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1480 (c) - "Entendement et Raison", essai poétique de Charles de Coëtivy, seigneur de Taillebourg

D 23 février 2013     H 22:41     A Christian, Pierre     C 0 messages A 804 LECTURES


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Sans atteindre la qualité de la poésie des plus grands auteurs du XVème siècle comme Charles d’Orléans (1394-1465) ou François Villon (1431- ?), les écrits méconnus et inédits de Charles de Coëtivy (né après 1459, mort avant le 8 décembre 1505), seigneur de Taillebourg, proche de la famille royale, sont un témoignage de la création littéraire de ce temps. Dans un style en vogue à cette époque, il met en scène deux personnages allégoriques, Sieur Entendement et Dame Raison, et lui-même, "l’Acteur", qui dialoguent entre eux. Le vocabulaire employé dans cette œuvre originale comprend de très nombreux mots oubliés. Un glossaire en donne la signification, lorsque nous la connaissons.

L’œuvre est dédiée à Charles d’Orléans (1459-1496), comte d’Angoulême, père du futur roi François 1er, et beau-frère de l’auteur.

De nombreuses enluminures illustrent le texte. Elles sont vraisemblablement l’œuvre de Robinet Testard, enlumineur de la famille d’Angoulême (voir "commentaires"). Les châteaux représentés pourraient être ceux de Taillebourg et d’Angoulême, et, parmi les personnages Charles d’Orléans, recevant cet ouvrage des mains de Charles de Coëtivy.

Voir les enluminures : n°1 n°2 n°3 n°4 n°5 n°6 n°7 n°8 n°9 n°10 n°11 n°12 n°13 n°14 n°15

Source : Entendement et Raison, par Charles de Coëtivy - vers 1480-90 - BNF Gallica - Transcription par Pierre Collenot et Christian Hervé.

Pour faciliter la compréhension de ce texte, nous y avons ajouté des accents, des apostrophes et quelques majuscules.

Publication en cours.

Qui est Charles de Coëtivy, seigneur de Taillebourg ?

Petit-fils du roi Charles VII, Charles de Coëtivy est d’une famille très proche de la couronne de France

- Voir la généalogie de la famille de Coëtivy

Naissance : après 1459
Décès : date inconnue, avant le 8 décembre 1505.
A été conseiller et chambellan du roi

Parents :
- Olivier de Coëtivy, Chambellan du Roi Charles VII
- Marie de Valois, fille naturelle du roi Charles VII et d’Agnès Sorel.

Marié vers 1480 avec Jeanne de Valois-Angoulême, duchesse usufruitière de Valois (Parents : Jean Le Bon de Valois-Angoulême, Comte d’Angoulême & Marguerite de Rohan)
Ce mariage le fait devenir cousin germain du roi Louis XII (roi de 1498 à 1515) et oncle du futur roi François 1er (roi de 1515 à 1547).

Enfant
Louise de Coëtivy

Frères et sœurs :
- Gillette de Coëtivy, mariée après 1478 avec Jacques d’Estouville, Baron de Saint-André
- Marguerite de Coëtivy

Le château de Taillebourg
Il s’agit très probablement de ce château, en raison du blason qui flotte sur ses toits, et du texte qui suit.

Entendement et Raison par Charles de Coëtivy

L’acteur

Remémorant les anticque prudence gestes et faitz Rommains qui tousiours de vertus munis furent et deuement garniz. Et mesmement ayant consideracion au noble Pompée qui légat fut du Roy Gentyus prisonnier constitué. Non répudiant les magnificques allégations par Vallère en son tiers livre et tiers chapittre haultement exposées. Et ayant vraye congnoissance que la digne vertuz de patience est de despoir contigu & proiche remède Me delibère auscuns desplaisans ennuys qui par aspre stimulation me livrent continuellement mortel assault patiemment porter Et de la noble vertuz de patience laquelle Tulle diffinist en sa seconde Réthoricque estre voluntaire & longue souffrance de choses fortes et ardues pour cause dhonnesteté ou de pusit user selon son gré & par souffrir les endurer dont

À Taillebourg chastel sys sus charante
De mes ennuys pluseurffoiz me guemante
Cuydant donner pollice a ma querelle
Par maynt debat

Estant assis en ma chambre plaisante
Paucé de vert et verdure pour tante
En divisant a une damoiselle
Pour mon esbat

Dedans le mur sus ung siege ou rabat
A la fenestre ou ung chescun s’embat
Pour voir dehors si le temps renouvelle
Et quel vent vente

En ung tourbier en fasson dung sabat
De gens j’ouy sourdre ung bruyt ou débat
En grans maisons ce n’est chose nouvelle
Ne mal séante

Chascun séans avoit laissé la dance
Pour saproicher et se mettre dedans ce
Trouppeau de gens qui la ou je devise
Ensemble estoyt

Je maproiche & y vys congnoissance
La venue que ung peu congnois sans ce
Que privausté soit entre elle et moy mise
Qui cacquetoyt

A congnoissance demande que c’estoyt
De ceste gent qui si bien l’escoutoyt
Car ung chescun depuys sa place qui se
Faisoit silence

Elle respond quainsy l’on sesbatoyt
Escoutant les nouvelles qu’apportoyt
Pour les ouyr cest de ce lieu la guise
Chescun silance

Interrompant langage sans ce que congnoissance eust de me parfaire responce loysir. Particulariscement et par humble prière requis que la cause de sa venue son plaisir fust me notiffier. Qui desirant me satisfaire y obtempéra. Et entre aultres choses me requist dung propos dont m’assavanta faire quelque petit traicté en forme de livret. A quoy très voluntiers obéy. Et pour ce suys en cuyder que assez laurez argréable combien que par industrieux langage mal introduyt et compilé mais grossement et de bon vouloir. A vous très-hault très-puissant prince mon très-redoubté seigneur Charles Conte d’Engoulesme j’adroisse comme à celuy à qui par congnoissance j’ay esté induyt le présenter. Et par elle deuement assavante de voz grandeur de lignage perfection personnelle et accumulation de biens mondains et temporels. Suppliant vostre noble seigneurie l’imperfection qui par mes imprudence & faulte de scavoir pourroit estre en ce livret. Par vostre gratieux et discret plaisir excuser et couvrir ma faulte. Mesmement de ce que si haultement ne puis séduyre obstant mon sabil le mémoire ce propos comme par souvenance ma esté déduction faicte. Car ma petitesse intellectible de voz nobles vertuz estimer ne a icelles louange suffisante atribuer n’est nullement capable mais pour vous servir honnorer et priser comme tenu suis considérant vostre humilité m’avoir par ottroy de ce non mériteux consenti alliance à vous fraternelle. Me suys enhardi rédiger par escript de congnoissance le sollennel propos dont des causes efficiente matérielle formelle et finelle estez suppositif fundement comme cy après senssuyt en la progression de cestuy mien intendit fluenticq opusculle. Et commance Entendement formant son dire par complainte à quoy raison ne luy donnant loysir d’achever faict responce continuant son dire ainsy que après oirez.

Entendement

Entendement qui de vaguer ne cesse
Comme celuy qui est subtillement pris
Ne permettant son désir quil congnoisse
Reallement cause dont sont espris
Les plusieurs qui tourmentent leurs espris
Et dont ce vient qu’ilz ont merancolhe

L’acteur

A quoy respond raison dame de pris

Raison

Tout ce leur vient dincongneue follie
Entendement sachez que je suis princesse
Et sur ennuy de commander ay pris
Bien en appert car plusieurs ont prins cesse
Des desplaisirs qui tant les ont sourpris
Quant ilz mont eue, je suis dame soubz pris
Incomparable et dont est abollie
Celle en qui sont pluseurs ennuys compris
Par tout clamée incongneue follie

Souverain remede et sus touz maulx maistresse
C’est doncques moy par quoy si as empris
Tes jours user en esloignant destresse
Fault que tu m’ayes enclose en ton pourpris
Par ce moyen ja ne sera repris
Davoir pancée indeuement pollie
Et de mains maulx par moy seras despris
Qui sont mouvans d’incongneue follie.

Si désir as de recouvrer liesse
Ne dois avoir fuyant merancollie
Ou aultrement trouverois pour hostesse
Ches toy logée incongneue follie

Qui seroit chose méprisable et digne de dérisoire répréhention fouyr tu dois extravaguer en t’arrestant ès choses raisonnables sans sercher fin ou elle n’est limitée car combien que Hercules fust voyagier extrême diligent et lointain si mist il ses bonnes en la mer occéanne donnant fin par voyage à celle qui de soy ne la filz trescher ne gette en ombly ce que par Saint Poul est escript disant que à sobriété doit on meurement entreprandre et ne te laisse succumber à celuy mal d’oysiveté qui ou livre des vices fundement de touz aultres et d’ung chemin racine est declairé. Emploie tes forces à choses haultes et raisonnables par industrie de prudence concepvoir et entendre. Saches le lieu de ta demeure ou plus noble menbre du corps humain prefix c’est le chef lequel selon Ysodore ou livre des éthymologies représente aulcunement la personne de l’ame qui conseille conduyt & gouverne le corps par les sept pertuys instrumens des sens correspondens suyvant du philosophe le dire qui ses choses inferiores par leurs superiores tesmoigne se gouverner aux sept cieulx et sept planètes. Ton repaire est et consiste en la plus saine partie du chef c’est le milieu dont devant est sy magmature et en la derniere semémoire situé et assis par quoy joyau notable et precieux laissant ta premisse dois bien conseillé lieu donner a mon dire.

L’acteur

Entendement par raison adverti en souppirant par admirer d’ouyr ceste dame parler les yeulx vers sa haustesse eslevez luy respondit.

Entendement.

Contempler fault y faisant point pause
En la vertuz grant qui en vous repose
A toutes gens désirant l’alyance
De bien parfaict avecques sapience
Qui par prudent sçavoir est en vous close

Disant partout des hystoires la clause
L’on peut juger questes de vertuz rose
Contempler fault

Vous estes celle qui de ma vie est cause
De m’essaier vous louer je ne l’ose
Faire car trop suys remply d’insaence
Doncques mieux est que me taise ainsi en ce
Plaisant attrait car sans déduyre glose
Contempler fault

Suyvant ce que dit Aristote en son livre de la Neufiesme Éthique que toutes choses bonnes concordent à vous dame raison et que du numbre d’icelles par vostre prudent advertiment sur moy voulez conclure en me inférant exemplificatif de l’ame representeur estre veulx adérer à vostre enseusuement du quel moult me contente. Par ce raison que en l’espitre de Senecque envoyée à Lucille est inféré les choses honnestes plaire puis-je conjecturer pancée humaine naturelement vertuz qui de soy est par honnesteté plaisante moult devoir appeter dont de vouloir ardant fermeté l’exercice en auroys agréable et pour l’acquérir travailler gettant oysiveté qui par ton deffensif commandement m’est interditte du tout en abandon. Et ce qui sans propos en ymaginative vagation me contraignoit indeuement errer désirant sçavoir la cause dont les pluseurs tourmentent leurs esperis et par ce en fin de merancollie sont estains et asouppis. Sur quoy deuement m’as respondu disant ce leur partir d’incongneue follie c’est que pluseurs en ay veu indigens ta magnificence d’iygre douleur asprement armés les faitz des quels resumer impose soubz pitiable silence pour donner lieu à l’escripture disant cherité bien ordonnée commancer à soy te prient mestre guydeable conduycte du parvenir à ung santier qui sur touz aultres de regnon attaint le parfait et impérial apport du quel les suyvans ses vestutez ont tout vice donné sans preder diffinitif arrest usant de son contraire c’est le santier vertueux. Saches dame en désirer par toy la brefve et plaisante ouverture manpeint. Tulle en son livre d’amytié disant de vertuz rien n’estre tant à aymer ne si louable car qui du vertueux santier a eu la congnoissance puys ores que ne l’ayt veu si est il par soufrit en désir recommande voir. Par quoi plaisir ta haustesse croyant mon désir satisfaire reffus de toy n’escondira ma congnoissance avoir de celluy ouverture.

L’acteur

Par le préalable narré luy répliquant Entendement est dame Raison excitée digne le faire derrer ou vertueux. Et n’est mie merveille si son désir ad ce voluntairement l’incite. Car transcendant dignité de mémoire en touz ses actez cest vertuz ad ce s’accord Gaufredus en son doctrinal traicté nouvel par contraire position recitant vice estre des maulveises choses la pire & plus m’acuse. Et vertuz comme en bonté parfaicte l’honneste remède lutte le grant à mes dictz se conforme disant vertuz estre des plus precieuse la raison en donne Lucan où il dit en adversité vertuz croistre. Tulle pour abreger en son livre de legibz donne sentence de vertus par la famer estre celle qui les honnestez aieurs a tout bien esmeut et la conduit par faute. Chose n’est ce mie admirable entendement qui de tout ce a congnoissance en désir estre connoitant l’ostencion de ce noble et vertueux santier auquel parvenir s’accorda Raison luy subvenir par son ayde et soubz grande difficulté luy descript le plaisant et singulier portal & entrée d’iceluy qui passant en richesse et décoration d’ouvrage le chastel d’Ylion à nully aultre n’est comparable. Maistresse et portière en est une dame de grant regnon qui le bien du mal moult sartement sçoit discerner discretion clamée tenant d’iceluy le guydict. Cestuy portal si sumptueux où touz pélerins de vertuz passer assiert est du nom de foy tenir notablement intitulé quar radicalement fut construyt en stabilité. Entendement par Raison suyvant l’aproiche de ce lieu singulier d’humbles prières d’isaction très-instanment assally que du santier luy perinst ouverture.

Discretion congnoissant son vouloir
Estre ferme en désir de valloir
De celuy lieu luy veult ouvrir la porte
Raison et luy entreront ou manoir
De foy tenir qui plaisant est à voir
En touz endroiz tant loing qu’il se comporte

L’acteur

Entendement repeut lors de mercis
Dame Raison qui lyans l’avoit mis
Recongnoissant le bien inestimable
Qu’elle luy fist par quoy fut advis
Estre réduyt parvenu et remis
D’obscurité à lumière finable

Discretion voulut récompenser
De ses biens faiz en suyvant son pancer
Par luy offrir de desserte luy faire
Dont tout soudain vers luy se vint lancer
En respondant sans de rien l’offenser
Soubz le propos qu’après orrez parfaire

Discretion

Offres de me servir ne tout exploit ne me seroit juste guerdon de l’ouverture que a la petit Raison t’ay faicte. Et par mon dire remonstrant comprandre le pourras non pretendent loyer ne recompance car le satisfaire hors est de ton povoir veu qu’à nully n’appartient le bien de vertuz mettre apris. Mais affin que improperer on ne te puisse avoir parlé discretion sans ce que aulcune chose de son bien qui est spirituel t’ayt départy. Rotour te soit vertus de laquelle par moy le santier t’est ouvert n’estre de mercede temporelle appreciable et ce tesmoigne Senecque en son livre de Clémence disant que vertuz son fruyt estre en elle ne que digne pris des euvres vertueuses trouver ne se peut. Ad ce se joinct Plemus en son espittre à Catullum disant vertuz son pris appeter et estre à l’ostention de conscience. Reffere vray est entendement ceulx de vertuz n’estre garniz qui d’elle avoir remunération temporelle sont expectans. Mon dire est conforté par l’auctorité de Tulle en son Dialogue où est escript que ceulx qui de ceste sainte vertuz usent tendens affin de mercede terrestre sont ditz et appellez ymittateurs de faulce simulation. Tout homme vertueux est liber et tout foul serf. Quesse que liberté c’est puissance de vivre à son vouloir qui pour éviter vice dont l’homme est misérable doit estre vertueux. Du bien extrême qui par dame Raison t’est advenu d’estre en ce vertueux santier ne prétens ignorance sa grant excellance estimer ne s’en peut. Auquel avant que oultre procede te veux advertir ne t’esguerer. Car jouxte cestuy santier deux vieilles sédicieuses remplies de toute maulveistié qui de maints maulx infiniz ont esté motifz et adresse résidamment habitent. Et affin que de leurs noms ne prétende ignorance sachez l’une estre mensonge et l’autre sa seur fausceté qui peut estre de leur povoir se penneront hors de céans te provoquer dont à toute instance te deffens separtir sans oultre passer ung foussé ou bien vouldroient te distraire. Mais à leurs ditz nullement n’obtempère car il est dangereux que que par compréhensible description l’horreur déduire ne s’en peut c’est l’entredeux du lieu où lessusdittes vieilles ont leur discours pour vice suyvre et cestuy santier qui le foussé de différence est notairement proclamé. Et le lieu qui de touz maulx est arainstructif sa ou ses vieillez font leur repaire est des meschins le soulas inutile cest voix oblique. Et pour ce garde n’y faire procedeure mais suys raison.

L’acteur

A ? yable correction et conseil d’advertiment donna discretion à entendement ainsi que avant est décleré qui bien se delibéra virilement résister aux anninaises qui par mensonge et faulceté luy pourroient estre susatées au destourbier et variement du vertueux santier. Moult eut il en mespris l’incertain et variable courage de ceulx qui par faulte de jugement et instinct naturel en voix oblique suyvent vice. Et bien luy souvynt de l’auctorité qu’Yntillien disant rien tant n’estre occupable tant multiforme ne tant prolongé en variable effetz que vice.

Maulx infiniz s’en ensuyvent par vice
Trop ne sçavois le blâmer ne deffendre
L’amour de Dieu en pert on et service
Dont l’âme après faultes ès enfers descendre
Or voiez donc que c’est que Dieu offendre
Suyvant vice maleureux et mauldit
Tout bon esprit en doit de crainte faudre
Car paradis par vice est interdit

Doncques est il nuysible au corps et preiudiciable à l’âme. Car par vice est faicte exempte et non mériteuse du loyer qui de droyt luy doit compecter suffisaument à son cuyder est entendement adverty et de tout ce mémoratif lequel pour mensonge vaincre et faulceté subiuguer. Se délibéra raison n’abandonner que de tout ce remède singulier est et paremptoire louent Senecque aux désirans vice vaincre de raison eulx garnir et soy soubmettre. Ainsi partit entendement en la compaignie dame raison errant par le santier vertueux qui comme de joye par sourprise ravy quelque peu s’esguayant légierement marcha non considérant si raison le suyvoit en briefs pas ataignit l’aproiche de voix oblique et sans y pancer par faulte de raison sur le bort du foussé de différence vint ou s’ellancèrent ses deux vieilles mensonge et faulceté oultre passans sur une planche dont sont coustumiers s’aider quant attraper veulent les compaignons de raison dénuez.

C’est la planche de paliation sur laquelle Justin & Bocquace des Infortunez conviennent entre aultres Zebonna le filz Protarrus parlant mensonge en l’organne Ptholomée avoir esté en fin séduyt. Lors pae elles fut advisé que faulceté feroit devoir de suborner entendement pour le gaigner leur fatalité & executer en luy leurs plaisirs à quoy tendent voulut marcher vers luy délibérée quant soudainement ouyt la suyvre l’une de ses complices c’est suspesson qui cause fut dilliatement occire le vigoureux lévrier dont par le sage Bausallas fut à Dyoclecien empereur l’exemple relaté pour à sonj fils de mort suspectivement de seruie ? Respyt dommer par laquelle conjectura de discretion le prenarré advertiment par discretion dont desplaisante plus que Lucresse par sa défloration moult se repentit que sa seur mensonge l’annet ? Experte en l’art subornatique ne l’avoit précédée. Et pour ce avant que procéder par suspection affin d’en conclure la menda. Qui benne adviserent quelle seroit première procedeure et pour à ses fins briefvement parvenir fust par elle entendement qui de raison n’estoit garny du biole mantel de flaterie soudainement envelopé, Et pour mieulx en leurs laz le saisir s’approcha qui destourne par elles et conduyt sur la doubteuse planche de palliation par saincté et blandisse accoyntance telles ou semblables parolles apparantes mellifluer luy dist très instamment mensonge.

Mensonge

A—y ? désire et dont par long temps l’accoyntance est de nous souhaitée Ne te merveille si ma seur faulceté et moy fuymes par courage délibéré ardentes en désir de service te faire Car les grans et innumérables biens dont es habundamment fulsy moult le requiert lesquels par ma conduicte t’espère accroistre. Ne soyre ? ignorant equitins ? par aultre moyen que le mien avoir obtins office de tribun soy disant combien que nos filz de Tyberius ma seur faulceté gaignant les oppositions des consules parvint à son intention Affin que mon povoir te soit manifesté te veil assavanter comme le maistre des hystoires sur les evvangiles. Recite ung nommé Alixandre par moy avoir esté tres proche de l’empereur Octovien. Car par faulceté myenne seur se disoit estre filz de Hérode, Refeis je à Trebellius Caltha succéder ès biens de Claudius faulceté le faignant héritier dont en jugement obtint pluseurs aultres par me croire aydant ma fraternelle conduycte sont à leurs fins parvenus dont moult says te contempter que de ton cas soye ministre.

L’acteur

Aynsi que d’avant ouy avez fut du mantel de flaterie entendement par mensonge et faulceté se seur enveloppe pour la ténébrosité duquel n’ayant de vérité claire congnoissance. Des termes simulatifs et paroles feyntives qui dittes par mensonge luy furent se relioyt par ce content leur adhérer Oultre le foussé par sur la planche de paliation en voye oblique le menèrent et de leurs tours et abilités luy confabulèrent Qui comme ouvrage de maling esperit luy fust l’introite plaisant s’efforcsant d’en scavoir et apprandre, Bien le congneut la trop abylle faulceté qui pour sa doctrine ententinement escouter luy pria d’y donner l’oreille Lors affin de mal en pis imparfaictement le parfaire Gardant gravité s’assit en une chaire peincte de fainctif vouloir et en sa main le livre de tromperie duquel luy leut pluseurs chappitres fabuleux pour l’induyre à estre clerc en ceste science lesquelz obmesz comme ignorant réciter doubtant la reprinse des maistres, A diligemment escouter se pennoit entendement et bien semble à mensonge et à sa seur faulceté qu’en briefz jours s’il continue quelque chose en saura. Après l’ostention et lecture du livre longuement se pourmenèrent en luy monstrant les cavillations déceptions simulations faintises faulx attraitz signes parlans jurementz couvers charges controuvées cautelles dolositéz et toutes aultres drogues desquelles les fins fretez en voix oblique user assiert dont print fatigue.

L’acteur

Mieulx luy vault le vertueux santier
Suyvre et raison luy fust plus profitable
De tous ses sens fust il sain et entier
Et blessé est de mensonge par fable
Il est couvert de ce mantel flatable
Cella luy fait escouter leur langage
Par quoy je dis qu’assez je suys doubtable
En les servant que l’amende il engage

C’est faulceté qui de tout ce est coupable
Mensonge veult que luy face l’hommage
Et le feront de leurs suppos semblable
Dont ce seroit en fin pour luy dommage
En vois oblique il deviendra ramage
Sy guerez y est mais il me semble au fort
Que entendement doit bien estre si sage
Que d’en sortir brief fera son effort

Bien luy loue car c’est son advantage
D’y demourer en pourroit pys valloir
Assez de temps il a servy d’ostage
En ce hideux et desplaisant manoir
Sortir s’en deust et ne nuyre leur dire
Metent du tout mensonge à non challoir
Et faulceté par ce creuront dire

Trop est avant entré en voix oblique
Danger y a qu’il n’en puisse sortir
Et qualissir faulceté ne réplique
Ne permettant de s’en laisser partir
Sy de me croyre se vouloit consentir
Et qu’il movyst leurs dictz interrumpant
Il s’en vendroit et leur feroit sentir
Qu’en vertuz est parfaict lyon rampant

Mais assez me semble et puis congecturer à de ce faire n’est prest ne delibéré car incessamment luy sont mensonge & faulceté à l’oreille qui du mauldit mantel de flaterie comit et serré le tiennent luy attribuant louanges dont nullement n’est mériteux et sans avoir considération à Tulle qui dit que louer nully ne veulst il de peur d’estre ruyde flatteur Car Socrates dit que quant le prefet est loué ce ne luy est louange mais flaterie. De flaterie le mantel doit estre d’un chemin hay dont dit Seneque le costé des flateurs n’estre nullement à aprocher car se sont ouvriers artificielz à déception mesmement grans personnages qui voluntiers en lieu de les fouyr s’en affublent. Et ne lez soumet de l’autorité Petroyus disant estre feyins ad ce que quant dedans le fleuve des biens de quelque prince ou aultre personne veulent quelque chose pescher, Ils gettent leurs filez de louable mensonge en lez presence affin que du mantel de flaterie soient aveuglez. Lequel Barro en ses sentences dit estre congnoissable quant avant demander louange precede fouyr doit on les porteurs de telles paroles flatières & blandisseresses par lesquelles erreur souvent entreprince parens ou amys s’engendre Dyogenes plustost choisit mortel dommage soustenir que par flaterie l’éviter ? Car quoy que flateurs dient tousiours ententifz et tendens sont à déception desquelz la verbosité superflue fait pluseurs souvent errer en péché. Et sur ce dit Prosper [1] en son livre de Epigramathicum qu’il se merveille dont sages gens à flateurs ou contronueurs de mensonges adjoustent foy mais encore plus se merveille dont telz flatzurs se glorifient à conduire leurs maulditz ouvrages qui sont opprobre et scandalle de peuple. Et en fin mort pour eulx éternelle dont dit le prophète estre leur gloire vaine & de maulveis effect Pollicrates tesmoigne tout flateur qui comme ennemy vruz ? Feignant service faire tousiours estre attendant sa fin c’est déceptive fraude. Par ce je dis que trop ne peut nul garder ou fouyr d’estre couvert du manteau de flaterie comme est entendement qui par lasseté ja se trouble suyvant vice par voix oblique l’enchercher. Et pour aulcunement soy de repos substancier mais point n’en est en celuy si eu soubz ung arbre de là prochain s’assist dont la senteur estoit d’infection replete les feillez femes et tannées par son horreur duquel le nom n’est abscond au vulgaire c’est l’arbre d’ennuy soubz qui entendement accompaigné de mensonge séant estoit avecq faulceté qui par faulte de repos ja avoit face flaytrie et couleur fade les yeux clos commença moult à souppirer pour le dur feis dont sans raison estoit charge et par manière pitiable branla le chef de probleumaticques argumentations. Insolublement oppressé en quoy faisant de celle part fust du mantel de flaterie deffuble et par congnoissance comprint des deux vieillez malicieuses. La tricherie barateuse en congnoissant que séduyt et tray l’avoyent.

Qu’on fit estoit en désolation
Et pitiable par lamentation
Dont un chacun devoit pitié avoir
Car il estoit en tribulation
Souffrant amère et grande passion
A grant peine povoit son chief mouvoir
Bien cause avoit de treffort faire douloir
Car nullement il ne povoit ravoir
De ses ennuys tant soit pou d’allégence
Leva le chief Il commencza à veoir
En l’arbre ung fruyt dont il fist son devoir
D’en recuillir pour en avoir substance

Et par le conseil mensonge mordit dedans qui de griefves douleurs luy fut engendrement car par ce non seulement tourmenté fut d’esprit mais aussi corporelement ayant de celuy la mortifère accerbosité goustée. Le nom du fruict luy estoit incongneu quant mensonge s’acertena principal & incillez alymens dont sont repeuz par leur conseil. Les detenus en voye oblique & s’appellent poyres d’angoesse croissantez en l’arbre d’ennuy extrême dueil malentent la compangnie dont plus ire en sa merancolie que Olofernes de la responce à Achioz prince des Amonyens luy contredisant la deffayte du peuple Israellite. En voir tremblant de plaisir dénué le pitiable regreit subséqutif haultement proféra.

Entendement

Plus mort que vif en ce lieu douloreux
Après avoir gousté fruict angoesseux
Bany d’espoir foys mon regreit piteux
Comme forclus de bien armonieux
En pourpensant ou cas trèsmaleureux
De Mucyus qui veult que m’en repante
Mais c’est trop tart que son vouloir consante

Olympias permet que je lamante
Danpricyus veult qu’en moy bise vante
Hérodes roy me guide soubz sa tante
Puis Persa vient qui me serne et enchante
Et tant ont fait que douleur gémissante
M’a suffoqué sans recours à phisique
Pour avoir prins le treyn de voix oblique

Hélas conseil renommé et pudique
Industrieus et de haulte pratique
De Scypion qui subjugua Affrique
Sauries vous m’enseigner l’autentique
Dont je lairroix ce chemin si inique
Pour retourner au lieu d’utillité
Que j’ay obmis par mon iniquité

Hélas David par vostre iniquité
Parviendroit point ma sensualité
Au lieu où gist toute virilité
Où j’ay laissé par ma fragilité
Dame raison fleur de tranquilité
Dont maintenant suys détins en servage
Dont ne croyt foul tant qu’il ayt eu dommage

Hélas où est l’yssue ou passage
Par où j’entre au mauldit vasselage
De tout ennuy qui me tient en hostage
A l’apétit de déceptif usage
De faulceté à qui je doys truage
Par mensonge mère de tromperie
Qui ses suppos conduit à mort de vie

Discrétion me donna industrie
Pour éviter les plains de Jérémie
Que j’ay trouvé en si grande coppie
Qu’il n’est tiltre satire ne omélie
Où l’on réduit ma grant mérancolie
En tel effect que mon dueil le supporte
Qui fuyt conseil treuve la voye torte

Hélas souverain sans sorte
La douleur que je porte
Me fait vous requérir
Dont vous pry et exorte
Que me monstrez la porte
Par où je puisse yssir

Assez m’a fait landuir
Le mauldit desplaisir
De ma dure destresse
Appolin roy de Thyr
Ne sceut jamais souffrir
Si parfonde rudesse

Janus dieu de vieillesse
Dyanne grant déesse
Soiez moy secourans
Appollo creynt sans cesse
Dirigez moy l’adresse
Pour fuyr mes nuysans

Loyez préconisans
Mes regretz gémissans
Nobles meurs césareyns
Quar je suys hors du sens
Par quoy s’il finissans
Fault que soyent mes pleyns

L’acteur

Les paroles ou semblables aux prédictes de courage plus félonneus que Lymus Falynator ne fut encontre d’Audyus Nero en la bataille qu’il fist à Hasdrubal en laquelle combien que par Fabyus Maximus fut ennorté ne descendre devant congnoistre les forses & courages des ennemys ny voulut par ce que dire l’amply obtempérer furent par entendement exposées. Qui de despit n’estoit comparable à Gayus Flavyus romain prêteur mais l’outre passoit et Figulum irrité de sa répulsion et déboutement de l’office et dignité de consul tant estoyt d’ennuy entendement tourmenté que espérer bonnement ne pouvoit de ceste mauldite voix oblique l’yssue en véhément et extrême courrous évada les deux perverses et males guides mensonge et faulceté seurs congnoissant leur prodicieuse sédicion en déssirant de flaterie le détesté mantel dont couvert l’avoient. Lesquelles à leurs ententes d’avoir failly l’en parvenir relanquies de despit anymées plus que Metellus qui après ce que toute Espaigne eust pres que subjuguée voyant Quyntus Pompeyus que gueres il n’aymoit à sa conqueste succéder et estre à la parfaire & acomplir par le Sénat ordonne plustost eleut empescher du nom romain l’accroissement qu’ymposer freyn à sa parole par dissimuler en amolient sa furiosité. Pour l’exécussion de laquelle acomplir des choses saiges magnifiquement la gloire corrumpit. Et luy estant veinque plus fort des ennemys que son Ireus maltalent encontre Quyntus Pomperius perdit l’honneur de tryonphe bien desservy dont de luy comme forcenité ? Quelque comparaison combien que non pareille faire se peut aux deux seurs et complisses puis que d’entendement en desplaisir et dueil extrême départies se sont. Lequel d’elles s’espare par long attrayt de mainte pancée pourpanszant de voix oblique les yssues qu’appercevoir nullement ne povoit pour les empeschemens et obstacles qu’il avoit eu soubz l’arbre d’ennuy se repaissant du fruict d’engoesse. Bien pourtant par rememorer la prétérite saison luy souvynt quant par si devant fut distret et soubourné qu’au vertueu santier Raison avoit laissée. Et pour ce que de son povoir en désiroit la requennire ? Ayant par espérance consolation de sa pancée & élèvement de ses forses. Luy souvynt de l’auctorité Lucan disant au creyntif de défaillir l’expérer est chose licite. De celle espérance frivole n’entent. Il par laquelle les ignorans fourrez de malices prétendent le bien sans en chercher le mérite comme ceulx qui espèrent paradis sans en faire les euvres. Mais parler entent de celle dont Galterus récite n’estre sans mérite à prévenir. Ces choses bien considérées se délibera retourner & ? son espérance estre prévenue en ayant ferme propos si recouvrer la peut. Jamais n’abandonner raison. A quoy tendent par ses adresses.

Sur le fossé de différence
Entendement fut de retour
Remply estoit de desplaisance
D’estre egueré en tel détour
Il chemina tout alentour
Du fossé pour chercher passage
De retourner ne trouvoit tour
Grant desplaisir en eut et rage

Le pont de palliation
N’y estoit plus pour repasser
Dont il fist lamentation
Et dueil jusques au trespasser
Quar il ne pouvoit s’avancer
D’oultre passer la différance
Du fossé qu’a voulu lancer
Contre vertus male meschance

Raison qui se meut par compas
Sans faire bruyt ny grant esclandre
D’illecq s’aprocha pas à pas
Quant elle y fut à bien reprandre
Entendement qui par mesprandre
C’est egueré en voix oblique
Fist son devoir pour plus se rendre
Subiect à elle sans réplique


Raison entendement blasma
Par vroye amour d’obédience
Et de son povoir l’adinsa ?
Illec ne faire résidence
Qui bien luy voulut obeir en ce
Et de grant vouloir la requist
Qu’il luy pleust de faire finance
D’ung passage qu’elle luy quist

Quant elle eut trouvé le passage
Pour faire entendement passer
Luy retourna faire message
Affin qu’il voulsist s’avancer
Sans plus ou temps passé pancer
Ny en la vie qu’avoit mené
De voix oblique déleisser
Dont est maintenant détourné

Entendement ne fist demeure
A raison vint sur le passage
Incontinent y fut en leure
Mais raison luy dist que pas sage
ne seroit de tant se haster considéré de celuy foussé la grande parfondeur d’aventurer sans son aide le passer & luy forma comme il s’enssuyt son dire.

Raison

Expérience disant le philosophe des choses estre maistresse. Entendement tresdigne & précieux duquel inestimable la perte clâmée seroit qui par désir ès connoitens ta remise de vice en vertuz en quoy te secourir devoit faire apercevoir ta fait les maulx infiniz travaulx désordonnez contigus ennuys et peines douloureuses dont puement est fait simble aux suyvans vice en voix oblique l’advertyment à toy fait à la porte de foy tenir au numbre des choses dont guères ne te chaut fut par ton contenuier regetté sans avoir esgart à Tule disant en ses Tusailaines Questions des foulz leppre estre par mespris. Les aultres vices regarder & les se mettre en oubliance ? Bien tanoit ? Discretion la volunté mensonge & faulceté cuiter ? Conseille mais le tout as mys à non challoir tu es tumbé en ce hasart du ans ? Avant que sur l’yssue donner te puisse secours faut que concerne & progyte ? comme tout sage faire doit ton temps en troys. Quant au premier luy est le passé. Juger en pourroit l’arbre d’ennuy si le pler ? ordonné luy estoit bien sauroit dire les maulx qui en lieu de repos tout infesté soubz son umbrage dont assez es memoratif sans en faire deduction. Quant au second qui est le present cognoistre puis si louable guerdon t’est advenu dautre ? mensonge & faulceté oultre mon gré suyvie dire ne le te fault quar assez le congnois. Et de ses deux conclus sur le tiers qu’est le futur. affin de parvenir au bien avant que de mal soiez du tout parvenu. Ce considéré aperçois que chose utille tendent affin … profitable est que passé celuy fossez sans plus estre destourné errer ou vertueus santier. Et pour ce que la profonde large ? est en ténébrosité si duise que sans moyen passer ne la puis fault au travers le pont sur lequel entre aultres chemin en sa vocation. Les sainctz prophètes martirs glorieus & dévotz confesseurs ont en sa loy salutaire marché jusquez en la fin & extrémité de leurs naturelz & prédestinez jours. C’est le pont de persévérance que de mon costé sera fermé & pour ce gardé que du tien ne ? de peur de choir en ce fossé si bien lafferme que fiablement soit poursuys. Se fait pourras sans danger de mansonge & faulceté seurement pour retour cheminer sur le pont de persévérance ou santier vertueus. Et pour éviter que au passage sur le pont le pié ne te quitte.

Entendement en ta main tien
Ce baston de parfait maintien
Et nullement ne l’abandonne
Mais avecques toy le retien
Et sur luy ta poue & soutien
Prans le de bon aieur le te donne


Sans avoir du baston de parfait maintien soustenement est impossible nul sur le pont de persévérance. Laquelle Tulle en sa Réthorique diffinist estre en moy bien considérée estable mansion et perpetuelle demeure cheminer. Car là où parfaictement l’on ne se maintien droit ce ne seroit mansion ferme et estable et par ce contre la diffinition de persévérance seroit al qui ...deroit cheminer sans le baston de parfait maintien que je te libéralement en don octroye. Quar ainsi que dit Valère dissimulant libéralité par Aristote en son quart [livre] d’Ethicques luy ordonne deux louables fontaines qui sont vray jugement. Et honnesteté veginnolance c’est à dire quant au premier qu’il est par raison requis estre juste pour qui l’on s’emploie quant & en quoy. En observant le russel de la segonde qui est que ce soit pour honnesteté & non pour chose villaine dont le tout considéré j’ay de libéralité en la te donnant ses vrays fins suyvies. Chose est notoire Justin tesmoigner en son XIIe livre de la Vremation Trogus Pompeyius Alixandre le Grant estant en ung banquet firent mensonge & faulceté par aultruy bouches louanges indeues luy atribuer en l’afublant du mantel de flaterie par contemuer les faitz son géniteur. En les disant n’estre aux siens préférables. A quoy par parole cuydant resister ung chevalier ansien Clytus appellé contrarient l’occist Alixandre dont ce fut distret en voix oblique et de voix du vertueus santier. Auquel desirent le retour passer s’essaya le fossé de différance par le pont de persévérance at quant sur celuy cuyda le prelier par marcher tumba dessoubz à la ranverse quar en sa main pour aide n’avoit de parfaict maintien le baston veu que parfaictement ne se maintint mais subiect à l’accomplissement de son ire et subsequtif de son voluptueux désir fist Calistenes philosophe mortel péril soustenir par ce qu’il ne permettoit son ourgueil mais luy contraria en correctibles paroles

Suite p 28 droite







Le château d’Angoulême
Le donjon hexagonal caractéristique de ce château semble le désigner.

Charles de Coëtivy devant le château d’Angoulême

Ainsi qu’en ma cotte d’armes clerement puis apercevoir que chargée est du port de leur magnificque blason Noblesse en laquelle ses vrois suppos sont daultry par voie morigee differans de les loyer
Tenent le juste poyz de sa balance ny ndigent mais de guerdon (récompense, prix) les deuement recompansent Tant que son estre est endurer mainfise sans oublier leurs opérations. Et dont de leurs faitz sont ses registres rempliz et de la graine diceux son delictable jardin odoriferamment semé Qui fructiferant a rendu a nature devoir par l’issue d’une antique plante jadis commencent abouter dont les scions sont en extreme grandes magnifiques preux entre lesquels la droitte jecte sommaire en perfection De ceste dame & mienne maistresse par qui nobles cueurs sont a suffisance satisfaictz par prière que sur moy son herault et roy d’armes vault commandement ay esté doulcement assailly. Le patron prandre de la plante tirée après le vif et à chacun rameau est l’escu des armes du scyon que la gette en a point ainsi que pourrez voir en la depiction de ce rolle ou papier Lequel bien veil et suys de vous monstrer chargé affin que advis prandre puissions de la forme du presanter à cil à qui il appartient et qui

C Hoyr guarni de si nobles vertus
H Vas sus le destrier Peguazus
A Othe ? bien doit sacrifier
R Congnoistre sans point en defier
L Le veult mettre ou numbre Tytus
Espérant suys qu’il passera Ponthus
Seront maulx par luy mains rabatus
D Je donc dire que aux dieux se doit fier
O Fortuné est il plus que Brutus
Rend pais vices seront abatus
L Derres cités ediffier
E Conquerir temples rediffier
A De sa personne biens seront enbatus
N/S aissir ne peult a sa bonne fortune que par cur luy est acceptable en son noble commancement de progéniture figurée sur cette depiction qui vous est apparante.

Combien que par hystoire cy devant apposée L’acteur gens entenduz et munis de sens tant naturel que littéral puissent facilement eu esgart au propos ? dessus continue comprandre et interpréter le contenu Ce non obstant affin que cestuy une petit et de pervise effect ouvrage puissent a la duisite de pluys personnages Auxquels la notice legierement et ------ pourroit estre entendible Ay délibéré du depict en icelle plainete ses lixplication Et pour ce que aux lisans s’en pourroit trouver par ennuy l’explanation factieuse en les abreviatiamment exponible propos ? Par lequel rameneray en fait comment bruit notable aye ja présenté ainsi qu’appert certain papier ou rolle à raison et entendement
Auquel est pourtraicté la figure d’ung arbre garni de souche qui de longue antiquité ou vergier plantureus de noblesse originelle naissance a pris. Aux branches duquel sont escussons divers pandus denotens la haulte et pondereuse extraction d’ung prince le nom duquel de prime face ignororoint Et comme proiche de ce lieu me penne par sollicitude la décision entendre que par raison entendement et bruit notable sur ce seroyt faicte Si ---ere mes pas vers eulx et tant emploié mes sens que après pluseurs raisons sophistiques argumentatives et pollitiques En ce qui touchent les blason noblesse comparaison similitude et exaltation des dessus narrés escussons bien distinctes Ce que demet aultre icy j’esc-purois comme les ouy Si ce n’estoit la grant pliixité dont ma matière pourroit estre par longueur irritée Pluseurs aux—proloquutoires et alterquatives propositions bien et asez deu explances. Ouy entendement qui en perfection doit le nom d’excellance obtenir veu que de tout mal pour l’éviter n’est ignorant et de vertus comblé et assovy affin d’en user et s’ansuyvre Bien et mal sceyt il doncques par quoy veu que de raison garny clamer parfait se doit Lequel par contemplative spéculation comme transporte ou assistent du noble prince la présence A qui par son advis adroisser se doit bruit notable le subséquutif rondeau profferer lequel implet. Raison en pareille contemplation permulgante comme vrez le suyvit en parolle.

Charles de Coëtivy offre son oeuvre à Charles d’Orléans

L’acteur

Dame raison son contemplatif parler finissant par les conseils d’entendement et oppinion de bruyt notable pronuncia sa sentence que a vous très hault très puissant et redoubté prince Charles conte d’Engoulesme qui de France puis et dois estre surnommé comme descendu en ligne directe masculine En révérence duquel je Charles de Coectivy conte de Taillebourg ay ceste bobuleyne (sotte ?) euvre replecte d’infantille éloquance à l’exorcion congnoissance bassement compillé Ce devoit diriger la présentée figure comme à cil à qui il compecte en laquelle les haultes extractions de vostre noble géonologie apparoissent soubz couverture d’armoyé blason descriptes. La souche en est Charles le sage Quint de son nom roy des Françoys joinct et uny par mariage à Jehanne fille de Bourbon Leurs escus sont de l’arbre radical fundement qui a produyt en sa première jecte quant au propos requise Les armes d’Orléans tenent le lieu du noble Louys fils et frère de roys et en son temps gouvernant le pays A qui la riche Valentine fille seule et héritière du duc de Millan et de la fille du roy Jehan representée par la losange partie de leurs armes fut fame Extraict en fut très hault et puissant prince Jehan de bonne mémoire conte en son vivant d’Engoulesme vostre très honnouré géniteur. A qui en considération de sa haulte noblesse gestes louables et faits illustrissimes fut mariée madame Marguerite de Rohan cinquième fille du Sr de Rohan Auquel fut mère la fille du Sr de Clysson congnoistable de France ramentué par la susaine (plus haute) et dernière lozenge. De ceste noble Marguerite ses grandes vertus euvres recommendables et honnestes maintiens ne seroit inférer licitement par ? Considéré que le maulveis ouvrier pansant chose qui bien est radouber guate. Auxi ne suis-je assez instruyt pour la louer à suffisance Trésor d’honneur et mirouer des dames chescun qui la congnoist la fame de Bellérophon le quadrupédaire en toutes lointaines régions et parties constructives a porté los de son regnon (renom ?) lequel notoire plus n’est mestier ramantevoir. Sa mère fut fille d’une fille du roy de Navarre et du prince portant le nom de duc par excellance qui estoit fils de fille du roy d’Angleterre ainsi qu’appert par la lozange proiche à la sienne partie et couppée des trois blasons dont la grandeur de son lignage qui par vertus en elle soy décore suffisamment est remontrée.

Desquelles choses en ung moment povez estre endoct(ri)né de la royalle magnifique et sublimable racine de vostre géonologie qui en son antiquité & deppendance de trois roys quatre ducs deux contes et ung riche & et puissant Sr de Clisson connestable de France consiste. Par quoy comme vostre plus proiche alyé parlant soubz forclusion de presumptive arrogance Quar serviteur commis des susdits troys qui vostre extraction ont sus le ramanteu par Noblesse sulimnée cestuy présent et petit traicté ensemble laditte figure comme à celuy qui est très parfaict en entendement plus angélique que humain fondé en raison et élevé en bruyt notable humblement vous présente à ce que nul ne prétende cause ignorante de haultesse vertus et noblesse qui des roys ducs contes et aultres grans sont transférées en vous et subverties Suppliant très humblement vostre bénigne et doulce grâce que à la poure rudesse & mal porcionnée mienne procédeure ne veillez tant avoir esgart que a l’inbecilité de mon ignorance à laquelle implorant vostre très commandée magnificence vous plaira donner excusante descharge. Et en ce vous soys fin priant au regne célestial et omnipotente déité qu’ilz en rémunéracion des biens faictz vostres miens sans desservir de parties vous octroient si raisonnablement vivre en la conduite de parfaict entendement et famosité de bruit notable que los en accroissant et multiplication de biens temporels habundamment vous soient départiz Et enfin de votz humains jours puissies subcéder à la gloire éternelle et obtenir vie perdurable.

Arbre généalogique et héraldique

Les blasons de l’arbre généalogique de Charles d’Orléans représenté ici méritent quelques commentaires :

Les écus losangés, à droite de l’arbre, sont ceux des femmes. Ceux de gauche sont ceux des hommes.
(9) Armes de Charles d’Orléans (1459-1496)
Époux de Marguerite de Savoie, père de François 1er
(6) Armes de Jean le Bon (1400-1467), comte d’Angoulême
Fils de Louis Ier et Valentine Visconti, époux de Marguerite de Rohan.
(7) Armes de la famille de Rohan
Marguerite de Rohan (?-1496), épouse de Jean le Bon
(8) Armes de la famille de Clisson
Le lion des Clisson, à cause de la mère de Marguerite de Rohan
(3) Armes de Louis 1er d’Orléans (1372-1407)
(4) Armes de la famille de Visconti
On reconnaît ici les armes de Valentine Visconti, épouse de Louis Ier d’Orléans
(5) Armes de la famille de Rohan-Guéméné
Ce blason semble très proche de celui de l’enluminure. La relation avec la famille d’Orléans reste à préciser.
(1) Charles V (1338-1380), roi de France (1364-1380)
Louis 1er d’Orléans est leur second fils
(2) Armes de Jeanne de Bourbon (1338-1378)
Épouse du roi Charles V
 
Armes de la famille de Coëtivy
Mentionnées ici pour mémoire

Avis et commentaires sur cette œuvre

Paul Durrieu en 1892 L’enluminure

Enfin, le frère de Catherine, de Marguerite et de Gillette, Charles de Coëtivy, comte de Taillebourg, prince de Mortagne-sur-Gironde, a dû vraisemblablement, sans parler des volumes de sa propre bibliothèque, commander lui-même l’exécution, très soignée, mais malheureusement confiée à un enlumineur assez médiocre, de l’exemplaire de son Discours d’entendement et de raison, dédié et offert par lui au comte Charles d’Angoulême, père de François 1er (Bibl. nat., ms. fr. 1191)

Notes sur quelques manuscrits français ou d’origine française conservés dans des bibliothèques d’Allemagne. - Paul Durrieu - Bibliothèque de l’école des chartes - 1892

R. de Maulde la Clavière, en 1895 Le texte L’enluminure

Le beau-frère du comte, Charles de Coëtivy, paya en personne son tribut, par une allégorie de sa façon en prose et vers, passablement prétentieuse, Discours entre Entendement et Raison, qui a le mérite d’une belle illustration [2] ; la première peinture, vraiment exquise, résume le poème : Raison, très parée, et Entendement (un simple bon garçon) contemplent la tige de lys généalogique du comte d’Angoulême [3]. Quant au jeune prince lui-même, ses revenus ne lui permettaient sans doute pas d’enrichir sa bibliothèque [4] ; il entretenait pourtant un délicieux enlumineur, Robinet Testard [5], dont nous croyons reconnaître la main dans la décoration du livre du sire de Coëtivy. Testard gagna la faveur de Louise de Savoie, et resta à son service jusqu’à un âge avancé.

Louise de Savoie et François Ier, trente ans de jeunesse (1485-1515) - R. de Maulde la Clavière ...- Perrin et Cie - Paris - 1895

Paul Durrieu en 1922 Le texte L’enluminure

« Du fils de Marie-Marguerite de Valois, Charles de Coëtivy, seigneur, puis comte de Taillebourg, chambellan du roi, nous est arrivé un très joli et intéressant livret manuscrit de format analogue à l’in-4° (ms. français 1191 de la Bibliothèque nationale).

Ce livret renferme, comme texte, une composition allégorique de Charles de Coëtivy lui-même, le Discours d’entendement et de raison. De fines miniatures l’illustrent. La première nous montre, dominant le cours de la Charente, ce château de Taillebourg où la fille d’Agnès Sorel avait été élevée par les soins de l’amiral Prégent de Coëtivy, avant d’épouser le frère de l’amiral. Des girouettes armoriées surmontent la toiture du château : l’une est aux armes des Coëtivy, l’autre porte les fleurs de lys de la Maison de France. Dans la dernière miniature du volume, on voit Charles de Coëtivy offrant son œuvre au comte Charles d’Angoulême (1489-1496), père du futur roi François Ier. Ce don s’explique aisément par cette circonstance que le petit-fils d’Agnès Sorel avait aspiré à devenir, et devint, en effet, le beau-frère du comte Charles d’Angoulême, en épousant la sœur de celui-ci, Jeanne, à qui le roi François 1er, après son avènement, donna le titre de duchesse de Valois. »

Les filles d’Agnès Sorel - Paul Durrieu - Comptes-rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres - 1922 – p 159

Glossaire

Chescun : chacun.
Compecter, competer : convenir à, appartenir à.
Cuider ou cuidier (lat. cogitare) : penser, croire.
Despris : dégagé, débarrassé.
S’embat : s’enfonce.
Enseusuement : avis, conseil.
Finelle : finale.
Fluenticq : ? de fluere, couler ? un texte qui coule bien (incertain)
Intendit : voulu ? "cestuy mien intendit fluenticq opusculle" : une oeuvrette voulue coulante (incertain)
Guermanter ou gaimenter : se lamenter.
Meranchole : l’humeur noire.
Pancée : pour pensée.
Peaucé : couvert comme par une peau.
Pourpris ou pourprins : une enceinte, un enclos et parfois une demeure


[1Prosper Tiro ou Prosper d’Aquitaine, naquit en Aquitaine vers 390. Il est écrivain chrétien, disciple d’Augustin d’Hippone, correspondant et partisan d’Augustin dans sa lutte contre les pélagiens. Il s’attacha à diffuser la doctrine de la grâce d’Augustin. Il est aussi le premier continuateur de la Chronique universelle de Jérôme. Mort vers 463. Il est fêté le 25 juin. Parmi ses écrits : « Sententia » et « Epigrammata ». « Sententia » est une collection de 92 maximes tirées des écrits d’Augustin. L’« Epigrammata » est une compilation versifiée en 106 épigrammes. Tous deux étaient destinés à être utilisés comme guide pour le chrétien au point de vue moral et doctrinal.

[2Fr.1191.

[3F° 27. V.

[4Sénemaud. La bibliothèque de Charles d’Orléans, comte d’Angoulême, au château de Cognac en 1496. Paris, 1851, in-8. — Cf. La Borde, Les ducs de Bourgogne, III, p. 444.

[5Fr. 7856, 843.

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