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860 - 1000 (c) - L’Aunis et la Saintonge à l’époque féodale, par ’Jean le Saintongeais’

D 31 mai 2010     H 09:20     A Christian     C 0 messages A 6177 LECTURES


L’Aunis et la Saintonge entre 860 et 1080 env. A la différence de leurs voisines "de l’intérieur", ces deux pagi n’ont pu affirmer son identité à l’époque féodale, soumis l’un aux comtes de Poitou « soit lors des guerres d’Aquitaine, soit lors des premières invasions normandes » ; l’autre aux comtes d’Angoulême à partir de ces mêmes invasions. En 1904, en marge de l’Histoire des comtes de Poitou d’Alfred Richard, Jean le Saintongeais (le botaniste Jean-Alexandre Guillaud) dessine à grands traits la carte de ces deux influences, d’abord dans un grand Aunis qui va de la Boutonne (Saint-Jean d’Angély) jusqu’à Niort, de l’autre côté de la Sèvre ; puis dans une Saintonge orientale et méridionale qui n’est bornée que par la Gironde et par les territoires concédés un temps au comte d’Anjou.
Le Dr Guillaud était amateur d’étymologies et on lui laissera la responsabilité de son rapprochement entre Anagnutes, Aunis et Plaineaux. Cependant, sa tentative de synthèse, intéressante en tant que telle, est passablement "asymétrique" : elle donne le sentiment que l’évolution des vigueries aux châtellenies aurait été plus rapide au sud de la Charente...

Notes critiques sur l’Histoire des comtes de Poitou, de M. Alfred Richard, Imprimerie nouvelle Noël Texier, La Rochelle, 1904

1° Situation de l’Aunis.

Dans le haut moyen âge, on entendait par Aunis, non seulement comme aujourd’hui les environs de La Rochelle et de Surgères, mais encore tout le nord du département de la Charente-Inférieure compris entre la Sèvre, la Charente et la Boutonne, avec la portion limitrophe du département des Deux-Sèvres située entre cette même Sèvre et un vieux chemin à travers bois, qui allait de Villeneuve-la-Comtesse (canton de Loulay) à Niort ; les îles d’Aix et de Ré en plus. C’était, dans son entier, l’ancien archidiaconé d’Aunis du diocèse de Saintes, pays tout à fait distinct, dont l’origine remonte certainement à la période gauloise. Dès le Xe siècle, les comtes de Poitou sont incontestablement, comme le dit M. Richard, les maîtres directs de cette région. Ils en jouissent et en disposent comme d’un domaine propre ou d’un bien du comté.

En janvier 942, c’est à la demande d’Eble, frère du comte de Poitou, que Louis d’Outremer réforme le monastère de Saint-Jean d’Angély et met à sa tête l’abbé Martin (1). Cette abbaye fut reconstruite et richement dotée, à diverses reprises, de biens situés en Aunis par le comte Guillaume Fier-à-Bras : vers 988, après sa réconciliation momentanée avec sa femme, il donne la terre de Muron à ce monastère, qui est parmi ceux que, Dieu aidant, il a construits (2) ; en janvier 991, il donne le bois d’Essouvert au couvent du saint précurseur du Christ, Jean-Baptiste, qu’il a lui-même édifié (3) ; vers la même époque, il lui donne encore les églises de Benon, divers biens aux alentours, et des pêcheries à Esnandes (4). — Ce même comte donne, en janvier 988, à l’abbaye de Noaillé l’immense domaine, sis sur les bords de la rivière Le Curé (Liguriacum), qui devint plus tard le riche prieuré de Saint-Sauveur de Nuaillé (5) ; et vers la même époque, à l’abbaye de Saint-Hilaire de Poitiers, la vaste presqu’île de Rex, à la jonction du Mignon et de la Sèvre, terre de son domaine située en Aunis, avec ses paroisses et tout ce qui en dépend (6) ; il donne aussi à l’abbaye de Saint-Martial de Limoges la paroisse d’Anais (canton de La Jarrie), donation renouvelée et confirmée par son fils vers l’an 1000 (7) ; il homologue enfin le don de l’aleu de Rançon, près Mauzé, fait à l’abbaye de Saint-Cyprien par une dame Arsende, vers 986-993 (8). — Lorsqu’en 1003, Guillaume le Grand, son fils, dote l’abbaye de Maillezais, fondée par ses père et mère, il donne en Aunis l’île et la paroisse de Taugon (canton de Courçon), plus la moitié des droits de péage perçus au pas de Mauzé, l’autre moitié appartenant au comté (9) ; et pour récompenser l’abbaye de Saint-Cyprien de lui avoir ainsi enlevé l’abbaye de Maillezais, rendue indépendante, il lui donne en même temps tout le bois de Doeuil (canton de Loulay), et toute la terre de Rançon ci-dessus indiquée (10). 1. Cart. de Saint-Jean d’Angély, par Musset, I, charte 1, p. 11.

2. Cartulaire de Saint-Jean d’Angély, par Musset, I, charte 192, p. 231 et 232.

3. Idem, I, charte 7, p. 27 et 28.

4. Idem, I, charte 6, p. 26.

5. Chartes de Noaillé, dans Dom Fonteneau, tome XXI, p. 305.

6. Documents pour Saint-Hilaire, par Rédet. I, p. 57.

7. Chronicon B. Iterii, dans Chroniques de Saint-Martial, par Duplès-Agier, p. 45.

8. Cartul. de Saint-Cyprien, par Rédet, charte 514, p. 311.

9. Histoire de La Rochelle, par Arcère, t. II, p. 663.

10. Cart. de Saint-Cyprien, charte 513, p. 310.
Ce même Guillaume le Grand, vers l’an 1000, donna à l’abbaye de Saint-Jean d’Angély la partie de la forêt d’Argençon comprise entre les trois églises de Doeuil, de Saint-Félix et de Saint-Christophe (localité disparue, près de Vergné), dans le canton de Loulay (11). Rappelons enfin, qu’il gratifia, comme nous l’avons vu, de divers châteaux en Aunis le comte d’Angoulême, et que ces châteaux paraissent avoir été ceux de Surgères, de Châtelaillon, voire de Frontenay. 11. Cartul. de Saint-Jean d’Angély, par Musset, I, charte 8, p. 28 et 29.
Voilà certes des preuves de possession directe autrement significatives que les abandons de quelques lais de mer pour être transformés en salines, ce que M. Richard a cependant bien fait de souligner, puisque cela corrobore les faits principaux. Il ne les néglige pas, du reste, puisqu’il les relate pour la plupart, mais sans en tirer ces mêmes conséquences, dans son chapitre IX, relatif au comte Guillaume Fier-à-Bras.
Il est bien regrettable, surtout pour nous autres, qu’à propos de l’Aunis et du régime auquel était soumise cette partie de notre région, M. Richard n’ait pas cru devoir s’occuper de son extension au nord de la Sèvre et aux alentours de Niort, question posée par Rédet, son savant prédécesseur aux archives de la Vienne (12). D’autant plus que cela expliquerait peut-être pourquoi les comtes de Poitou possédaient l’Aunis saintongeais, si l’on peut s’exprimer ainsi, et que c’est dans ses propres travaux qu’on trouve les meilleurs renseignements pour résoudre ce problème historique (13). 12. Cartul. de Saint-Cyprien, notes géographiques, p. 436 et 437.

13. Cartul. de Saint-Maixent, par Alfred Richard, in Arch. hist. du Poitou, t. XVI.
Au nord de la Sèvre, entre son embouchure et Niort, l’évêché de Saintes, l’archidiaconé d’Aunis, et l’Aunis lui-même par conséquent, ont toujours compris deux localités importantes : l’Ile d’Elle, près de Marans, et Coulon, près de Niort ; tandis que l’évêché de Poitiers ou le Poitou n’a jamais, par contre, franchi ce fleuve vers le sud. Si l’adjonction de l’Ile d’Elle et de son territoire à l’Aunis peut être expliquée à la rigueur par un changement de cours de la Sèvre, dont le confluent primitif avec la Vendée aurait été jadis plus au nord, près du Gué de Velluire, laissant l’Ile d’Elle sur sa rive gauche, il n’en est pas de même de Coulon et de son vaste territoire de près de 3.000 hectares. Celui-ci était tout entier sur la rive droite de la Sèvre, dans la plaine calcaire dite de Niort, et s’étendait jusqu’au grand chemin de Niort à Fontenay et jusqu’aux portes mêmes de Benet. Or, la paroisse de Coulon était incontestablement située en Aunis. En 869, le concile de Verberie confirme à l’abbaye de Charroux la donation de : Colonum, in pago Alniense (14). Coulon a toujours été porté, du reste, dans l’évêché de Saintes, malgré les transformations diocésaines subies par la région de la Sèvre. 14. Besly, Hist. des comtes de Poitou, Preuves, p. 152.
Mais il y a plus : d’autres localités situées au nord de la Sèvre et appartenant à l’évêché de Poitiers, sont aussi indiquées comme se trouvant en Aunis. Entre 932 et 936, sous le règne du roi Raoul, le comte Guillaume Tête d’Etoupe, qui venait de succéder à son père Eble le Bâtard, concède aux moines de Saint-Cyprien, à la prière du vicomte Savari de Thouars, une écluse à poissons dont jouissait celui-ci, au village de Reth (Trajecto), sur la Sèvre, dans la contrée de Célette (condita Celiacinse), au pays d’Aunis (in pago Alieninse) (15). C’était, il est vrai, non loin de Coulon (in rem Sancti Salvatoris) ; néanmoins, il s’agit du territoire actuel des communes de Damvix, de Sainte-Christine et de Saint-Sigismond (canton de Maillezais), dans l’angle formé par le confluent de l’Autize et de la Sèvre. 15. Cartul. de Saint-Cyprien, par Rédet, charte 545, p. 323 et 324.
Une charte-notice, dressée plus tard, vers 1045, mais qui ne peut qu’exprimer des idées reçues et d’ancienne date, rapporte qu’Archambaud, archevêque de Bordeaux, resté abbé de Saint-Maixent, fit lever par Guillaume Aigret, duc d’Aquitaine, tous les droits injustes que les seigneurs de Vouvant avaient récemment établis sur toutes les terres de Saint-Maixent situées dans la plaine d’Aunis (in plano Alnisio), et même le droit que ce comte et sa femme Ermensende prélevaient, comme leurs prédécesseurs, à Artiz (commune et canton de Saint-Hilaire des Loges), à Oulmes, (même canton), et à Vouillé-les-Marais (canton de Chaillé). Ils firent remise perpétuelle à Saint-Maixent de tout droit perçu par eux dans la plaine d’Aunis (in plano Alnisio, répété une seconde fois), sur la terre de Saint-Maixent et sur celle de Marsais-Sainte-Radégonde (canton de L’Hermenault, Vendée) (16). Ce texte, édité par M. Richard lui-même, est très clair : c’est à la plaine de Fontenay-le-Comte et aux îles du marais de Luçon que s’applique l’expression de plaine d’Aunis. 16. Cartul. de Saint-Maixent, par A. Richard, I, charte 108, p. 134 et 135.
Auprès de Niort, les indications sont tout aussi probantes, et Coulon n’était point la seule localité de la rive droite de la Sèvre située en Aunis. Le chef-lieu de la vicaria Bassiacensis, si souvent citée dans les cartulaires des abbayes, au Xe siècle, était, à n’en pas douter aujourd’hui, le faubourg actuel de Bessac à Niort, dans la boucle de la Sèvre et sur sa rive droite. Il est constamment donné comme situé en pays d’Aunis, et cela est d’autant plus significatif qu’il est resserré entre deux vigueries poitevines très rapprochées : la viguerie de Chauray (vicaria Calriacensis) au nord, et la viguerie d’Aiffres ou de Martigny (vicaria Afriacensis ou vicaria Marniacensis) au sud, deux communes actuelles du premier canton de Niort. La viguerie de Bessac s’étendait dans l’évêché de Saintes et sur la rive gauche de la Sèvre, jusques aux abords de la vallée du Mignon. Elle renfermait, à n’en pas douter, Saint-Florent, la ville et la commune actuelle de Niort, jusqu’au territoire de la commune de Souché et jusqu’au cours inférieur du Lambon, y compris la belle fontaine du Vivier. Le Fornax calidus, ou Fornix calida, in vicaria Bachiacinse, ou prope Niortum, souvent cité dans le Cartulaire de Saint-Cyprien (17), est le quartier ou rue du Vieux-Fourneau, à Niort même, sur la hauteur qui domine la ville, et l’église la plus proche, Saint-André, est sans doute l’ecclesia de Fornis, située dans l’évêché de Saintes et donnée à l’abbaye de Charroux par Charlemagne, en même temps que l’église de Saint-Florent et les terres adjacentes (à savoir le château de Niort, sa viguerie, ses églises et ses cimetières), la cour de Jarnac-Champagne et la cour de Cressé (18). Cet acte ou testament est, il est vrai, une compilation fabriquée vers la fin du XIe siècle, mais à l’aide d’actes authentiques (19). — La viguerie de Bessac, c’est-à-dire l’Aunis, s’étendait aussi à des localités situées dans la plaine de Niort jusqu’à l’Autize, notamment à Sciecq (deuxième canton de Niort), rive droite de la Sèvre, et à Oulmes (canton de Saint-Hilaire des Loges), déjà cité. La charte du Cartulaire de Saint-Cyprien portant donation par Sénégonde de nombreux biens, en 936 ou 937, énumère ceux-ci par pays et par vigueries, et place dans le pays d’Aunis et dans la viguerie de Bessac la villa Ulmus, qui ne peut être qu’Oulmes, et la villa Iziacus, que nous pensons être Sciecq (20). Vers l’an 1000, l’église de Saint-Maxire, sur la Sèvre, est dite dans le pays et la viguerie de Niort, substituée vers cette époque à celle de Bessac (21).Tout cela démontre surabondamment que l’Aunis primitif s’étendait sur les deux rives de la Sèvre, depuis la mer jusqu’à Niort, cette ville comprise, englobant toute la plaine de Fontenay et son marais, depuis le Lay (c’est-à-dire une région qui appartenait au diocèse de Poitiers et formait la partie ouest de l’archidiaconé de Brioux), tout aussi bien que l’archidiaconé d’Aunis du diocèse de Saintes, qui seul en a gardé le nom. Nous pouvons même nous demander, à notre tour, si cette région basse et plate ne répond pas au petit peuple gaulois des Anagnutes que Pline a placé au sud de la Loire avec les Ambilatri, à côté des Pictons et des Santons (22). Le nom lui-même se prête à cette interprétation, car les plus anciennes formes latines sont, aux IXe et Xe siècles, pagus Alienensis ou Alianensis, et ce n’est que dans le cours du XIe siècle que l’usage du mot Alnisius paraît s’être introduit, comme le fait observer M. Richard lui-même dans un autre ouvrage (23). Anagnutes et Alagnices sont bien voisins. Bien voisin aussi le dérivé Alienensis. Enfin, s’il fallait proposer une étymologie du nom, nous le rattacherions volontiers aux mots latins planus pour palanus, planities pour palanities, grec pelagos, avec chute du p initial, fait qui se produit souvent dans nos langues. En ce cas, notre nom moderne de pays de Plaine ne ferait que répéter l’ancien nom gaulois de la région, et les Anagnutes ou Aunisiens d’autrefois ne seraient autres que les Plaineaux de nos jours. 17. Cartul. de Saint-Cyprien, par Rédet, p. 313, 314, 322, 325, 326.

18. Mabillon, Ann. Bened., t. II, p. 711.

19. Etude sur les comtes et vicomtes de Limoges, par Robert de Lasteyrie, Pièces justificatives, n° 1, p. 94.

20. Cartul. de Saint-Cyprien, par Rédet, charte 549, p. 325, et charte 567, p. 332.

21. Idem, charte 562, p. 329 et 330.

22. Pline, Hist. nat., livre IV, chap. XXXIII.

23. Cartul. de Saint-Maixent, I, charte V. p. 9, note 1.
L’Aunis ainsi compris, ayant formé un pays distinct, comme le pays d’Herbauge (pagus Herbadillicus), qui le bordait au nord, a bien pu avoir, sous les Mérovingiens, ses comtes particuliers, bien que les documents historiques n’en fassent pas mention. Plus tard, soit lors des guerres d’Aquitaine, soit lors des premières invasions normandes, ce comté sera tombé tout entier aux mains des comtes de Poitou, qui l’ont toujours gardé, comme ils ont gardé l’ancien pays ou comté d’Herbauge. Telle serait, à titre d’hypothèse, l’origine de leurs droits et de leur domination en Aunis. Plus difficile à expliquer serait le partage de cet Aunis primitif entre les deux évêchés voisins de Poitiers et de Saintes, avec le cours de la Sèvre comme limite. II y a là un point historique à résoudre que l’absence de documents ne peut faire qu’ajourner.

2°. Situation de la Saintonge

Le dernier comte particulier que nous trouvons en Saintonge sous les Carlovingiens est Landri, qui s’était emparé par surprise du château de Bouteville, précédemment occupé par Turpion, comte d’Angoulême, et que lui disputait, les armes à la main, Emmenon, frère et successeur de Turpion. Landri fut tué dans le combat, et Emmenon fut ramené blessé au château de la Roche (La Roche-Andri, pensons-nous), où il mourut lui-même huit jours après, au mois de juin 866. Deux ans auparavant, le 4 octobre 863, le comte Turpion avait aussi péri de mort violente dans un combat contre les Normands, livré au delà de Saintes par rapport à Angoulême, c’est-à-dire entre Saintes et la mer. C’est Charles le Chauve qui avait nommé Turpion d’abord, puis Emmenon, comtes d’Angoulême, en même temps qu’il fit Ramnulfe comte de Poitiers ; car en abandonnant l’Aquitaine à son neveu Pépin II, il avait retenu pour lui le Poitou, la Saintonge et l’Angoumois. Il n’est pas dit qu’il mit en même temps un comte en Saintonge, d’où l’on peut admettre que Landri avait été déjà placé à la tête de son comté par un de ses prédécesseurs au royaume d’Aquitaine. Quoi qu’il en soit, en apprenant la mort des comtes Emmenon et Landri, Charles le Chauve envoya de suite en Aquitaine un sien parent, Wulgrin, frère d’Alduin, abbé de Saint-Denis, qu’il fit comte d’Angoulême et de Périgord (1). Quant à Landri, il n’est question nulle part de son successeur, et il est fort probable qu’il ne fut pas remplacé. Ce pays de Saintonge, soumis aux continuelles attaques des Normands, ne comptait presque plus au point de vue administratif, de même que le pays d’Herbauge, sur les côtes du Poitou, et que le Bordelais, exposés aux mêmes déprédations et dont les comtes particuliers disparaissent aussi de l’histoire précisément à cette même époque. 1. Voir pour tous ces faits : 1° Chron. d’Adémar, III, chap. XVI et XIX, édition Chavanon, p. 132 et 136 ; 2° Histoire des pontifes et des comtes d’Angoulême, chap. X et XI, édition Castaigne, p. 18 et 19.
II n’est dit nulle part que Wulgrin, comte d’Angoulême, ait eu aussi la Saintonge ; mais nous savons qu’il étendit sa domination sur certaines parties de ce pays, pendant le cours de son gouvernement, qui dura vingt ans, de 866 à 886. Il construisit notamment, dès son arrivée, le château de Matha, dont il voulait faire un rempart contre les Normands, et, après lui, cette vaste châtellenie, située tout entière en Saintonge, resta pendant plus de trois siècles dans la possession directe des comtes d’Angoulême, ses successeurs, qui la donnaient en apanage aux cadets de la famille. Comme Wulgrin fut en lutte continuelle avec les Normands, et que la Saintonge, par sa position géographique, devint pour lui un véritable champ de bataille, il est difficile d’admettre que selon les nécessités de la guerre, il n’y commanda pas souverainement. Il dut garder tout au moins sous sa main la châtellenie de Bouteville, déjà tenue par son prédécesseur Turpion. Nous voyons, en effet, son petit-fils, Guillaume Taillefer, qui fut comte de 916 à 962, donner à l’abbaye de Saint-Cybard (2) et à la cathédrale d’Angoulême (3) de grands biens sis en Saintonge, tant dans la châtellenie de Bouteville que dans celle d’Archiac, ce qui suppose de sa part une autorité directe dans ces régions de la Grande et de la Petite Champagne ; et on comprend dès lors que le chroniqueur Adémar de Chabannes ait pu dire plus lard que les châtellenies de Bouteville et d’Archiac étaient des dépendances inaliénables du comté d’Angoulême (4). Cela doit s’entendre évidemment d’un état de subordination fort ancien, datant de la constitution même du comté d’Angoulême ou de sa dynastie régnante, c’est-à-dire du temps de Wulgrin. 2. Chronique d’Adémar, livre III, chap. XIV, édition Chavanon, p. 145 et 146.

3. Cartul. de l’église d’Angoulême, par l’abbé Nanglard, charte III, p. 28.

4. Loc. cit., III, chap. LXVII.
Matha et Archiac étaient-ils en Saintonge des sortes d’avancées, des possessions isolées de l’Angoumois ? Loin de là. Entre les châtellenies de Matha et d’Archiac, s’étend, sur les deux rives de la Charente, la châtellenie de Cognac, qui dépassait dans la direction de Saintes le confluent du Né. En 1003, c’est devant le comte d’Angoulême, Guillaume II, assisté de Grimoard, son évêque, qu’est porté un différend relatif au domaine de Coulonge (commune de Saint-Sulpice de Cognac), situé alors dans la viguerie de Migron, et qui dépendait alors, comme depuis, de la châtellenie de Cognac (5). Dès cette époque, et probablement auparavant, Cognac relevait donc d’Angoulême, comme il en relevait vingt-cinq ans plus tard, lorsque Geoffroy, fils du comte Guillaume II, était seigneur dominant à Merpins (6). En amont de Cognac, et à cheval aussi sur la Charente, était la châtellenie de Jarnac. A la fin du Xe siècle, nous trouvons celle-ci aux mains d’une puissance famille de seigneurs, dits comptores, qui relèvent des comtes d’Angoulême et dont un membre, Hugues, fut évêque d’Angoulême de 975 à 990. 5. Cartul. de Moissac, in collection Doat, de la bibliothèque nationale, vol. 128, fol. 31.

6. Cartul. de Savigny, charte 635.

Au sud-ouest et en voisinage d’Archiac, on trouve, dès les IXe et Xe siècles, le grand territoire de Jonzac, importante viguerie d’abord, puissante châtellenie ensuite, dont l’histoire est fort curieuse. Selon une tradition, Charlemagne aurait donné Jonzac et ses dépendances à l’abbaye de Saint-Germain des Prés, du temps de l’abbé Irminon, mort vers 817. Par la suite, un successeur de cet abbé dont on ignore le nom en aurait disposé en faveur d’un de ses neveux, moyennant une redevance annuelle de pure forme, treize couteaux de table et une peau de cerf, plus l’hommage féodal (7). Toujours est-il que les seigneurs de Jonzac, dès le XIIe siècle, ont fait hommage de leur châtellenie à cette abbaye (8), et qu’on retrouve les traces indéniables de celle-ci dans de nombreuses paroisses environnantes. L’église de Saint-Germain de Luzignan, la principale paroisse de la région, dont Saint-Martin de Clam a été un démembrement, aurait été construite par un abbé de Saint-Germain et est dédiée au saint patron de l’abbaye. L’église de Saint-Georges de Cubillac est dédiée au martyr de Cordoue, dont les reliques furent apportées en France, vers 858, par deux moines de l’abbaye de Saint-Germain. L’église de Saint-Germain de Vibrac, et l’ancienne abbaye de Saint-Ource, située dans cette commune, rappellent aussi Saint-Germain d’Auxerre et saint Ursus, évêque avant lui. Quant à l’église même de Jonzac, dédiée à saint Gervais, rappelons que c’était un des saints dont l’abbaye de Saint-Germain possédait les reliques. 7. Histoire de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, par dom Bouillart, liv. II, p. 23.

8. Arch.hist. de la Saintonge et de l’Aunis, t. XX, pièce III, p. 174, n° 1.
Le fait d’un don de Jonzac à Saint-Germain des Prés peut donc être tenu pour exact. Remonte-t-il à Charlemagne ? C’est douteux. D’abord le Polyptique d’lrminon, qui énumère avec tant de détails les biens de l’abbaye de Saint-Germain vers cette époque, ne parle pas de Jonzac (9). Ensuite, on a mis au compte de Charlemagne bien des actes de ses successeurs, comme en témoigne la fameuse charte de Saint-Cybard d’Angoulême (10). Mais ce don peut bien remonter à Charles le Chauve. Quel est, dans la région, le personnage, neveu d’un abbé de Saint-Germain, qui aurait reçu Jonzac ? Peut-être un des fils ou un des gendres de Wulgrin, comte d’Angoulême, dont le frère Alduin, abbé de Saint-Denis, fut aussi abbé de Saint-Germain ; puisque nous voyons Guillaume Taillefer disposer, en 940, du village de Tugeras ou Tauriac (Talaurica villa), viguerie de Jonzac, en faveur de l’église d’Angoulême (11) ; puisque nous voyons également Hildegaire, vicomte de Limoges, et sa femme Tetberge donner vers la même époque l’église de Saint-Pierre de Neuillac à l’abbaye de Saint-Cybard d’Angoulême (12). Des seigneurs du nom de Foucher, d’Alduin, d’Eble et d’Emma, noms habituels dans la famille des vicomtes de Limoges, sont encore en possession de cette châtellenie vers 1075. A cette époque leur succèdent, sans doute par alliance, des Guillaume de La Roche ou La Rochandri, qui la gardent pendant deux siècles (13). Conclusion : Jonzac et ses dépendances gravitaient aussi, avant l’an 1000, dans l’orbite des comtes d’Angoulême ou de leurs alliés. 9. Polyptique de l’abbé Irminon, par Guérard, Paris, 1814.

10. Cartul. de l’église d’Angoulême, par l’abbé Nanglard, charte 136, p. 152.

11. Idem, charte 3, p. 28.

12. Notice sur les manuscrits d’Adémar, par L. Delisle, in Manuscrits de la bibliothèque nationale, t. XXXV, 1896, p. 316.

13. Cartul. de Saint-Jean d’Angély, par Musset, et Cartulaire de Baigne, par l’abbé Chollet.
Au midi d’Archiac et de Jonzac, la Saintonge s’étendait fort loin, jusqu’aux rivières de la Tude et de la Dronne, qui formaient ses limites avec le Périgord ; jusqu’aux landes de Bussac, qui la séparaient du Blayais, possession conquise ou reconquise vers l’an 1000 par Guillaume II, comte d’Angoulême, avec l’aide du duc Guillaume d’Aquitaine, qui lui en confirma la jouissance (14) ; et jusqu’à la Gironde, qui lui formait une limite naturelle. Là, nous trouvons diverses châtellenies, Barbezieux, Coiron, Chalais, Montausier, Montlieu, Montguyon, Montendre et Mirambeau, qui paraissent n’avoir été établies que fort tard, après l’an 1000 et dans la seconde moitié du XIe siècle. En effet, ces noms n’apparaissent pas dans l’histoire avant cette époque. Ils sont eux-mêmes pour la plupart de formation moderne, car le radical mons qui entre dans leur composition indique plutôt une motte féodale ou fortifiée qu’une véritable hauteur ou monticule. Ces localités ont été toutes édifiées après l’établissement des paroisses dans lesquelles elles se trouvent, dont le chef-lieu est resté un village voisin, quand on n’en a pas distrait une faible partie de territoire pour leur constituer une paroisse distincte : Coiron est de la paroisse de Bardenac, Montausier de celle de Sainte-Radégonde, Montlieu de celle de Saint-Laurent du Roc, Montguyon de celle de Vassiac, Montendre de celle de Chardes (15), Mirambeau de celle de Niort, Chalais a été sûrement une dépendance de la paroisse de Sainte-Marie de Déou, dont il formait l’angle méridional, au confluent de la Tude et de la Viveronne. Quant à Barbezieux, il paraît avoir dépendu d’abord de Saint-Séverin, hameau actuel de la commune, primitivement paroisse. Ce sont d’abord de purs châteaux défensifs, de véritables postes militaires, autour desquels persistent jusque vers la fin du XIe siècle les anciennes vigueries administratives, établies dans des localités différentes, plus anciennes, et dont la circonscription est beaucoup plus étendue. Ces vigueries sont : la vicaria Pedriacensis ou Petracensis, comprise entre le Né, le Trèfle et la rivière de Lamérac, et s’avançant jusqu’auprès de Barbezieux ; le chef-lieu, difficile à fixer, paraît avoir été Pérignac (canton de Pons) ; la vicaria Condeacensis (16), chef-lieu Condéon, comprenant, semble-t-il, la plus grande partie des châtellenies de Barbezieux et de Coiron ; la vicaria Rocimacensis (17), chef-lieu (?) Rioux-Martin, correspondant à peu près à l’ancienne châtellenie de Chalais ; la vicaria Cathmeriensis (18), sans doute nom de région, peut-être du pays de Chaux, correspondant aux châtellenies de Montauzier, de Montlieu, de Montguyon et à la plus grande partie de celle de Montendre ; enfin, la vicaria Cosnacensis ou de Conac, correspondant aux châtellenies de Conac et de Mirambeau, qui s’étendait jusqu’au village de Jean-Vérat (Genuerac), commune de Coux, sous le château de Montendre (19). 14. Chronique d’Adémar, lib. III, chapitre XXXXI.

15. Voir Rainguet, Études sur l’arrondissement de Jonzac.

16. Cartulaire de Baigne, par l’abbé Chollet, charte 459, p. 187.

17. Idem, charte 384, p. 161, et L. Delisle, loc. cit., p. 317.

18. Cartulaire de Baigne, passim.

19. Cartul. de Baigne, charte 142, p. 71.
Nous pensons être dans le vrai, en disant que tous ces châteaux-forts ont été édifiés ou autorisés par les comtes d’Angoulême, qui les ont confiés du reste, dès le début, à des membres de leur famille ou à des chevaliers dévoués à leur cause. Le premier ou le second seigneur de Barbezieux est Alduin, fils d’autre Alduin, marié à Gerberge, fille de Geoffroy, comte d’Angoulême, et c’est ainsi que son fils Itier, qui lui succède, se trouve indiqué comme le propre neveu du comte Foulques dans une charte de 1075 (20). Le premier seigneur de Montauzier est Arnaud, fils de ce même comte Geoffroy, et frère de ce même comte Foulques ; il a pour successeur un neveu ou arrière-neveu, Foulques (21). Est aussi leur frère, Guillaume Rudel, seigneur de Blaye, qui recueillit cette châtellenie dans le partage de famille. Les premiers seigneurs de Chalais sont des Hélies, apparentés soit aux seigneurs de Jarnac, soit à ceux de Villebois. Les premiers seigneurs de Montendre et de Montlieu sont, vers 1080, des Guillaume de la même famille, qui semblent provenir des Guillaume de Blaye (22). Les premiers seigneurs connus de Mirambeau, qui le sont aussi de Conac, sont, vers le milieu du XIe siècle, des Josbert, des Artaud, ou des Arnaud, alliés, semble-t-il, aux seigneurs d’Archiac et de Cognac (23). 20. Idem, passim.

21. Idem.

22. Idem.

23. Cartul. de Savigny, passim.
Ajoutons que l’abbaye de Baignes, réorganisée sinon fondée vers 1035, dans un recoin détaché d’une paroisse voisine, peut-être celle de Mathelon aujourd’hui disparue, est sous la dépendance du comte Geoffroy d’Angoulême, qui confirme la nomination de son premier abbé connu, Itier de Barret, frère d’un chevalier de sa cour (24). 24. Cartulaire de Baigne, charte 120, p. 63.
Donc, avant et autour de l’an 1000, tout l’est et tout le sud de la Saintonge, entre la Charente, la Dronne et la Gironde, relève directement ou indirectement des comtes d’Angoulême, héritiers de Wulgrin, de même que l’Aunis relève du Poitou. En veut-on d’autres preuves d’ordre général ? Lorsque l’évêché de Saintes est de nouveau pourvu d’un titulaire, vers l’an 1000, qui choisit-on pour ce poste ? Un seigneur périgourdin de l’entourage des comtes d’Angoulême, Islon, frère cadet de Grimoard de Mucidan, déjà lui-même évêque d’Angoulême et abbé de Saint-Cibard. Lorsqu’un peuple en courroux brûle la cathédrale et une partie de la ville de Saintes, à la fin de l’été de 1027, qui songe à punir les coupables de ce sacrilège ? Guillaume II, comte d’Angoulême, qui, tout édifié par son récent pélerinage à Jérusalem, se prépare à venger cette injure à Dieu (25). La charte de fondation de Notre-Dame de Saintes, en 1047, est signée par une foule de seigneurs, rangés par catégories, les Angevins d’un côté, les Poitevins d’un autre, et les Saintongeais en deux ou trois séries. Dans celle qui comprend le comte d’Angoulême et ses fils se trouvent, en outre, Hélie de Chalais, Hélie de Jarnac et Foucaud de la Roche (26). Aucune trace d’autres seigneurs du sud de la Saintonge au bas de cet acte solennel. 25. Chronique d’Adémar, liv. III, chap. LXVI.

26. Dom Fonteneau, t. XXV, p. 335.
Il est d’autres châtellenies saintongeaises plus éloignées de l’Angoumois dont nous ne connaissons pas l’état antérieur à l’an 1000. Ce sont, le long de la Gironde, avec Conac, les châtellenies de Mortagne, de Didonne et de Mornac (27), qui occupent le pays jusqu’à la Seudre et même au delà ; puis, au nord de Saintes, les châtellenies de Taillebourg, de Tonnay-Charente et de Soubise, dans la région comprise entre Boutonne et Charente, jusqu’à la limite de l’Aunis et des territoires d’Aunay, de Matha et de Cognac ; dans la vallée même de la Charente, en aval de Saintes ; et dans le grand angle formé entre la Charente et la côte, jusqu’au chenal de Brouage et au trajet actuel du canal de même nom. Mais dès le premier tiers du XIe siècle, ces châtellenies ont de puissants seigneurs particuliers, les princes (principes) du pays, comme on les appelle dans les chartes de l’époque, ce qui suppose l’établissement déjà ancien et de ces châtellenies et des familles qui les détiennent. Exception seulement peut être faite pour la châtellenie de Soubise, que nous trouvons pour la première fois un peu après 1100 seulement, entre les mains d’un vicomte de Thouars. 27. Ces quatre seigneurs forment une série distincte dans la charte de fondation de Notre-Dame de Saintes.
Que reste-t-il après cela de la Saintonge proprement dite qui n’ait pas de maîtres directs, à la fin du Xe siècle, au moment où Guillaume le Grand devint comte de Poitiers et duc d’Aquitaine ? Il reste Saintes et sa banlieue, qui paraît assez étendue vers l’ouest et le nord-ouest, Pons, Broue et la presqu’île de Marennes, plus l’île d’Oléron. C’est cela seul, à n’en pas douter, qui fut donné, pour le tout ou partie, en jouissance viagère ou réversible, à Foulques Nerra ; car c’est là seulement que nous voyons plus tard son successeur, Geoffroy Martel, faire des générosités aux abbayes de la Trinité de Vendôme et de Notre-Dame de Saintes.
Il est donc difficile d’après l’examen détaillé que nous venons de faire, de trouver, dans tout le cours du Xe siècle, de quoi justifier que « la région située au sud de la Charente était devenue un champ de compétition entre les comtes voisins de Bordeaux, de Périgueux et d’Angoulême », et que « les évêques de Saintes, à l’exemple de nombreux prélats de cette époque cherchaient à se constituer un grand domaine féodal. » Cela ne se voit nulle part, et il y a même de réelles impossibilités à ce que cela soit. D’abord, il faut mettre hors de cause les évêques de Saintes, pour cette bonne raison qu’il n’y en avait pas. Les invasions normandes, parmi leurs plus tristes conséquences, eurent celle de laisser le siège épiscopal de Saintes vacant pendant près d’un siècle et demi. Le dernier évêque de Saintes connu au IXe siècle est Fricou ou Froult (Freculphus), qui assista au concile de Soissons, en 862, et au concile de Piste, en 864. On ne lui trouve ensuite comme successeur qu’Abbon, qui assiste, en 989, au concile de Charroux et, en 990, au sacre d’Alduin, évêque de Limoges. Pendant ce long intervalle de temps, on ne voit aucune trace d’évêques de Saintes, bien que les chroniqueurs régionaux aient noté avec soin la succession des évêques de Poitiers, d’Angoulême et de Périgueux. Le même fait s’est produit à Bordeaux, ce qui est encore plus significatif en raison du siège métropolitain ; car, nous savons que Frotier, son titulaire, abandonna son siège, vers 875, par suite de la désolation du pays, pour aller prendre d’abord l’évêché de Poitiers, puis l’archevêché de Bourges, et qu’il n’eut, lui aussi, de successeur certain qu’à la fin du Xe siècle, en la personne de Gombaud. Il faut en conclure que ces sièges ont vaqué aussi bien l’un que l’autre. Par conséquent, ce ne sont point les évêques qui ont cherché à accaparer l’administration civile de la Saintonge.
Il faut également mettre hors de cause, et pour la même raison, les comtes de Bordeaux. Après Seguin, comte de Bordeaux et de Saintes, pris et tué par les Normands en 845 (28), les comtes de Bordeaux disparaissent comme les archevêques et avant eux. En 904, on ne trouve plus qu’un duc de Gascogne, Sanche-Garcie, dont le pouvoir s’étend jusqu’à la mer, par suite jusqu’à Bordeaux (29), et ce n’est que vers 980 qu’un comte authentique de Bordeaux, Bernard-Guillaume, apparaît de nouveau, en même temps que l’archevêque Gombaud, qui aurait été son frère. Encore tout cela repose-t-il sur des chartes discutées, auxquelles on ne peut se fier qu’à demi. Pendant tout le Xe siècle, et avant l’an 1000, les comtes de Bordeaux ne font figure nulle part, en Saintonge moins que partout ailleurs, et leur existence même reste problématique. En tout cas, le Blayais, passé de bonne heure aux mains des comtes d’Angoulême, leur aurait fermé l’accès de la Saintonge, si c’eût été nécessaire. 28. Chronique d’Adémar, chap. XVII, édition Lair, p. 113.

29. Gallia Christiania, I, Ins. eccl. Ausciensis, col. 170-171.
En ce qui concerne les comtes de Périgord, ils sont les mêmes que les comtes d’Angoulême, depuis Wulgrin jusqu’à la fin du Xe siècle. Nous avons déjà noté, en effet, que Charles le Chauve avait donné à Wulgrin à la fois les comtés d’Angoulême et de Périgueux, auxquels celui-ci joignit même le comté d’Agen, dont il avait hérité par sa femme, fille de Bernard, comte de Toulouse. Ses deux fils furent bien, l’un Alduin, comte d’Angoulême, et l’autre, Guillaume, comte de Périgord et d’Agen ; mais ses petits-fils, Guillaume Taillefer, fils d’Alduin, et Bernard, fils de Guillaume, administraient en commun les deux comtés d’Angoulême et de Périgueux (30), à tel point qu’à la mort de Guillaume Taillefer, en 962, lequel ne laissa que des bâtards, ce fut Bernard lui-même, puis Arnaud Bouration, fils de Bernard, et leurs descendants, qui, pendant trente ans, jusque vers 992 ou 995, possédèrent les comtés d’Angoulême et de Périgueux (31). A leur mort seulement, Arnaud Manzer ou Avultron, bâtard de Guillaume Taillefer, reprit, malgré son âge avancé, le comté d’Angoulême, qu’il laissa peu après (vers 1001 ou 1002) à son fils, le comte Guillaume II ; et Aldebert de la Marche, fils de Boson le Vieux, puis ses frères, issus d’une sœur de Bernard, recueillirent avec l’aide du duc d’Aquitaine le comté de Périgord, notamment Boson le Jeune, mort empoisonné par sa femme, en 1006. Si donc des comtes périgourdins sont intervenus en Saintonge, ce ne peuvent être que les comtes périgourdins d’Angoulême, Bernard et ses descendants directs, mais à titre de possesseurs de l’Angoumois, auquel est intimement liée la Saintonge méridionale dès le début du Xe siècle. Ajoutons que le monnayage de Saintes est à cette époque au type angoumoisin. 30. Chronique d’Adémar, liv. III, chap. XXIII.

31. Histoire des pontifes et des comtes d’Angoulême, édition Castaigne, chap. XVIV, p. 23.
Conclusion : à l’époque dont parle M. Richard et dont il écrit l’histoire, une seule influence directe ou indirecte se faisait sentir dans la plus grande partie de la Saintonge proprement dite, celle des comtes d’Angoulême. Ils étaient pour le sud de l’évêché ou comté de Saintes ce que les comtes de Poitou étaient pour le nord, c’est-à-dire l’Aunis, des maîtres de fait et indiscutés.

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