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Nos députés sous la seconde Restauration, I-Charente.

mardi 5 juillet 2022, par Christian, 125 visites.

« Nos » députés ? Ils n’étaient désignés que par 1 392 électeurs en 1821 et à peine plus de 1 000 en 1824 et 1827 [1], soit 0,3 % environ de la population du département : les hommes, au moins trentenaires et acquittant un minimum de 300 francs de contributions directes. Eux-mêmes devaient avoir quarante ans révolus et payer au moins 1 000 francs d’impôt, ce qui laissait sans doute bien moins de 200 éligibles. En contrepartie, élus, ils ne percevaient aucune indemnité.

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Ce régime censitaire ne favorisa apparemment pas un grand zèle chez la plupart de nos élus. Il faut dire aussi que leurs pouvoirs étaient limités : l’initiative des lois ne leur appartenait pas et les ministres n’étaient pas responsables devant la Chambre des députés des départements. En outre, les préfets n’hésitaient pas à écarter les électeurs mal-pensants (par exemple grâce à des rabais d’impôt !), ou à ajouter à la liste des fonctionnaires ou des amis du pouvoir – ce au moins jusqu’à la campagne électorale de 1827 [2]. Les partis (ultras, constitutionnels, libéraux, indépendants) n’étaient pas non plus très structurés, la loi électorale était changeante et les chambres furent presque toutes dissoutes avant terme. Il y en eut cinq :

  • la « chambre introuvable » dominée par les ultras (août 1815-septembre 1816), où la Charente eut 4 représentants.
  • La chambre « constitutionnelle » (1816-1824), dont les membres étaient renouvelables par cinquième chaque année. Les députés de la Charente, relevant de la cinquième série, le furent en 1821. Au début, ils n’étaient plus que trois, proposés par les collèges d’arrondissement et confirmés par le collège du département, mais la loi dite du double vote, de juin 1820, ajouta aux 258 députés (désormais élus par les collèges d’arrondissement) 172 autres désignés par le collège de département, composé du quart des électeurs le plus imposé, de sorte que la représentation de la Charente fut accrue de deux éléments en novembre suivant.
  • trois chambres « septennales » (la « chambre retrouvée », 1824-1827 ; la chambre des 221, 1827-1830, et la chambre qui fit la transition avec la Monarchie de Juillet, 1830-1831) : la loi de juin 1824, qui supprima les renouvellements annuels, porta en effet le mandat à sept ans – ce qui resta tout théorique en raison des dissolutions.
chambre Angoulême Confolens Cognac département
1815-1816 - - - Albert, Dupont, Dubreuil, Bordesoulle
1816-1820 (a) Albert Dupont Dupuy Dubreuil, Descordes
1821-1823 Albert Pougeard Otard Dubreuil (b) > Descordes, Dupont
1824-1827 Descordes Dupont Otard (c) >Hennessy Montleau, La Laurencie
1827-1830 Gellibert Pougeard Hennessy Delalot, Dupont
1830-1831 Gellibert Pougeard Hennessy Delalot, Albert fils

(a) En 1816, le collège du département avait confirmé les choix des collèges d’arrondissement. Il élut en novembre 1820 deux députés supplémentaires en application de la loi de juin précédent.
(b) et (c) : morts en cours de mandat, ils sont remplacés.

Soit, en tout, 14 députés que nous passerons en revue en commençant par ceux qui, à un moment ou un autre, ont été proposés ou élus par les collèges d’arrondissement. Nous ferons appel aux assez nombreuses « biographies des députés [3] » qui parurent sous la Restauration même, mais en les faisant chaque fois précéder des notices données par Adolphe Robert et Gaston Cougny dans leur Dictionnaire des parlementaires français... : depuis le 1er mai 1789 jusqu’au 1er mai 1889, 1889-91 (ci-après « R & C ») et, auparavant, par Braun dans sa Statistique constitutionnelle de la Chambre, de 1829 [4]. En effet, ces biographies, dites parfois pittoresques, ne brillent probablement pas par leur objectivité, en raison soit d’un biais partisan, soit d’une recherche assumée de la rosserie. Ce sont, dans l’ordre chronologique :

Le siège de Cognac fut monopolisé par les négociants en eaux-de-vie. Celui d’Angoulême revint à des juges, de carrière (Albert père et fils) ou "improvisés" (Descordes), sauf après 1827, où ce fut un médecin qui l’emporta. Le général Dupont et un administrateur hostile aux ultras se disputèrent le siège de Confolens. Quant au collège du département, sa composition favorisa la plupart du temps des militaires, comme La Laurencie et Dubreuil de la Guéronnière (qui avait servi dans l’armée des Princes), mais aussi des généraux de l’armée impériale (Bordesoulle et Dupont, mentionnés tous deux dans le Dictionnaire des girouettes). À noter la présence de deux étrangers au département : Bordesoulle et le publiciste Delalot.

ANGOULÊME

Jean-Baptiste, François ALBERT

Député de la Charente de 1815 à 1824, né à la Rochefoucauld (Généralité de Limoges), le 11 novembre 1759, mort à Angoulême (Charente), le 22 juillet 1837, il étudia le droit, devint avocat à Angoulême, puis fut nommé juge au Tribunal de cassation.
Il débuta dans la carrière parlementaire sous la Restauration : le 22 août 1815, le collège du département de la Charente l’envoya à la Chambre des députés par 117 voix sur 289 inscrits et 215 votants. Dans cette première législature il fit partie de la majorité royaliste et subit la dissolution de la Chambre « introuvable ».
Le 4 octobre 1816, il vit son mandat renouvelé par la même circonscription, avec 137 voix sur 280 inscrits et 217 votants. Il siégea, dès lors, au centre. Il avait été, le 13 mars de cette année, nommé président du tribunal de première instance d’Angoulême, et quelques jours après, président de la « Cour prévôtale » de la Charente.
À la Chambre, il proposa divers amendements à la loi du 21 octobre 1816, sur la forme de procéder à l’égard des écrits saisis. Puis, comme rapporteur des pétitions, il demanda le renvoi à la commission du budget, d’une pétition de divers propriétaires ruraux d’Angoulême qui, en réclamant contre une délibération du conseil municipal de cette ville, accusaient le ministre des Finances et demandaient à le poursuivre devant la Chambre des pairs [5]. Lors du débat sur la loi du 17 mai 1819 (répression des délits de presse), il s’opposa à l’admission de la preuve testimoniale contre les fonctionnaires publics, et, dans le cas où son opinion ne prévaudrait pas, proposa qu’un prévenu ne fût autorisé à fournir cette preuve qu’à la condition d’avoir préalablement porté plainte en justice des faits pour la publication desquels il serait poursuivi en diffamation. Albert vota pour la loi dite du double vote.
Au renouvellement de la Chambre, le 1er octobre 1821, il fut réélu par le 1er arrondissement électoral d’Angoulême avec 252 voix sur 702 inscrits et 474 votants, et continua de siéger au centre jusqu’au 25 février 1824 ; s’étant représenté alors aux élections générales, il n’obtint plus que 75 voix contre M. Descordes, qui fut élu par 296 voix sur 497 inscrits et 390 votants. (R & C)

ALBERT. CHARENTE. Juge au tribunal civil d’Angoulême en 1811 ; président du même en 1815. Nommé député en 1815, a siégé au centre à la Chambre de 1815 à 1816. Réélu en 1816 et par l’arrondissement d’Angoulême en 1821, a siégé au centre gauche de 1816 à 1819, puis au centre de 1819 à 1823. Décoré de l’étoile de la Légion-d’Honneur en 1820. (Braun, 1829)

ALBERT (Charente), a été nommé, en 1816, président du tribunal d’Angoulême, et son fils conseiller du même tribunal Cet arrangement de famille est devenu facile, le président titulaire ayant été renvoyé à Bordeaux pour y remplir l’emploi de conseiller. — A voté, en 1819, pour les deux lois d’exception et pour la nouvelle loi d’élections.
12 Mai – Albert, rapporteur de la commission des pétitions, propose [le passage à] l’ordre du jour sur la pétition du sieur Dumont à Bouchain, qui réclame contre les lois d’exception. (Brissot-Thivars, 1820)
1815, majorité [ultra] – 1816-1818, siège au centre [i.e. « députés votant d’habitude avec le ministère »] (Brissot-Thivars, 1819)

M. le président du tribunal d’Angoulême est un petit homme poudré et frisé, qui appartient à la catégorie peu nombreuse des porteurs de queues dans la Chambre. C’est presque toujours au centre que les queues vont se ranger.
Député depuis 1815, où il vota avec la majorité, M. Albert n’a parlé qu’une fois, une seule fois à la tribune ; mais cette occasion est remarquable pour ceux qui voudraient savoir si les intérêts publics ou son intérêt particulier préoccupent cet honorable membre. Il s’agissait de savoir si la preuve testimoniale serait admise contre les fonctionnaires, dans le cas de leurs poursuites pour les délits de la presse. M. Albert prit la parole sans la demander, s’élança à la tribune comme un homme ivre de ses idées, et au milieu d’un tumulte effroyable, des réclamations du centre, des ce n’est pas ça ! ce n’est pas ça ! répétés au côté droit, il ouvrit la bouche, s’anima, gesticula durant trois quarts d’heure, sans s’embarrasser d’être compris ou entendu. C’était une plaisante comédie, que son opposition à toute responsabilité de la part des présidens ! Ceux qui ont vu la première et unique représentation de sa colère s’en souviendront toute leur vie.
Du reste, on ne croit pas que le nom d’Albert soit venu à ce député de ses dispositions à être sorcier. (Latouche, 1820)

ALBERT. (Charente, Angoulême.) côté droit. Président du tribunal d’Angoulême, il a été député de la chambre de 1815 ; il fut réélu après l’ordonnance du 5 septembre : il prend très-rarement la parole, mais il paraît sincèrement dévoué au Roi et aux Bourbons. (La monarchie sauvée, 1821)

Président du tribunal d’Angoulême depuis 1816 ; député depuis 1815. M. Albert, qui ne paraît jamais à la tribune, dérogea à cette noble habitude le jour où il fut question de savoir si la preuve testimoniale serait admise contre les fonctionnaires, dans le cas de leur poursuite pour les délits de presse ; il s’y opposa formellement, et constata ainsi son amour pour le privilège et les exceptions. En 1815 il vota avec la majorité, et en 1819 il concourut à restreindre la liberté individuelle, à établir la censure, et à donner à la richesse un double vote dans les élections. (Persan, 1822)

Pierre, Jean-Baptiste DESCORDES

Député aux Cinq-cents, de 1820 à 1821 et de 1822 à 1827, né à Angoulême (Généralité de Limoges, France), le 1er avril 1760, de Jacques Descordes, procureur au présidial d’Angoulême et de Jeanne Clavaud, mort à Poitiers (Vienne), le 2 octobre 1836, il était avocat à Angoulême avant la Révolution.
Accusateur public près le tribunal d’Angoulême, il fut élu, le 23 germinal an V, député de la Charente au Conseil des Cinq-cents, par 175 voix sur 198 votants ; le 8 fructidor an V, il fit une motion d’ordre pour qu’il fût formé une commission de cinq membres chargée de proposer un projet pour régulariser les destitutions prononcées par le Directoire contre les administrateurs. Le 18 fructidor mit un terme à son mandat.
Sans emploi pendant la durée de l’Empire, M. Descordes fut nommé adjoint au maire d’Angoulême le 3 avril 1816, et fut élu député, le 13 novembre 1820, par le collège de département de la Charente, avec 175 voix sur 310 votants et 365 inscrits. Il siégea dans la majorité ministérielle, et fut successivement réélu, le 10 août 1822, (en remplacement de Dubreuil-Hélion de la Guéronnière, décédé) par 146 voix sur 234 votants et 328 inscrits, contre 64 voix à M. Vallier, juge, et 23 à M. Terrasson de Montleau ; et le 25 février 1824, dans le 1er arrondissement électoral de la Charente (Angoulême), avec 296 voix sur 390 votants et 497 inscrits, contre 75 voix à M. Albert, président du tribunal.
À la fin de cette législature (1827), M. Descordes ne se représenta plus et quitta la vie politique. Il a été fait chevalier de la Légion d’honneur, le 11 août 1823. (R & C)

DESCORDES. CHARENTE. Avocat et conseiller de préfecture en 1820. Nommé député par le grand collège en remplacement de M. Dubreuil, comte Hélion de la Guerronnière, décédé en mai 1822, puis réélu par l’arrondissement d’Angoulême en 1824, a siégé au côté droit en 1823, puis au centre de 1824 à 1827. Décoré de l’étoile de la Légion-d’Honneur en 1823 ; premier président de la cour royale de Poitiers en 1824. En novembre 1827, les électeurs d’Angoulême lui ont donné pour successeur M. Gellibert. (Braun)

DESCORDES. (Charente, Angoulême.) CÔTÉ DROIT. Avocat très-distingué d’Angoulême, dévoué, par principes et par sentiment, à la famille des Bourbons ; il ne ménage le libéralisme ni dans ses écrits ni dans ses discours : il a défendu beaucoup de proscrits, et il a arraché quelques victimes aux tribunaux révolutionnaires. (La monarchie sauvée, 1821)

DESCORDES. (Centre droit). C’est un avocat distingué du barreau d’Angoulême. On dit qu’il a toujours montré beaucoup de zèle pour les proscrits : cela est rassurant pour nos libertés. (Persan, 1822)

DESCORDES (Charente), premier président de la Cour royale de Poitiers, chevalier de la Légion-d’Honneur. Le ministère exploite les élections en faveur de ses candidats, cela s’est vu ; les élus exploitent le ministère pour eux et leur famille, cela se voit tous les jours : c’est donc par la Chambre des députés qu’on arrive aux places et à la fortune : parfaitement raisonné, n’est-il pas vrai, M. Descordes ? Vous étiez convaincu de cette grande vérité, quand vous vous présentâtes aux élections de la Charente, et quand, pour réussir plus sûrement, on fit circuler, au moment du scrutin, que votre antagoniste, M. de Montleau, renonçait à la candidature. La chose paraissait vraisemblable ; on savait que vous étiez le voisin et l’ami de M. de Montleau, les voix qui auraient été partagées se réunirent, et le département de la Charente eut le bonheur d’être représenté par vous : grand bien lui fasse !
Ce ne fut, il est vrai, que pour une session ; mais une session suffit pour voir et revoir les ministres, connaître le fort et le faible des comités secrets ; le temps fut très-bien employé ; et de nouveau candidat, mais cette fois ministériel, M. Descordes fut encore appelé à la Chambre. Dire ce qu’il y fit est chose assez difficile : Dieu nous pardonne, nous n’en savons rien. Nous avons consulté le Moniteur : pas de discours ; nous avons parcouru tous les ministères ; nous avons bien appris qu’un député de la Charente, précédé d’une certaine dame de J., avait fait nombre et nombre de visites ; mais nous n’avons pu obtenir aucun éclaircissement sur la nomination de M. Descordes à la place de premier président de la Cour royale de Poitiers. Avant d’obtenir cette dignité, M. Descordes était probablement président de chambre ? non ; conseiller ? non ; juge ? non. On s’y perd : eh bien ! il était conseiller de préfecture. Le saut est beau ! Occupés à rechercher les causes d’un avancement si prompt, nous nous sommes imaginé que ses qualités morales lui avaient valu cette faveur (car les ministres sont forts pour la morale). Nous avons écrit à Angoulême : les gens de ce pays ont bien mauvaise langue ! (Massey de Tyronne, 1826)

DESCORDES (Charente). Nous avons cherché long-temps quel acte de dévouement l’a pu faire nommer premier président de la cour royale de Poitiers. Nous nous sommes demandé ce qu’il était avant de venir voter à la chambre. Il était conseiller de préfecture, nous a-t-on répondu. Conseiller de préfecture ? de cour royale, vous voulez dire ? – pas du tout, de préfecture. – Nous avouons ingénument n’y plus rien comprendre. C’est peut-être une mauvaise plaisanterie ministérielle ; que M. Descordes s’en méfie. (Lagarde, 1826)

DESCORDES (Charente) Les électeurs l’improvisèrent député ; le ministère l’improvisa premier président d’une cour royale ; quant à M. Descordes, il n’improvisa jamais rien. (Raban, 1826)

…M. Descordes qui siégeait au centre, votait pour le ministère, et qui n’a pris la parole qu’à l’occasion du mesurage des bois. (Bio, 1828)

Alexis GELLIBERT des Seguins

Député de 1827 à 1834, né à Juignac (Généralité de Limoges) le 5 décembre 1785, mort à Roussines (Charente) le 15 juillet 1859, il était médecin à Angoulême, et d’opinions « constitutionnelles ».
Les libéraux du 1er arrondissement électoral de la Charente adoptèrent sa candidature à la Chambre des députés et la firent triompher, le 17 novembre 1827, par 308 voix sur 416 votants et 496 inscrits, contre 86 voix à M. de Chataigner, maire d’Angoulême.
M. Gellibert des Seguins siégea au centre gauche. Il fut des 221, obtint sa réélection, le 23 juin 1830, par 318 voix (456 votants, 507 inscrits), contre 133 à M. Tesnières, adhéra au gouvernement de Louis-Philippe, fit partie de la majorité conservatrice, et fut encore réélu, le 5 juillet 1831, par 332 voix (649 votants, 818 inscrits), contre 306 à M. Thibaud. Il échoua au renouvellement du 21 juin 1834. (R & C)

GELLIBERT [Charente], centre gauche. Il a été élu malgré les efforts du marquis de Guer, préfet de la Charente. Dès le premier tour de scrutin, M. Gellibert réunit 308 suffrages sur 406. Il n’avait encore siégé dans aucune assemblée législative avant 1828. La place qu’il occupe dit assez pour qui est son vote. (Dourille, 1828)
GÉLIBERT (Charente, Opposition libérale). C’est un médecin jouissant de l’estime de tous les habitans d’Angoulême, qui viennent de le porter pour la première fois à la députation. Il remplace M. Descordes qui siégeait au centre, votait pour le ministère, et qui n’a pris la parole qu’à l’occasion du mesurage des bois. (Bio, 1828)
GELLIBERT, médecin, ex-député de la Charente ; quoiqu’il n’eût encore fait partie d’aucune législature et que les autorités locales fissent tous leurs efforts pour empêcher son élection, M. Gellibert obtint en 1828, dans le département de la Charente, 308 suffrages sur 406. Il siégeait sur les bancs du côté gauche, et votait avec cette fraction de la Chambre qu’on appelle libérale et anti-ministérielle. On prétend qu’il est aussi bon orateur qu’il est bon médecin. Reste à savoir maintenant ce qu’en pensent messieurs de la faculté de Paris, juges souverains en pareilles matières. (Levavasseur, 1830)

COGNAC

Jean DUPUY

Député de 1816 à 1821, né à Cognac (Généralité de La Rochelle) le 1er mars 1756, mort à Cognac (Charente) le 10 mai 1831, il était le fils aîné de Jean Dupuy, avocat à la Cour, et d’Anne-Guillemette Roy ; il eut pour parrain Jean Dupuy, receveur des eaux et forêts, son aïeul, et pour marraine dame Julie Duqueyroix, son aïeule maternelle.
Il étudia le droit et se fit recevoir avocat. En 1796, il fonda à Cognac une importante maison de commerce, sous la raison sociale Otard, Dupuy et Cie.
Le 4 octobre 1816, il fut élu député, au collège de département de la Charente, par 107 voix (210 votants, 280 inscrits), et siégea jusqu’en 1821 parmi les royalistes. Chevalier de la Légion d’honneur. Sa fille avait épousé M. d’Alès, sous-préfet de Cognac. (R & C)

DUPUY. CHARENTE. Propriétaire. Nommé député en 1816, a siégé au centre gauche de 1816 à 1819, au centre de 1819 à 1820, puis au centre droit de 1820 à 1821. (Braun)
DUPUY (Charente), âgé de 64 ans, riche négociant ; reçu avocat à l’âge de 25 ans ; nommé vers 1788 lieutenant de l’élection de Cognac ; en 1790 membre de l’administration du district de Cognac, passait alors pour patriote ; fut remplacé en 92 ; royaliste depuis cette époque ; il doit au droit d’aînesse, aboli en 1789, une immense fortune. — Centre de droite ; partisan des lois d’exception et du nouveau système électoral. (Brissot-Thivars, 1820)

M. Dupuy (de la Charente) siége au centre droit, quand par hasard il siége à la Chambre ; mais c’est le membre qui manque le plus souvent à l’appel : aussi est-il fort difficile à un peintre de saisir ses traits. Il ne tient pas en place ; il n’est pas de modèle qui pose si mal. Il fait des fonctions de député un [sic] véritable sinécure. (Latouche, 1820)

M. Dupuy, qui pense trop bien pour parler si peu, est du côté droit depuis qu’il n’y a plus de centre. (La monarchie sauvée, 1821)

Dupuy. Que dire de qui ne dit rien ? Le louer de ce que, comme tant d’autres, il ne parle pas pour ne rien dire. (Petit almanach, 1820)

Dupuy. C’est un riche négociant qui ne se pique pas de remplir avec une grande exactitude les fonctions de député. Il ne parle jamais, et vote rarement, attendu qu’il ne paraît pas fort exactement à la chambre : quelqu’un prétend qu’il est beaucoup plus assidu à la bourse.
Né en 1756 ; avocat en 1781 ; lieutenant de l’élection de Cognac en 1788 ; membre de l’administration de son district et patriote en 1790 ; remplacé, comme royaliste, en 1792 ; député depuis 1816.
M. Dupuy, qui, dit-on, doit au droit d’aînesse une immense fortune, siége au centre droit. (Persan, 1822)

Dupuy (côté droit). On s’apercevra peu de son absence à la chambre, car il n’y parlait jamais et n’y paraissait pas toujours exactement. (ibidem)

Jean-Baptiste, Antoine OTARD de la Grange

Député de 1821 à 1824, né à Brives (Généralité de La Rochelle) le 12 décembre 1763, mort à Bordeaux (Gironde) le 24 mars 1824, il fut élevé au collège de Pontlevoy. Il refusa d’émigrer à la Révolution et fut deux fois enfermé, en 1791 et en 1793, à l’abbaye de Saintes. Entre ces deux incarcérations, il avait obtenu la place d’ingénieur cadastral de son canton. Remis en liberté au 9 thermidor, il s’installa à Cognac comme négociant, et resta maire de cette ville pendant près de 30 ans.
Officier de la Légion d’honneur, il fut élu député du 3e collège électoral de la Charente (Cognac), le 1er octobre 1821, par 141 voix (237 votants, 385 inscrits), contre 69 voix à M. Guérin du Foncin, banquier à Paris, et fut réélu, le 25 février 1824, par 214 voix (263 votants, 304 inscrits), contre 47 à M. Auguste Martell, négociant.
M. Otard prit place à la Chambre parmi les ultra-royalistes, soutint les projets les plus réactionnaires, s’indigna du complot de la Rochelle, et demanda, pour les quatre sergents, la punition qui leur fut en effet donnée ; il se plaignit aussi que la Charte de 1814 laissât le roi désarmé en face de la révolution menaçante.
Décédé en 1824, M. Otard fut remplacé, le 2 août suivant, par M. Hennessy. (R & C)

OTARD. CHARENTE. Propriétaire ; maire de Cognac. Nommé député par l’arrondissement de Cognac en 1821, a siégé au côté droit jusqu’en 1823. Décoré de l’étoile de la Légion-d’Honneur en 1821. Réélu député en janvier, mais étant décédé le 24 mars 1824, il a été remplacé par M. Hennessy. (Braun)

OTARD. On croit que ce nouveau député choisira sa place au centre. Il est maire de Cognac et riche négociant. (Persan, 1822)

Jacques HENNESSY

Député de 1824 à 1831 et de 1834 à 1842, né à Ostende (Pays-Bas autrichiens) le 11 octobre 1765, mort à Paris (Seine) le 21 avril 1843, il était négociant en eaux-de-vie à Cognac et membre du conseil d’arrondissement de la Charente, quand M. de Villèle le nomma, en 1824, président du 3e collège électoral de ce département qui, le 2 août, l’élut député en remplacement de M. Otard, décédé, par 186 voix (191 votants, 309 inscrits).
A la Chambre, M. Hennessy prit place au côté droit. Il vota pour le ministère, repoussa toutes les motions émanées de l’opposition, fut réélu, le 17 novembre 1827, par 115 voix (220 votants, 290 inscrits), contre 104 à M. Martell, et se rallia, soudain aux constitutionnels du groupe Agier. Il combattit avec eux le ministère Polignac et fut des 221.
Le 23 juin 1830, il obtint le renouvellement de son mandat par 236 voix (308 votants, 351 inscrits), contre 69 à M. Pelluchon-Destouches. M. Hennessy prit part à l’établissement de la monarchie de Louis-Philippe, et fit partie de la majorité. Non réélu le 5 juillet 1831 (il n’obtint alors que 139 voix contre 253 à M. Caminade de Chatenay, élu), il reparut à la Chambre le 21 juin 1834, comme député du même collège, élu par 197 voix (348 votants, 435 inscrits), contre 83 à M. Caminade, député sortant. Le ministère avait vivement soutenu sa candidature. En retour, M. Hennessy donna silencieusement son suffrage au pouvoir en toute circonstance, fut renommé député le 4 novembre 1837, par 227 voix (401 votants, 520 inscrits), et le 2 mars 1839, par 273 voix (438 votants), vota avec le centre, pour le ministère Molé, et rentra dans la vie privée en 1842. (R & C)

HENNESSY. CHARENTE. Négociant à Cognac ; commandant des gardes nationales de l’arrondissement de Cognac de 1816 à 1818. Nommé député en remplacement de M. Otard, décédé le 24 mars 1824, a siégé au côté droit de 1825 à 1827. Nommé président du collége électoral de l’arrondissement de Cognac, qui l’a réélu député en novembre 1827. (Braun)

HENNESSY (Charente). Négociant, membre du conseil d’arrondissement. M. Hennessy passe pour un honnête ministériel. Il vote pour les ministres sans songer à mal. Il trouve les orateurs de l’opposition trop brusques, trop emportés : il dit que ce sont des gens mal élevés, qui ont mauvais ton, et qu’il ne voudrait pas, pour tout au monde, se trouver en pareille compagnie. (Massey de Tyronne, 1826)

HENNESSY (Charente). En qualité de négociant, M. Hennessy croit devoir voter pour le ministère, qui favorise beaucoup, comme chacun sait, l’industrie et le commerce. (Lagarde, 1826)

HENNESSY (Charente). Il a une telle antipathie pour les discussions, qu’il dit toujours oui ; il est vrai que lorsque M. Hennessy demande quelque chose aux ministres, leurs excellences ne disent jamais non. (Raban, 1826)

HENNESSY (Charente), honnête commerçant, indépendant par sa position, s’est voué corps et âme au ministère. Il crie, il murmure, il frappe sur son banc ; rien ne peut arrêter son impétuosité ministérielle. Ce brave homme a, dit-on, été séduit par l’affabilité de M. de Peyronnet et par les grâces aristocratiques de M. de Corbière. Il n’a aucun intérêt particulier à suivre le parti qu’il a embrassé. Espérons qu’il reviendra aux bons principes, quand il verra au pouvoir des hommes d’aussi bon ton que le noble Breton, quand même ils ne partageraient pas tout-à-fait ses idées rétrogrades. (Bio 28)

HENNESSY (Charente), centre gauche. C’est un riche négociant qu’on a injustement classé parmi les ministériels de la chambre Villèle. M. Hennessy veut le maintien de nos institutions, et jamais son vote n’a pu être pour ceux qui ne visaient qu’à les détruire. (Dourille, 1829)

HENNESSY, Charente, Cognac. Rue de la Paix, n° 28. (Centre gauche) « Son seul péché est d’avoir été ministériel », proverbe dramatique. Ce député, qui a fait partie des sessions précédentes, a cru qu’il était bien de voter avec le ministère, et il est venu, nous assure-t-on, dans la nouvelle chambre, avec de meilleures dispositions ; mais, ce n’est pas en s’appuyant un peu plus, un peu moins sur la gauche, que l’on change quelque chose aux affaires publiques : il faut aussi parler et voter comme la gauche. M. Hennessy est, d’ailleurs, un modèle de probité. Sa vie privée lui assure l’estime de ses concitoyens. (Rion, 1829)

HENNESSY, habite Cognac (Charente) ; passait pour ministériel dans la Chambre de 1824 ; aujourd’hui on assure qu’il doit être libéral et que son vote a toujours dû être constitutionnel ; c’est un riche négociant du département de la Charente, qui l’avait élu en dernier lieu. On l’a toujours vu au centre gauche. (Bio des 221, 1830)

CONFOLENS

Pierre, Antoine DUPONT de l’Etang

Ministre, député de 1815 à 1830, né à Chabanais (Généralité de Limoges) le 4 juillet 1765, mort à Paris (Seine) le 7 mars 1840, il débuta dans la carrière des armes, comme sous-lieutenant d’artillerie dans la légion française de Maillebois au service de la Hollande.
Rappelé en France, il entra comme capitaine (1791) au régiment d’infanterie d’Auxerrois et devint aide-de-camp du général Théobald Dillon à l’armée du Nord ; il fut blessé en défendant son général assassiné par ses soldats dans la retraite de Tournay (avril 1792), fut attaché, au même titre, au général Arthur Dillon, frère de Théobald, se distingua à Valmy, fut nommé adjudant-général de l’armée de Belgique, et couvrit nos places fortes du littoral. Au combat de Menin, ayant fait mettre bas les armes à un régiment de grenadiers autrichiens, il fut nommé général de brigade (1793), et se tint à l’écart pendant la Terreur.
Sous le Directoire, Carnot l’appela aux fonctions de directeur du dépôt de la guerre, fonctions qu’il perdit au 18 fructidor, et qu’il recouvra quelque temps après avec le grade de général de division. Il prêta son concours actif au coup d’Etat de brumaire, en fut récompensé par les fonctions de chef d’état-major de l’armée de réserve, au pied des Alpes, et contribua à la victoire de Marengo, en ralliant plusieurs bataillons déjà en retraite. Il fut chargé de traiter la capitulation avec le général autrichien Mélas, fut nommé gouverneur du Piémont, établit un gouvernement provisoire en Toscane, et, avec 15,000 hommes, culbuta 45,000 Autrichiens au passage du Mincio, fait d’armes qui le fit surnommer le « général Audacieux ». Membre de la Légion d’honneur (19 frimaire an XII), grand officier (25 prairial), il fut envoyé en 1805 à l’armée d’Allemagne, battit Mélas devant Ulm, fit 20,000 prisonniers, dégagea le corps du maréchal Mortier bloqué par Koutoussoff, et, par un mouvement hardi, assura la victoire de Friedland ; il fut nommé grand aigle de la Légion d’honneur sur le champ de bataille (3 février 1807), et créé comte de l’Empire le 4 juillet 1808.
Ces brillants états de service l’avaient fait appeler au commandement d’une division de l’armée d’Espagne. Il s’empara de Carpio, de Montero, d’Alcolea, et s’avança jusqu’à Cordoue. Mais le 18 juillet, il se trouva dans une position tellement critique qu’il dut solliciter du général Castanos un armistice, qui aboutit, le 23 juillet, à la fatale capitulation de Baylen, par laquelle 17,000 Français mettaient bas les armes, mais devaient être reconduits en France par mer, avec armes, drapeaux et bagages. À la nouvelle de ce désastre, Napoléon conçut contre le général une violente irritation ; il le fit arrêter, enfermer au fort de Joux, et traduire, sous l’accusation de haute trahison, devant une commission militaire (février 1812) qui « destitua le général de ses grades militaires, lui retira ses décorations, raya son nom du catalogue de la Légion d’honneur, lui défendit à l’avenir de porter l’habit militaire, de prendre le titre de comte, mit sous séquestre ses dotations, et ordonna son transfert dans une prison d’Etat pour y être détenu jusqu’à nouvel ordre. »
La chute de l’Empire lui rendit la liberté ; le gouvernement provisoire le nomma (mars 1814) commissaire au département de la guerre, poste dans lequel Louis XVIII le confirma (3 avril). Le 7 novembre, le roi ordonna que « le dossier de sa condamnation qui, indépendamment de son plus ou moins d’injustice, portait tous les caractères d’un acte arbitraire plutôt que d’une condamnation régulière et légale », serait révisé. L’administration du général Dupont ne fut pas heureuse ; de nombreuses destitutions, le gaspillage de la Légion d’honneur, des nominations de complaisance aux grades de l’armée, provoquèrent des plaintes qui obligèrent le roi à lui retirer le portefeuille de la guerre (3 décembre 1814). On lui donna en échange le gouvernement de la 22e division militaire et la croix de commandeur de Saint-Louis. Destitué aux Cent-Jours, il fut réintégré au retour de Gand, et nommé membre du Conseil privé.
Le 22 août 1815, le collège de département de la Charente l’élut député par 193 voix sur 214 votants et 289 inscrits ; il siégea et vota avec la minorité de la Chambre introuvable et vit renouveler son mandat jusqu’en 1830 ; le 4 octobre 1816, par 131 voix sur 208 votants et 280 inscrits ; le 10 octobre 1821, par 228 voix sur 255 votants et 348 inscrits ; le 25 février 1824 (dans le 2e collège électoral de la Charente) (Confolens), par 133 voix sur 202 votants et 249 inscrits, contre 51 voix à M. Pougeard-Dulimbert ; le 24 novembre 1827, au collège de département de la Charente, par 111 voix sur 216 votants et 254 inscrits (huit jours auparavant, 17 novembre, il avait échoué à Confolens, avec 88 voix contre 105 à M. Pougeard-Dulimbert, élu). Il échoua à Confolens, aux élections du 23 juin 1830, avec 92 voix contre 115 à M. Pougeard-Dulimbert, député sortant, et ne se représenta plus.
Durant ces diverses législatures, le général Dupont avait siégé au centre-gauche parmi les constitutionnels. Admis à faire valoir ses droits à la retraite, le 13 août 1832, il rentra dans la vie privée. On a de lui un poème, la Liberté (1799) ;
Opinions sur le nouveau mode de recrutement (1818) ; Lettre sur la campagne d’Autriche (1826) ; Observations sur l’histoire de France par l’abbé de Montgaillard (1827) ; Odes d’Horace (traduction en vers) (1826) ; L’Art de la guerre (poème en dix chants) (1838), etc. (R & C)

Comte DUPONT DE L’ÉTANG (Pierre). CHARENTE. Né à Chabanais le 14 juillet 1763. Après avoir servi avant la révolution dans la légion de Maillebois, en Hollande, il passa sous-lieutenant au régiment d’Auxerrois en 1792, fit toutes les campagnes de la République, et fut nommé général de division le 2 mai 1797 ; grand-officier de la Légion- d’Honneur le 14 juin 1804 ; grand’aigle le 17 juillet 1807, et comte en 1808. Envoyé en Espagne en 1808, il fut chargé par le prince Murat, commandant en chef, de marcher sur Cadix pour s’en emparer ; mais arrivé à Cordoue, où il était cerné par des forces supérieures pour lui couper la retraite sur Madrid , il signa la fameuse capitulation de Baylen, par suite de laquelle il fut rappelé et mis hors d’activité jusqu’au 2 avril 1814, qu’il fut nommé, par le Gouvernement provisoire, ministre de la guerre, et confirmé par le Roi le 13 mai suivant ; il fut également nommé chevalier de Saint-Louis. Remplacé au ministère par le maréchal Soult le 3, puis commandeur de Saint-Louis le 6 décembre 1814 ; ’nommé au commandement de la 2° division militaire (Tours), qu’il quitta durant les cent jours, et le reprit de nouveau à la seconde restauration, en juillet 1815 ; ministre d’État et membre du conseil privé en septembre 1815. Nommé député en 1815, a siégé au centre gauche à la Chambre de 1815 à 1816 ; réélu en 1816, y a siégé jusqu’en 1819, qu’il a pris place au centre ; réélu par le grand collége en 1821, et par l’arrondissement de Confolens en 1824, il a toujours continué à siéger au centre jusqu’en 1827. Nommé grand’croix de Saint-Louis le 21 mai 1821. Réélu député par le grand collége en novembre 1827. (Braun)

…le général Dupont resta prisonnier jusqu’en 1814, époque de la chute du trône impérial. Nommé le 3 avril, par le gouvernement provisoire, commissaire au département de la guerre, le roi lui en confia le porte-feuille le 13 mai suivant. Remplacé par le duc de Dalmatie (Soult) le 3 décembre de la même année, il fut appelé au commandement de la 23e division militaire (Orléans). Destitué à la réception de la nouvelle du débarquement de Bonaparte, le général Dupont, retiré à la campagne, n’a point été inquiété par le nouveau gouvernement.
Dupont, comme général, avait mérité les éloges et l’estime de ses frères d’armes jusqu’à l’époque de sa capitulation de Baylen ; comme ministre, il a mérité les reproches des soldats de la vieille armée. La défiance fut la base de ses opérations administratives. Essentiellement paresseux, il remettait les affaires au lendemain, et la confusion et l’arriéré s’introduisaient dans toutes les branches du service. Une seule partie marchait avec trop d’activité, c’était la distribution des croix de la Légion d’honneur. Nous devons noter comme fait historique que Dupont a signé les pouvoirs des sieurs Maubreuil et Dasies pour une mission d’une très-haute importance. Le général Dupont a fait partie de la chambre introuvable ; réélu en 1816, il a constamment voté avec le côté droit de la chambre, et son suffrage a toujours porté sur les lois d’exception : en dernier lieu il a voté d’enthousiasme le nouveau système électoral.
Le général Dupont est auteur de plusieurs pièces de vers ; quelques-unes, dit-on, datées de la république, respirent un brûlant amour de la liberté. (Brissot-Thivars,
1820, extrait ; selon la version d’août 1819, il aurait siégé dans la majorité ultra en 1815-1816, puis au centre, chez les « ministériels ».)

DUPONT (M. le comte). Il y a trois hommes bien distincts dans la personne de M. le comte Dupont : le général, le ministre et le député. Comme militaire, la réputation de M. le comte Dupont avait été croissant jusqu’à l’époque de sa capitulation avec le général espagnol Castanos ; c’était à juste titre ; son nom se rattache honorablement aux lauriers d’Hondscoote, de Marengo et de Friedland ; mais, soit que Bonaparte ait été injuste, soit qu’il n’ait été que rigoureux envers le général Dupont, il n’en reste pas moins constant que la capitulation de Baylen a altéré l’éclat de sa gloire militaire. Il se rencontre dans la vie des hommes qui occupent la renommée, des infortunes de fait dont toutes les pièces officielles et tous les mémoires justificatifs ne sauraient diminuer le poids ni suspendre les fâcheuses conséquences : il faut bien reconnaître que le plus heureux général est parfois contraint de capituler ; mais l’opinion publique ne capitule point. Au 31 mars 1814, le général Dupont était au cachot : les circonstances le présentaient à la réaction comme une victime innocente et persécutée. Le gouvernement provisoire brisa avec explosion les portes de sa prison, et lui donna le ministère de la guerre. C’était le temps des injures contre Bonaparte ; ce choix était à son égard une imprécation de plus. Les destinées de la France dépendaient peut-être de cette nomination. Malheureusement, le général Dupont n’entendait rien à l’administration de la guerre. La défiance fut la base de toutes ses opérations : un capitaine eût emporté une redoute plus facilement qu’un chef de division n’emportait une signature. C’était une véritable conquête, sous ce ministre flaneur et paresseux, que d’enlever un accusé de réception. La confusion et l’arriéré s’introduisaient dans toutes les branches du service ; les porte-feuilles accumulés formaient montagne dans le cabinet particulier. On expédiait à de grands intervalles, sous les yeux de S. Exc., quelques affaires d’exception qui ne passaient qu’à la faveur d’une belle écriture et d’une rédaction poétique. Le général Dupont a fait des odes, et il avait introduit au ministère le beau désordre que le législateur du Parnasse exige dans ce petit poème. Une seule partie marchait rondement : c’était la distribution des décorations de la Légion d’Honneur. M. Dupont peut se vanter d’en avoir donné, dans ses six mois de ministère, plus que Bonaparte dans tout son règne. Il les prodiguait comme les brevets du lis, dont la profusion avait exigé la création de tout un bureau. Ces tristes souvenirs ont fait mal accueillir à la Chambre les objections et les amendemens du général Dupont sur la loi du recrutement. Il essaya, à cette époque, de racheter les péchés de son administration, en demandant des garanties pour l’armée : il voulait, par exemple, que l’on ne pût casser un officier que par jugement. Ce fut à cette occasion que l’honorable député, homonyme du général Dupont, lui adressa cette vive et trop juste apostrophe : "Que ne faisiez-vous cette proposition lorsque vous étiez ministre ?". Heureusement, M. le général Dupont ne fait plus partie du ministère que comme député ; il siége au centre et reste aujourd’hui entièrement inaperçu. Son physique favorise cette obscurité. Il est chétif, petit et maigre ; son teint est d’un brun prononcé ; il porte de la poudre et une queue. On devine à sa coiffure qu’il a servi sous M. de Maillebois. Son profil aquilin tient beaucoup de la gent volatile ; son regard est vif et perçant. Tour-à-tour général, ministre et député, il n’a ni les formes du héros, ni les attitudes de l’orateur, ni la dignité d’une Excellence. (Latouche, 1820)

M. Dupont passe pour poète, pour orateur et pour général. Il a occupé pendant un an le cabinet du ministre de la guerre, et il y a dans le département de la Charente un collège électoral qui l’a élu député. On comptait sur son énergie et sur sa fermeté dans ce dernier poste. Mais les ministres le regardent aujourd’hui comme un des partisans les plus décidés de toutes leurs mesures : il paraît constant qu’il a capitulé. (Petit almanach, 1820)

DUPONT (Le comte) (Charente, Angoulême) côté droit.
Lieutenant-général des armées du roi ; il était en prison à l’époque de la première restauration. Buonaparte, furieux de ce qu’il avait signé en Espagne une capitulation, oublia qu’il avait puissamment contribué au succès des journées de Marengo et de Friedland, et comme s’il était possible de dire d’un général français ce qu’on dit d’un soldat de je ne sais quelle nation, il fut brave tel jour, Napoléon fit planer sur la conduite du général Dupont des soupçons injurieux, et le menaça pendant plusieurs années d’un conseil de guerre qu’il n’avait point l’intention de faire convoquer ; l’arrivée du roi le rendit enfin à la liberté, et il fut nommé ministre de la guerre ; le général se conduisit avec beaucoup d’énergie, à l’époque du 20 mars, et fit une proclamation qui ne laissait aucun doute ni sur ses propres sentimens ni sur l’espoir de repousser l’ennemi de la France. Après le 8 juillet 1815, il fut nommé ministre d’état, et le département de la Charente le choisit pour député ; il est assez extraordinaire qu’avec beaucoup d’esprit, et une grande habitude de la langue en prose et en vers, il ne se soit presque jamais montré à la tribune. Dans les deux assemblées où il a siégé jusqu’à présent, il a toujours été au centre qui va se fondre avec le côté droit ; ce petit changement coûtera d’autant moins au général Dupont, qu’il est tout à la fois royaliste par affection pour le roi et par haine pour Buonaparte. (La monarchie sauvée, 1821)

Le comte Dupont doit être considéré sous quatre points de vue : comme général, comme ministre, comme député, et comme citoyen. Le général Dupont compte plusieurs belles journées : Hondscoote, Marengo, Dierstein et Friedland sont les plus glorieuses. Probablement le bâton de maréchal serait venu récompenser ses longs et utiles services, si une capitulation désastreuse n’eût terni sa gloire, et arrêté le cours de ses exploits. Trompé ou fautif à Baylen, il perdit son corps d’armée ; l’irascible Napoléon le fit jeter dans les fers, et la carrière de la gloire parut fermée devant lui.
Ce que le général avait regardé long-temps comme une calamité devint pour lui la source des grandeurs. Avoir été persécuté par Napoléon fut un titre recommandable lors de la restauration : aussi le comte Dupont devint-il ministre de la guerre.
Défiance et désorganisation, tels furent les résultats d’une administration sans énergie et sans activité. Le comte Dupont n’était actif que pour signer des brevets de chevaliers de la Légion d’Honneur : encore s’il eût su choisir les élus !
La carrière législative de cet honorable député n’a rien d’éclatant. Il a toujours voté avec le côté droit, et n’a attaché son nom à aucune discussion importante. Lors du vote sur la loi de recrutement, il proposa cependant quelques amendemens ; mais aucun ne fut accueilli.
Comme citoyen, M. Dupont a des droits à la reconnaissance des Français : il fut un des auteurs de la révolution du 18 brumaire, révolution dont on ne peut apprécier les bienfaits que lorsqu’on a vécu sous le plat et odieux régime qui l’a précédée.
Pierre Dupont est né en 1765 ; général de brigade en 1793 ; général de division en 1797 ; gouverneur du Piémont et de Florence en 1800 ; grand-aigle de la Légion d’Honneur en 1807 ; ministre de la guerre en 1814 ; ministre d’état et député en 1815. (Persan, 1822)

DUPONT [le comte] (Charente). M. Pierre Dupont de Létang est né le 14 juillet 1865, à Chabannais. Il suivit de bonne heure la carrière militaire, prit du service en Hollande, dans la légion de Maillebois, et ensuite dans l’artillerie, après le licenciement de cette légion. Il fut du nombre des officiers français qui, aidés des Prussiens, comprimèrent en Hollande l’insurrection du parti républicain. Rentré en France, M. Dupont passa dans le régiment d’Auxerrois, fut nommé capitaine dans celui de Brie, puis aide-de-camp de Théobald Dillon. Il fut blessé à la tête en voulant rallier les fuyards, à la déroute de Tournai, et culbuté dans un fossé. Il fut dédommagé de cet échec par la croix de Saint-Louis ; et Arthur Dillon, frère de Théobald, qui venait d’être tué, le choisit pour son aide-de-camp, et le fit entrer dans le corps d’armée commandé par Dumouriez. Il se distingua à l’attaque de la forêt d’Argonne, au passage des Islettes, et fut nommé adjudant-général à l’armée de la Belgique. Elevé au rang de général de brigade, il fit prisonnier de guerre, au camp de Menin, un bataillon de grenadiers hollandais commandé par le prince de Hohenlohe. Carnot lui ayant reconnu des talens pour la partie administrative, l’employa sous lui au comité de salut public et au Directoire, et le fit chef du bureau topographique, puis général de division, le 2 mai 1797. Au 18 brumaire, il embrassa avec ardeur le parti de Buonaparte, qu’il aida de tous ses moyens à renverser le Directoire. Nommé chef d’état-major de l’armée de réserve d’Italie, il se distingua à Turbigo et à la bataille de Marengo, fut ensuite nommé ministre plénipotentiaire dans le Piémont, qu’il organisa en république.
Il ne quitta cette place que pour commander la droite de l’armée d’Italie, et pour chasser l’ennemi de la Toscane, où il organisa un gouvernement provisoire, le 15 octobre 1800. Après la rupture de l’armistice, le général Dupont contribua à remporter la victoire de Pozzolo, et à forcer le passage du Mincio. Créé grand-officier de la Légion-d’Honneur, il eut une grande part aux succès de la campagne d’Allemagne de 1805, et commanda une division à la bataille d’Austerlitz. Les campagnes de 1806 et 1807 contribuèrent encore puissamment à sa gloire, et le classèrent au nombre des meilleurs généraux d’infanterie de l’Europe.
Après la paix de Tilsitt, il partit à la tête d’un corps d’armée pour l’Espagne, et il eut d’abord des succès devant Cordoue, dont il s’empara. Mais bientôt, cerné et attaqué par des forces bien supérieures aux siennes, et sans espoir de secours, après plusieurs charges à la baïonnette, il céda, et signa, le 19 juillet 1808, la funeste convention de Baylen. Napoléon, furieux de ce premier revers, le traita, ainsi que le général Marescot, avec une excessive rigueur, et les fit traduire devant la haute Cour impériale. La procédure instruite à cette occasion n’était pas encore terminée quand les évènemens du 31 mars 1814 rendirent la liberté au général Dupont, qui fut nommé commissaire au département de la guerre par le gouvernement provisoire, et ensuite confirmé dans cette place par le roi, et nommé pair de France le 4 juin suivant. Il commit beaucoup de fautes dans son administration, et fut remplacé, le 3 décembre de la même année, par un homme qui mit la monarchie en péril, et qui, de ministre du roi légitime, devint major-général de l’armée de l’usurpateur de sa couronne.
Le général Dupont obtint pour retraite le commandement de la 22e division militaire, et le grade de commandeur de l’ordre de Saint-Louis. Pendant les cent jours, il fut fidèle à l’autorité royale, et au mois de septembre suivant, appelé au conseil privé ; il fut nommé président du collége électoral de la Charente, qui l’élut son député. Il ne fit point partie de la majorité de la Chambre de 1815, fut réélu en 1816, proposa divers amendemens sur la loi de recrutement du ministre Gouvion-Saint-Cyr et ne put les faire adopter. Son homonyme Dupont, dit de l’Eure, lui donna à cette occasion une leçon qui peut servir à tous les ministres. Lorsque le général Dupont proposa qu’aucun officier ne pût être cassé que par un jugement : "Que ne faisiez-vous cette proposition lorsque vous étiez ministre ?" lui dit judicieusement son collègue. Effectivement, c’est sous M. Dupont de Létang que l’arriéré et la confusion s’introduisirent dans toutes les branches du service, tandis que le ministre ne s’occupait qu’à flâner et à faire des vers, dont il imposait l’audition à tous ceux qui avaient quelque grâce à lui demander. Sous son triste ministère eut lieu la réorganisation de l’armée ; et les inspecteurs-généraux choisis par lui ne conservèrent dans les régimens que les officiers ennemis du nouvel ordre de choses, et s’appliquèrent, en réformant le peu de royalistes qui existaient alors, à les mécontenter par les formes dures dont ils usèrent à leur égard. Le général Merlin, dit de Thionville, un de ces inspecteurs, a laissé de funestes souvenirs aux royalistes de l’Alsace, dans sa réorganisation de la cavalerie stationnée dans cette belliqueuse province.
M. le comte Dupont de Létang, réélu à chaque expiration de ses pouvoirs de député, n’a presque jamais monté à la tribune. Il siége au centre gauche, et a une forte tendance à s’unir aux doctrinaires. C’est cependant un ministre expectant, et il désire ardemment le porte-feuille, et le bâton de maréchal de France. Petit et maigre, M. le comte Dupont a le teint olivâtre, le regard vif et perçant, le nez aquilin ; il porte de la poudre et une queue. On a de lui un poëme sur la liberté, publié en 1799, et un autre poëme imité d’Ossian, intitulé Cathelaina, ou les Amis rivaux, publié en 1801. M. le comte Dupont de Létang, qui représente à la Chambre l’arrondissement de Confolens, est ministre d’Etat, grand-croix de Saint-Louis et de la Légion-d’Honneur, et lieutenant-général gouverneur de la 4e division militaire. (Massey de Tyronne, 1826)

... Heureusement M. le général Dupont n’a plus rien de commun avec le ministère, qu’en qualité de député. Il siége au centre, et reste aujourd’hui entièrement inaperçu. Il est petit et grèle, a le nez aquilin, l’œil vif, la chevelure poudrée, et une très-belle queue. On devine à sa coiffure, qu’il a servi sous Maillebois. Tour-à-tour général, ministre et député, il n’a ni les formes d’un héros, ni la dignité d’une excellence, ni les attitudes d’un orateur. (Lagarde, 1826)

DUPONT [le comte] (Charente). C’est un des plus anciens généraux français ; il fit toutes les campagnes de la révolution et une partie de celles de l’empire avec beaucoup de gloire. […] Il est député depuis 1815, mais sa carrière législative n’est pas brillante : on ne le voit presque jamais à la tribune. (Raban, 1826)

DUPONT DE L’ÉTANG (Le Comte PIERRE), lieutenant-général (Charente, Ministériel). Le général Dupont avait des droits incontestables à l’estime et aux faveurs de certaines personnes. Sous son commandement fut imprimé aux aigles françaises le premier affront qu’elles aient reçu ; il lui était réservé de prouver qu’elles n’étaient pas invincibles. Nous ne répéterons pas tout ce qui a été dit de la défaite et de la capitulation de Baylen ; les ennemis eux-mêmes se plurent à rendre hommage, par le premier article de la convention, à la bravoure du général et de ses troupes, entourés de tous côtés par un ennemi bien supérieur en nombre. Malheureusement, c’était une époque où la supériorité numérique de l’ennemi n’était pas comptée pour un obstacle ; où l’on pensait qu’un général, à la tête d’un corps français, ne pouvait que vaincre, et ouù enfin le chef du Gouvernement avait l’habitude, peut-être condamnable, de ne voir que les résultats, et de n’apprécier que le succès. La France, au reste, n’en jugea pas autrement que l’empereur, et les soldats du corps d’armée ne manquèrent pas d’attribuer leur défaite à la trahison ; opinion dont la fausseté a été démontrée depuis. Quoi qu’il en soit, le général était en prison, et devait être jugé sur sa conduite à Baylen, lorsque la restauration lui rendit la liberté, et bientôt après le plaça à la tête du ministère de la guerre, où il ne donna pas des preuves d’une haute capacité. Nommé à la députation nationale en 1815, si le général a cessé de suivre quelques instans la route du ministère, ce n’a été que pour présenter des mesures inconstitutionnelles, et que repoussent les lumières et les institutions de l’époque. Nous aurions dû dire plus tôt que le comte Dupont, entré fort jeune au service, suivit avec honneur la carrière des armes, depuis les dernières années qui précédèrent la révolution jusqu’à la bataille de Baylen. Le lecteur peut ajouter inclusivement, s’il trouve que cela rende la phrase plus sonore : Héritier de la gloire antique, Admiré de tous les Français, Le front ceint du rameau civique, Sous le chaume vivez en paix. BÉRANGER (Bio, 1828)

Dupont de l’Étang (le comte Pierre), centre droit. Est né à Chabanais en 1765. Il entra fort jeune au service et suivit avec honneur la carrière des armes jusqu’à sa capitulation de Baylen, capitulation que Napoléon a suffisamment qualifiée par ces paroles : « Je voudrais effacer cette honte de tout mon sang ». Le général Dupont était détenu sous la prévention de trahison lorsque les Bourbons reparurent en France. Rendu à la liberté et nommé ministre de la guerre, il ne donna pas dans ce nouveau poste des preuves d’un grand talent. Ce fut sous lui que l’arriéré et la confusion s’introduisirent dans toutes les branches du service. Remplacé par le maréchal Soult, le général Dupont obtint pour retraite le commandement de la 22e division militaire. Il a fait partie de toutes les législatures qui se sont succédées [sic] depuis 1815, et s’y est constamment montré contraire aux intérêts populaires. C’est un homme petit, maigre, au teint olivâtre, à l’œil vif et perçant, portant une queue et les cheveux poudrés. M. le comte Dupont a fait beaucoup de vers qui n’ont pas eu le moindre succès. Nous connaissons de lui deux prétendus poèmes, l’un publié en 1799 sur la Liberté, l’autre qui parut en 1801 sous le titre de Cathelaina, ou les amis rivaux. Il est grand’croix des ordres royaux de Saint-Louis et de la légion d’honneur. (Dourille, 1829),

DUPONT (le comte), Charente, Angoulême, lieutenant général. Rue du Faubourg-Saint-Honoré, n° 83. (Centre droit.) Le désastre de Baylen assura la disgrâce de ce général. Après avoir combattu avec distinction sous la république et sous l’empire, le général comte Dupont, séparé de la grande armée d’Espagne, capitula à Baylen, et demeura, avec sa division, prisonnier de l’armée anglo-espagnole ; échangé plus tard contre des prisonniers espagnols, il ne fut plus employé. Nommé, en 1814, ministre de la guerre par le gouvernement provisoire, il remplit pendant quelque temps les mêmes fonctions sous S. M. Louis XVIII. Depuis lors, M. Dupont a constamment fait partie de la- chambre des députés, où il siége et vote avec le centre droit. (Rion 1829)

François POUGEARD-Dulimbert

Député en 1789 et au Conseil des Anciens, membre du Tribunat, député de 1821 à 1824 et de 1827 à 1831, né à Confolens (Généralité de Poitiers, France) le 3 juillet 1753, mort à Limoges (Haute-Vienne), le 18 mars 1837, il fut reçu avocat au parlement de Paris le 17 février 1777.
Après avoir été membre de l’administration provinciale du Poitou en août 1787, il embrassa les principes de la Révolution, et fut élu, le 24 mars 1789, député du tiers aux Etats-Généraux par le bailliage d’Angoulême. Il siégea dans la majorité, prêta le serment du Jeu de paume, fit partie des comités des rapports et d’aliénation, fut nommé commissaire à la caisse de l’extraordinaire, puis secrétaire de l’Assemblée (13 août 1791).
Après la session, il devint administrateur du district de Confolens (26 septembre 1791), maire de cette ville (11 novembre suivant), et juge de paix (25 novembre 1792).
Elu, le 24 vendémiaire an IV, député de la Charente au Conseil des Anciens, par 232 voix (283 votants), il siégea parmi les partisans du Directoire, se rallia au 18 brumaire, et fut nommé préfet de la Haute-Vienne, le 11 ventôse an VIII.
Membre du Tribunat le 6 germinal an X, décoré de la Légion d’honneur le 26 prairial an XII, il devint, à la suppression du Tribunat, préfet de l’Allier, le 7 octobre 1807, baron de l’Empire le 14 avril 1810, fut destitué à la rentrée des Bourbons, et, aux Cent Jours, passa à la préfecture de la Somme (6 avril 1815). Révoqué une seconde fois au retour de Gand, il rentra momentanément dans la vie privée.
Elu, le 1er octobre 1821, député du 2e arrondissement électoral de la Charente (Confolens), par 131 voix (222 votants, 305 inscrits), contre 85 au comte Dupont, il prit place dans l’opposition constitutionnelle, et échoua, le 25 février 1824, avec 51 voix contre 133 à l’élu, M. Dupont. Il redevint député de Confolens le 17 novembre 1827, par 105 voix (195 votants, 231 inscrits), contre 88 à M. Dupont, député sortant, et fut encore réélu, le 23 juin 1830, par 115 voix (211 votants, 236 inscrits), contre 92 au général Dupont ; il vota contre les mesures réactionnaires réclamées par les ultraroyalistes, signa l’adresse des 221, prit part à l’établissement du gouvernement de juillet, et céda son siège de député à son fils, aux élections de 1831. (R & C)

Baron POUGEARD DU LIMBERT. CHARENTE. Avocat à Confolens. Nommé député du bailliage d’Angoulême aux États-Généraux en 1789 ; sorti en 1791. Réélu au conseil des Anciens en 1795 ; sorti le 20 mai 1799. Préfet de la Haute-Vienne en 1800. Membre du Tribunat en 1802. Chevalier de la Légion d’Honneur le 14 juin 1804. Après la dissolution du Tribunat, passé préfet de l’Allier en 1807 ; créé baron en 1809. Remplacé comme préfet en 1814 ; replacé de nouveau préfet de l’Allier pendant les cent jours, et remplacé une seconde fois en juillet 1815. Nommé député par l’arrondissement de Confolens en 1821, a siégé au côté gauche jusqu’en 1823. Réélu par le même arrondissement en novembre 1827. (Braun)

POUGEART de LIMBERT (le baron de). Avocat avant la révolution, M. Pougeart fut élu, par le baillage d’Angoulême ; député du tiers état, aux États-Généraux. En 1795, le département de la Charente l’envoya au Conseil des Cinq-Cents. Après le 18 brumaire, il devint préfet du département de la Vienne, qu’il administra jusqu’à son entrée au Tribunat. Lors de la suppression de cette chambre législative, M. Pougeart rentra dans la carrière administrative. Nommé préfet de l’Allier, il remplit, à la satisfaction générale, ses importantes fonctions, jusqu’en 1814. En mars 1815, Napoléon le réintégra dans cette place, et depuis le 8 juillet il a vécu dans la retraite, où les votes de ses anciens mandataires ont été le chercher pour le charger de nouveau de leurs intérêts. M. Pougeart s’asseoira [sic] probablement à gauche. (Persan, 1822)

…Élu par la Charente en 1821, il siégea au côté gauche, et vota avec la minorité courageuse de cette époque. Depuis 1825, cet honorable député avait disparu de la chambre élective. C’est au patriotisme, à la persévérance de ses anciens mandataires que la France doit la réélection de ce vertueux citoyen. (ajout de Dourille, 1828)

POUGEART DU LIMBERT (Le Baron), Charente, Constitutionnel. Il était avocat avant la révolution. Député du Tiers-État aux États- Généraux, puis au Conseil des Cinq-Cents, il devint, après le 18 brumaire, préfet de la Vienne, et administra ce département jusqu’à son entrée au Tribunat. Lors de la suppression de cette Chambre législative, M. Pougeart du Limbert fut nommé préfet de l’Allier. Il occupait encore cette place en 1814. Destitué à la première restauration, il fut réintégré dans les cent jours. Depuis le 8 juillet jusqu’en 1820, M. Pougeart vécut dans la retraite. A cette époque, les suffrages des électeurs de son arrondissement le portèrent à la Chambre des députés où il siégea et vota constamment avec le côté gauche. Il cessa d’en faire partie après la nouvelle loi sur les élections. Réélu par les libéraux de la Charente, cet honorable baron ira reprendre sa place parmi les défenseurs de nos institutions. (Bio, 1828)

POUGEART-DU-LIMBERT (le baron), Charente, Confolens. Rue Bourbon, n° 52. (Centre gauche). Cet honorable député était préfet du département de l’Allier lors de la déchéance de l’empereur. Napoléon perdit un trône, et M. Pougeart du Limbert, baron de création impériale, perdit une préfecture. Nous ne saurions dire auquel des deux le coup fut plus sensible. L’homme du destin se retira pour quelques temps à l’île d’Elbe, et le baron dans une de ses terres ; mais le soleil du 20 mars les éclaira, l’un sur le trône le plus illustre de l’univers, et l’autre dans un hôtel de préfecture. Malheureusement un siècle de cent jours n’est pas un siècle de cent ans, et de nouveaux revers séparèrent cette fois pour toujours la fortune de l’empereur de celle du préfet. Quoique peu crédule sur la conversion des préfets de l’empire, nous devons dire que M. Pougeard passe pour franchement revenu aux doctrines libérales. Espérons qu’il prouvera par des discours franchement constitutionnels qu’on ne nous a pas induit en erreur. (Rion, 1829)

POUGEARD du LIMBERT (le baron François), ex-député de la Charente, centre gauche ; ancien avocat à Confolens ; élu en 1789 député du tiers-état d’Angoulême aux états-généraux, il rentra dans ses foyers après la session, et s’y tint dans la retraite jusqu’en 1795, époque où il fut choisi par le département de la Charente pour faire partie du conseil des anciens ; il en sortit en mars 1799, obtint l’année suivante la préfecture de la Haute-Vienne ; entra au tribunat, en fut le secrétaire général ; obtint la croix de la Légion-d’Honneur, et, à la suppression du tribunat, la préfecture de l’Allier, qu’il perdit à la première restauration. Napoléon la lui rendit durant les cent jours ; il ne l’a point conservée. Élu député de la Charente en 1821, il siégea et vota avec le côté gauche, ce qui n’attira point sur lui les faveurs ministérielles ; il a été réélu en 1828. On dit qu’il fut autrefois un homme remuant ; l’âge a un peu affaibli ses facultés trop actives. (Bio des 221, 1830)

COLLÈGE DU DÉPARTEMENT

Etienne Tardif de Pommeroux de BORDESOULLE

Député de 1815 à 1816, et pair de France, né à Luzeret (Généralité de Bourges), le 4 avril 1771, mort à Fontaine-les-Corps-Nuds (Oise), le 3 octobre 1837, il descendait en ligne directe de Jean Tardif, conseiller au Châtelet, qui fut mis à mort par les Ligueurs en 1591.
Il entra au service en 1789, prit part à toutes les guerres de la République, et mérita, en 1802, un sabre d’honneur. À Austerlitz, il conquit le grade de colonel ; au combat de Gusstadt, trois jours avant Friedland, il enfonça un carré russe avec un seul escadron, et reçut les insignes de maréchal de camp. L’année suivante, il détruisit à Aranjuez les débris de l’armée de Castanos, et contribua à la victoire de Médelin ; trois mois plus tard, Bordesoulle était à Wagram, ralliant ses troupes et chargeant l’ennemi à leur tête. En 1810 et 1811, il occupa le Mecklembourg ; en 1812, à la grande armée, il prit le commandement d’une brigade de cavalerie légère sous les ordres du maréchal prince d’Eckmühl, s’empara de Mohilew et se distingua à la Moskowa.
Créé baron de l’Empire le 17 mai 1810, il fut promu lieutenant général en 1812 et commandeur de la Légion d’honneur, le 14 mai 1813. Il combattit encore à Lutzen, à Bautzen, à Dresde, à Leipsig, fit la campagne de France, et défendit pendant douze heures les hauteurs de Paris.
Après l’abdication de Napoléon Ier, le général de Bordesoulle se rallia au gouvernement des Bourbons et suivit Louis XVIII à Gand.
Elu, le 22 août 1815, député de la Charente, par le collège de département, avec 89 voix sur 171 votants et 289 inscrits (le même jour il était élu également député de l’Indre), il siégea dans la majorité de la Chambre introuvable et quitta la vie parlementaire en 1816, pour y rentrer comme pair de France, le 9 octobre 1823.
Nommé la même année général en chef du corps de réserve à l’armée d’Espagne, il établit le blocus de Cadix et prit une grande part à la bataille du Trocadéro.
Il ne refusa pas le serment au gouvernement de Louis-Philippe, et resta à la Chambre haute jusqu’à sa mort.
Grand officier de la Légion d’honneur le 23 août 1814, il a été promu à la dignité de Grand croix le 15 août 1815. (R & C)

Comte BORDESOUL (Tardif de Pomeroux). CHARENTE, INDRE. Officier de cavalerie très distingué pendant les premières campagnes ; devenu major du 1er régiment de chasseurs à cheval en 1804 ; chevalier de la Légion-d’Honneur le 14 juin 1804 ; colonel du 22e régiment de la même arme en 1805 ; officier de la Légion-d’Honneur en 1806 ; général de brigade en 1807 ; créé baron en 1809 ; fait général de division le 4 décembre 1812 ; créé comte en 1813 ; chevalier de Saint- Louis en 1814 ; grand-officier de la Légion-d’Honneur le 23 août 1814. Nommé député par les départemens de l’Indre et de la Charente à la fois en 1815, a siégé au côté gauche à la Chambre de 1815 à 1816. Commandeur de Saint-Louis le 3 mai 1816 ; gentilhomme d’honneur et aide-de-camp de monseigneur le duc d’Angoulême en 1820 ; grand’croix de Saint-Louis le 1er mai 1821 ; gouverneur de l’École Polytechnique en 1822. Créé pair de France le 20 octobre 1823. (Braun)

BORDESOULT (Tardif de POMMÉROUX, comte de), né à Luzerny en Berry le 4 avril 1771, entra au service à l’âge de dix-huit ans comme simple chasseur à cheval, et se distingua par sa bravoure dans la première campagne de la révolution à l’armée Rhin. Ce fut à la pointe de son sabre et par des preuves d’intrépidité fréquemment renouvelées, plutôt que par des talents transcendants, qu’il franchit rapidement les premiers grades. Il était, en 1805, après la bataille d’Austerlitz où il s’était distingué, colonel du deuxième régiment de chasseurs, et fit, à la tête de ce corps, les campagnes de 1806 et 1807 à la grande armée. A la bataille de Friedland il fut blessé de trois coups de baïonnette, fit mettre bas les armes à cinq cents Russes avec un seul escadron de son régiment, et reçut pour récompense le grade de général de brigade. Passé en cette qualité à l’armée d’Espagne, il y rendit de nouveaux services, et contribua puissamment au succès de la bataille de Medellin. Il quitta la péninsule en 1812 pour rentrer à la grande armée, s’empara de Mohilow, combattit à Smolensk, à la Moscowa, à Krasnoï, et fut, la même année, nommé général de division. Les brillantes et malheureuses campagnes de Saxe et de France ajoutèrent à sa réputation militaire. Il accompagna à Gand, pendant les cent jours, Louis XVIII, qui l’avait nommé, en 1814, inspecteur général de la cavalerie, chevalier de Saint-Louis et grand officier de la Légion-d’Honneur. Après cette époque il rendit des services d’un autre genre : on le vit siéger tour à tour avec la majorité de la chambre des députés de 1815, et parmi les membres de ces conseils de guerre dont les malheurs de l’époque imposèrent au souverain la triste nécessité. Le dévouement absolu dont le général avait donné des preuves non équivoques dans ces différentes circonstances, ne pouvait le laisser dans l’oubli lors de la formation de l’état-major de l’armée d’Espagne. Les services qu’il rendit pendant cette guerre déterminèrent son élévation à la pairie, qui eut lieu le 9 octobre 1823, et sa nomination de gouverneur de l’école polytechnique. Peut-être un officier du génie ou d’artillerie, réunissant à la bravoure et aux talents militaires du général Bordesoult les connaissances, fruit d’une éducation spéciale et soignée, eût été plus convenablement placé à la tête d’un établissement où tout semble devoir nécessairement tendre à la perfection. Quoi qu’il en soit, le député de 1815 a fait pressentir la place qu’occupe à la chambre haute le pair de 1828. (Histoire biographique de la Chambre des pairs, par C. O. Barbaroux, Brissot-Thivars, 1829).

Louis, Alexandre, Céleste, Toussaint DUBREUIL-Hélion de La Guéronnière

Député de 1815 à 1816 et de 1820 à 1822, né à Montbron (Généralité de Limoges, France) le 7 octobre 1773, mort le 5 mai 1822 à Massignac (Charente), il servit comme officier dans les armées royales avant la Révolution, émigra avec son père, qui mourut à Coblentz dans les rangs de l’armée de Condé, et, de retour en France, fut élu, le 22 août 1815, député royaliste de la Charente, au collège de département, par 91 voix (164 votants, 289 inscrits). M. de la Guéronnière fit partie de la majorité de la Chambre introuvable.
Non réélu en 1816, il rentra à la Chambre le 13 novembre 1820, ayant été élu pour la seconde fois député de la Charente, par 185 voix (310 votants, 365 inscrits). Il prit place à droite et, ayant été réélu, le 10 octobre 1821 par le collège de département de la Charente, soutint de ses votes, jusqu’à sa mort (1822), la monarchie légitime. (R & C)

DUBREUIL, comte Hélion de la Guerronnière. CHARENTE. Émigré rentré. Chevalier de Saint-Louis. Nommé député en 1815, a șiégé au côté droit à la Chambre de 1815 à 1816. Inspecteur des gardes nationales de la Charente de 1816 à 1818. Réélu député par le grand collège en 1821, n’est pas venu siéger à la Chambre, et est décédé à sa campagne près d’Angoulême en mai 1822. Remplacé en 1822 par M. Descordes. (Braun)

GUERRONNIÈRE (DUBREUIL HÉLION DE LA). (Charente, Angoulême.) COTE DROIT.
Député à la chambre de 1815, il y a toujours voté avec la majorité : il était particulièrement distingué de Monseigneur le prince de Condé, auprès duquel il avait été blessé et qu’il avait accompagné en Russie. M. de la Guerronnière est un de ces braves gentilshommes qui exposeraient leurs jours pour leur roi sans croire même faire un sacrifice. (La monarchie sauvée, 1821)

DUBREUIL DE LA GUÉRONNIÈRE (côté droit). C’est un émigré qui, en 1818 comme en 1820, s’est assis au côté droit. Il croirait manquer à d’augustes souvenirs, s’il ne votait pas avec ceux qui se sont proclamés les soutiens du trône. Il a suivi le prince de Condé dans les campagnes de l’émigration. (Persan, 1822)

Jean-Baptiste, Auguste, François, Marie de LA LAURENCIE de Charras

Député de 1824 à 1827, né à Neuvicq (Généralité de La Rochelle) le 30 avril 1780, mort au château de Montchaude (Charente) le 28 août 1857, ancien officier des gardes du corps et propriétaire à Paris, il fut élu, le 6 mars 1824, député du collège de département de la Charente par 131 voix (195 votants, 263 inscrits).
Ministériel, il vota le milliard des émigrés, la loi sur le sacrilège, la loi sur la presse, et ne fut pas réélu aux élections générales de 1827. (R & C)

Marquis de la LAURENCIE DE CHARRAS. CHARENTE. Capitaine en second, brigadier-fourrier aux gardes du corps (compagnie de Noailles) en 1816 ; capitaine-commandant, avec le même rang que ci-dessus dans les gardes, le 1er juillet 1818 ; chevalier de la Légion-d’Honneur en 1821. Nommé député par le grand collége en 1824, a siégé au centre de 1824 à 1827. (Braun)

LAURENCIE DE CHARRAS [le marquis de la] (Charente), chevalier de la Légion-d’Honneur, officier des gardes-du-corps, est un excellent militaire : ses principes de discipline lui ont fait connaître tout le mérite de l’obéissance passive, et il répète avec autant de fidélité les mots clôture et aux voix que les commandemens à la tête de son escadron. (Massey de Tyronne, 1826)

LAURENCIE DE CHARRAS [le marquis de la] (Charente). Un des gros bonnets du centre pour demander la clôture. (Lagarde, 1826)

LAURENCIE DE CHARRAS [le marquis de la] (Charente). Nous ne savons rien de ce personnage, sinon qu’il est officier des gardes-du-corps et bon militaire ; il y a plus d’un député de qui l’on ne pourrait en dire autant. (Raban, 1826)

Alexandre, René, Gabriel Terrasson de MONTLEAU

Député de 1824 à 1827, né à Angoulême (Généralité de Limoges, France) le 13 mai 1773, mort en 1842, « fils de Jean de Terrasson de Montleau, et de Julie-Françoise de Terrasson de Verneuil », il servit dans les armées du roi avant la Révolution.
Il émigra en 1791, rentra en France sous le Consulat, et fut nommé, en 1804, conseiller général de la Charente ; il présida ce conseil sous la Restauration.
Maire de Saint-Estèphe, il se présenta à la députation, le 10 août 1822, dans le collège de département de la Charente, et échoua, avec 23 voix contre 146 à l’élu, M. Descordes, et 64 à M. Vallier ; mais il fut élu, le 6 mars 1824, dans le même collège, par 167 voix (195 votants, 263 inscrits). Il prononça un discours sur la loi des finances où il ne ménagea pas les critiques au gouvernement, et se compara lui-même, pour sa rude franchise, au paysan du Danube.
En juillet 1824, une place de conseiller de préfecture étant devenue vacante à Angoulême, le ministre de l’Intérieur reçut d’Angoulême, le 1er août, une lettre sans signature, ainsi conçue : « Mgr, voulez-vous avoir au ministère un ami dévoué et dans la province, nommés (sic) M. Terrasson de Montleau ; faites la nomination avec grâce, sans exiger qu’il sollicite, et vous êtes assuré de lui, car il a sollicité cette place il y a deux ans. » Bien que M. de Montleau ne fût pas sur la liste des candidats présentés par le préfet, il fut nommé le 13 octobre ; il refusa, donna sa démission de maire et recommanda un autre candidat. Nouvelle lettre anonyme au ministre : « Mgr, si l’on voulait sincèrement de M. de Montleau, était-il nécessaire que toute la ville sût que vous ne l’aviez nommé que parce que vous avez été informé que cette place, qu’il avait sollicitée il y a longtemps, lui serait agréable. Qu’il sache que le roi ne peut avoir un fonctionnaire plus capable et plus dévoué, qu’on ne lui en présentera pas un autre, et vous verrez s’il refuse. Que vous avez pour vous seconder d’agents maladroits ou mal intentionnés ! » M. de Montleau persista dans son refus, et ne fut pas réélu député aux élections générales de 1827. (R & C)

TERRASSON DE MONTLEAU. CHARENTE. Propriétaire ; maire de Saint-Estèphe ; correspondant du Conseil d’Agriculture. Nommé député par le grand collège en 1824, a siégé au côté droit de 1824 à 1826. Décédé en 1827 [non, en 1842] . Remplacé par M. Delalot. (Braun)

TERRASSON DE MONTLEAU (Charente), conseiller de préfecture. Pour faire apprécier à nos lecteurs le beau caractère de ce député, nous allons citer un passage de son discours à la Chambre, dans la séance du 4 mai 1825 : « C’est pour la première fois que je monte à cette tribune... Le moment est venu où, quelle que soit la faiblesse du savoir, on ne peut s’empêcher de se faire entendre à ses commettans, pour leur prouver qu’on n’a pas cessé d’être fidèle. Je sens tout le prix qu’on attache dans cette assemblée au silence, qui nous épargne un temps précieux. Je puis donc espérer qu’après m’être tû pendant deux sessions avec une résignation toute parlementaire, on me laissera parler aujourd’hui avec une franchise toute royaliste. ».
Après des observations fort sévères sur la loi de finances, M. Terrasson de Montleau termine ainsi : « Je me suis exprimé avec la rudesse de ce paysan du Danube qui servit d’organe à la muse du fabuliste, pour proclamer de sévères conseils et donner d’utiles leçons ; la détresse de nos provinces avait besoin de cette franchise et d’une aussi vive peinture... La légitimité est pour moi un culte, comme elle est un bienfait pour la France. ».
Le caractère d’un homme tel que M. Terrasson de Montleau repose l’esprit ; on aime cette franchise austère, cette absence d’intrigue et d’ambition. On raconte que M. de Corbière fit un jour certaines propositions au député de la Charente ; celui-ci, instruit que le ministre dormait souvent, crut qu’il rêvait, et il lui tourna le dos avec un sourire de pitié. (Massey de Tyronne, 1826)

TERRASSON DE MONTLEAU (Charente). Royaliste indépendant. (Lagarde, 1826)

TERRASSON DE MONTLEAU (Charente). Malgré son titre de conseiller de préfecture, il a fait preuve d’indépendance : c’est un exemple qui trouve bien peu d’imitateurs. (Raban, 1826)

Charles, François, Louis DELALOT

Député de 1820 à 1823, et de 1827 à 1831, né à Paris (Généralité de Paris, France), le 17 avril 1772, mort à Paris (Seine), le 27 octobre 1842, il était fils d’un conseiller-secrétaire du roi. Il prit part, à la fin de la session de la Convention nationale, au mouvement contre-révolutionnaire des 12, 13 et 14 vendémiaire an IV ; il commandait les grenadiers de la section Lepelletier qui marchèrent sur l’Assemblée. Condamné à mort par le conseil militaire séant au Palais-Egalité « pour avoir signé un arrêté portant ordre de faire battre la générale et invitation aux sections voisines de se mettre sous les armes », il ne dut son salut qu’à la fuite. Il fit réviser plus tard ce jugement, collabora au Journal des Débats, et se fit un nom, sous la Restauration, parmi les écrivains du parti royaliste modéré.
Le 15 novembre 1820, il fut élu, par 153 voix (270 votants, 296 inscrits) député de la Marne, au collège de département ; il adressa alors à ses électeurs un discours où l’on remarquait cette déclaration : « Je trouverai dans mon propre cœur un attachement, vrai, sincère, sans réserve pour notre charte constitutionnelle, gage de stabilité si nécessaire à tous les intérêts, autel de la concorde où tous les Français qui veulent le salut de la patrie doivent se serrer étroitement pour étouffer leurs divisions dans des embrassements fraternels. »
Le 8 janvier 1821, il combattit la demande de six douzièmes provisoires présentée par le ministère ; il fit partie de la commission d’organisation municipale (7 mars), s’opposa énergiquement (5 juillet) au rétablissement de la censure : « Est-ce à la charte ou aux ministres, dit-il, que vous avez juré d’être fidèles ? La société a le droit, et la Charte l’a reconnu, de réprimer les excès par les lois ; mais vouloir interdire l’usage des facultés qui ont été données naturellement à l’homme, c’est attenter à son essence divine. »
Réélu, le 10 octobre 1821, par 144 voix (271 votants, 313 inscrits), il fut membre (21 novembre) de la commission de l’adresse qui renversa le ministère. Le ministère fit échouer la candidature de M. Delalot aux élections générales de 1824, mais celui-ci rentra à la Chambre, le 24 novembre 1827, élu par le collège de département de la Charente, avec 148 voix (212 votants, 254 inscrits.)
Ce fut lui qui, à l’ouverture de la session de 1828, obtint le plus de voix comme candidat à la présidence de la Chambre ; mais le choix du roi se fixa sur Royer-Collard. M. Delalot combattit la politique de l’extrême droite, fut des 221, obtint sa réélection, le 3 juillet 1830, par 126 voix (231 votants, 274 inscrits), adhéra au gouvernement de Louis-Philippe, et ne fut pas renommé en 1831.
On a de lui, outre des articles au Journal des Débats, signés Z, un ouvrage : De la Constitution et des lois fondamentales de la monarchie française (1814). Il a été fait chevalier de la Légion d’honneur le 28 octobre 1828. (R & C)

DELALOT. MARNE, CHARENTE. — Né à Dormans en 1772. Propriétaire et homme de lettres. Nommé député par le grand collège de la Marne en 1821, a siégé à l’extrême droite de 1821 à 1823. M. Terrasson de Montleau, député de la Charente, étant décédé en 1827, le grand collége a nommé en son remplacement M. Delalot, qui a encore siégé à l’extrême droite durant la session de 1827. Réélu député par le même grand collége en novembre 1827. (Braun)

LALOT. (Marne, Châlons.) CÔTÉ DROIT. La littérature et la politique lui sont également familières : quant à ses sentimens, il suffit pour les apprécier de lire l’excellent discours qu’il a improvisé lorsqu’il a entendu proclamer son nom comme député de la Marne. [Il avait promis une « fidélité intrépide » au Trône.] (La monarchie sauvée, 1821)

… Appelé par le département de la Marne à la chambre des députés, en 1820, il a constamment siégé à l’extrême droite, dont il a soutenu les opinions avec une véhémence qui doit le conduire à la fortune et aux dignités. (Arnault, Biographie nouvelle des contemporains, 1822)

DE LALLOT. [Marne]. Côté droit. Né en Champagne en 1772 ; commandant des grenadiers de la section Le Pelletier, et un des chefs de l’insurrection contre la Convention ; fut condamné à mort par une commission militaire ; sut, par la fuite, mettre ses jours hors de danger ; fut long-temps un des rédacteurs du Journal des Débats. Nous voyons avec plaisir que, lors de son discours de remerciement aux électeurs qui l’ont nommé, M. de Lallot n’a pas, comme tant d’autres, oublié de parler de la Charte. « Je trouverai dans mon propre cœur, a-t-il dit, un attachement vrai, sincère, sans réserve, pour notre Charte constitutionnelle, gage de stabilité si nécessaire à tous les intérêts, autel de la concorde, où les Français qui veulent le salut de la patrie doivent se serrer « étroitement pour étouffer toutes les divisions dans des embrassemens fraternels. » (Persan, 1822)

« Dans la Charente, [en 1827,] M. Delalot, personnellement inconnu des électeurs, était nommé, contre le candidat ministériel, par le concours des royalistes et des libéraux. » (Duvergier de Hauranne, 1857).
« M. Delalot vient d’être nommé à Angoulême, à la haute satisfaction des royalistes constitutionnels et au mortel déplaisir de leurs adversaires ; ce qui prouve, ce que l’on savait depuis longtemps, que la censure est un mauvais moyen d’obtenir aux élections des votes ministériels. » (Chateaubriand)

DELALOT (Charente, Contre-Opposition), a toujours professé les principes monarchiques pour lesquels il a fait de nombreux sacrifices. Condamné à mort après le 13 vendémiaire, pour avoir combattu avec les grenadiers de la section Lepelletier, il prit la fuite et ne revit sa patrie que sous l’empire. Delalot a long-temps coopéré à la rédaction du Journal des Débats, dont on a toujours pu voir avec plaisir, sinon les principes, du moins le talent. Appelé à la Chambre par la loi du double vote, il a fait une profession de foi dans laquelle il unissait le Roi et la Charte, la dynastie et la France. Cette déclaration franche lui donnait une place à part dans la contre-opposition avec laquelle il siégeait. Rappelé aujourd’hui à la Chambre par les électeurs indépendans de la Charente, il défendra sans doute les libertés publiques, comme il a su autrefois défendre la monarchie qui en est devenue la sauve-garde nécessaire. (Bio, 1828)

DELALOT [Charente], — centre droit. C’est un des membres les plus distingués de la chambre élective. M. Delalot est né en Champagne vers l’an 1772. Il commandait les grenadiers de la section Lepelletier lors de l’insurrection des parisiens contre la Convention. Condamné à mort après le 13 vendémiaire, il ne dut qu’à une prompte fuite la conservation de ses jours. Cet honorable député a long-temps coopéré à la rédaction du Journal des Débats. Appelé à la législature en 1821, il adressa aux électeurs qui venaient de lui accorder leurs suffrages, un discours où l’on remarquait ces mots :« Je trouverai dans mon propre cœur un attachement vrai, sincère, sans réserve pour notre Charte constitutionnelle, gage de stabilité si nécessaire à tous les intérêts, autel de la concorde où les les Français qui veulent le salut de la patrie doivent se serrer étroitement pour étouffer toutes les divisions dans des embrassemens fraternels. »
M. Delalot a pleinement justifié la haute idée qu’il avait donnée de son caractère. Réélu par la Charente, il a réuni, en 1828, le plus de voix comme candidat à la présidence de la chambre ; mais le choix du Roi s’est fixé sur M. Royer-Collard, que des titres non moins puissans recommandaient à la bienveillance du trône. (Dourille, 1829)

DELALOT (Charente, Angoulême). Rue Saint-Dominique, n° 108. Centre droit.
Démosthènes, Alexandre nous menace encore : pourquoi n’abordes-tu pas la tribune ? (PLUTARQUE).
Voici enfin venir M. Delalot, qui a causé plus d’une insomnie à leurs excellences du système déplorable ; il méritait bien de ne pas être oublié par la reconnaissance nationale. Le grand collège de la Charente, malgré toutes les manœuvres ministérielles, est parvenu à nous l’envoyer. M. Delalot est sincèrement attaché aux principes monarchiques, qu’il a toujours professés, même au péril de sa vie. Condamné à mort après le 13 vendémiaire, il fut obligé de fuir sur le sol étranger, et il n’a revu sa patrie qu’après la tourmente révolutionnaire. Le Journal des Débats lui est redevable de plusieurs bons articles, et la tribune de plus d’une brillante improvisation. On regrette que cet honorable député n’ait pas cru devoir prendre la parole pendant le cours de la dernière session. (Rion, 1829)

...Ce fut en 1821 que le choix des électeurs s’arrêta sur lui : il les remercia de la preuve de confiance qu’ils lui accordaient par un discours dans lequel il proteste de son attachement vrai, sincère et sans réserve pour la Charte constitutionnelle. Réélu en 1827 par le département de la Charente, il fut porté par la Chambre à la candidature pour la présidence ; il obtint plus de voix que M. Royer-Collard, à qui le roi donna la préférence, sous le ministère que quelques-uns appellent le ministère des concessions. (Levavasseur, 1830)

Philippe ALBERT

Fils de Jean-Baptiste François Albert (1759-1837), député de la Charente de 1816 à 1824, Philippe Albert, né à Angoulême (Généralité de Limoges), le 4 mai 1788, mort à Paris (Seine), le 20 avril 1868, fut nommé en 1816 juge au tribunal d’Angoulême, que son père, la même année, fut appelé à présider. Il était juge-auditeur depuis 1813.
Peu de jours avant la chute de la Restauration, il fut élu (3 juillet 1830) député de la Charente, au collège de département, par 120 voix sur 274 inscrits et 228 votants. Il se rallia au gouvernement de Juillet, ne fut pas réélu en 1831, mais en revanche fut successivement nommé par le 1er collège électoral d’Angoulême, les 21 juin 1834, 4 novembre 1837 et 2 mars 1839.
Après avoir très longtemps voté avec la majorité conservatrice, il passa à l’opposition modérée, siégea au centre gauche, et suivit généralement, dans ses votes, l’inspiration de Thiers. Il se sépara du pouvoir dans les votes d’apanage et de disjonction. Il appuya la proposition Gauguier contre l’admissibilité des fonctionnaires publics aux fonctions de député, et vota, en 1841 et 1842, pour les propositions Mauguin, Pagès et Ducos en faveur de l’adjonction, au corps des électeurs censitaires, d’un nombre indéterminé de citoyens remplissant certaines conditions de capacités. Il se prononça, enfin, à propos du nouveau mode de recensement des propriétés imposables, pour l’amendement Lestiboudois, demandant à la couronne la présentation d’un projet de loi plus complet sur la matière.
Aux élections générales du 9 juillet 1842, M. Albert échoua avec 398 voix contre le docteur Bouillaud, qui fut élu par 504 voix sur 1 082 inscrits et 910 votants. Mais il l’emporta le 1er août 1846, avec 685 voix sur 1 350 inscrits et 1 228 votants ; le député sortant, docteur Bouillaud, de la gauche dynastique, n’obtint que 372 voix, M. Sazerac de Forge, 101 et M. Villeneuve, 65.
M. Albert reprit sa place au centre gauche. Après 1848, il se retira des luttes électorales. Il était conseiller général d’Angoulême et possédait une très grande fortune. (R & C)


[1De surcroît, ces électeurs se répartissaient entre quatre collèges de deux niveaux différents, de sorte que le député le mieux élu, de loin, (Gillibert) le fut avec 308 voix, et que plusieurs autres l’emportèrent avec moins de 120 voix.

[2Voir l’article « Les déconvenues électorales d’un préfet ».

[3Une appellation plus juste serait celle de « Profils parlementaires », en référence à un chef-d’œuvre du genre, publié en 1868 par le secrétaire-rédacteur Anatole Claveau, sous un alias.

[4On pourra également se reporter à Eugène Réveillaud, Histoire politique et parlementaire des départements de la Charente et de la Charente-Inférieure : de 1789 à 1830, St-Jean d’Y, 1911, chapitre IX, p. 575-615, ou à Léonide Babaud-Laribière, Etudes historiques et administratives, vol. 2, Confolens, 1863, p. 31 et suivantes.

[5Ces Angoumoisins refusaient l’inclusion de leurs propriétés dans la circonscription de l’octroi.

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