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1748 - Mémoire sur les causes de la rareté du bois dans le pays d’Aunis, & sur les moyens de le multiplier.

D 22 septembre 2009     H 00:35     A Pierre     C 0 messages A 484 LECTURES


Le style oratoire des conférenciers du XVIIIe siècle est plein d’élans, et donne parfois l’impression que les mots viennent plus vite que les idées. Monsieur Mercier-Dupaty, lors d’un exposé donné lors d’une séance publique de l’Académie Royale des Belles Lettres de la Rochelle, nous explique comment il entend reboiser l’Aunis.

Sa conclusion : « le remède est en nos mains ; ne balançons point à l’employer, puisqu’en travaillant pour notre propre utilité, nous serons en même tems utiles à la patrie »

C’est le moment de poser des questions ...

Source : Le Mercure de France - Juin 1748 - Books Google

M. Mercier Dupaty , Trésorier de France, lut aussi ensuite un Mémoire sur les causes de la rareté du bois dans le pays d’Aunix, & sur les moyens de le multiplier.

« La rareté du bois dans cette Province, dit-il, est un mal aussi négligé qu’il est connu. Nous n’avons que la forêt de Benon & quelques taillis dans les marais ; le bois qu’on en tire n’est pas proportionné à nos besoins, & afin de pourvoir aux plus indispensables, nous sommes obligés d’avoir recours au Poitou, à la Xaintonge & à la Bretagne. Cependant nous ne sommes indigens que faute de soin ; si l’amour du bien public animoit une fois notre industrie, nous sortirions bientôt de cet état d’indigence, & nous parviendrions à faire une heureuse union de l’agréable & de l’utile, en élevant des arbres pour le plaisir des yeux & pour nos usages. »

Après ce court exorde l’Auteur entre en matière & prouve d’abord par plusieurs autorités que le pays d’Aunis étoit autrefois couvert de bois, & qu’on en voyoit même dans les endroits où l’on juge aujourd’hui qu’il est impossible d’en faire venir, comme sur les bords de la mer, dans un terrain sec, aride & découvert.... Pourquoi donc le bois est-il aujourd’hui si rare dans cette Province ? En voici les causes principales.

- 1°. La destruction du bois a commencé par les besoins des habitans, dont le nombre se multiplioit par l’accroissement de la capitale, & par ceux de la marine devenue plus considérable à proportion que le commerce s’étendoit.
- 2°. Par les grandes plantations de vignes, auxquelles on étoit d’autant plus encouragé que les vins d’Aunis eurent pendant quelque tems une assés grande réputation.
- 3°. Par le décri où ces vins tombèrent ensuite, ce qui obligea les habitans à les convertir en eau-de-vie.

Ce fut là le principe d’un nouveau commerce qui mit le comble à la disette du bois. On avoit dégradé les forêts pouc planter des vignes, il fallut en dégrader de nouvelles pour les vignes déjà plantées, c’est-à-dire, pour les chaudières à eau-de-vie qui font aujourd’hui une immense consommation. Enfin les nouveaux habitans trouvant le pays dénué d’arbres, se sont insensiblement persuadés que le terrain n’étoit pas propre à en produire ; de-là le préjugé contre le succès des plantations...

Cependant il y a des bois dans les endroits de la Province qui y paroissent le moins propres. On voit de tous côtés des arbres épars qui semblent prouver que pour réussir, il suffit presque de tenter.

« Nous sommes sourds à cette espèce de voix de la nature ; le préjugé l’emporte, & ce qui en est une suite naturelle, on néglige de planter... « Cette négligence vient encore de la crainte qu’on a de ne pas joüir : » mais si l’incertitude inséparable de nos entreprises étoit une raison suffisante pour ne rien entreprendre, une oisiveté pernicieuse s’empareroit de tous les hommes ; ils languiroient, victimes des besoins, & manqueroient de tout par paresse, désespérant de recueillir les fruits de leur travail... »

Le pays d’Aunis, dit M. Dupaty dans sa seconde partie, produit des arbres de toute espéce, quoiqu’en petite quantité. Il en fait remarquer quelques unes des plus rares, telles que le chataigner, le hètre, &c. Pour encourager à les multiplier, il entre dans le détail des moyens qui sont les semis & les plantations. Les semis sont la voie la plus sûre pour élever les chênes qui méritent à juste titre nos premiers soins. Mais deux choses semblent rebuter d’entreprendre des semis ; d’un côté la grande dépense qu’on s’imagine qu’ils occasionnent, de l’autre les ravages du vent de mer qui brûle tout. Pour réfuter ces deux objections, M. D. emprunte quelques instructions d’un Mémoire sur la culture des forêts par M. de Buffon. Au rapport de cet Académicien, rien n’est plus nuisible pour les jeunes plants que ces soins qu’on en prend ordinairement & que la coutume autorise. Les observations de M. de Buffon réitérées par celles de M. D. confirment que les labours qu’on donne aux jeunes chênes ne servent qu’à les faire périr.

Il faut donc imiter la nature & planter les buissons & des arbrisseaux qui puissent mettre les jeunes plants à l’abri des injures de l’air & de l’intempérie des saisons. Des expériences que la nature elle même semble nous avoir fournies, prouvent combien cette méthode peut être avantageuse à la Province. De là l’Auteur passe à la façon de se procurer ce couvert si utile ,, 8 aux différens arbrisseaux qu’on peut y employer avec plus de succès.

Pour suppléer aux labours qu’on a coutume de donner aux jeunes plant, moyens nuisibles & trop coûteux, rien n’est pluf capable de les fortifier que de les couper près de terre lorsqu’ils ne poussent pas avec vigueur, opération qu’il faudra réitérer si le cas l’exige.

Après avoir enseigné la culture des semis, l’Auteur parle des soins que demandent les plantations qu’il décrit en peu de mots, & des différentes espéces qui conviennent mieux au terrain de la Province. Il exhorte en même tems à ne pas négliger les arbres qui y paroissent étrangers, tels que les meuriers blancs, les châtaigniers, les pins, &c. qu’on pourroit heureusement multiplier. Il y ajoute le cyprès, dont les propriétés lui donnent occasion de conjecturer que ce bois pourroit se garantir de la piquure des vers qui rongent les vaisseaux, & qu’on pourroit s’en servir avec succès pour les parcs ou bouchots à moules qui sont particuliers au pays d’Aunis, sur quoi M. D. promet des expériences.

Pour employer les moyens de multipliet le bois, on ne demande que les terres incultes, & une partie de ces vieilles vignes qui ne valent guéres mieux, & par un calcul également simple & vrai du nombre de ces terres incultes dans chaque Paroisse, on prouve qu’elles donneroient dans 1a suite une grande quantité de bois qui pourroit encore être augmentée, si on s’appliquoit à garnir de bonnes hayes les fossés qui les entourent, & si dans ces hayes on semoit des glands ou d’autres graines.

M. Dupaty finit en ces termes. « Ce que j’ai dit doit suffire pour nous convaincre qu’il est plus facile de faire réussir le bois dans notre Province qu’on ne l’a pensé jusqu’à présent. Nous ne devons attribuer qu’à notre négligence & à nos préjugés la disette où nous sommes ; le remède est en nos mains ; ne balançons point à l’employer, puisqu’en travaillant pour notre propre utilité, nous serons en même tems utiles à la patrie. »

Ce Mémoire fut suivi d’une Dissertation de M. Jaillot, Supérieur de l’Oraroire, contenant l’abrégé de la vie de la Reine Aliénor, qu’on peut regarder comme la Fondatrice de la Rochelle. Ce morceau trouvera sa place dans l’Histoire de cette Ville.

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