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1568 - Blaise de Montluc : conseils d’un chef de guerre catholique à ses compagnons

D 16 juillet 2009     H 18:31     A Pierre     C 0 messages     A 1183 LECTURES


La seconde guerre de religion : deux ans de combats. La Guyenne, la Saintonge et l’Angoumois sont à feu et à sang. Blaise de Montluc, 66 ans, chef de guerre catholique blanchi sous le harnais, donne des conseils à ses compagnons : allez au contact de l’ennemi, ne vous contentez pas des rapports qu’on vous fait ; voyez, cela ne m’a trop mal réussi : je n’ai jamais été défait. "Que ceux qui craignent tant le danger, qu’ils demeurent au lict". Vérité en Saintonge ...

Les mots de Blaise de Montluc font mouche. On lui doit entre autres "A la guerre, comme en amour, le corps à corps seulement donne des résultats." et "Coeur qui soupire n’a pas tout ce qu’il désire".

Source : Commentaires de messire Blaise de Montluc, Mareschal de France - Paris - 1746 - Google Books

En savoir plus sur Blaise de Montluc 1502-1577 (Wikipédia)

La même période, côté protestant, racontée par Agrippa d’Aubigné : 1568 - Prise d’Angoulême (16) et de Pons (17) par les huguenots

Voir en ligne :

 Discours aux capitaines sur la reconnoissance qu’on doit faire de l’ennemy

Or seigneurs & mes compagnons : qui lirez mon livre, prenez exemple à la diligence & prompte execution que je fis depuis la prise de Lectoure : & ne vous attendez, lieutenants de Roy, je vous prie à tout le moins si vous avez la disposition, au rapport qu’un autre vous fera de la connoissance de vostre ennemy. Car il faut que vous mesme le voyez. Et si vous le faites vous commanderez tousiours plus asseurément, que sur le rapport d’un autre. Vos yeux voyent plus clair que ceux d’autruy à ce qui est necessaire. Vous pouvez prendre avec vous un ou deux des vieux capitaines : mais gardez vous sur tout, que par quelque affection particuliere que vous pourriez porter à quelque vieux capitaine, de le prendre avec vous quand vous irez reconnoistre : car il est à craindre que cette affection ne vous face prendre quelque happelourde au lieu d’un bon capitaine. Lequel dès qu’il descouvrira l’ennemy sentira quelque emotion de cœur, qui sera cause, que sur l’estime, que vous avez de lui, & l’amitié que vous lui portez, il vous fera faire une si grand erreur, que vous ne regaignerez jamais ce qu’il aura fait perdre. Mais prenez toujours quelque vieux capitaine, lequel par tout là où il sera.trouvé, aura combattu & fait combattre : & encore qu’il aye quelquefois esté mal-heureux & battu, mais qu’il n’aye perdu à faute de cœur & de sens, n’arrestez pas pour cela de le prendre aupres de vous. Car tout le monde n’est pas si heureux que Montluc, qui n’a jamais esté deffait. Prenez plustost celui-là, qu’un qui n’aura jamais perdu ny gaigné, & qui n’aura, jamais servy en un camp, que de tesmoin, je ne vous escris point cecy sans experience. J’ay appris ces leçons sous feu M. de Lautrec estant un bon regent : car s’il fut mal-heureux ce fut plus pour le defaut de son conseil, que de faute de cœur ny de bon jugement. Car il avoit ces deux choses que lieutenant de Roy, que j’aye jamais suivy. J’ay continué mon apprentissage sous messieurs les Mareschaux de Strossi, de Brissac & autres. J’ay veu faire assez d’erreurs à des lieutenans de Roy, sur le rapport que leur faisoient ceux qu’ils envoyoient reconnoistre.

 Le chef doit lui mesme reconnoistre

Et veux dire encore qu’un lieutenant de Roy, comme il a lui mesme veu & reconnu les ennemis , il en est plus asseuré, & commande plus hardiment. Car s’il avoit eu quelque peur (il n’y a homme au monde, à qui n’advienne quelque peur quand il void son ennemi, qui lui fait teste) il se r’asseurera & ne lui en souviendra plus. Combien de fois se maudit & dépita monsieur d’Anguien la nuict de Pasques venant au lundy, de ce qu’il n’avoit creu son opinion, & de ceux qui vouloient combattre, quand il eut veu les ennemis face à race, & qu’il n’avoit son camp avec lui ? Asseurez-vous seigneurs, lieutenans de Roy, que je ne mets point cecy par escrit sans grande raison. Mais vous me direz, que c’est mettre la personne du chef de l’armée au hazard. C’est chose qui se peut faire sans danger si apparent.

Que ceux qui craignent tant le danger, qu’ils demeurent au lict. Allez y vous mesme, il n’y a meilleur juge que vous, qui connoistrez, si vous avez tant soit peu d’experience à la demarche de vostre ennemy, ce qu’il a dans le ventre : & s’il a de la peur ou du cœur. Pardonnez moy, si je suis contraint d’écrire moy mesmes mes louanges. Puis que j’escris ma vie, je la veux escrire au vray : aussi bien le dirois je, si j’avois esté battu : si je ments, mille gentils-hommes me peuvent démentir.

Revenant à mon propos pour achever cette guerre, monsieur de Montpensier s’en alla avec toutes ses trouppes attendre les Espagnols à Barbezieux, où monsieur de Sansac luy manda, que monsieur de Duras s’estoit retiré, & monsieur de la Rochefoucaut, & qu’ils faisoient semblant de vouloir tourner vers lui. J’estois arrivé à Bregerac. M. de Montpensier me dépescha deux courriers queue sur queue, me priant qu’en extrême diligence je tournasse à lui, & que messieurs de la Rochefoucaut & Duras s’estoient r’alliez : & qu’on lui mandoit qu’ils tournoient visage à lui.

Et comme je veux que Dieu m’aide, en toute la noblesse de la compagnie du Roy de Navarre & la mienne, je ne trouvay pas trente chevaux, qui peussent aller un pas, que bien difficilement : si me mis-je en chemin deux heures apres minuict & repeus un peu au chemin, & n’arrestay que je ne fusse à deux lieues de Barbesieux : & rencontray deux fois par les chemins, des ennemis, qui estoient eschappez de la bataille : & les taillay en pieces. Je me logeay une heure de nuict à sainct Privat. Mon frere monsieur de Lieux estoit auec moy, qui ne s’estoit peu trouver à la bataille : & fusmes au lever de monsieur de Montpensier, lequel me sceust fort bon gré de la diligence, que j’avois faicte à le venir trouver : là où je trouvay monsieur de Sansac, qui me dit que les ennemis avoient faict en un jour & une nuict dix huict ou vingt lieues. Monsieur de Montpensier me licentia, & m’en retournay coucher à sainct Privat pres d’Aubeterre : & le lendemain à Bregerac.

Et y trouvay dom Johan de Carbajac avec les dix compagnies d’Espagnols, qui avoit sejourné un jour : & fus cause qu’il partit le lendemain matin. Ainsi m’en revins renvoyant tout le monde à leur maison, n’y ayant rien en toute la Guyenne qui bougeast, ny qui ozast dire qu’il avoit jamais esté de cette religion : car tout le monde alloit à la Messe & aux processions, assistant au service divin : & les Ministres trompettes de tout ce boute-feu avoient vuidé. Car ils sçavoient bien, qu’en quelque coin qu’ils fussent, je les attraperois, & leur ferois bonne guerre.

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