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Cartulaire de l’Abbaye de Baignes (XIe-XIIIe siècle) - Discussion sur les noms de lieu en 1869

D 2 mars 2007     H 16:46     A Pierre     C 1 messages A 3139 LECTURES


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Ce qu’il reste de l’abbaye de Baigne, fondée au XIe siècle
Photo P. Collenot - 02/2007

Un article de 1869 dans la Revue des questions historiques, après la publication par l’abbé Cholet du cartulaire de l’abbaye de Baigne en Charente.
Une belle illustration des débats qui peuvent naître entre historiens en particulier autour de l’origine des noms de lieu. Un sujet de discussion qui reste toujours très ouvert, et où plusieurs disciplines interviennent.

Source : Revue des questions historiques / Marquis de Beaucourt - 1869 . Juil. (Année 4 / T. 7) – p. 227-234
Article en ligne sur le site de la BNF

Des extraits du texte du cartulaire sur le site "Les archives du Périgord". Un site qui fait un très gros travail de mise à disposition de sources d’archives.

Le cartulaire de Saint Étienne de Baigne [1]

Pour la reconstruction de la topographie historique d’une province, il n’est pas de documents plus précieux que les anciens cartulaires. Aussi, leur publication a-t-elle été encouragée, il y a quelques années, par le comité des travaux historiques qui la proposa comme sujet de prix à décerner en 1866 au concours des sociétés savantes des départements. Cet appel fut entendu, quinze ouvrages furent envoyés au comité, et il est à souhaiter que le zèle déployé à cette occasion ne se ralentisse pas.
Parmi les ouvrages qui, alors, n’étaient pas complètement achevés et sur lesquels M. Léopold Delisle ne put toutefois garder le silence dans son rapport, figure le Cartulaire de Baigne, alors en voie d’impression. Nous ne pouvons que renvoyer aux remarques qui ont été suggérées au savant académicien par la présence de certaines chartes du onzième et du douzième siècle offrant, de prime-abord, de notables apparences de non-authenticité. Mais, à cette époque, on espérait que l’éditeur dans l’introduction promise éluciderait ces questions et bien d’autres se rapportant à l’histoire et à la topographie de la Saintonge et de l’Angoumois. Cet espoir devait être déçu, car le 5 mai 1867, l’abbé Cholet mourait, laissant son œuvre inachevée, et l’introduction publiée en tête du cartulaire n’a été rédigée que d’après des notes que l’éditeur n’avait sans doute pas jugé assez complètes pour les livrer à l’impression.

En lisant le titre de cet ouvrage, nous avons été tout d’abord étonné de l’indication topographique donnée entre parenthèses, et qui semble en contradiction avec l’hommage du livre par l’épître adressée à Mgr l’évêque d’Angoulême. Baigne était certainement de l’ancien diocèse de Saintes, mais cela ne suffisait pas pour faire mettre sur le titre : « l’abbaye de Saint-Étienne de Baigne (en Saintonge) » ; car Baigne n’était pas compris dans la province de ce nom et faisait partie d’un territoire composé de douze paroisses qui y était enclavé. Ce territoire, dépendant de l’Angoumois, était désigné sous le nom de Petit Angoumois. L’abbé Cholet mentionne ce fait dans sa préface et nous apprend que ce territoire était la baronnie, puis duché de Montausier, château situé à deux kilomètres de l’abbaye de Baigne. Nous aurions désiré voir dans l’introduction quelques recherches donnant l’explication de cette singularité, et, si nous relevons le lapsus qui nous semble s’être glissé dans le titre, ce n’est pas pour le reprocher aux continuateurs de l’éditeur, mais simplement pour montrer combien la répartition du sol français entre ses anciennes provinces, bien qu’elle existât encore, il y a quatre-vingts ans, est peu connue de nous.

La date de la fondation de l’abbaye de Baigne était naturellement la question qui devait être discutée la première dans l’introduction de son cartulaire. On prétend que Charlemagne en est le fondateur, et l’abbé Cholet dit qu’il ne saurait assigner de date à cette tradition. « Elle est ancienne, dit-il, accréditée, acceptée par les historiens ; et les faits ne la contredisent point : on pourrait même adresser, par exception, à la tradition le reproche d’être modérée, » et, il cite à l’appui de ses paroles, un passage de la Chronique de Turpin (édition de 1527, fol. XIIII), qui fait remonter l’abbaye de Baigne à saint Martial, c’est-à-dire au milieu du 11e siècle ! On comprend alors qu’il n’hésite pas à suivre les historiens qui l’ont précédé et ont attribué la fondation de notre abbaye à Charlemagne. Il cherche alors à en fixer la date précise, qu’il suppose fort être l’an 769, rappelle plusieurs traditions du passage de. Charlemagne dans la contrée, fait remarquer qu’une voie romaine porte dans le pays le nom de chemin de Charlemagne, et, signale enfin, ce qui se retrouve partout et ne rappelle pas Charlemagne de préférence à d’autres souverains, l’existence de désignations topographiques, telles que Puy-du-Roi, Bois-du-Roi, Pont-du-Roi, Logis-du-Roi. Il eût été bien plus utile de chercher à préciser l’origine de la tradition, mais citer la Chronique de Turpin, édition de 1527, nous semble un défaut de critique dans une telle discussion.

Quelle valeur historique peut-on attribuer, en effet, à cette Chronique, œuvre d’un faussaire de la fin du XIe siècle, et en complet désaccord avec les historiens contemporains du chef de la dynastie carlovingienne ? Bien plus-, si l’on vérifie, dans le texte latin de cette chronique, la citation faite par l’abbé Cholet, d’après l’édition de 1527 (en français), on verra qu’à la suite de la victoire remportée en Saintonge, par Charlemagne sur le roi sarrasin Agolant, il n’est nullement mention de l’abbaye de Baigne. Il y a donc évidemment interpolation dans cette fausse chronique ! Nous sommes en mesure d’affirmer que cette interpolation date du commencement du XIIIe siècle et qu’elle est due à un Saintongeais, qui traduisit à cette époque et dans son dialecte la Chronique de Turpin. Pour démontrer le fait, nous ne pouvons mieux faire que de reproduire, d’après le manuscrit qui contient cet ouvrage, le passage invoqué par l’éditeur du cartulaire : « Puis s’en torna à l’abaie de Beagnie que Aiguolanz avet destruite e equi fit sevelir ses barons, quar sainz Marçaus l’aveit édifiée e mist autre tant de religieur en l’autre corn en aveit à ma dame sainte Marie Assollac fors solament dau lait nostre dame et hi dona n léguées de terra en toz sens (Biblioth. Imp.-f. français, 5714, f° 55 r°). » Ajoutons que cette traduction de Turpin est bourrée de faits relatifs à la Saintonge et à ses abbayes ; on peut consulter à son sujet M. Gaston Paris, qui, dans son Histoire poétique de Charlemagne (page 104), l’apprécie sévèrement. Quant à nous, nous ne nous permettrons pas de juger si les interpolations sont de l’invention complète du traducteur saintongeais, ou s’il les a empruntées aux traditions de sa contrée ou à quelque poème aujourd’hui perdu.

Le cartulaire de l’abbaye de Baigne a été composé au XIIIe siècle et contient cinq cent quarante-neuf chartes ou notices (quelques-unes sont très-courtes et contiennent à peine deux lignes), dont la plus ancienne ne remonte qu’au règne de Robert (996-1031), tandis que la plus moderne est de 1247. La publication a été conçue de cette manière : Introduction, I-XXXIII. — Chartularium Beaniense, 1-244. — Table onomastique à deux colonnes, 247-287. — Table chronologique des chartes, 289-326. — Table géographique, 327-382.

Par l’époque où furent rédigées ces chartes, cette publication est appelée à rendre de précieux services au point de vue de l’histoire des familles féodales de la contrée. Il a fourni à l’abbé Cholet l’occasion d’une rectification probable à « l’Art de vérifier les dates », où on lit que Boson III, associé en 1146, dans le comté de Périgord, était seul comte en 1155 ; une charte du 20 mars 1154 (nouveau style), dont la date est ainsi donnée : anno ab incarnatione Domini MCLIII, Anastasio III papa in urbe Roma, Lodovico rege regnante, in urbe Petragorica Bosone comite, XIII Kalend. apriles, semble en effet prouver que Boson n’avait plus de collègue dès cette époque. Les auteurs de l’Art de vérifier les dates disent aussi que Wulgrin Taillefer II, comte d’Angoulême, mourut le 16 novembre 1140 à l’âge de cinquante et un ans. Nous ne savons d’après quels documents ils ont fixé l’âge de ce personnage qui, alors, serait né en 1089. Or, dans la charte XLVIII du cartulaire de Baigne, charte par laquelle Renoul, évêque de Saintes donne à cette abbaye les deux églises d’Archiac, on voit que Guillaume, comte d’Angoulême et son fils Wulgrin furent témoins de cette donation (Huic vero dono interfuerunt Willelmus Engolismensis cornes et filius ejus Boucrinius…) et la date de la charte étant ainsi indiquée : Factum est hoc donum régnante Phylippo rege Francorum in Francia, XVII Kal. Januarii, Luna V, concurrentes VI, epacta XII, ces chiffres ne peuvent se traduire que par l’année 1094 (16 décembre), comme le fait, du reste, l’abbé Cholet. Il nous semblerait étonnant que le témoignage de Wulgrin eût été rapporté dans cette charte, s’il n’avait été véritablement âgé que de cinq ans ; aussi est-il probable que la date donnée par les Bénédictins est fautive.

Une pièce de 1075 nous montre qualifié d’évêque d’Angoulême, Adémar, qui, suivant les auteurs du Gallia Christiana, succéda sur ce siège épiscopal à son frère Guillaume, dont ils placent le décès au 20 septembre 1076. Nous n’osons partager l’opinion de l’éditeur du cartulaire qui suppose qu’Adémar était peut-être coadjuteur de son frère, avec future succession, mais l’épitaphe d’Adémar qu’il cite et où il est dit que ce prélat mourut après vingt-six ans, trois mois et vingt et un jours d’épiscopat, en l’an 1101, est en désaccord avec la date assignée au décès de son frère ; car, si l’on admet, avec les Bénédictins, que la mort d’Adémar eut lieu en février 1102, (nouveau style), il est certain que le commencement de son épiscopat devrait être reporté au mois d’octobre 1075 ; dans ce cas, on devrait peut-être reculer la mort de Guillaume au 20 septembre 1075.

C’est surtout pour la liste des abbés de Baigne que le cartulaire nous fournit de précieuses indications. Les auteurs du Gallia Christiana ne connaissaient aucun abbé de Baigne au XIe siècle, et dans sa liste l’abbé Cholet en donne six d’après son cartulaire qui fournit aussi plusieurs nouveaux abbés pour le XIIIe siècle.

Il nous semble que dans la publication de son texte, pour la copie des désignations topographiques, l’éditeur n’aurait pas dû suivre le manuscrit aussi servilement qu’il l’a fait ; ainsi, dans les ; pièces de ce cartulaire, on emploie souvent la préposition à et les particules au et aux, ou à les, pour marquer la situation des choses mentionnées. En ouvrant le volume (p. 68 et 69), nous trouvons : In villa que vocatur ALASbriceires, de alodio ALASpeletaneires ; in villa nuncupata AUchai ; in villa que vocatur Aermentaria unam peciam silve AUsesarz ; etc. ; ordinairement un éditeur se permet de séparer ces petits mots lorsqu’ils ne le sont pas dans le manuscrit. Cela ne fait que jeter plus de clarté dans le texte et est surtout utile quand il s’agit de choses aussi délicates que des noms géographiques.

La traduction des noms contenus dans la table géographique nous paraît généralement offrir des caractères de certitude. L’éditeur ne semble pourtant pas s’être parfaitement rendu compte de la formation des noms de lieux. Autrement, il ne proposerait pas Cierzac, Chierzac ou Cireul comme traductions possibles d’un Ciresium dont il est embarrassé et qui apparaît parfois dans le cartulaire sous les formes vulgaires Cireis et Cereis. Un homme de la contrée n’aurait-il pas pu rechercher si les personnages qui tiraient leurs surnoms de ce lieu n’étaient pas les seigneurs de Ciré, de Saintonge (Charente-Inférieure, arrond. de Rochefort, canton d’Aigrefeuille).

Nous sommes étonné de voir aux articles Brau et Sancti Cyrîci, un lieu, portant le nom de Brau, considéré par cela même comme l’Ebromagus, résidence de saint Paulin, évêque de Nole. Il faut pour cela supposer aphérèse et apocope, et, au reste, la diphtongue au ne représenterait pas la voyelle o du nom de lieu latin qui n’existe que pour relier deux radicaux. L’abbé Cholet dit que magus est une terminaison ; cela est évident, mais elle ne tombe pas ordinairement, et nous n’avons qu’à citer quelques noms géographiques se terminant par ce mot avec leurs traductions pour démontrer que l’m initial s’est toujours conservé, en se changeant quelquefois par la suite en n. Tels sont Argentomagus, Cassinomagus, Noviomagus, Rigomagus, Rothomagus, qui sont devenus Argenton, Chassenon, Noyon, Riom et Rouen.

Le cartulaire de Baigne fournit les noms de dix vigueries de cette contrée, dont une seule était connue. Ce sont les vicariae Archiacensîs, Blaviacensis ou Blavie, Cathmeriacensis, Condeonensis, de Cosnac, Joanzazinsis, de Mirembel, Montis Andronis, Petriacensis, Rocirnago et Unens. L’éditeur nous semble s’être beaucoup avancé en les désignant toutes comme des vigueries de Saintonge (introd., p. XX). Cela est vrai pour le plus grand nombre ; mais on ne peut admettre que la viguerie de Blaye, par exemple, eût jamais fait partie de la Saintonge.

Il eût été très-curieux pour un saintongeais, à même de consulter d’autres documents où ces divisions peuvent se trouver mentionnées avec plus de détails, de chercher à débrouiller quelque chose du chaos géographique engendré par l’apparition de ces vigueries dans le cartulaire de Baigne. Nous allons essayer de résumer et de contrôler les quelques mots que ce recueil nous fournit.
- La vicaria Archiacensis n’est citée que dans une seule charte de 1075 à 1080 (n° 287). On ne trouve pas de localités indiquées comme dépendances de cette viguerie, dont le chef-lieu était Archiac (Charente-Inférieure).
- La vicaria Blavie ou Blaviacensis, dont Blaye (Gironde) était le chef-lieu, comprenait la paroisse de Saint-Paul de Mesaudac (n° 417) et une paroisse de Saint-Cyr (sancti Cyrici, n° 424). Ces villages sont Saint-Paul (Gironde, canton de Blaye) et Saint-Ciers-la-Lande, Gironde, chef-lieu de canton dans l’arrondissement de Blaye).
- La vicaria Cathmeriacensis dans laquelle étaient comprises l’abbaye de Saint-Etienne [de Baigne] et la villa au Chai (n° 74) que d’autres pièces nous apprennent être comprise dans la paroisse de Saint-Symphorien [de Châtenet]. Dans cette vicairie se trouvaient aussi les villae de Chichevilla (Chevilles), dont le nom est resté à des moulins de la commune de Chantillac, de Valeirae (Valières, commune de Lamérac), de Lanciacus et de Serentiae (n° 76) ; et enfin, Biard (commune de Pouillac). Une charte mentionnant la parrochia sancti Stephani de Cathmerio, il semble à l’abbé Cholet que cette paroisse est la même que celle de Baigne, dont Cathmerium aurait été le nom primitif, ainsi que la capitale de la viguerie dont Baigne faisait partie. Cette opinion peut être exacte, mais nous ne comprenons pas pourquoi Cathmerium aurait quitté son nom pour celui de Baigne ; les abbayes dont l’abbé Cholet rappelle les changements de nom pour fortifier son hypothèse, ne sont pas dans la même position, car Mons lndiciacus, Centulum, .Catuliacus ne sont disparus que devant des noms religieux, en devenant Saint-Flour, Sainte Riquier et Saint-Denis, et, en suivant ce système, une abbaye fondée à Cathmerium aurait pu prendre le nom de Saint-Etienne, mais non pas celui de Baigne. Il nous semble aussi qu’au point de vue de la formation des noms, Cathmerium ne peut être considéré avec certitude comme ayant donné son nom à la vicaria Cathmeriacensis, car il ne possède pas le suffixe iacum que l’on remarque dans cet adjectif.
- La vicaria Condeonensis devait son nom à Condéon (Charente-Inférieure, canton de Barbezieux). Dans cette circonscription se trouvaient les villae de Rasquiacum et de Vilars (459). L’éditeur n’a-pas osé traduire ces noms de lieux qu’on doit rechercher près de Condéon. Il s’est contenté de supposer que Rasquiacum pouvait être Ragot (commune de Barbezieux). Cette traduction n’est pas acceptable. Nous ne serions pas étonné que le scribe chargé de copier les chartes de Baigne se fut trompé en écrivant ce nom et qu’il fallût lire Rasgniacum ; ce nom se traduirait parfaitement par Rignac, à 4 kilomètres N.-O. de Condéon. On peut objecter à cette hypothèse que le titre de cette pièce porte de Raschiac, mais rien n’indique que cette forme du nom qui nous occupe ne soit pas une fantaisie du copiste qui rendait par ces lettres le son du nom qu’il avait cru lire sur la charte originale. Quant à Vilars, il ne nous semble pas douteux d’y voir Villars, hameau voisin de Condéon.
- La seule charte qui mentionne la vicaria de Cosnac (Cosnac, Charente-Inférieure, chât. de la commune de Saint-Thomas de Cosnac, canton de Mirambeau) constate un don fait par Arnaud de Ceru et Gardré, son frère, à l’abbaye de Baigne, d’un alleu quod est in villa que vocatur Genveirac prope ecclesiam in vicaria de Cosnac prope castrum Monteandronis (142). Nous trouvons Genveirac, traduit par Generac (Gironde, canton de Saint-Savin), village situé à 16 kilomètres sud-ouest de Montendre et dans le diocèse ancien de Bordeaux. Il nous semble que dans cette identification, l’éditeur n’a pas tenu assez compte de la proximité de Genveirac à l’égard de Montendre (Mons Andronis). On aurait été plus exact en traduisant le Genveirac de la charte qui devrait sans doute être lu Genveirac, par Jouvérac, hameau situé tout auprès de Coux, seigneurie du donateur et qui n’est distante de Montendre que de 3 kilomètres. L’église près de laquelle se trouvait l’alleu de Genveirac serait alors celle de Coux.
- La vicaria Joenzazinsis dont Jonzac (aujourd’hui chef-lieu d’arrondissement) était sans doute la capitale, comprenant dans sa circonscription Flamarenxs et la villa de Lobodingis (331). La situation de ces localités n’est pas déterminée.
- La seule charte où soit mentionné la vicaria de Mirembel (aujourd’hui Mirambeau, Charente-Inférieure, arrondiss. de Jonzac), nous fournit le nom d’un locus qui en dépendait. C’est Berseloc (n° 415), dont le nom moderne est Berseleu (Charente-Inférieure, arrondiss. de Jonzac, canton de Mirambeau, commune d’Allas-Bocage). Ce lieu n’est distant de Mirambeau que de 5 kilomètres. Remarquons.en passant que cette vicairie n’a pu exister concurremment à celle de Cosnac, car son territoire se trouve compris dans celui que des documents examinés plus haut assignent à cette dernière. Cosnac et Mirambeau étaient peut-être compris dans la même vicairie, et le viguier pouvait fort bien ne pas avoir de résidence fixe ; de là la double dénomination donnée à la vicairie qui comprenait l’extrémité sud-ouest du diocèse de Saintes.
- Dans la viguerie de Montendre (vicaria Monte Andronîs) se trouvaient le village du Pin .Charente-Inférieure, canton de Montlieu), Vertolium, dont la position est inconnue, et la villa al Chai (commune de Châtenet), qu’une autre charte nous dit être comprise dans la vicaria Cathmeriacensis (nos 90, 100, 147).
- La villa Petritacinsis est nommée dans deux chartes. L’une (n° 388) y comprend Fradorvilla (Fredeuville, commune de Saint-Eugène) et la Grava ; dans la seconde ( n° 394), nulle localité n’est nommée. La situation de Fredeuville qui est, à n’en pas douter Fradorvilla, autorise à croire que cette viguerie confinait à celle d’Archiac, dont Fredeuville était tout proche. Au nom que l’abbé Cholet propose pour la traduction de la Grava, on pourrait peut-être ajouter Grave ou Graves (Charente-Inférieure, arrondissement de Cognac, canton de Châteauneuf). C’est à tort que Pérignac (arrondissement de Saintes, canton de Pons) est indiqué comme capitale de cette viguerie, qui, alors, aurait compris certainement Archiac, chef-lieu d’une autre viguerie, dans son territoire. Pérignac doit être en latin Patriniacus ou Petriniacus, tandis que Petriacus devrait former dans cette contrée un nom tel que Peyrac. Nous n’avons remarqué aucune dénomination semblable aux environs de Fredeuville ; le chef-lieu de la vicaria Petriacinsis est donc encore à trouver.
- La villa de Bosseria in vicaria Rocimago est citée dans une notice de trois lignes d’une façon si vague qu’aucune supposition n’est possible à l’égard de la viguerie où elle est comprise (n° 384). L’éditeur du cartulaire suppose que Rocimagus est Roc (ancienne paroisse située tout auprès de Montlieu). Cette hypothèse est insoutenable, car Roc est nommé Roac dans des chartes de Baigne ; et, comme nous l’avons fait remarquer plus haut, contrairement à l’opinion de l’abbé Cholet, la terminaison magus laisse toujours quelque trace. Rocimagus serait bien plutôt Rom (Deux-Sèvres, arrondissement de Melle, canton de Lezas) ; mais cette localité est peut-être bien éloignée. Remarquons en passant que c’est gratuitement que la vicaria Rocimago, dans la table géographique, est indiquée comme étant une vicairie de Saintonge.
- La vicaria Unens est indiquée comme une division de la Saintonge (396). Une villa de cette viguerie était nommée dans la même charte, mais malheureusement, dans le cartulaire de Baigne, le nom de cette localité est resté en blanc. De la sorte, aucune hypothèse n’est permise sur le nom d’Unens, qui n’est peut-être pas exactement copié.

Nous terminerons en faisant des vœux sincères pour la publication prochaine des cartulaires de Sainte-Marie de Saintes et de Vaux-sur-Mer, copiés postérieurement à celui de Baigne pour l’abbé Cholet. Ces publications, pour lesquelles le Conseil général du département de la Charente-Inférieure, a voté en 1866, la somme de 900 francs, sont, dit-on, en bonne voie de préparation.

AUGUSTE LONGNON.


[1Cartulaire de l’abbaye de Saint-Etienne de Baigne (en Saintonge), publié par l’abbé Cholet, chanoine théologal du chapitre de la Rochelle. Niort, L. Clouzet, 1868, un volume in-4°, de XXXIII-383 pages.

Vos commentaires

  • Le 14 février 2013 à 09:58, par Christian En réponse à : Cartulaire de l’Abbaye de Baignes (XIe-XIIIe siècle) - Discussion sur les noms de lieu en 1869

    Cathmerium : Baigne, ou Chepniers ?

    Malgré Auguste Longnon, on continue de répéter que Baigne(s) se serait auparavant appelée Cathmeriacum. Certes, ce nom qu’Ernest Nègre (Toponymie générale de la France, III, p. 1729)) interprète comme issu de « Bethania, nom importé de Palestine » – en fait de l’évangile de Lazare – n’est peut-être pas antérieur à l’abbaye, mais il existe à proximité une paroisse, dont l’église était également dédiée à saint Étienne, qui pourrait revendiquer de s’être dénommée, sinon Cathmeriacum¸ du moins Cathmerium : c’est Chepniers. D’ailleurs, Longnon lui-même proposera plus tard cette étymologie dans son Atlas historique de la France (1885, p. 173) et l’identification a été reprise par Gustav Groeber : cf. P. Marchot, 1895 et Staaff, 1896.
    On se gardera bien d’essayer d’expliquer l’évolution phonétique qui a conduit de Catmerium à Chepniers, mais la même a été à l’œuvre pour Champniers, en Charente.

    Cathmer est vraisemblablement un nom germanique plutôt que celte, même si les deux racines cad, cath (« guerre », « combat ») et mer, mar (« fameux ») se retrouvent dans les deux familles linguistiques. On le retrouve chez Tacite sous la forme Catumer, chef des Chatti, Cattes ou Hatti qui donnèrent leur nom à la Hesse.
    Un autre Franc ( ?) a donné son nom, très similaire, à Lamérac : Lathomer, mais cette fois la dérivation ne pose pas de difficulté : Lathomariacum a donné Lamairac, Lamérac (Nègre, op. cit., II, p. 752 ; A. Dauzat, La toponymie française, p. 307) par simple effacement d’une syllabe inaccentuée. Cathmeriacum aurait dû donner de même quelque chose comme Chamérac ou Chémérac. On trouve bien dans un pouillé de 1650 env. un prieuré Saint-Eutrope de Camérac (Cameraco) mais, comme dans un catalogue bénédiction de la même époque, il a dû y avoir confusion sur l’initiale, et il s’agit peut-être du prieuré Saint-Eutrope de Muraus, situé selon Cholet près de l’étang de Saint-Maigrin et du Tâtre, et donc relativement proche de Lamérac.
    D’autre part, certains numismates ont cru reconnaître Chepniers dans une forme voisine de Cat(h)merium, Catomario vico, qui figure sur un triens d’or mérovingien : avec un point d’interrogation, Arthur Engel et Raymond Serrure, dans leur Traité de numismatique du Moyen Âge, I, 1891, p. 127 et Georges Depeyrot dans Le numéraire mérovingien : les ateliers centraux…, 1998, p. 112. De fait, on a retrouvé à Chepniers les traces d’un établissement mérovingien, cimetière et église.

    Toutefois, d’autres avancent, au lieu de celui de Chepniers, le nom de Castermary en Aveyron (en fait Castelmary), mais l’étymologie « château de Marin » suggère une date trop tardive pour qu’on les suive. C’est notamment le cas de la société qui vend ce « triens » aux enchères, actuellement pour 5 000 euros ! Compte tenu d’un facteur d’incertitude tout de même assez important, je ne conseillerai pas à la municipalité de Chepniers d’investir une telle somme pour enrichir son patrimoine – à moins qu’elle ne veuille spéculer sur l’or…

    En revanche, ayant à placer un chef-lieu de viguerie (vicaria) proche de Baigne, on hésitera beaucoup moins à situer ce vicus à Chepniers, d’autant que les lieux qui y seraient compris selon l’abbé Cholet s’étendent le long d’une bande englobant Baigne et allant du nord au sud de Lamérac à Pouillac.

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