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1765 & 1845 - Deux notices sur l’histoire de Taillebourg (17)

D 30 janvier 2008     H 16:31     A Pierre     C 0 messages A 2145 LECTURES


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Deux versions de l’histoire de Taillebourg, ou comment s’y retrouver dans les récits historiques avares de leurs sources, qui peuvent vous faire passer, sans transition, de l’histoire à la légende.

Sources :
- Le voyageur françois, ou La connoissance de l’ancien et du nouveau monde. T. 34 - par M. l’abbé de Laporte, M. l’abbé de Fontenai et Domairon – Paris -1765-1795 – BNF Gallica
- Histoire des villes de France - Aristide Guilbert – Paris - 1845 - Books Google

Taillebourg, dessin de N. Moreau
Source : revue Franco-Anglaise - Poitiers - 1833

-1- 1765 - Lettre CDLXIX - Suite de la Saintonge

Le voyageur françois, ou La connoissance de l’ancien et du nouveau monde. T. 34 / - par M. l’abbé de Laporte, M. l’abbé de Fontenai et Domairon – Paris -1765-1795 – BNF Gallica

Le premier lieu que j’ai vu , Madame après être parti de Saintes, est Taillebourg, petite ville située sur la rive droite de la Charente, à deux lieues de Saintes, & à trois lieues de Saint-Jean-d’Angély. Cette ville, nommée en latin Talleburgus, Taliaburgus, & quelquefois Tabellicum, est ancienne ; elle existoit au douzième siecle. La seigneurie, dont la jurisdiction s’étend sur quarante paroisses, fut, en 1407, unie au domaine royal. Dans la suite, le roi la donna à l’amiral Coëtivi, de la maison duquel elle a passé dans celle de la Trimouille, par le mariage célébré, en 1501, de Louise Coëtivi, avec Charles de la Trimouille, prince de Talmont.

Au milieu de la ville, sur un rocher très élevé, est bâti le château de Taillebourg, qui fut le théâtre de plusieurs événemens considérables.

On trouve aussi dans cette ville un chapitre composé d’un doyen qui remplit les fonctions de curé, & de trois chanoines.

Ce fut près de Taillebourg que Saint Louis remporta une victoire signalée sur le seigneur de Lusignan, et sur les Anglois qu’il avoit appelés à son secours. Ce roi, ayant conduit son frère, Alphonse de Poitiers, & ayant invité tous les seigneurs à lui rendre hommage, Hugues X de Lusignan, comte de la Marche, eut bien de la peine à abaisser sa fierté jusqu’à venir rendre l’hommage qu’il deyoit à ce prince pour la petite ville de Lusignan. Il étoit lui-même comte de la Marche, de Saintonge. D’Angoumois & d’Aunis ; chef d’une maison dont les cadets possédoient des couronnes dans le Levant, beau-père du roi d’Angleterre. Son épouse Isabelle, qui se qualifioit de comtesse-reinet fut encore plus humiliée de cette marque de dépendance ; elle engagea Hugues de Lusignan à retirer sa foi de la manière la plus injurieuse à son souverain. Hugues vint à Poitiers, aux fêtes de Noël, avec son épouse & une suite nombreuse, sous prétexte de renouveler son hommage ; il entre au palais d’Alphonse & lui dit : Vous m’avez surpris en m’engageant à vous rendre hommage ; je rétracte mon serment, je ne vous connois point pour mon seigntur. Vous avez usurpè le Poitou sur le roi Angleterre ; je ne vous dois rien, non plus qu’au roi votre frère.

A peine le roi de France est-il informé de cette bravade, qu’il marche à la tête d’une armée considérable, s’empare de toutes les places que possédoit Hugues de Lusignan dans le Poitou & dans la Marche.

Hugues, près de succomber, appelle à son secours le roi d’Angleterre, Henri III, qui, avec une flotte considérable, vient débarquer à Royan sur la Garonne, envoie déclarer la guerre au roi de France, & s’avance avec une forte armée sur les bords de là Charente. Louis marche à l’ennemi, campé sous Taillebourg, & l’attaque le 21 juillet 1241 ; là le combat fut très-vif, & la victoire resta au roi de France. Saint Louis poursuivit l’ennemi jusqu’à Saintes, où le lendemain il le défit entièrement dans une sanglante bataille. Le roi d’Angleterre s’enfuit jusqu’à Blaye.

Hugues de Lusignan se voyant sans ressource, vint au camp, près de Pons, s’humilier devant le roi, qui eut la bonté de lui pardonner.

Hugues de Lusignan méritoit d’autant moins la clémence du roi, qu’il s’étoit rendu coupable, pendant cette guerre, d’une perfidie atroce. Il avoit fait, sur le passage de l’armée françoise, empoisonner tous les puits ; & la comtesse son épouse avoit elle-même préparé le poison destiné a faire périr le roi.

Du temps des guerres de la Ligue, Taillebourg qui appartenoit â la maison de la Trimouille, étoit fortifié par un château fort où s’étoit retirée Jeanne de Montmorenci, veuve de Louis de la Trimouille. Le prince de Condé avoit fait paroître quelque envie d’épouser la fille de cette dame, appelée Charlotte de la Trimouille. Il vint souvent la visiter à Taillebourg, & il laissa dans ce château, en partant pour son expédition d’Angers, une partie de ses domestiques, ainsi que ses pierreries & tout ce qu’il avoit d’effets précieux. Mais Madame de la Trimouille, quoique ce mariage fît honneur à sa fille, n’étoit point disposée à y donner son consentement ; soit que le roi lui eût marqué que cette alliance ne lui feroit pas plaisir, ou soit uniquement à cause de la différence de la religion. Mademoiselle de la Trimouille, au contraire, paroissoit fort disposée à faire tout ce qui dépendroit d’elle pour se rendre digne d’une alliance si honorable. Ainsi la mere & la fille ne vivoient pas entre elles en bonne intelligence.

Dans cette disposition des esprits, madame la Trimouille se voyant entourée des gens du prince de Condé, & des protestans du parti de ce prince, écouta favorablement les propositions du maréchal de Matignon, qui commandoit dans ce pays pour le parti catholique, qui lui persuada de se débarrasser des mains des protestants, & lui envoya pour cet effet quatre compagnies de gens de pied, commandées par le capitaine Beaumont. Cette dame reçut ces troupes dans la ville, en attenant qu’elles pussent prendre le château où elle étoit, & en chasser les gens du prince de Condé. Beaumont, ne pouvant parvenir à entrer par ruse dans le château de Taillebourg, prit le parti de s’en emparer par force.

Dans ce dessein, il l’assiégea dans les formes, fit tirer autour des lignes de circonvallation, & commença ses travaux.

Mademoiselle de la Trjmouille, voyant que sa mere étoit d’intelligence avec ses ennemis, & que le château étoit de jour en jour serré de plus près, appréhenda que si les catholiques devenoient maîtres de cette place qui etoit de conséquence, cette perte ne refroidît l’inclination que le prince de Condé avoit pour elle. Elle écrivit, à l’insçu de sa mere, au comte de Laval, de venir à leur secours, & l’instruisit de la manière dont il devoït attaquer les ennemis.

C’est une chose qui doit, Madame, vous paroître un peu étrange, de voir une fille vivre avec sa mere, & lui faire, en quelque sorte, une véritable guerre : c’étoit l’esprit de ces temps-là, où les passions avoient bien plus d’énergie qu’elles n’en ont aujourd’hui ; on se détestoit, comme on s’aimoit, bien sincèrement.

Cette demoiselle de la Trimouïlle, pour faire réussir son entreprise, se servit d’un page du prince de Condé, qu’il avoit laissé dans le château ; elle feignit ne pouvoir le souffrir, à cause du peu de retenue qu’il mettoit dans ses actions & ses discours, & parut le chasser lorsqu’elle l’envoya porter la lettre dont il est question.

Le comte de Laval reçut cette lettre, & fit part des nouvelles qu’elle contenoit à quelques capitaines des environs, qui rassemblèrent cinq cents hommes de troupes réglées ; il se mit à leur tête, s’avança vers Taillebourg, & ordonna à de Lorges & au jeune Montgommeri de mettre pied à terre. Ils entrèrent dans le fossé, suivis de vingt cuirassiers, donnerent, l’épée à la main, dans les retranchemens ennemis, tandis que les arquebusiers les attaquoient dans différens autres endroits.

Les soldats de Beaumont, qui assiégeoient la place, firent d’abord une vigoureuse résistance. Mais, à ce signal, la garnison du château ayant pris courage & s’étant mise à tirer contre les assiégeans, ceux-ci, que l’artillerie incommodoit beaucoup, commencèrent enfin à se ralentir, & songèrent â faire retraite. Ils entretinrent cependant le combat. La nuit cacha la honte de leur fuite. Les uns se retirèrent au travers des marais voisins, & allèrent chercher un asile au delà de la Charente, à la faveur du pont qui étoit sur cette rivière. Il y en eut peu de. tués, car on ne compta que soixante morts dans la ville ; mais le nombre des blessés & des prisonniers fut plus grand.

Aussi-tôt après le combat, le comte de Laval, sur les instances de mademoiselle de la Trimouille, fut reçu dans le château ; &, conformément aux avis secrets qu’elle lui donna avant que d’en partir, il confia le commandement de la place à Boursier, lieutenant des gardes du prince de Condé, & y mit pour garnison les gardes mêmes du prince, ce qui ne fit pas plaisir à madame la Trimouille, qui, appréhendant de déplaire au roi, & ne se fiant pas trop aux protestans, ne vouloit se déclarer pour aucun parti.

Quelque temps après, le prince de Condé épousa mademoiselle la Trimouille : puis elle fut accusée & violemment soupçonnée d’avoir empoisonné cet époux.

-2- Histoire des villes de France - Aristide Guilbert – Paris - 1845

A l’époque de la féodalité, Taillebourg était une position naturellement choisie pour y construire une château fort. Il y avait là un rocher escarpé et la Charente. Le premier seigneur de Taillebourg qui paraît sur le théâtre du moyen âge est Geoffroy de Rancon qui fut deux fois assiégé par Richard Cœur de Lion et vit ses tours rasées au niveau du sol (1179 et 1187). C’est dans son château, d’après quelques chroniqueurs, et non pas à Bordeaux, comme l’affirment la plupart des historiens, que furent célébrées les noces de Louis le Jeune et d’Éléonore de Guyenne (1137). Geoffroy de Rançon accompagna le roi et la reine en Palestine ; il portait l’oriflamme de Saint Denis à Laodicée, lorsque pour obéir aux caprices de la reine, dont il était, dit-on, secrètement amoureux, il abandonna des défilés de Phrygie, mouvement qui faillit causer la perte de l’armée.

Après la rébellion du comte de la Marche, saint Louis vint à Taillebourg au-devant de Richard III. Geoffroy de Rancon, fils du croisé, abandonna la cause des Anglais et ouvrit à saint Louis les portes de son château. Ce seigneur se présenta au roi les cheveux en désordre et la barbe longue, il fléchit le genou, mit ses mains jointes entre celles du monarque ; il lui prêta foi et hommage pour sa seigneurie de Taillebourg, et lui promit le secours de sa lance comme son homme lige et son vassal. Il avait juré par les saints de laisser croître sa barbe et ses cheveux jusqu’à ce qu’il fût vengé d’une injure que lui avait faite le comte de la Marche. Louis, à la tête de quelques chevaliers seulement, chargea les Anglais sur le pont de Taillebourg et fit rétrograder toute l’armée ennemie dans les vignes qui bordent la Charente. Les Anglais demandèrent une trêve. C’était un dimanche, jour de Sainte-Madeleine ; le pieux roi la leur accorda. Le lendemain toutes les tentes des ennemis étaient levées. L’armée anglaise s’était repliée sous les murs de Saintes. Le comte de la Marche vint implorer à genoux la miséricorde de saint Louis. Alors quand il vit son rival humilié, Geoffroy de Rancon demanda des ciseaux et, en présence du roi, fit couper sa barbe et ses cheveux. Sa vengeance était consommée (1342)

Le château de Taillebourg fut pris dans les longues guerres des deux couronnes, d’abord par le comte de Derby, qui massacra toute la garnison, ensuite par le duc de Bourbon, qui enleva d’assaut le pont à l’aide des arbalétriers genevois (1346-1385). En 1410, la seigneurie de Taillebourg fut réunie au domaine royal par Charles VII. L’incorporation de Taillebourg au domaine de la couronne n’empêcha pas les trois frères Plusqualet de s’y enfermer avec une compagnie de détrousseurs qui exerçaient leurs brigandages dans toute la contrée. Charles VII vint assiéger les trois frères, en 1441, et les envoya prisonniers à La Rochelle, après les avoir déclarés traîtres, rebelles, déchus de tous leurs titres, de toutes leurs propriétés. Il abandonna l’année suivante le château de Taillebourg à Prégent de Coëtivy.

Dans les premières insurrections du calvinisme, le sieur de Romegoux s’empara du château, par escalade, avec dix-huit gendarmes, à l’aide de poignards plantés dans les interstices des murailles. Ce fut du haut de ce rocher que ce hardi aventurier méditait ses prouesses fabuleuses, et partait, une fois avec trente cinq hommes pour aller piller en plein jour le couvent des Chartreux de Bordeaux ; une autre fois pour aller surprendre la ville de Tonnay-Charente et s’emparer de la flotte catholique ; une autre fois pour escalader les murailles de Saintes pendant la nuit, saisir le gouverneur Combaudière dans son lit, le faire charger sur les épaules d’un soldat, et l’emmener prisonnier de guerre dans son château de Taillebourg. Rien ne paraissait impossible au gentilhomme de Saintonge. II voulut aller enlever Charles IX au château de Landes. Mais il ne put trouver un compagnon assez hardi pour tenter l’aventure. Romegoux désespéré alla sur les murs du château de Douhet, et tua d’un coup d’arquebuse le meilleur capitaine catholique, Larivière Puytaillé, qui se rendait de Saint-Jean-d’Angely à Saintes (1562-1570).

A Romegoux, succéda Charlotte de la Trémouille, qui, enfermée au château de Taillebourg, entretenait malgré la sévère Jeanne de Montmorency, sa mère, une correspondance avec le prince de Condé ; Charlotte trahissait les catholiques que le maréchal de Matignon avait envoyés au secours de Jeanne de Montmorency et introduisait des soldats huguenots dans le château. Elle finit par épouser le prince de Condé qu’elle empoisonna plus tard, à ce qu’on assure, après avoir embrassé la cause de la réforme avec son frère, Claude de La Trémouille.

Pendant les troubles de la Fronde, le grand Condé s’empara de Taillebourg (1651) ; mais à la paix cette ville, écrasée par les garnisaires que le roi envoya dans la Saintonge, vit sa prospérité décroître et ses habitants émigrer.

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