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1822 - Un loup enragé fait des ravages autour de Beurlay (17)

D 1er octobre 2007     H 12:26     A Pierre     C 2 messages A 4105 LECTURES


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Au début du 19ème siècle, les loups hantent nos campagnes et y font des ravages et des victimes.

Le docteur Magistel s’intéresse plus spécialement au traitement de la rage, dont cet animal est un des vecteurs.

Pour situer l’état du traitement de cette maladie en 1822, on se rappellera que Pasteur soignera la rage, 63 ans plus tard, le 6 juillet 1885, en vaccinant pour la première fois un petit berger alsacien de 9 ans. En 1822, la rage est une maladie mortelle contre laquelle la médecine reste impuissante.

Source : Journal de l’hopital de Beurlay, par le docteur Magistel. – Bibliothèque Municipale de Saintes – MS 68

Pour en savoir plus, deux documents provenant du journal du docteur Magistel :
- les symptômes de la rage ou hydrophobie
- comment soigner les morsures d’un loup enragé ?

Le récit de l’événement.

Le 12 octobre, sur les trois heures, un loup enragé ravagea sur la commune de Saint-Thomas [1] un troupeau de brebis.

Sur les quatre heures, il attaqua les nommés Boutain et Bonniot, armés d’outils aratoires ; le combat fut le long, mais les braves se défendirent courageusement et Bonniot seul fut mordu au bras.

Sur les cinq heures, il se jeta sur les filles Aimard. La plus jeune, saisie au col par le loup, a été traînée ainsi plus de 30 pas. Le père qui travaillait auprès court à leur secours, tous trois sont dangereusement blessés.

Note marginale : Ces deux combats ont eu lieu sur la commune de Beurlay.

De là l’animal féroce se porte à la Marboire, petite lieue de distance, commune de Saint-Sulpice [2], dévore chiens et brebis. Les filles Combaud, bergères, veulent défendre leurs troupeaux ; à l’instant le loup les attaque ; un enfant de huit ans, leur frère, court au secours, prend le loup par la patte. Le père Combaud vole également au secours de ses trois enfants ; enfin Georget, ancien militaire, s’arme d’un levier, vole à la défense de ses voisins, attaque le loup et se bat corps à corps. Tous les cinq sont horriblement blessés.

Demi-heure après, le loup, retourné sur ses pas, trouve sur la grand route de Pont-l’Abbé Barraud monté sur une mule et le suit. Bientôt la mule ronfle et s’agite et avertit son maître de la présence de l’animal. Barraud regarde derrière, voit le loup, fait tapage, s’agite, fait claquer son fouet. Le loup le suit également. La mule devient furieuse ; Barraud voit le moment où elle va le jeter par terre. Barraud fait tout ce qu’il peut pour faire peur au loup ; le monstre l’attaque, le combat est terrible, dure longtemps, Barraud tantôt terrasse le loup, tantôt en est terrassé ; le loup enfin terrasse Barraud, lui dévore la figure. Barraud de ses deux mains saisit les mâchoires, ouvre de force la gueule du loup et triomphe. L’animal gagne le large. L’infortuné Barraud nage dans son sang, ses vêtements restent en lambeaux sur le champ de bataille ; il regagne vers son hameau à pied, ses forces abandonnent, il remonte sur sa mule et gagne sa maison.

Cette scène affreuse a lieu sur la commune de Saint-Sulpice [3].

Le lendemain dès le matin le loup s’est porté sur les communes de Sainte Geneviève, Nancras, Le Gua, où il a blessé plusieurs personnes, et a été tué sur le champ, commune de Saint Blanceaux [4]

Journal du traitement des malheureuses victimes de la soirée du 12 octobre 1822

Le 14 dès le matin, monsieur le sous-préfet de Saintes me fait part de ces évènements désastreux et me prie de porter les soins à ces infortunés. Son arrêté m’investit de tous les pouvoirs nécessaires ; et à ma demande, il m’adjoint Mr Massiou, M de Pont-l’Abbé et ? D. Ch. de Crasanne [5]. Ma commission m’est remise à midi précis.

A deux heures fixes, j’arrive à Noselle, commune de Saint-Porchaire. J’étais amplement pourvu de tous les moyens indiqués pour la nature des circonstances. Je trouve au lit le trop infortuné Arnaud.

De suite, on va avertir tout près le chirurgien, appelé dès le principe ; il est absent. Je profite de ce moment pour faire les questions suivantes :

demanderéponse
qu’a fait votre chirurgien il m’a pansé
comment ? il a brûlé toutes mes plaies
avec quoi ? avec de l’eau forte
de quelle manière avec une plume
a-t-il sondé vos plaies non
aucune aucune

le traitement est insuffisant, lui ai-je dit, soumettez-vous sans délai.


Merci aux intervenants sur le forum de cette page : ils m’ont permis de corriger une erreur d’interprétation sur les lieux où se sont déroulés ces évènements.

Voir leurs commentaires et précisions ci-dessous.


[1voir précisions ci-dessous

[2Saint-Sulpice d’Arnoult (17)

[3Saint-Sulpice d’Arnoult (17)

[4Sablonceaux (17)

[5Crazannes (17)

Vos commentaires

  • Le 3 octobre 2007 à 21:46, par Benoit COMBAUD En réponse à : 1822 - Un loup fait des ravages autour de Sainte-Gemme (17)

    Bonjour,

    Une petite prècision concernant le loup de 1822 la scène s’est déroulée à Beurlay. En effet St Thomas cité dans l’article est une ancienne église aujourd’hui disparue de Beurlay : St Thomas du Bois et non pas Ste Gemme.
    Une partie des victimes sont des aieux
    Cordialement
    Benoit

    PS : fèlicitations pour le site

    Répondre à ce message

    • Le 3 octobre 2007 à 22:35, par duguet En réponse à : 1822 - Un loup fait des ravages autour de Sainte-Gemme (17)

      Voici ce que j’ai écrit en septembre 1992, dans le bulletin de la Société de Géographie de Rochefort, 3e série, tome II, numéro 10, d’après le Journal de l’hôpital de Beurlay ou mémoire sur l’hydrophobie, par M. Magistel, D.M.M. ; 28 pages ; imprimé par P. Toussaints, imprimeur du roi à Saintes.

      « Vers 18 heures, le loup se signale à la Marboire, dans la commune de Saint-Sulpice mais assez près du bourg de Beurlay. Il se jette sur les moutons des Combaud, gardés par Marie-Madeleine et Marie-Anne. Le chien est lacéré, les filles sont mordues. Pierre Combaud, un enfant de huit ans, arrive pour défendre ses sœurs, suivi du père Combaud, puis d’un voisin, le nommé Georget. Ce dernier, un ancien militaire qui en a vu d’autres, s’est armé d’un levier et il réussit à mettre l’animal en fuite. Cependant tous sont blessés, plus ou moins gravement

      Le 18, un hôpital de fortune est installé, dans la grand rue (de Beurlay), où sont reçus, le 20, Jean Aimard, qui est venu à pied, en compagnie de ses deux filles, Pierre-Ambroise Combaud et son voisin Georget, arrivés eux aussi à pied, suivis des trois enfants Combaud en charrette. Les huit pensionnaires seront ainsi soignés dans les meilleures conditions possibles.

      Magistel visite régulièrement ses patients, jusqu’au 21 novembre, date à laquelle il décide de renvoyer dans leurs foyers les survivants de l’hôpital, qu’il considère comme hors de danger. Ils sont quatre : le père Aimard, l’aînée de ses filles, le père Combaud et Georget. Quatre des hospitalisés sont en effet décédés : Marie-Anne Aimard, âgée de huit ans, Marie-Madeleine Combaud, de vingt-sept ans, Marie-Anne Combaud, de quinze ans, et Pierre Combaud, de huit ans.

      Liste des patients du docteur Magistel

      6. Combaud Pierre-Ambroise, 53 ans, père de six enfants, demeurant à la Marboire, commune de Saint-Sulpice ; deux trous à l’avant bras gauche ; survivant.
      7. Combaud Marie-Madeleine, 27 ans, fille du précédent ; une dizaine de plaies, partie inférieure du cartilage de l’oreille droite enlevée, orbite droite fendue ; hydrophobe le 29 octobre ; morte le 7 novembre.
      8. Combaud Marie-Anne, 15 ans, sœur de la précédente ; six plaies ; hydrophobe le 31 octobre, morte le même jour.
      9. Combaud Pierre, 8 ans, frère des précédentes ; dix plaies ; mort le 16 novembre, « à peine le moindre soupçon d’hydrophobie ».
      10. Georget (sans prénom), ancien militaire, père d’un enfant, demeurant à la Marboire ; huit trous au bras gauche ; survivant ».

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