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1568 – 1629 - Histoire du Grand Temple de la Rochelle

Un lieu de culte digne des espérances des réformés

D 3 novembre 2009     H 23:53     A Razine     C 0 messages A 2706 LECTURES


La paix de Longjumeau signée le 23 mars 1568, entre Charles IX et le Prince de Condé mit fin de manière éphémère à la deuxième guerre de religion. Le traité confirmait les droits accordés aux protestants par la paix d’Amboise, signée en 1563. Pendant ces premières guerres, l’Aunis et la Saintonge furent mis à feu et à sang par les deux partis. Il en résulta qu’un grand nombre d’édifices religieux subirent de grands dommages ou la destruction. Après 1568, les protestants rochelais souhaitèrent la construction d’un nouveau lieu de culte digne de la capitale des réformés.

Sources : L’Aunis et la Saintonge de L. Canet – 1933 – sources diverses

Le Grand Temple de la Rochelle

Les épisodes de la construction du Grand Temple

En 1560 le calvinisme était déjà fortement ancré en Aunis et Saintonge ainsi que dans les Iles mais les protestants subirent de nombreuses persécutions et la pratique du culte se fit longtemps clandestinement. En 1562 les émeutes, les pillages d’églises commencèrent. La royauté attachée par essence à la religion catholique réprima durement les révoltes protestantes. A la suite de la trêve d’Amboise de 1563 à 1568 le pouvoir fit des concessions mais cela n’empêcha pas les protestants d’organiser leur soulèvement contre l’autorité du Roi. La troisième guerre reprit : une série de revers pour les Huguenots, dans sa première partie, puis des victoires.

Les lieux de culte avant 1568 à La Rochelle

Les premiers prêches eurent lieu dans des caves puis dans des églises après la messe. L’église Saint-Sauveur et Saint-Barthélemy servirent alternativement aux catholiques et aux protestants. Puis devant le nombre croissant des protestants, la salle d’un des échevins du sieur Gargoulleau et la salle Saint-Michel (salle communale) dont l’édifice datait du 15ème siècle fut affectée à ceux de la religion réformée, mais le bâtiment s’avéra trop petit.

A partir de 1568

Le Temple Saint-Yon, ancien réfectoire du couvent des Augustins, puis la chapelle Sainte-Marguerite du couvent des oratoriens seront attribués aux protestants comme lieux de culte mais l’on souhaita construire un bâtiment de grande envergure. Le nombre croissant d’adeptes de la réforme fit donc éclore le projet de réalisation d’un Grand Temple.

En 1569, la ville céda aux réformés moyennant dix sols de rente, une place pour bâtir un Temple, sis en la place du Château. La première pierre de l’édifice fut posée par Henri de Condé le 15 mars 1569 mais les trois années suivantes les bâtiments n’étaient encore qu’à fleur de terre. En 1570, la Rochelle devint une place de sûreté et un centre protestant d’une grande prospérité religieuse et intellectuelle.

En 1572 à la suite de la Saint Barthélemy la célébration publique du culte protestant fut interdite dans tout le royaume. Le 11 février 1573 commençait le siège de La Rochelle ordonné par Charles IX et la reine mère Catherine de Médicis. La Rochelle étant une ville phare du protestantisme le pouvoir royal espérait en faisant tomber cette ville huguenote entraîner la chute des autres villes protestantes. Mais les rochelais opposèrent une farouche résistance. A bout de patience les assiégeants arrêtèrent le siège le 26 juin 1573 et la paix fut signée le 6 juillet.

Henri III accède au pouvoir et commence alors la cinquième guerre de religion menée par le parti des Malcontents, mais la paix de Beaulieu en 1576 mit fin aux guerres protestantes dites de religion et autorisa de nouveau la liberté de culte. Elle accordait de nombreux avantages aux protestants ce qui mécontenta les catholiques et fut à l’origine de la Sainte Ligue. La guerre, la peste, l’apparition de la Ligue firent donc arrêter une fois de plus les travaux du Grand Temple.

Après 1576

La véritable construction du Grand Temple ne commença qu’en 1577 une fois la paix revenue. Sous Henri IV signataire de l’Edit de Nantes, s’ouvrit de nouveau une période de tolérance. En 1600, on reprit donc les fondations tout en faisant appel à la générosité des protestants qui donnèrent 6 000 écus et les murs s’élevèrent enfin jusqu’aux corniches du haut. Les plans de la construction furent attribués à Philibert Delorme, l’architecte des Tuileries. Au mois de septembre 1603, le Temple était achevé. Le dimanche 7 septembre le premier prêche fut prononcé par le pasteur Dumont au milieu de 3500 personnes.
Si l’Édit de Nantes ramena la paix dans le royaume, il eut pour effet de conforter la puissance des Huguenots et de créer aux yeux du pouvoir royal un état dans l’état. Louis XIII catholique et dévot craignant que La Rochelle devienne une sorte de bastion aidé financièrement par l’Angleterre et pouvant compromettre l’autorité royale ordonna en 1627 la prise de La Rochelle, ressentie désormais comme une citadelle hérétique. Le siège conduit par Richelieu fut effroyable. Lorsque la ville se rendit il ne restait que 5 500 survivants sur les 28000 habitants. Les murailles de La Rochelle rasées après la reddition des rochelais, Louis XIII accorda son pardon. Cependant, même si les protestants gardaient la liberté de culte il leur devint de plus en plus difficile de le pratiquer.
En 1629, le Grand Temple fut attribué à la paroisse Saint Barthélémy et revint donc au culte catholique. A la fondation du diocèse de La Rochelle en 1648, le Grand Temple deviendra Cathédrale mais l’édifice brûlera en 1648 et les ruines serviront à la construction de fortifications en 1689.

Description du Grand Temple de la Rochelle


Le Grand Temple de La Rochelle formait un octogone allongé ayant près de 20 toises de long et 15 de large, avec une toiture plus grande que le corps de l’édifice et recouverte de plomb. Deux grandes portes élevées de deux marches ouvraient l’une sur la rue de Chaudellerie, et l’autre sur la place. Elles étaient encadrées entre deux très hautes colonnes d’ordre corinthien, supportant un entablement dont la frise sculptée se continuait autour de l’édifice, ainsi qu’une large corniche à modillons, et qui était couronné par un large fronton semi-circulaire, surmonté de l’écusson de France. Au-dessous de l’entablement étaient sculptées les armoiries de La Rochelle et du maire Guillemin, et plus bas une inscription dont les termes ne nous ont pas été conservés. Chacun des huit pans de l’édifice se terminait par un double pilastre d’ordre corinthien. Au milieu du côté sud et plaqué contre la muraille, s’élevait un clocher, de forme octogonale, se terminant en dôme et surmonté d’un petit campanile à jour, où devait se trouver une cloche. On admirait surtout l’immense charpente qui « n’estoient supportée d’aucuns piliers, mais soutenue par deux clefs de bois d’une riche invention et artifice ; elle était recouverte par un immense tillis qui s’élevait en forme de dôme, à dix toises de hauteur. Enfin ce monument tant par sa grandeur et architecture que par son admirable charpente était estimé comme l’un des plus beaux chefs d’œuvre qui se puissent voir et que la réforme ait produit en France ».

D’après Cholet.

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