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1547 - Le coup de Jarnac, une vengeance et une histoire de femmes

D 12 septembre 2007     H 15:12     A Razine     C 0 messages A 6061 LECTURES


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Le duel de Guy Chabot de Jarnac et La Châtaigneraie
Le "coup de Jarnac"

C’est dans la cour dissolue de François 1er que l’affaire prit naissance conduisant à ce duel singulier opposant Guy Chabot et La Chataigneraie, qui restera célèbre dans l’histoire sous le nom de coup de Jarnac.

Dans le langage commun cette expression devint synonyme de traîtrise, alors que les contemporains de ce combat ne trouvèrent rien à redire à sa loyauté.

Le combat se déroula en champ clos au château de Saint-Germain-en-Laye près de Paris. Jarnac usa d’une botte peu connue qu’il avait apprise d’un maître italien nommé Caize.

Sources :
- Jarnac à travers les âges - Delamain et Boutelleau - Ed. Stock - 1925
- Le duel de Jarnac et La Chastaigneraie - A. Franklin - 1909

Voir aussi : 1546 - Avant le coup de Jarnac, les juristes discutent des propos de Guichot Chabot

Une histoire de femmes

Dans cette affaire, deux rivales s’affrontent : Diane de Poitiers et Anne de Pisseleu duchesse d’Étampes, la première ancienne maîtresse de François 1er puis de son fils Henri II. La seconde, la duchesse d’Étampes avait fait nommer Guy Chabot, gentilhomme de la chambre pour l’avoir toujours près d’elle car elle était sa maîtresse, en même temps que François 1er. Pour détourner les rumeurs elle aurait arrangé le mariage de Guy Chabot avec sa sœur Louise.

Guy Chabot menait grand train à la cour alors qu’il possédait peu de fortune. Mondain, il se servait habilement de ses relations masculines et féminines. Un jour de 1546, le dauphin qui allait devenir bientôt le roi Henri II lui demanda à brûle-pourpoint où il prenait ses ressources pour mener une existence aussi large. Le jeune homme embarrassé répondit que sa belle-mère « l’entretenoit ». Le dauphin cherchant dans une situation analogue une excuse à sa propre conduite raconta à qui voulait l’entendre, que Guy Chabot se vantait d’avoir sa belle-mère Madeleine de Puyguyon, seconde femme de son père comme maîtresse et de « faire d’elle sa volonté ». Evidemment la cour répéta aussitôt cette calomnie. Guy Chabot indigné déclara que l’auteur d’un pareil propos était « méchant et lâche ». Evidemment un futur roi de France ne pouvait relever l’injure. C’est donc un ami de Guy Chabot, François de Vivonne, sieur de la Châtaigneraie qui s’interposa entre le dauphin et Chabot en déclarant être l’auteur de l’indiscrétion mais qu’il maintenait que cette confidence était vraie.

Un combat à mort fut donc décidé pour laver l’honneur des protagonistes. Mais François 1er aimait beaucoup Guy CHABOT DE SAINT-GELAIS, 7e baron de Jarnac, qu’il appelait familièrement « Guichot », il interdit le duel. C’est donc après la mort du roi François que les antagonistes réveillèrent cette affaire. Guy Chabot envoya au roi Henri II, la missive qui suit :

« Sire, avec votre bon plaisir et congé, je dis que François de Vivonne a menti de l’imputation qu’il m’a donnée, de laquelle je vous parlai à Compiègne et aussi qu’il a menti de la seconde imputation qu’il m’a faite du premier écrit qu’il vous a présenté. Et davantage qu’il a méchamment et malheureusement menti de la tierce orde et infâme imputation qu’il m’a faite par le second écrit qu’il vous a présenté.Et pour ce Sire, je vous supplie très humblement qu’il vous plaise lui octroyer le camp à toute outrance, et quand et quand de vouloir présentement déclarer de laquelle des trois imputations ledit François de Vivonne est tenu de me prouver ; et s’il est quitte de la première imputation par la seconde, et de la seconde par la tierce ».

Le 11 juin 1547, le roi réunit son conseil et sous l’influence de Diane de Poitiers décida que 40 jours plus tard Chabot et La Châtaigneraie lutteraient à mort « pour la justification de l’honneur de celui auquel la victoire demeurera ». La question serait donc soumise au jugement de Dieu. A vrai dire, Diane de Poitiers souhaitait humilier le duchesse d’Etampes. Elle croyait envoyer Chabot à la mort. La Châtaigneraie passait pour une des fines lames de son temps, Vieilleville écrivait :
« qu’il ne craignoit Jarnac non plus que le lion, le chien ».

Le duel

Le 10 juillet 1547, en présence du roi, des princes de sang, de la reine, de Diane de Poitiers, et grands seigneurs de la cour assorti d’un grand concours de peuple, les gentilshommes se présentèrent sur la terrasse du château de St Germain pour combattre. Jarnac n’avait pas d’armure et sa tête était découverte.

Le héraut lut à voix haute :

« De par le Roy, je fais expès commandement à tous que tantost les dessusdits seront en combat, que chacun desdits assistans ait à faire silence, de ne parler, tousser ne cracher et ne faire aucun signe du pied, de main ou œil, qui puisse aider ne préjudicier à l’un ni à l’autre desdits combattans.. sur peine de la vie ». Guy Chabot de La Chataigneraie jurèrent sur les Evangiles avoir bonne et juste cause à défendre puis dans un silence impressionnant, le héraut cria par trois fois : « laissez aller les bons combattans ».

S’ensuit la description suivante du duel et de la fameuse botte de Chabot faite par des témoins oculaires :

« Sur quoy seroient venus l’un contre l’autre furieusement et dextrement, et abordez l’un de l’autre, se seroient ruez plusieurs grands coups tant d’estoc que de taille, l’un des quels, de la part dudit Jarnac, auroit atteint le jarret de la jambe gauche dudit de La chastaigneraie en jetant un estoc audit de Jarnac et derechef donné un autre coup il auroit commencé à soy esbranler. Quoy voyant, ledit de Jarnac se seroit demarché, voiant ledit de La Chataigneraie navré lequel tout incontinent seroit tombé à terre. En le voiant de telle sorte que sa vie estoit à sa discrétion luy auroit icelluy Jarnac lors crié « Rend moy mon honneur et crie à Dieu merci et au Roy l’offence que tu as faite. Rend moy mon honneur ».

Guy Chabot allant vers le roi, alors que la Chataigneraie à terre ne pouvait se relever lui dit :

« Sire, je vous supplie que je sois si heureux que vous m’estimiez homme de bien, Je vous donne La Chastaigneraie. Prenez-le sire et que mon honneur me soit rendu. Ce ne sont que nos jeunesses qui sont causes de tout cecy. »….. Le roi demeura silencieux.

Chabot retourna vers La Châtaigneraie qui s’efforçait de se relever pour continuer le combat. Jarnac pointa son épée sur lui « Ne te bouge, je te tueray », à quoi La Châtaigneraie lui répondit « Tue moy donc » en retombant de côté.

Chabot se retourna vers le roi et le supplia encore : « Sire, je vous supplie que je le vous donne et le prendre pour l’amour que l’avez nourri, et que vous m’estimiez homme de bien…. » à quoi le roi ne répondit rien de nouveau.

Chabot s’adressa alors à la Chastaigneraie « luy demandant d’oublier l’inimitié. Chastaigneraie, mon ancien compaignon, recognois ton createur et que nous soions amis » mais ce dernier ne voulant rien savoir, Chabot demanda encore au Roi : « Sire, je vous supplie que je le vous donne, pour l’amour de Dieu, puisqu’autrement ne le voulez prendre ».

Il fallut les supplications de Monseigneur de Vendosme et l’interpellation de Chabot auprès de grandes Dames dans la tribune royale pour fléchir le roi. Ce dernier s’adressa enfin à Chabot en ses termes : « Le me donnez vous ? à quoi Chabot mettant un genou en terre répondit : « Ouy Sire, suis-je pas homme de bien ?... Je vous le donne pour l’amour de Dieu et pour l’amour de vous »

Sur quoi le roi déclara « Vous avez fait botre debvoir et vous est vostre honneur rendu… »

C’est donc après plusieurs requêtes auprès du Roi accablé par la défaite de son champion que Jarnac laissa la vie sauve à son adversaire mais celui-ci se sentant déshonoré par l’issue du duel arracha le pansement posé sur son jarret et se laissa mourir en trois jours. Chabot tira un grand prestige de ce duel. Les grands de la cour qui assistèrent à cet évènement ne firent aucune objection contre la loyauté et la correction du coup d’épée qui mit La Chastaigneraie hors de combat. Au contraire, Chabot, s’éloigna « plein d’honneur et réputation, non seulement de la part du Roy mais aussy de tous les princes, grands seigneurs, gentilshommes et autres qui avaient veu ledit combat ».

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