestoit leglise plaine de gens, pour regarder et veoir monseigneur et madame, lesquels estoient fort richement habilliez de habillemens les dames et damoiselles pareillement Les nobles et gentilzbommes de monseigneur et de madame a tout belles robbes de velours et grosses chaines au col, Et fut monseigneur acompaignie des seigneurs despaigne et des grans maistres comme le connestable le commandateur maior et les autres contes pardeuant nommez, les gens de monseigneur tinrent ordre daller a leglise et au retourner, Et quant lon vint en court la estoyent les trompettes et gros tamburins de espaigne qui firent leurs debuoirs de sonner, Et apres celles de monseigneur qui les fist bon oyr, apres le disner de monseigneur les cheualliers firent passer temps a monseigneur de coure encoires six tors, jetter la quaynne comme vvaulles et de leurs jauelynes comme par cydeuant a este declaire au long, apres cela fait monseigneur alla pour soupper assez tempre, en la grant salle, car monseigneur le connestable auoit fait appointier le soupper pour monseigneur madame dames et damoiselles les nobles et gentilzhommes de monseigneur. En la dicte salle y auoit trois tables, lune table sur le grant marchepiedt, la fut monseigneur madame le commandateur maior leuesque de courdouvvaen et autres contes car le souper fut comme vng bancquet, et furent assiz auecques monseigneur et madame. Il y auoit pour la deuziesme table, toutes les dames et damoiselles et aucuns contes et grants seigneurs despaigne, comme le conte de miranne le conte de bonne vvuente et autres contes, et le duc dallebourkerke fut assiz ala table de monseigneur aupres de monseigneur au bout de la table, Et pour la troiziesme table a loposite de celle des dames, estoyent assiz le conte de palatin le conte de nassou le marquis, et aucuns seigneurs de lordre apres grans maistres nobles et gentilzhommes de monseigneur tant que les tables furent plaines de gens, Et chacun fut assiz deuant que la vyande fut apportee, et pour commenchier lon aportast le pain en plat dargent et en vng autre plat estoyent tronchons, et en vng autre plat seruiettes, ainsi fut porte partout, et ny auoit nulles chandelles sur les tables, car lon veoit cler assez des torsses qui y estoient sur les chandeliers pendant en la salle car elles allumoyent cler assez, non obstant sur la table de monseigneur il y auoit deux flambeaux de chire, dedens deux gros flambeaux dargent, Lon serui monseigneur et madame de pluisiers mes a la maniere despaigne de poisson tel que le connetable peult recouurer de marlus fres faiz en plusiers façons de saumons fres aussi a pluisieres manieres de combres fait en pluisiers sortes, et de pluisiers autres poissons de riuiere, aussi fait et habillyes, en pluiseiers manieres Et de pommes dorranges partout laytdames assez espes, Et y eult pluisiers manieres de sortes, fait en la payele et frit en vville [huile] dolme, mes dautres espesseries, et sucades assez Et fut tout ainsi comme vng souppe, mais pour le premier seruice ce fust roysins [raisins]en crappes [grappes] qui estoyent gardez de lautre annee, et auecq lesdits roisins grants platz de pattez faiz en pluisiers lyts, et entre les lyts il y auoit des sardinnes coppees et en la patte y auoit beaucop de sucre, et estoient fritz en vville dolme et estoient assez bons selon le pays, apres lon serui les dames et puis les seigneurs, et furent serui lesdits deux tables en petis sausserons, et deux ou trois morsseaulx dedens, et de vin furent serui en couppes, que gentilzhommes pourtoient par les tables, apres le souppe fait le tout fut leue et porte tables et tretiaux hors de la salle, et puis lon commencha a sonner le tamburin pour dansser, et fist on vne dansse ou deux, et aussi monseigneur se deuisa vng petit aussi fist madame et aucuns autres Et apres la IIe dansse finee, il y auoit dedens la dicte salle vng jardin ou comme vng parcq, ou il y auoit dedens arbres fort gentilz les feulles dargent et dor de feulle de bateur, et fort bien acoustrez de petis arbres fait dor clincquant, et la porte fort gauriere et lon ne pouoit veoir cedit jardin tandist que lon souppoit, car il y auoit fait vng entre deux de double tappeserie bien tendant quil sambloit que la salle fut fort racourchie, et tout subit fut ostee ladicte tappesserie, et lors vit on ledit jardin, et commenchoit a approchier tout seul qui estoit fait par soubtilz ingiens, il y auoit trois grandes roes plus haultes que ledit jardin et cela fut la gaure, car lesdits roes estoyent pointes dor et de ver, et autour des roes estoyent bouts de torsses, qui tournoyent auecq les roes cela fut (Fol. 40.) beau a veoir, Et dedens cedit jardin il y auoit XII gentilzhommes tous habilliez dune parure chacun vng blancq chappeau sur la testes tout chacun vne blanche plume sur ledit chappeau auoient chacun une robbe rouge jusques a passer les fesses atout longues manches omerees dessus de belles bordures fort riches, et y auoit de belles perles et pierres dessus ladicte robbe et chacun tout vng et les chausses de mesmes aussi brodees bien richement, et rouges soulers a la maniere despaigne et chacun des XII vne belle chaynne dor autour du col, et audeuant du visaige vne roye comme vne boursse toute dor, qui nestoit de nulle valeur, et cela se monstroit si beau a la chandeille que riens plus, et quant le parcq se commencha a joquier, et quil estoit auant assez, il y auoit vng cheuallier, qui vint de poste le jardin, et sen vint mettre audeuant de la porte a tout vne longue robbe jusques a terre vng blancq chappeau et le plumas sur sa teste auoit une torsse en sa main, et vint vers monseigneur et madame et auoit vne grosse chayne au col, et puis list lhonneur a madame et a monseigneur tous bas et presenta vne lettre de par les XII cheualiers estant au jardin, requerans de faire dansses auecq les dames, et que du jardin ne pouoyent yssir se ne fust par la main dune damoiselle que fut accorde audit cheuallier denuoyer vne damoiselle pour desserrer la serrure, Et puis remut ledit cheualier vers les XII autres cheualiers lesquelz renuoyerent premier a la primiere damoiselle de madame de leur venir faire ouuerture, ce quelle fist ledit cheualier lamena et puis le remena, et incontinent lun des douze salist dehors apres que le cheualier fut retourne de remener la damoiselle, et prinst vne torsse en la main, et alla faire lonneur a monseigneur et a madame, apres cela fait il sen alla vers les dames et prinst la damoiselle qui auoit defrumme ledit jardin et lamena au millieu de la salle, Et incontinent les menestreux a tout la trompette commencherent a sonner vne danse, et puis commencha a danser a la maniere despaigne bien et honnestement, Et quant la danse fut acheuee, ledit cheualier ramena la damoiselle en sa place, puis de rechief fist lonneur a monseigneur et madame, et sen ralla dedens le Jardin a tout sa torse ardante, et puis saulta vng autre dehors du dit jardin qui fist comme lautre jusques au derrenier, apres ce que lesdites XII danses furent acheuees, tous ensamble saulterent hors du jardin et commencherent a danser vne ronde danse Et en la fin y eult pluisiers autres nobles qui danserent et auoyent lesdits XII cheualiers en la ronde danse chacun vng beau manteau de toutes couleurs qui estoient fort beaux, apres la danse faite, lon apporta le bancquet despisses et de succade et le vin, et apres que monseigneur fut serui, chacun en prenoit qui vouloit Et quant cela fut fait chacun se retira pour aller chacun en son logis, car il estoit fort tard, Et pour vous aduertir de tout au vray et pour acomplir cedit soupper en forme de bancquet il y auoit fait trois dreschoirs sur la dicte gallerie les deux chargiez de vaisselles, dargent et de tant de sortes que riens plus, et le troisiesme cestoit cellui de tousiours cydeuant dit, mais lon disoit que vne grande partie estoit enpruntee, et que le tout nestoit point au connestable, chacun dreschoir auoit sept passetz de hault et de longheur bien six a sept aunes de loing, Pensez quil y failloit beaucop de vaissielle et creez que cestoit riche chose a veoir, apres je vous aduertis pour faire passertemps a monseigneur tandist que le souppe saprestoit il y auoit vne court sur piliers de pierres, et double gallerye lun sur lautre il y auoit attachie vng chandellier de bois ou fut mise vne torsse dedens, et en y eult XLIIII torsses, pensez que y faisoit bien cler et que la vassielle reluisoit fort bien, a cause des torsses, au millieu de la place y auoit vne fontaine fort belle, et y auoit fait vng tabernacle de bois pour y mettre dix torsses que faisoit beau veoir, et sur la gallerye denbas ou les dreschoirs estoyent lon y auoit fait comme vng oratoire, pour monseigneur et madame, affin quilz veyssent coure des beufz que lon fist coure dedens la place, dont en y eult qui furent mis a mort les autres coppes les gherres, et en y entrent quatre tors qui furent despeschiez, Et sur la haulte gallerye estoient les trompettes les joueurs de cornets qui firent leur possible apres les menestreurs auecq la sacqueboutte, et sur la gallerye ou monseigneur estoit estoyent les trompettes despaigne, auec les gros tamburins, qui firent aussi leur possible de sonner, et dela lon sen alla en la grant salle pour soupper, ainsi se passa ceste journee en faisant bonne chiere et esbattemens.

(Fol. 41 ) Item le lundi XXIe jour de feurier, monseigneur et madame sejournerent tout ce jour en la ville de burghes, et ouy monseigneur le seruice en court et de lapres disner fut monseigneur aux champs pour veoir voller ses oiseaulx aux millans et aux pies, apres son retour monseigneur alla soupper et ainsi se passa ceste journee.

Item le mardi XXIIe de feurier, monseigneur et madame seiournerent tout ce jour a burghes, et ouy monseigneur et madame le seruice en la chappelle de la court apres le disner lon fist a monseigneur passer le temps de veoir encoires coure six tors a tout les cheualiers ala jenette, et quant cela fut fait lesdits cheualiers remurent en court, et fut de rechief apporte a monseigneur le bancquet despisses et le vin tout ainsi que la premiere fois, par le conneslable et fist lasay partout apres monseigneur chacun en eult, apres lon alla serui (sic) madame et apres les filles et partout Quant lesdits cheualiers escarmuchoient a tout leurs genets la jauelinne au poing il y eult des engiens qui estoient sur la tour de la court qui tirent de bons cops pour donner couraige, aussi les trompettes et gros tamburins, ainsi se passa ceste journee, les lacayz de monseigneur et de madame vouldroient bien que lon courrut tousiours les tors car ce sont a eulx, et les vendent autant quilz peulent, Et le grant escuier descuierie de monseigneur et de madame vouldroit bien que lon portast tousiours le chiel sur la teste de monseigneur et de madame, car cest a eulx parquoy chacun desire son prouffit.


Le voyage de Philippe de Habsbourg et Jeanne d’Aragon, de Bruxelles à Tolède
- Introduction, commentaires, bonnes pages
- de Bruxelles (Belgique) à Paris (France)
- de Paris à Tours (France 37)
- de Tours à Guitres (France 33)
- de Guitres à Bayonne (France 64)
- de Bayonne à Burgos (Espagne)
- de Burgos à Tolède (Espagne), fin du voyage.

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