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1726 - L’industrie en Angoumois, par Jean Gervais, lieutenant-criminel au Présidial d’Angoulême

D 11 septembre 2008     H 16:29     A Pierre     C 0 messages A 1072 LECTURES


Mines, forges. fers. papeteries, verreries et des projets de manufactures : les ressources industrielles de la province sont modestes. Certaines sont déjà en péril à cause de la mondialisation. Jean Gervais fait une analyse lucide.

Source : Mémoire sur l’Angoumois par Jean Gervais, lieutenant-criminel au Présidial d’Angoulême - Publié pour la première fois d’après le manuscrit de la Bibliothèque Impériale - Par G. Babinet de Rencogne, Archiviste de la Charente – Bulletins et Mémoire de la Société Archéologique et Historique de Charente. - Angoulême - 1857.

Mines.

Il s’y trouve quelques mines de fer dans le canton qui avoisine le plus le Périgord. Elles sont assez abondantes, mais elles ne sont pas toutes d’une même qualité. Celles de Vergnaz et de Bachalou, en la paroisse de Montbron, sont assez riches, mais la fonte en est aigre. Celles de Russas, en la paroisse de Saint-Vincent [1], ayant le même défaut et étant d’ailleurs stériles, ont été abandonnées depuis quelque temps.

Celles de Feuillade, sur les confins de l’Angoumois et du Périgord, sont peut-être les plus douces qu’il y ait au monde. Elles font d’excellents fondages d’artillerie, et on ne s’en sert point d’autres à la forge de Rancogne, qui n’en est qu’à deux lieues de distance.

On prétendoit bien avoir découvert, il y a environ quarante ans, une mine d’argent à Menet [2], près Montbron. La couleur de la mine qu’on y trouva, en tirant celle de fer, put donner lieu à le croire, mais il y a apparence que c’étoit une erreur ; ou, en supposant qu’il y eût de la mine d’argent, elle se trouvoit si stérile que la dépense en excédoit le produit, ce qui fut cause qu’on l’abandonna presque aussitôt qu’elle eut été découverte, et on n’y a pas touché depuis.

Quelques gens ont néanmoins prétendu qu’elle pourrait réussir si le Roi en vouloit faire les frais, et que la véritable raison pour laquelle les fondeurs n’y ont jamais pu rien faire, c’est qu’il y a beaucoup d’antimoine, et qu’on n’y employoit pas d’assez bons chimistes pour faire la séparation des métaux. C’est par ce même défaut, disoient-ils, qu’on réussissoit bien en petit et dans le creuset, mais non pas dans la grande fonte. On doute cependant de la vérité de cette observation.

Forges.

Il y a cinq forges en Angoumois, sur les frontières du Périgord et du Limouzin, savoir : celle de Rancogne, celle de Planchemenier [3], celle de Combiers [4], celle de Montizon, dans la paroisse de Roussines, au-dessus de Montbron, et celle de Champlaurier ; sur la petite rivière de la Sonnette, auprès du bourg de Saint-Claud. La forge des Pins, quoique en la paroisse de Chasseneuil, à l’extrémité de l’Angoumois, est en Poictou.

La forge de Rancogne est la principale de toutes. Elle avoit été mise en très-bon état par feu M. de Logiviere, inspecteur de l’artillerie des mers du Ponant, qui l’avoit embellie d’un bâtiment très-logeable. Mlle de Logiviere, sa fille, qui joint aux agréments de son sexe la force d’esprit, le génie supérieur et le courage du nôtre, l’a perfectionnée dans les derniers temps, y ayant rétabli à neuf quatre fourneaux magnifiques.

On fabrique à cette forge des canons d’une excellente qualité, et des bombes et boulets, qui sont ensuite transportés pendant cinq lieues par charrois jusqu’au Gond, près Angoulesme, où la demoiselle de Logiviere tient un entrepôt, à l’embouchure de la Touvre dans la Charente, où on les embarque sur les bateaux du pays, vulgairement appelés gabarres, pour les descendre à Rochefort.

La situation de la forge de Rancogne, à portée de la forêt de Braconne, dont elle n’est qu’à une lieue de distance par un côté, est heureuse pour se fournir avec plus de facilité des quantités de charbon nécessaires pour son exploitation, ce qui met ceux qui l’exploitent en termes d’y pouvoir faire fabriquer promptement un grand nombre de canons de tout calibre, communément de vingt-quatre livres de balles, et jusqu’à trente-six, ou plus, selon le besoin, lorsque les eaux sont bonnes ; mais le cours de la Tardoüere, qui la fait aller, ayant été arrêté, les deux dernières années, à cause des excessives sécheresses, on y a été forcé de mettre hors [5] au milieu des plus belles saisons, ce qui a causé des préjudices infinis aux fondages que la demoiselle de Logiviere avoit entrepris pour fournir au Roi le nombre de trois cent soixante-seize pièces de canon, dont elle s’est chargée pour le port de Rochefort.

Celle de Combiers , appartenant au seigneur comte de Brassac, à quatre grandes lieues du port de l’Houmeau, se fournit de bois suffisamment dans les forêts de ce seigneur à la Rochebeaucourt. On y fabrique aussi des canons de médiocre grandeur, et souvent pour le compte de la demoiselle de Logiviere, lorsque le manquement des eaux fait cesser ou diminuer les travaux de celle de Rancogne. On se sert aussi, à Combiers, des mines de Feuillade, qui en sont encore plus proches que de la forge de Rancogne.

Celle de Planchemenier, appartenant au sieur de la Lande, située sur un étang, à trois lieues d’Angoulesme, prend ses bois dans la forêt de Marthon, terre appartenant au sieur de Saint-Martin, conseiller en la grand’chambre du Parlement de Paris, dont elle n’est éloignée que d’une lieue.

Les autres forges, à six lieues d’Angoulesme, étant obligées de tirer leurs charbons des bois des particuliers, bois qui sont quelquefois hors d’état d’en fournir, ou qui sont enlevés pour d’autres usages, sont sujettes à cesser ; joint que ceux qui les exploitent ne sont pas assez aisés pour les faire aller aussi continuellement que va celle de Rancogne. Elles sont même abandonnées fort souvent pendant plusieurs années ; elles l’ont été pendant ces trois dernières, et pourraient enfin l’être absolument à l’avenir.

En général, tous les maîtres de forges se plaignent que depuis l’année 1691 les droits qu’on levé à la rigueur sur les fers en emportent le profit le plus net. Avant ce temps-là, on les abonnoit avec facilité.

Fers.

Les fers qu’on fabrique dans les provinces voisines ne sont pas si doux ni si propres à beaucoup d’usages que ceux de l’Angoumois. Ceux du Périgord et du Limouzin sont moins chers par cette raison, et parce que la commodité des bois et des mines diminue les frais de leur fabrication.

La livre de fer, qui s’est vendue au passé, à Angoulesme, jusqu’à huit sols, se donne à présent pour quatre sols. Cependant les maîtres de forges se plai-gent que le prix des bois et charbons leur augmente tous les jours.

Papeteries

 [6].

La manufacture de papiers d’Angoumois étoit autrefois une des plus considérables du royaume. Ils passoient avec raison, comme ils font encore, pour les meilleurs du monde. Rien n’égale la fermeté et la blancheur qu’ils acquièrent en vieillissant, à la différence des autres, qui déchoient et qui se coupent avec le temps. Les étrangers les enlevoient avec empressement ; mais depuis que les longues guerres interrompirent le commerce, sous le règne de Louis XIV, les Hollandois, forcés de s’en passer et devenus les singes de l’industrie des autres nations, s’avisèrent de construire des moulins à papier chez eux, et y appelèrent de nos ouvriers pour s’instruire à cette fabrique. Quoique leurs papiers fussent infiniment au-dessous des nôtres, soit à cause de la qualité des eaux ou par la différence du cabal [7], ils ne laissèrent pas de s’en servir, ce qui fit si fort tomber nos papeteries que plus de cinquante moulins qui battoient auparavant en Angoumois furent bientôt réduits à douze ou treize, le reste ayant été abandonné ; et presque tout ce qui s’appeloit gens de cette profession devinrent ruinés, la plupart ayant fait faillite ou étant morts insolvables, ce qui porta un dommage d’autant plus irréparable à la province qu’une infinité de pauvres gens subsistoient à la faveur de cette manufacture, où on est obligé d’employer beaucoup d’ouvriers.

Il est vrai que l’augmentation des espèces ayant excité l’étranger à se fournir de marchandises de France, sembloit avoir ranimé le commerce de nos papiers dans les derniers temps ; mais les diminutions survenues depuis l’ont fait tomber de nouveau , de manière qu’une partie des moulins qu’on avoit rétablis à cette occasion commencent à être délaissés.

Les droits de sortie qu’on a imposés- sur les papiers en ont encore affoibli le débit, et les choses sont à présent en termes que les moulins à papier, qui s’affermoient autrefois jusqu’à dix-huit cents livres, ne s’afferment à présent que cinq cents livres au plus, sur quoi le propriétaire est tenu des grosses réparations, qui consomment souvent ce revenu, en sorte qu’après le cours de plusieurs an, nées il se trouve quelquefois n’avoir eu aucun produit net.

Cette cruelle expérience a découragé tout le monde de bâtir de ces sortes de moulins, personne n’en construit plus, et ceux qui le sont déjà, venant insensiblement à se détruire par l’impuissance des propriétaires à les conserver, il ne s’en verra plus dans la suite.

On sent néanmoins assez l’importance qu’il y auroit à soutenir une manufacture si utile, surtout si l’on considère que la fabrique n’y consomme que des matières viles, et qu’on y emploie au travail des personnes de tout âge et de tout sexe, et impropres à tout autre labeur, sans que les produits précieux de la terre et les autres richesses de la nature y soient diverties, à la différence, des autres mar-. chandises.

Le peu de profit que font les maîtres papetiers, joint aux grandes dépenses dont ils sont chargés pour les salaires et la nourriture des ouvriers, depuis que les gens de .main-d’œuvre sont devenus plus rares et les choses les plus nécessaires à la vie plus chères, est peut-être cause qu’ils se sont relâchés de leur application à ce travail ; ou peut-être aussi que l’augmentation du prix de la peille et de la colle est cause que ces matières y sont épargnées ou de moins bonne qualité. Quoi qu’il en soit, le papier qu’on fabrique à présent n’a plus la même fermeté ni netteté, et n’est plus si bien collé qu’au passé, ce qui, tendant à le confondre avec tout autre, fera éclipser cette singularité et cette préférence qui le faisoient si fort rechercher dans ce pays.

Verreries

Au commencement de l’année 1718, le Conseil de commerce envoya ses ordres dans la province pour être informé du nombre des verreries qui y étoient établies, par lettres patentes ou autrement, de la quantité des ouvrages qu’on y fabriquoit ; si la fabrique en étoit augmentée ou diminuée, par rapport aux années précédentes ; des noms des propriétaires, des entrepreneurs et de leurs associés ; du progrès ou de la décadence de ces manufactures, et des moyens qu’on jugeroit les plus propres pour les encourager ; et enfin des exemptions dont jouis-soient les propriétaires, entrepreneurs ou associés des verreries, soit pour leurs personnes, soit pour leurs ouvrages ou pour les matières qui y entrent.

Il fut répondu qu’il y avoit alors deux verreries où l’on travailloit actuellement, l’une au village de l’Hermitte, paroisse de Grassac, châtellenie de Marthon, et l’autre en la paroisse de Nonnac, châtellenie de Blanzac, toutes deux sans lettres patentes ni autres titres ; qu’on n’y fabriquoit que de petits verres de pièces de fougère et des bouteilles de peu de force pour l’usage du pays, et principalement de la campagne ; que le débit en déchoyoit ; que c’était le sieur Henry de Chazelles de Vaumort quî travailloit à la première, et le sieur François Ferret de la Grange et ses frères à l’autre, sans aucun associé.

On ajouta que ces entrepreneurs ne pourraient se soutenir sans secours ; que s’ils étaient aidés de quelques avances, ils pourroient mettre leurs verreries sur un meilleur pied ; qu’ils y feraient fabriquer des verres d’une plus belle forme, plus nets, d’un plus beau blanc, et que leurs ouvrages seraient mieux conditionnés et d’un meilleur débit ; qu’il seroit à propos d’ailleurs d’envoyer dans la province de bons ouvriers de Paris, d’Orléans ou de Nevers, qui pourroient se joindre à ceux qui y étaient déjà, et établir de nouvelles verreries dans le pays, où ils trouveraient un assez grand débit de leurs ouvrages .s’ils étaient perfectionnés, ce qui ne pourroit procurer qu’un grand avantage à la province, de laquelle il ne laisse pas de sortir un argent considérable pour l’achat de ces sortes d’ouvrages, qui y sont conduits tous les ans sur des chariots par -des marchands des autres provinces et y sont vendus fort chèrement ; que pour exciter ces entrepreneurs et ouvriers forains à venir et à soutenir leurs manufactures, on pourrait accorder quelques pensions ou gratifications aux maîtres, outre celles dont jouissent ordinairement les gentilshommes verriers, avec le droit d’exclusion pour les ouvrages d’une certaine fabrique et qualité ; et enfin qu’ils pourraient établir leurs verreries dans les cantons d’Angoumois, où il se trouve plus de bois hors de portée de déboucher par les navigations ou flottages, ou éloignés des forges, ce qui en produirait d’ailleurs une consommation utile à la province.

On a cru devoir rapporter ici tout au long les observations qui furent faites alors sur cette matière, parce qu’elles peuvent avoir encore leur application au temps présent. Il sera seulement remarqué de nouveau que les deux manufactures de verres de l’Hermine et de Nonnac ne subsistent plus ; que les sieurs Ferret ont passé en Périgord ; et que la veuve du sieur de Vaumort a établi une verrerie à Blanleuil, paroisse de Gardes, et le sieur Morel Ducluzeau une autre à Lafestau, l’une et l’autre près de la Valette.

Le débit de ce qu’on y fabrique, toujours de la qualité prédite, diminue avec le prix journellement, soit par la rareté de l’argent, soit à cause des grandes voitures d’ouvrages de cette nature qui sont arrivées dans les derniers temps d’autres provinces à Angoulesme, même d’Angleterre par eau, en sorte que les maîtres de ces deux verreries, se trouvant cependant obligés aux mêmes dépenses par la cherté des bois, et des salaires et nourriture des ouvriers, qui n’ont que très-peu diminué, ne pourront plus se soutenir. L’arrêt du Conseil du 24 mars 1725, qui proroge les défenses de sortir des verres à vitres, ou autrement, hors du royaume, et celui du 17 avril suivant, qui en fixe le prix, n’encourageront pas ces manufactures. Au reste, les matières qui entrent dans la composition des ouvrages de verre sont le salicor [8], qui se tire des pays de Toulouze et de Narbonne, et une pierre de couleur qu’on tire de la province de Périgord, le brûlis de fougère avec l’azur. On ne paye aucuns droits d’entrée ni autres pour aucune de ces matières.

Manufactures.

Il n’y a aucune autre sorte de manufacture dans la province. Il s’y fabrique seulement dans une paroisse près d’Angoulesme, quelques étoffes de laine à l’usage du commun peuple, connues sous le nom de bure de Nersac, et quelques toiles à Ruffecq et à Aubeterre, qui sont les deux extrémités opposées de la province, l’une sur la frontière du Poictou et l’autre sur les confins du Périgord.

Le Conseil ayant jugé à propos, en l’année 1722, de restreindre les manufactures des ouvrages de fil et de coton, qui s’étoient trop multipliées dans la généralité de Rouen, et de porter dans les autres provinces du royaume les métiers de ces petites étoffes, pour ne pas perdre dans l’Etat une fabrique qui mérite quelque sorte d’attention, ordonna d’examiner si on ne pourroit en établir en Angoumois sans interrompre les autres sortes de commerce qui pourraient y être. Il y fut répondu par des observations de faits et par quelques réflexions qui, se trouvant communes pour tous les établissements nouveaux qu’on pourroit proposer sur pareille matière, semblent mériter d’être rapportées ici.

On observa que, quelque importantes que soient en général les manufactures d’ouvrages de fil et de coton, et de quelque utilité qu’elles pussent être dans la province, il ne paraissoit pas néanmoins convenable d’y tenter un établissement de ce genre, qui y trouverait son impossibilité ou qui entraînerait de trop grands inconvénients ; qu’il n’y a pas dans le pays d ouvriers qui sachent travailler à ces sortes d’ouvrages ; qu’ils ne sont pas propres, par leur grossièreté ou autrement, à s’y former ; et que tout ce qu’il y a de gens de labeur y sont occupés à d’autres sortes de travaux, dont le produit leur est plus utile et est en même temps plus essentiel à la province. Ceux qui résident dans la capitale et dans les petites villes ou chefs-lieux du plat pays sont des artisans occupés à des travaux plus communs, mais aussi plus nécessaires, et desquels il ne serait ni possible ni convenable de les distraire.

A l’égard de ceux qui habitent la campagne, ils y sont livrés à la culture des terres labourables ou des vignes.

Il n’est pas proposable de tirer les laboureurs de la charrue pour entreprendre de les styler à des manufactures d’étoffes ; car, outre qu’ils n’y réussiroient pas, il est du premier intérêt et du bien public de multiplier plutôt que de retrancher cette sorte de travailleurs, surtout en Angoumois, où le produit des grains suffit à peine pour la nourriture des habitants, même dans les années de la plus grande fertilité.

On ajouta que ceux qui travaillent aux vignes méritent une pareille attention ; leur nombre n’y suffit pas, surtout depuis que les plantements des vignes s’y sont multipliés ; et pour peu qu’on le diminuât par quelques diversions de ces gens-là à des manufactures, il arriverait, d’un côté, que ce qui en resterait augmenterait leurs salaires, qui sont déjà excessifs et à un prix outré ; et que, d’un autre, les vignobles venant à manquer de vignerons, la province, qui y trouve sa ressource, ne pourrait plus se soutenir.

Il est vrai que les papeteries de l’Angoumois occupent beaucoup de gens ; mais, outre que ceux qui y travaillent ne seroient ni de volonté ni propres à se donner à d’autres manufactures, il serait d’ailleurs dangereux, si on en tirait des ouvriers, de faire tomber une manufacture ancienne, essentiellement utile à la province, et qui mérite d’être soutenue par l’excellence et la réputation des papiers qu’on y fabrique.

Le parti qu’on proposoit de faire venir des ouvriers d’ailleurs pour travailler dans l’Angoumois aux ouvrages de fil et de coton, ne réussirait pas, selon toute apparence. Ces ouvriers, se trouvant comme transplantés, y prendraient du dégoût ; leur colonie dépériroit insensiblement ; et ces manufactures deviendroient à la fin désertes et tomberoient absolument.

Les frais d’établissement et d’entretien des manufactures proposées en épuiseraient le produit, ce qui en entraînerait bientôt la chute, une pareille chose ne se pouvant soutenir que par les profits. On a vainement tenté d’instituer dans le grand hôpital d’Angoulesme [9] des manufactures de lainage ; l’édifice élevé à cette fin aux dépens d’une personne charitable subsiste encore, aussi bien que quelques métiers qu’on y avoit placés. Il n’a pas été possible de parvenir à rien de plus.

Le mémoire finissoit par remarquer que tout ce qui s’appelle établissement nouveau a souvent quelque chose qui frappe et qui éblouit d’abord ; mais que, tout bien considéré, l’expérience faisoit connoître qu’il en faut toujours revenir aux anciens usages pratiqués dans chaque pays.

On reconnoît que ce que nos pères observoient étoit convenable au climat, une longue épreuve ayant fait sentir ce qui étoit le plus avantageux. On devoit s’en tenir à ce que la plus commune collaboration des peuples a autorisé en chaque lieu, comme plus conforme à leurs talents et aux dispositions marquées de la nature.

Ces motifs, ou d’autres considérations qui firent alors rejeter l’établissement proposé, peuvent déterminer, en d’autres occasions, à s’en tenir aux sources ordinaires du-commerce qui se trouve établi dans la province.


[1NDLR : commune de Vitrac-Saint-Vincent

[2NDLR : commune de Montbron

[3NDLR : commune de Sers.

[4NDLR : communes de Nieuil et Saint-Claud

[5Expression ordinairement employée dans les usines métallurgiques, pour indiquer l’interruption des travaux.

[6Outre le mémoire manuscrit sur la Généralité de Limoges , rédigé par M. de Bernage, l’ouvrage de Munier intitulé : Essai d’une méthode générale propre à étendre les connaissances des voyageurs, et la Statistique de Quénot, on peut encore consulter sur ce sujet l’intéressant travail publié par notre compatriote M. Auguste Lacroix, fabricant de papiers, sous ce titre : Historique de la papeterie d’Angoulême, suivi d’observations sur le commerce des chiffons en France. Paris, Laine et Havard, 1863, in-8.

[7Capital fourni par le propriétaire d’une usine à papier au maître-fabricant. Le cabal, fixé généralement à 3,000 livres pour chaque cuve en Angoumois, devait être représenté intact, lorsque le maître-fabricant quittait le moulin.

[8Nom vulgaire donné à certaines plantes maritimes, qui, coupées pendant leur végétation, puis desséchées, donnent par l’incinération une grande quantité de soude.

[9Le grand hôpital dont parle Gervais est l’hôpital général fondé vers la fin du XVIIe siècle, près le faubourg l’Houmeau , par François de Péricard, évêque d’Angoulême, réuni en 1828 à l’hôpital de N. D. des Anges, et dont les bâtiments servent aujourd’hui à la gare des marchandises du chemin de fer.[NDLR en 1857]

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