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1798 - Une recette un peu spéciale pour empoisonner les loups

Pendant la Révolution, la République manque de balles

D 23 janvier 2016     H 00:28     A Razine     C 0 messages A 250 LECTURES


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La République manque de poudre pour ses soldats. Le Ministre des Contributions Publiques envoie au Préfet de la Charente une recette bien particulière pour empoisonner les loups qui s’attaquent aux charentais et à leurs bêtes.

Sources : Les loups en Charente de Mme Alberte Cadet – Mémoires de la Société Archéologique et Historique de la Charente (1960)

Les dégâts causés par les loups en Angoumois


Source : La Charente révolutionnaire - Victor et Jérôme Bujeaud - 1866

LOUPS. — Les officiers des chasses de l’apanage de Mgr le comte d’Artois, sous les ordres du baron de Courville, ont détruit depuis environ quinze mois, trente-trois vieux loups dont onze femelles, la plupart pleines. Il y en avait trois enragés qui n’ont pas eu le temps de faire beaucoup de ravages, ayant été tués heureusement des premiers. (Gazette de France, nov. 1779.) — Intendance de Limoges, liste des gratifications accordés pour captures de loups par MM. Prévost du Las, subdélégué à Ruffec ; Rullier, subdélégué à Montmoreau ; Albert de Belle-Isle, subdélégué à La Rochefoucauld ; Duval-Papius, syndic perpétuel à Chabanais ; Brun, subdélégué à Angoulême. Archiv. delà Charente. Série C. 8.

Le 1er avril 1788, un loup monstrueux attaqua un enfant de 14 ans de la paroisse de Brie, en Angoumois, proche la forêt de Braconne, le terrassa et le mangea ; ce terrible animal, en quittant la forêt de Braconne, alla dans la grande Garenne d’Angoulême, où, le 8, il attaqua le cheval du sieur Meslier, notaire de Fléac, l’égorgea et le mangea en partie.

Le sieur de Bellegarde, chevalier de Saint-Louis et conservateur particulier des chasses de Mgr comte d’Artois, qui était à sa poursuite depuis longtemps, se rendit le 9 dans la Garenne, où, accompagné par le sieur Emeri-Chaloupin, seigneur du Puy-du-Maine, les sieurs Honoré, Rouyer et Amelin, tous trois gardes des bois de la grande et petite Garenne d’Angoulême, il attaqua le monstre avec sa meute et le tua après quatre heures de chasse. Le loup mort fut porté à la ville chez le sieur Brun, subdélégué de l’intendant ; sa hauteur était de 37 pouces, sa longueur de cinq pieds moins un pouce, et son poids de 151 livres, les huit principales dents avaient trois pouces de long, ses mâchelières étaient doubles et sa couleur un peu plus brune que d’ordinaire. — Gazette de France, 29 avril 1788.

1 - L’éradication des loups sous l’ancien régime : chasses et battues

Les méfaits innombrables commis par les loups sous l’ancien régime, en s’attaquant aux biens (troupeaux des paysans) et directement aux personnes, incitèrent la monarchie à créer un corps spécial : la Louveterie.

Outre les chasses réglementées, l’usage des battues organisées dans chaque province dès 1601 enjoignait aux seigneurs, de 3 mois en trois mois, de faire assembler leurs paysans afin de chasser le loup sur leurs terres.

L’éradication de ces animaux sauvages au cours des siècles et ce jusque à l’aube des années 1900, fut avant tout laissée à l’initiative des pouvoirs en place, la traque des loups par le particulier pouvant s’avérer dangereuse et souvent mortelle.

Sous Charles VI, « l’ordonnance cabochienne » permettait : « à toutes personnes de tuer cette gent dévorante et de percevoir la somme accoutusmée à ceux qui prennent les loups ». Cette liberté ne fut pas toujours la règle sous les règnes suivants. En 1560, un édit de Charles IX, permet seulement à tous ses sujets de « chasser de leurs terres à cris et à jets de pierre, toutes le bêtes rousses ou noires qu’ils trouveraient en dommage, sans toutefois les offenser ».

Mesure on s’en doute insuffisante, puisqu’il ne fallait pas les tuer.

Sous la révolution les battues étaient organisées par le pouvoir en place.
Dans le secteur de La Braconne, le représentant du peuple le 3e Nomedi de Floréal An III publie un arrêté de battue :

« Vu le grand nombre de loups dont le repaire est dans les forêts de Braconne et de Bois-Blanc, qui inquiètent les ouvriers dans leur travail en attaquant les bêtes de somme dont quelques-unes ont été dévorées ; les communes voisines sont obligées de veiller pour garantir leurs enfants, leurs troupeaux, de la dent de ces animaux féroces ; le retour du printemps accroîtra le mal si on laisse les louves nourrir paisiblement les louveteaux qu’elles vont mettre au jour. C’est pour détruire les dangers et dissiper les craintes que les représentants du peuple font un appel aux communes »

Les personnes de bonne volonté furent convoquées avec tous les ustensiles pouvant servir à tuer les loups : faux, piques, fourches, tambours, cornes pour les effaroucher. Cette battue fut strictement encadrée par les commissaires du district. 15 livres de poudre prises au dépôt de Ruelle furent distribuées aux tireurs les plus adroits sous la surveillance du Directeur de la Fonderie et chacun des tireurs fut enregistré nominativement.

En 1789 les cahiers de doléances dans maintes communes sollicitent l’autorisation pour le particulier de tuer les loups qui causaient bien des ravages. Elle fut accordée par la Constituante.

2 – L’empoisonnement

Parmi tous les moyens utilisés pour supprimer les loups, l’empoisonnement fut utilisé semble t-il avec succès dans plusieurs provinces pour les purger de ses prédateurs. La recette qui suit conservée aux Archives de la Charente fut envoyée dans un courrier par le Ministre des Contributions publiques au Préfet qui lui avait réclamé de la poudre de chasse dont l’armée avait trop besoin pour qu’on l’emploie à détruire les loups :

« Il faut prendre une livre de noix vomique réduite en poudre avec une râpe à bois, en mêler deux onces avec de la soupe ou autre aliment qu’on donne à manger à un gros chien sacrifié à cet usage. On se procure douze bulbes ou oignons de la plante connue sous le nom d’aconit tue-loup, qui se trouve communément dans les prés bas ; on écrase ces bulbes dans un mortier, on y incorpore les quatorze onces restantes de noix vomique et une poignée de crin coupé à la longueur de deux ou trois lignes. On lie ensemble les quatre jambes du chien mort par la noix vomique. A l’aide d’un fer pointu de six lignes de diamètre on fait, dans différentes parties de son corps des trous qu’on remplit du mélange d’aconit, noix vomique et crin.

Le chien mis dans un tas de fumier dont on le recouvre, y reste deux jours en été, quatre ou cinq en hiver, jusqu’à ce que la fermentation putride ait dispersé le poison dans toute la masse. Alors on le retire en évitant de le toucher ; à cet effet, on passe entre les jambes liées un bâton d’environ six pieds à l’aide duquel deux personnes le portent dans un bois ou dans un autre lieu isolé.

Les loups du canton sont attirés par l’odeur du chien. La première nuit, la seconde et la troisième ils le dévorent. Tous ceux qui en ont mangé éprouvent une mort certaine, plus ou moins lente. Si, pour ne pas perdre leur peau, on désire leur faire éprouver une mort plus prompte, on y parviendra en introduisant dans le corps du chien, douze petits cornets renfermant chacun un demi-gros de sublimé corrosif. Il faut avoir l’attention de le faire préparer chez l’apothicaire et de ne confier qu’à des personnes prudentes un poison dangereux.

Le moyen d’empoisonner les loups a toujours été suivi avec le plus grand succès ; il est encore assuré lorsqu’on s’en sert en hiver quand la terre est couverte de neige et que ces animaux sont plus affamés. »

Paris, le 15 frimaire, an VII de l’année républicaine (signature illisible) [15 décembre 1798]

Voilà une recette qui ferait bondir aujourd’hui les ligues de protection des animaux, à l’heure où l’on réintroduit le loup dans nos montagnes pour la préservation de l’espèce !

3 – Un autre moyen de destruction

Les fosses furent très usitées en Charente. De dix à douze pieds de profondeur, elles étaient situées de préférence dans les clairières dissimulées par des branchages. Au fond, l’on mettait une cane pour servir d’appât. Dans les bois de Bonneuil existait une fosse dans laquelle serait tombé un musicien, peu après un loup.

De nombreux sites rappellent par leur nom ces fosses : « La fosse aux loups », le « Creux du Loup »,. De nombreux villages charentais rappellent l’omniprésence du loup dans la région : « Chanteloup » à Cherves de Cognac, « La Roche-au-Loup à St Estèphe, « Rudeloup » à Montignac-Le-Coq et Ruffec. Ces dénominations correspondaient à des lieux écartés comme « La combe-au- Loup ». Mais comme le loup entrait aussi dans les villes, la dénomination de certains lieux habités serait dérivée de « lupus » qui donna loup et louve. C’est « Loubeville » à Gourville ; « Luchat » (lupus captus) le loup pris, etc… On trouve aussi des « Font-Loube » ou « Font-du-Loup » dans diverses communes de Charente et Charente-Maritime qui rappelle que ces animaux venaient se désaltérer aux fontaines.

Conclusion

Le loup, jusqu’à l’aube des années 1900, commit des méfaits innombrables dévorant les animaux, enfants, hommes ou vieillards sans défense. Au cours de siècles, l’éradication du loup fut un souci majeur pour préserver les populations. La terreur que le loup instilla dans les esprits, inspirera d’ailleurs fortement la littérature, le folklore populaire mais imprégnera le comportement de tout un chacun dans la vie quotidienne.. Pour effrayer les enfants indisciplinés ne les menaçaient-on pas du loup : « Si tu n’es pas sage, le loup viendra te chercher et te mangera ».A travers les récits, les contes, la figuration dans l’art, on constate que les loups si redoutés par nos ancêtres ont frappé les esprits de manière durable

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