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1589 - "L’Antéchrist démasqué" (dans le diocèse d’Angoulême)

ou les excès des Guerres de Religion

D 17 août 2012     H 15:15     A Pierre     C 0 messages A 445 LECTURES


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Évidemment, les pamphlets à thèmes religieux abondent pendant la période des Guerres de Religion. Celui-ci est d’un auteur catholique. Il ne mâche pas ses mots quand il s’agit de décrire les malheurs causés par les Huguenots dans le diocèse d’Angoulême. Le style est original.

Source : L’ Antéchrist démasqué - Claude Caron – Tournon – 1589 - Google livres

Mais c’est assez parlé de la putasserie des moynes & prestres huguenots prétendus mariez avec femmes pretendues chastes. Pour faire fin à leurs œuvres & à leurs fruicts je vous en discourray seulement quelques eschantillons que j’ay recuilli des escris de M.de Launay laissant dans son papier la piece totalle pour ceux qui auront la volonté de lire au long les cruautés advenus par le ministere de ces pretendus reformes, voire les plus cruelles qu’il est possible à homme vivant de pouvoir excogiter, Voici ce qu’il a escrit.

Inhumanités faictes par les soldats Huguenots, & sollicités a ce faire, tant par leurs chefs de guerre que spécialement par leurs Ministres.

Ceux de cette prétendue reformation qui entrés en la dicte ville (d’Engolesme) furent logés chez un tailleur d’habits nommé Pappin, bon homme & bien Catholique, enserrèrent la dedans environ trente hommes de diverses vocations (car ils n’en vouloient pas seulement aux gens d’Eglise) pour lesquels tourmenter inventerent nouvelles espèces de tourmens tellement estranges, que les plus Barbares auroient horreur d’en user. La première espece estoit qu’ils les attachoient deux à deux, sans leur bailler à manger, s’efforçans les contraindre se manger l’un l’autre, par la pressure & rage de la faim. La seconde estoit qu’ils les couchoient & garrotoient sur une corde fort tendue, & sans leur faire autre chose les laissoient là languir jusques à ce qu’ils fussent morts. La troisiesme estoit qu’on les lioit à un bois, auquel on mettoit le feu, & les faisoit on brusler peu à peu avec ledit bois. Les Calviniens, qui estoient en garnison en la ville de Mont-bron en ce mesme Diocèse d’Engoulesme, visitoient fort souvent la maison de Madamoyselle de Marandat voisine de leur garnison. Cette bonne Damoyselle qui estoit fort honorable, & de grande pieté, les recevoit fort humainement en sa maison, leur faisant tous les traittemens les plus honnestes, dont elle se pouvoit adviser, à fin que par ce moyen, elle eut quelque support d’eux, & fut exempte de danger. Mais ses hostes plus vilains, plus ingrats & cruels que ne fut onc Néron, la payerent en monnaye fort estrange, de tous les bons traitements qu’ils avoient receu d’elle. Car apres avoir bien souppé en la maison de ceste bonne Damoyselle, ils la prindrent, & la firent monter en une chambre haulte, où premierement par menaces ils la voulurent forcer leur bailler quelques deniers, & autre argent non monnoyé, qu’ils la soupçonnoient avoir. Et voyans que leurs menaces navoient assez de vertu pour esmouvoir la Damoyselle, laquelle n’eust jamis attendu d’eux telle recompense ils firent apporter du boys, & allumer du feu, & ayans cherché par les autres chambres jusques à la cuysine, apporterent cinq paelles de fer, lesquelles ils firent rougir, & les apposerent aux plantes des pieds nuds de leur pauvre hostesse, & voyans le milieu des paeles arrousé du sang de ceste femme delicatte, & de l’humeur que le feu tiroit de ses pieds, ils tournèrent vers elle le bout trenchant desdictes paeles encores tout rouge, & despuis les chevilles des pieds jusques aux hanches, luy firent dix ou douze rayes tirans sa peau par esguillettes. Finalement ils la despoullerent, pillerent, & emporterent tout l’argent monnoyé, & à monnoyer, qu’avec maints travaux elle avoit espargné pour prouvoir ses enfans, & s’aider en d’autres necessités. Est ce pas pour bien reformer l’Eglise, que d’avoir ainsi le cueur destitué de toute humanité ? A-on jamais ouy parler de cruauté plus barbare, & indigne d’hommes que cela ?

Apres qu’ils se virent les maistres d’Engoulesme, ils espargnerent le moins de gens de bien qu’ils peurent : & principalement de ceux qui avoient authorité : tellement que ceux, qui furent logés en la maison de Maistre Jean Arnauld Lieutenant general pour le Roy en la Justice audit lieu, homme de bien, en scavoir & doctrine des premiers de la Guienne, se saisirent de sa personne, & le tindrent prisonnier en sa maison, en luy faisant infinies indignités. Mesmes le tenoient lié comme un chien, & luy faisoient tourner la broche, le faisant seoir en se mocquant de luy sur un fagot despines, & n’eust osé prendre autre sìege, ny refuser de se seoir, car ils le battoient outrageusement ayans moins de pitié de luy, que d’une beste la plus vile & inutile, ou dommageable du monde. Finalement apres l’avoir fait tourne-broche, luy ayant fait endurer plus de coups de baston, qu’il ne luy avoient permis manger de son pain, & fait infinies autres indignités & cruautés en sa propre maison, ils l’estrenglerent. La mort de ce personnage, pour avoir esté en son temps tres-bon & équitable justicier, & fort homme de bien en toutes les parties de la vie humaine, est encores aujourdhuy pleuree, & luy regretté par les catholiques, & huguenots.Et ne sçachans comment assouvir leur rage, s’ils ne l’exercoient sur toutes sortes de personnes sans aucune discretion d’aage d’estats, ny de sexe : ils prindrent la vesve du deffunct lieutenant criminel en la dicte ville, laquelle aagee de soixante ans ils trainerent par les cheveux honteusement & inhumainement par-my les rues.

En la parroisse de Chasseneuìl, ils prindrent un homme d’Eglise nommé Maistre Loys Fayard homme selon le tesmoignage des habitans du lieu, de bonne vie & bon exemple. Ils firent bouillir de l’huile, dedans laquelle ils luy mirent les mains par plusieurs foys, tant que la peau & la chair quittoient les os, puis luy versèrent ceste huille toute bouillante dedans la bouche, & voyans qu’il n’estoit du tout mort luy tirèrent trois coups d’harquebuze, & luy baillèrent un coup d’hallebarde sur le col.

Ils en prindrent un autre nommé a la mode du pays maistre Colin Guilebaut, vicaire de Sainct Auzauni les Engoulesme auquel ils coupperent les genitoires, & l’ayant mis tout nud, l’enfermerent dans un coffre, auquel avec un tariere ils firent beaucoup de trous, puis prindrent grande quantité d’huille bouillante, qu’ls verserent sus luy, & le firent mourir en ceste façon.

En la parroisse de Rivieres prindrent un autre prestre, auquel ils coupperent la langue, puis le tuerent. Pareillement le pere d’iceluy.

Au Priore conventuel de Lanville, maistre Jean Bachelon eut par eux la gorge couppee, mais au paravant ils luy avoyent fait brusler la plante des pieds.

Maistre Simon Sicot Vicaire de Sainct Hylaire de Moustiers, aagé de soixante ans, homme de bonne vie, ayant esté pris par trahison de quelqu’un, auquel il se fioit, fut mené prisonnier audict Engoulesme, où mis à rançon, il vendit quelques siens heritages pour y satisfaire : Mais la rançon payee ces parjures luy firent sentir la desloyauté de leurs cœurs : car eux feignans mettre en liberté ce poure homme, le firent sortir hors la ville par la porte sainct Pierre, ou ils avoient aposté un de leurs bourreaux, pour le tuer. Le poure captif voyant ce barbare venir a luy en furie se jetta dedans une maison pour se sauver, d’où ce Canibale l’ayant tiré en luy donnant quelques coups d’espee, luy creva les yeux : & luy fit passer la langue soubs le menton.

Deux autres prestres furent pris l’un desquels se nommait maistre Guillaume de Bricailles, de l’autre le nom est ignoré, Ces tyrans les tindrent l’espace de deux mois en une cave pendus la chacun par un pied, par fois les soulageoient, & les faisoient un peu manger : à fin de les faires languir plus longuement en ce torment finalement ledict de Bricailles y mourut, l’autre qui estoit de nature plus forte, fut tué par ces tygres, qui s’ennuyoient de les tourmenter.

Un prestre de la paroisse de Beau-lieu d’Engoulesme nommé maistre Pierre, fut enterre vif jusques au col, pour luy faire confesser ou estoient les ornemens & richesses de l’Abbaye sainct Auzoni.

Maistre Arnauld Durandeau Vicaire de Fleac aagé de quatre vingts ans apres avoir esté quelque temps destenu prisonnier en ladicte ville, fut trainé despuis la porte du Pallet, jusques à l’Abbayee sainct Cybard, où ils luy coupperent la gorge, puis le jetterent en la riviere.

Maistre Guillaume Leonard natif de sainct Michel d Antraigue, fut tuè pres la ville ; & ces inhumains luy ayans trenché la teste,en jouerent à la boule.

Un Cordelier venu de Xainctes a Engoulesme aagé de quatre vingts ans, homme de bonne vie, apres avoir enduré maintes cruauté fut précipité vif du haut des murailles de la ville puis assommé à coup de carreaux.

Ils avoient avec plusieurs autres emprisonné dedans le Chastellet d’Engoulefme, frère Jean Chauveau Jacobin, aagé de soixante & dix ans, & René Poyvet de mesme ordre, Docteur en Theologie en la faculté de Paris, homme fort docte : il estoit natif du pais d’Anjou, mais lors le prieur de son couvent à Engolesme. Quant au premier, ils le firent consumer en la prison de vermine & poureté : Mais apres avoir détenu ledict Poyvet long temps prisonnier, & l’ayant fait souvent disputer contre trois ministres, qui taschoient le seduire pour s’en servir, voyans qu’ils ne prouffitoient rien, & que leurs Ministres s’en retournoyent tousjours battus par la vérité, ils le tuerent a coups de dague, le précipitèrent du haut de la muraille de la ville, & le jetterent dedans la riviere de Charante.

Le vicaire de la parroisse sainct Cybard d’eaux, nommé maistre Octaviam Rongier fut pris par ses lyonceaux, & apres qu’ils luy eurent faict beaucoup d’indignités, ils luy cloüerent des fers de chevaulx aux deux pieds, puis l’ayans mené à un arbre, où ils l’attachèrent,ils le harquebuzerent.

Ils attelerent maistre francois Raboteau, vicaire de la parroisse de Faulquebrune, à une charrue, avec des bœuf s,& luy faisoient labourer la terre corne à un cheval & encores que ce pauvre homme tirat devant ces bœufs le mieux & plus fort qu’il pouvoit, ils ne laissoient de le picquer cruellement avec des esguillons, finalement le firent mourir en ce tourment.

Un autre nommé maistre Romain, natif de la parroisse de Vouharte, vicaire de Ruelle, apres la paix publiée, l’an, mil cinq cens soixante & dix, fut pris par ces bons pacifiques, & grands conservateurs des moyens de paix , comme cest exemple ci le tesmoigne, & le menèrent sus le pont Sainct Cybard, ou l’ayans faict seoir sur le bord, le prindrent par les pieds, & le precipiterent dedans la Charente. Voila comment ils sont bons observateurs de la paix, en tuant les hommes contre la foy publique, que eux mesmes avoyent juré & donné.

Ils en harquebuzerent un grand nombre qui seroit trop long a insérer en cest œuvre, entre lesquels fut Maistre Philippes de Monté M. Chirurgien, lequel avoit espousé la sœur de M. André Thevet Cosmographe du Roy, Nicolas Guynier drapier, tous deux de la parroisse de Nersac, lesquels furent attachés a un arbre, par le commandement du Capitaine Piles : & ce pour avoir constamment confessé Jesus Christ & advoué l’Eglise Chrestìenne & catholique estre la vraye Eglise de Dieu, en laquelle il faut estre pour obtenir salut.

Raimond de Souchet marchant boucher de la ville d’Angoulesme, lequel, contre ce qu’ils scavoient du contraire, ils disoient estre prestre : mais c’estoit pour prendre occasion de le tuer, d’autant qu’il estoit constant en la religion Chrestienne catholique.Car ils en faisoient ordinairement ainsi : mesme quand ils vouloient piller une maison, ils avoient tousjours quelque bonnet de Prestre, lequel ils jettoient en quelque lieu d’icelle maison, puis faisoient recercher au lieu ou ils scavoient bien qu’ils le troveroient, & de la maintenoient tout le bien de la maiscn estre à quelque prestre, & sous ceste fausse supposition pilloient tout ce que ils pouvoient emporter, ou vendre : puis rompoient, ou gestoient le reste : jusques mesmes à rompre les tonneaux, & laisser aller le vin par les caves, tellement qu’on entroit dedans le vin jusques au genoil. Je di en cela, ce que j’ay veu, & faict voir à plusieurs grands d’entre eux, a fin qu’ils y missent ordre : comme à Monsieur de Lis, au general Peoche, & autres, qui avoient charge & commandement en leurs armées.

Je pourroy mettre par escrit jusques au nombre de cent & dix personnes tant hommes que femmes, tant prestres que marchans, gentils-homme & autres desquels ont esté harquebuzés, pendus, tués de coup d’espee, & autres sortes d’armes, praecipitez & noyez, en ce Diocese d’Engoulesme pour le tesmoignage de Jesus Christ en moins de deux ans : n’estoit, comme j’ay dit, que cest œuvre est desdite a autre matiere. Toutesfois, a fin qu’on sache que telle rage n’a esté exécutée en ce seul Diocèse j’en proposeray quelque peu d’autres.

Jusque icy à parlé Monsieur de Launay de l’escrit duquel j’ay obmis un advertissement touchant la desloyauté des Gouverneurs & Ministres de eeux de la Religion Calvinisque. C’est que l’an mil cinq cens soixante huict, Les Bourgeois d’Engoulesme se voyans assiegés & pressés des Huguenots se rendirent par composition : mais à la charge, que tant les Ecclesiastiques, que les autres de l’Eglise Catholique seroient en seureté, s’ils vouloient demeurer en la ville, & pourroient aussi seurement sortir, pour aller ou voudroient sans estre recerchés. Ce qui fut observé seulement despuis la capitulation signée, jusques à ce qu’ils furent entrés dedans la ville. Car le mesme jour qu’ils y furent entrez, se saisirent de plusieurs, tant Ecclesiastiques, qu’autres membres de l’Eglise Chrestienne Catholique desquels ils disposèrent comme dit a esté. Ce sont donc là les fruicts de voz Maistres, & de la doctrine de leur cerveau : Et c’est nous qui avons offencé Dicu, & il a permis tous ces maux : il a lasché la bride à Satan, & ce carnassier nous a affligez par ses satelites : mais benediction., soit au Seigneur, qui chastie ceux qu’il ayme, ne permettant point qu’on soit tenté outre ce que lon peut. Prenons donc zele & nous amandons.

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