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1570 - Visite guidée de la Rochelle par Henri-Lancelot Voisin de La Popelinière

D 2 octobre 2009     H 01:57     A Jean-Claude, Pierre     C 0 messages A 1570 LECTURES


Difficile de trouver un meilleur guide pour visiter la Rochelle en 1570. Henri Voisin de la Popelinière (1541-1608) est visiblement amoureux de la "ville blanche". Sa description, tantôt technique, tantôt poétique, nous permet de découvrir dans le détail une ville très bien organisée, qui se prépare à subir, en 1572-73, après le massacre de la Saint-Barthélemy, le siège de l’armée royale. Suivez cet historien au style exceptionnel.

Source : L’histoire de France, enrichie des plus notables occurrances survenues ez provinces de l’Europe et pays voisins, soit en paix, soit en guerre, tant pour le fait séculier qu’eclésiastic, depuis l’an 1550 jusques à ces temps - Henri-Lancelot Voisin de La Popelinière, (1541-1608). Auteur présumé du texte - La Rochelle - 1581 - BNF Gallica

L’entrée du port de la Rochelle
Dessin de Jean-Claude Chambrelent

Mais premier que vous faire voir le reste des préparatifs que Monsieur dressoit pour le siege de la Rochelle : Je veux vous représenter le sit & païsage d’icelle au plus prez du Naturel, Joint que tous comprendront mieux les plus notables particulliaritez qui s’y sont veües d’une part & d’autre.

La représentation de la ville

La ville prend le haut d’une Coline le pied de laquelle battu d’un costé de la mer, s’estend au reste si lentement sur la plaine que malaisément jugeriez vous la ville si eslevée si vous ne la regardiez de loin, & luy rapportiez le sit de la Fons & autres Bourgades voysines. Son assiette est assez avancée sur le cours de la mer Occcanne laquelle y entre par un Canal fait tout exprès pour y faciliter davantage l’entrée & sortie des Navires qui y traficquent.

Elle ne prend forme certaine ny ordinaire : Ains comme elle a esté bastie a plusieurs fois & accreüe de murailes selon les occasions aussi elle est fort pointue pour le nombre des encongneures avancées en forme d’Esperons & longues Tenailles qu’elle a qui luy servent de Bastions & Ravelins plus asseurez pour sa deffence. Le circuit de la place est divers sa face regarde la grand mer contre les Bruiantes impetuositez de laquelle : elle pare ses hautes & larges murailles estoffées de grosses pierres de taille deffendue de trois grosses Tours & depuis peu de temps flanquées d’un Gabus & de la Tenaille comme je diray tantost.

Le derrière de la ville est terre ferme de 300. pas ou environ tirant vers Poitou. Les deux autres endroits sont Marests. Ceux qui sont à droite entrant en la ville par la porte de Congne, sont douceins, par ce qu’ils ne sont remplis que d’eaux de pluye : au moien que les habitans n’y laissent couler la mer. L’eau de laquelle ils retiennent au fossé de la porte des Moulins par un larron qu’ils y ont dressé : les autres Marests de la gauche sont sallans. Mais aujourd’hui l’œuvre en est presque perdu à l’occasion des incommoditez que les guerres Civilles y ont amené.

Au delà ces Marests c’est terre ferme en laquelle on sort par la porte S. Nicolas pour donner en Saintonge & Angoumois.

La Rochelle est icy representée avec les pays voesins et autres siennes commoditez

Pour le regard de son paisage : Elle est sise en un beau, bon & fort endroit de païs : non moins pour y recevoir toutes les commoditez que le temps de Paix desire : que les avantages propres & necessaires à une guerre. Le pais est descouvert & presque tout chargé de vignobles fors le cartier d’estine pour les Maretz salans qui augmentoient les revenus des Citadins en saison paisible plus qu’ils n’ont fait depuis ces guerres, l’insolence desquelles à osté avec le vouloir, les moiens soin & industrie aux Rochellois d’entretenir l’ouvrage du seel. Mais le vin y a tous jours esté en grande abondance : lequel distribué en plusieurs pays nommémant en Bretagne, Angleterre, Escosse, Flandres, Holande & autres cartiers du Nort : leur donne beaux moyens d’en rapporter grand argent, bleds, cuirs, toille & telles autres marchandises qu’ils voient les plus necessaires à la ville.Encor que les pays de Poitou, Saintonge, Angoumois & le Gouvernement mesme qu’on appelle pays d’Onis : leur fournissent en abondance tout ce qui leur est requis d’ailleurs. Si bien qu’ores que la terre ferme leur apporte grandes commoditez. Le Havre neantmoins semble estre plus avantageux pour en recevoir soit en paix soit en guerre tout ce qui leur est necessaires

Origine de la Rochelle

N’y sçauroit avoir cinq cens ans au plus que la grand mer y amene les grans vaisseaux pour le trafic du pays. Et peu auparavant la ville n’estoit qu’une petite Bourgade laquelle se peuplant comme la mer croissoit & de plus en plus y aportoit.de commoditez soit pour la pesche, soit pour la commerse des lieux circonvoisins soit pour le transport des richesses du lieu en pays estranges : fut enfin eslevée en droit de communauté auec pouvoir d’en ceindre de murailles, tout ce quartier qui sembloit le plus propre pour le trafic de mer comme j’ay dit ailleurs.

Pays bons estoit le Poitou

Au reste tout ce pays qu’on appelle Onix estoit Poitou & encores par deça compris sous le nom & terres des Comtes de Poitou comme j’ay dit ailleurs. Le premier desquels Guillaume eut une fille Alienor laquelle répudiée par le Roy Loys le piteux espousa Henry Roy d’Angleterre, Auquel sous le nom de Comté de Poitou elle porta en dot entre autres biens & Seigneuries, la Rochelle petite pour lors sans y mentionner ne speciffier aucunement le pays d’Onix n’y user d’autre forme de particularité par le contract qui separast ce lieu de Comte de Poitou.

Le premier previlege de la Rochelle

Ainsi les Roys d’Angleterre en ont jouï & asseuré les Franchises & privilleges que la Royne Allienor leur en avoit continué de Pere en fils. Le principal desquels estoit le droit de communauté donné à Niort mille cens nonante neuf avec justice haute, moienne & basse, cens, rentes & domaines. Ce que les Chartres tant Latines que Françoises speciffient assez amplement.

Le chasteau de la Rochelle

Joint qu’il n’y avoit encores Chasteau ne forteresses n’y gardes qu’au temps des Anglois. Lesquels crainte des François leurs voysins y esleverent le Chasteau surnommé de Vauclair duquel on voit encores les ruines au jourd’huy dressé en ce lieu pour commander au havre qui venoit jusques là. Car la mer n’ayant encor pris la course vers Tadon Netré & Saint Nicolas : s’esgajoit sur toutes les prairies prochaines du Chasteau. Contre lequel se faisoit l’embarquement & descente de tout le trafic de la ville,

Le Havre de la Rochelle changé & les Tours basties

Mais comme la mer croist tousjours de vaze peu à peu : Elle en laisse tant à ses reflus & retirades & sa venue elle jettoit petit à petit tant de pierres, gravier, cailloux, bourbier, limon & telles autres excremans de ce grand corps : qu’avec peu d’artifice on luy boucha son alleure vers la porte des Moulins. Si bien que les habitans commandez encor par les Anglois : la voyant prendre son cours plus naturel vers Saint Nicolas : Ils transportèrent le havre au lieu où ils esleverent deux Tours de la Chesne avec la Tour de la Lanterne qui furent ensemble la muraille, basties pres qu’en vn temps.

La mer change de lict & de cours

La Garnison des Anglois toutesfois demouroit tousjours au Chasteau pour tenir en bride & devotion asseurée les Citoyens : Du jouc desquels, bien que faschez d’estre sujets à une si rigoureuse servitude ne se peurent tirer neantmoins jusques au temps du Roy Charles septième.

Soudain apres que les Poetevins eurent chassez les Angiois de Poitiers pour eslever la Fleur de Lys sur les murailles. Alors ceux cy animez à leur exemple, treuverent le moyen que je vous ay dict ailleurs de chasser leur Garnison à Bourdeaux. Et se rendre au Roy sous les conditions que j’ay dict en autre endroit.

Ainsi commencèrent les privileges desquels me souvient avoir amplement discouru en autre lieu. Et pour lesquels vous verrez cy après une guerre mémorable à jamais Voila ce qui me semble en general de la situation de la ville que vous comprandrez mieux par un Narré plus particulier & special. Autrement à peine sçauriez vous comprandre l’assiette & campegement de l’Armée Royalle ny mesmes les attacques & deffences d’une part & d’autre si je ne vous exposois le dedans & le dehors plus à descouvert : Je ne parle à ceux qui ont non seulement bien faict leur deuoir dehors ou dedans. (Car cela n’est assez pour comprandre l’assiette & force d’un lieu.) Mais qui ont songneusement remarqué le sit, le plan & le contour de la place avec tout ce qui devoit estre bien observé en un tel siege : La France ne fut jamais tant pourvüe de vaillans hommes, ne mieux garnie de gens de cerveau bastans à bien comprandre une chose gentille. Je laisse donc cecy à tous estrangers & autres François qui n’ont faict que nombre au siege ou quelque devoir : Mais assez mal reconneu la place & son païsage

La Rochelle descrite & representée par le menu

Pour venir au particulier. La ville est de moienne estendue fort serrée de maisons toutes bien pourveuës d’habitans & par ce peuplée de grand nombre de riches hommes que la continue des guerres Civiles à rendus duits & leurs enfans mesmes comme nez aux armes pour en avoir entendu le son & Cliquets dès le ventre de la mere.

Fortifications de la Rochelle

La porte de Congne affin de commancer à la plus renommée : de tout temps à esté triple, bien estofée, bien pourveuë de Creneaux & marchecoulis, de larges & profonds fossez avec suffisans Ravelins pour les deffences. Mais d’autant qu’elle ne gardoit assez les courtines & pans de murailles de la ville : par l’avis de Scipion Vergano de Conean ingenieux Venitien expert & vaillant pour son Estat : On dressa à gauche de la porte un haut esperon revestu de grosses pierres de taille. Non si grand & si avancé de ses murailles toutesfois : que les courtines en soient aisément deffendues : bon de fossez au reste & bien asseuré de son rampart qu’on luy à fassiné par derrière pour son Artillerie & autres commodités avec la Santinelle dressée sur le fin bout pour descouurir en tous endroicts. Au reste les trois portes de Congne le suivoyent de droit fil l’une l’autre. Mais pource que l’expérience (plus asseurée Maistresse de toutes choses que la raison ne toutes considerations de l’esprit humain ) à descouvert le danger de telles portes mesmemant és retraites passées : on changea la premiere & la mist on plus bas pour entrer en la ville tirant sur la main droite. Sortant de là pour tirer à droit : les murailles ne sont droites, ains fort sineuses en forme de tenailles jusques à la Tour de Moureilles qui est haute & large & qui deffend tout ce quartier.

La Tour de Moureille et son origine

Au lieu de cette Tour y avoit anciennement une maison qui appartenoit à l’Abbaye de Moureille pres Luçon & S. Gemme en Poitou. Les Religieux, Abbé & Couvent de laquelle l’eschangerent avec certaines rentes que les Maire & Eschevins leur donnèrent à leur commodité. René Pinchon Parisien en est aujourd’hui Abbé par la liberalité du feu Comte du Lude. Les affaires & maison duquel il avoit si bien manié : qu’il n’eust sceu de moins reconoitre le merite de ses vertus, signalées non seulement pour l’excellance de sa doctrine mais aussi pour un rare exemple d’une vie sainte & irrépréhensible. Mais outre ces bonnes parties, la vivacité & promptitude d’esprit, l’a si fort recommandé au maniment de tous affaires : qu’il est aujourd’hui l’un des quatre Sindics que tout le Clergé de France a choisi pour la conduite des affaires Ecclésiastiques pres sa Majesté Tres chrestienne. Donques au lieu de cete maison les Rochellois y bastirent cete Tour 1399. sous Jean de Chillon Maire de la ville & 1410. sous Hue de Belot Maire fut parachevée auec ses courtines & tourettes. Tout ce cartier n’est employé qu’en marets & la pluspart salans ainsi nommez pour l’œuvre du sel qu’on y a fait autreffois avec un grand proffit & commodité pour la ville. Cete Tour est suivie de la porte S. Nicollas qui mene en Saintonges, forte d’assiete & de main d’homme non moins que du voisinage des marets à gauche :& de la mer qui à droit bat ses murs, & aux grandes marées emplit ses fossez.

Dés la porte S. Nicollas jusques à celle des moullins, c’est tout Mer. Pour maintenir laquelle contre une Armée Navalle, y a premièrement à quelque centaine de pas de la porte S. Nicollas un Boulleverd qu’on nomme le Gabuz, fondé sur la grave de l’invention & modelle du mesme ingénieux pour flanquer & deffendre toute cete coste jusques à la porte & mesme jusques à la grosse Tour surnommée de S. Nicollas. Elle est grosse, forte & bien munie de toutes pièces & sortes d’armes pour la deffence de la ville.

Tour de la Chesne

Tout joignant est celle de la Chesne peu moindre mais aussi forte & mieux pourveuë. Ainsi nommée pource qu’on y tend la Cheme qui prend à l’autre Tour pour empescher les Navires d’entrer ou sortir hors le Havre sans congé. Pour la tandre & garder y a un Capitaine gagé de la ville qui residant en la Tour est nommé Capitaine de cete Tour : & renouvellé d’an en an pour l’importance que ceste place semble tirer apres soy. En laquelle gist un des principaux points de la seureté de la ville tant pour estre l’entrée & garde du Havre que pour servir ces deux Tours comme d’Arsenal des armes, poudres, artilleries & telles autres provisions de guerre.

Le Havre de la Rochelle

La grande Mer coulle par l’entre-deux de ces Tours & sur le pied d’icelles, pour entrer dedans le havre long, large, net &asseuré. Au reste accommodé d’un long & beau Cay estoffé de grandes pierres de taille tout couvert de grans logis le bas desquels (qu’ils nomment Chaiz) est destiné par les propriétaires à recevoir les marchandises des navires qui veulent trafiquer en ce port. Descendus à la Chesne, s’ils ont fait, la marée venue (qui ne faut de douze heures en douze heures deux fois le jour) se retirent à chef de baye ( dont je vous parleray tantost) pour y espier le vent & la commodité de faire voille ou bon leur semble. A cete Tour de la Chesne prend la muraille de la ville, haute & forte, toute de pierres de taille & bien taluée pour mieux resister aux furieuses & bruiantes ondes de cet Occean.

Lanterne de la Rochelle

De droite ligne elle s’estend sur la grave jusques à une autre Tour presque aussi groffe & de mesme estoffe nommée la Tour de la Lanterne : pource que le Maire y faisoit autreffois mettre selon les statuts politics de la ville, un gros cierge ou autre massif flambeau dans une lanterne de pierres qui est eslevée sur un des costez des hautes galleries de la Tour, pour adresse & signal de seuretté à ceux qui voyageans sur mer auroient esgaré leur route:ou seroient poursuivis d’ennemis, ou bien surpris de quelque autre accident. Et aussi pour les avertir aians relasché, des bancs, escueils, asnes, costes, sables & autres lieux dangereux qui avec un grand hazard se rencontrent en cete Mer : tant par ceux qui tiennent la route d’Espagne que d’Angleterre allant à mont & à val. Cete louable coustume neantmoins s’est perdue depuis peu de temps : soit que les mariniers plus experts qu’au temps passé conoiffent les batures & tous autres lieux dangereux desquels ils se gardent aisement, fors qu’en tempestes extraordinaires. Ou qu’autre occasion face cesser ce qui en tout cas profite plus qu’il ne peut nuire.

Le Far & flambeau des mariniers - Far de Messine

Comme on l’observe en plusieurs endroits à l’exemple du Far de Messine. (Car les Pheniciens & ceux d’Egypte ont esté les premiers voyagcurs & traffiquans sur mer) fait par Sofastres, Excellent Architecte Guidien aux despens & Requestes de Ptolomée Philadephe Roy d’Egypte : eslevé sur une Tour que soustient un haut Rocher dans une petite isle prochaine d’Alexandrie à laquelle peu à peu le Limon Vaze & Gravier que les flots du Nil y ont amené : font joint & rendu mesme terre. Depuis les Romains en dresserent de tels à Puzol au port Dostie que l’Empereur Antonin Pie fit redresser : à Ravenne, Messîne, Genes & nos Roys à Boulongne, Corban & plufieurs autres endroits de ce Royaume. A cete Tour on laisse la grave haute eslevée pour brider les furieuses courses des grandes Marées & tirant a droit on trouve assez tost la porte des Moulins bien munie & fortiffié de tout temps. Henry d’Albret Roy de Navarre & Gouverneur de Guyenne pour la Majesté Tres-Chrestienne avoit entreprins de bien fortiffier ceste ville : y amena un Ingénieux à plusieurs inventions & modelles imparfaicts duquel Scipion fut contrainct s’accommoder. Entr’autres il esleva un Bouleuard devant ceste porte qui en a demourée plus forte & asseurée que paravant. Et plus haut à costé avoit jeté les fondemens & preparatifs d’une autre en forme de Tenaille pource que le premier n’estant assez auancé ne descouvroit si loin qu’il estoit requis. Scipion a revestu cestuy là & lié auec le premier, l’accommandant de ses fossez qu’il a fait aprofondir pour y prandre plus d’eaux. Si bien qu’il en a rendu l’avenuë beaucoup plus malaisée. Tellement que de ceste porte on deffend (sans les vieilles Tours. Lesquelles assez fortes & rejettées hors les murs gardent toutes les courtines jusques à l’autre Boulevard furnommé de la porte Neufve lequel au semblable est accommodé comme dessus flanqué d’un & d’autre costé ) jusques au Boulevard nommé de l’Evangile lequel est plus grand & large que tous les autres. Et pour
raccommoder ils ont ouvert le pied des murailles de la ville, pour y envoyer gens & munitions au besoin & tout à couvert. Depuis ce lieu tirant à mont, les murailles sont fort courbes, pourveuës de grand nombre de Tours pour flans & deffances à leurs courtines jusques à la grosse Tour qu’on nomme la Tour d’Aix forte & de bonne estoffe. Laquelle outre la commodité de ses canonnieres, servoit de plate forme à l’ArtiIlerie qu’on y place pour commander à toute la Campagne qu’elle descouvre. Car elle fait une encongneure en cest endroit. A ceste occasion elle deffend deçà & delà jusques en Congne. Les Rampars terre plains, plates formes & endroits spacieux entre les maisons & murailles de ville pour y alligner de belles tranchées ne manquent au dedans soit pour soustenir les pièces ou pour appuier les plus belles murailles en cas qu’on voulust braquer le Canon contre. Mesmement entre ces deux derniers Boullevers desquels nous venons de parler. Et davantage ez lieux esquels ils ont plus douté la force & le peu d’espesseur des murailles. lls ont à l’opposite au dedans fait grandes & larges trachées soustenuës de fortes murailles au derrière le parapet desquclles l’harquebuzier & picquier ne pourroit faillir les premiers qui s’avantureroienr pour gangner la place en cet endroit. Les Marets, au reste entre-couppez de mille fossez esquels la mer se joue a plaisir quand on luy veut laisser la bride, continuent jusques là. Si qu’il est malaisé d’y camper & moins d’y placer le Canon. Les fossez de ville y sont fort larges, nets & profonds finissans en fons de cuve, Escarpez du bas, pouveus au reste d’un nombre de Casemates qui sont au pied des encongneures de la muraille que j’ay dit servir de flancs avec leur contre escarpes eslevées jusques à moitié des murailles qui ne laissent que leur parapet pour bute au Canon : bien pourveuë d’alées & corridor sur lequel trois hommes iroient aisèment de front. La mer outre cela remplit les fossez jusques au delà du Boulevard de l’Evangille ez grosses Marées Plus outre, les fossez sont fort bas & larges & plus profonds que les autres jusques à une forme de Boulevard ancien que l’esperon avoisine d’assez prez. Tous deux avec le cartier commandez par le clocher du Temple de Cogne qui ne sert plus que de plate forme:haut eslevée pour vedete & autres usages guerriers : Car estandant sa veuë sur toute la Campagne il descouvre aisément toutes les avenuës de la ville à laquelle mesme il commande. Le Temple est ruiné fors la partie plus prochaine des murs lesquels en sont soustenus & mieux accommodez que paravant pour en estre apuiez par le derrière contre la viollence du Canon. Et d’ailleurs si bien aproprié de canonnieres & autres choses requises à ces murailles qu’elles en reçoivent grandes commoditez.

La Rochelle, une des clefs de France

Ainsi vous voiez quelles estoient les fortifications de cete ville l’an 1570. jusques à ce jour. Laquelle pour estre port de mer & ainsi Frontiere, a esté mise au rang des Clefs de France : fondée d’avoir à ces occasions sa garde ordinaire & en possession imemoriale d’entretenir les fortifications, lesquelles neantmoins ont esté jusques aux troubles de France assez amples pour se voir bien muniée du costé maritin & sans crainte vers terre ferme.

Comme les fortifications ont esté faites à la Rochelle de temps en temps

Vous voiez le plan, le sit & deffence de la Rochelle tant par terre que par mer laquelle en-
tre par le canal que j’ay nommé ci dessus & qu’on doit proprement nommer le Havre de la Rochelle : qui vient de Chef de baye qu’on nomme vulgairement che de bois.C’est un endroit de la grand’ mer que tous Navires qui doivent à la Rochelle, ont trouvé plus propre & mieux couvert de vents pour y mouiller l’ancre, y rader & faire tel séjour que leurs affaires permettent : eslogné d’une grande lieuë de la ville. Ce grand corps humide descendant vers la Rochelle se serre & estrecist, contraint par deux costez. de terre qu’ils appellent pointes, pource que la terre s’avance en mer comme en aiguisant, l’une de ça, l’autre de là : passé lesquelles s’avançant tousjours & remplissant peu à peu le havre Rochellois : elle jette comme despite de s’estre veuë ainsi pressée ses vagues escumantes contre les murs & rempars de cete ville blanche.

Rochelle pourquoy appellee ville blanche

Ainsi l’ont tousjours appellée les Anglois pour les rocs voesins qui sont & aparoissent blancs aux voiageurs sur mer venans en ville. Comme le flus ordinaire & perpétuel de cet Element amene pour le plaisir, pour le profit & contentement des Citoiens, toutes sortes de richesses : aussi le reflus alternatif de ce vague & non jamais paisible Océan : les ramene & conduit en toutes les parties du monde non que de la Chrestienté. Or pour bien conoitre la Baye de la Rochelle, il faut noter trois choses. Ce qui est proprement le havre ; puis les vases & la rade apres.

Che de Baye

La Baye afin que sans confondre les termes on conoisse le propre nom de chacune chose sans s’y abuser comme on fait en plusîeurs endroits est tout le coulant d’eau qui depuis le lieu de pleine mer ou demeurent & radent les Navires : s’estend pour laver les murailles de la ville jusques à Tadon au dela S. Nicollas. Et pource que cete pointe de terre blanche qui paroist à ceux qui viennent par mer à la Rochelle est l’endroit qu’on trouve le plus propre à la demeure des Navires nos ayeulx l’ont prins pour le commencement de ce coulant ou bras de mer : l’appelant Che de baye pource que la mer commance dés là son cours vers la Rochelle. Ainsî est de toutes les autres entrées de mer en terre qu’on appelle communement Bayes si elles sont longues, si courtes on les nomme Anses ou autrement selon le langage du païs. Mais le vulgaire ignorant & en tout indiscret, nommément se termes de la langue naturelle : corrompt aisement toutes appellations pour si peu d’aparance qu’il y aye au contraire. Cete sauvage race de mathelots a corrompu ce mot de Chef de baye l’appellant che de bois pource qu’elle y voioit quelque forme de bois taillis au dessus. Mais le lieu avoit ce nom cent ans devant que le bois y fust.

Et dés lors que les proprietaires cultivoient cet endroit : comme meilleurs mesnagiers que ceux qu’ils ont laissé depuis. Elle a aussi corrompu ce mot de Coups de vague en queuë de vache, lieu d’une maison à deux lieues de la ville où y a un petit canal de mer pour la descente des moindres vaisseaux, comme Bretons & d’autres qui veulent charger des vins. Mais c’est assez de cela.

La Baye de la Rochelle - Le havre de la Rochelle & quels navires y peuvent entrer

Venons particulariser les trois endroits de notre Baye Rocheloise. Tous Navires n’entrent pas au havre. Car il n’est propre que pour les barques, ramberges, galiotes & tels autres vaisseaux de cent cinquante à deux cens tonneaux au plus. Car s’ils passent deux cens, il faut attendre le gros d’eau & les grandes marées. Vray est qu’on y voit des Hourques & tels autres Navires Septantrionaux jusques au port de 300. & 350..tonneaux. Mais cela vient de la forme des vaisseaux, lesquels aians le fons large & s’eslargissans tout à coup depuis la quille en haut ne tiennent pas tant de profond la moitié que nos navires François, ni les autres mesmes qui tirent trois brasses plustost que ces gros navires deux. Aussi ne sont ils si frians de voille que les notres : mais plus durs & plus asseurez contre les flots que ceux-ci. Chacune nation a son particulier. Les vaisseaux deschargez ou qui n’ont affaire en ville, sortent la chaîne baissée s’ils n’attendent que le temps ou la marée sur les vases. Car ils sont là parez.

Les Vases

Les vases sont tout ce que la mer retournant laisse à descouvert hors le havre de la ville. Au reste peu de Navires demeurent sur les vases, s’ils ne sont prests d’entrer y attendans la marée ou la chaîne baissée ou le vent à faire voille en pleine mer. Tous entrent au havre pour leur seureté. Car parce que la rade & toute ta baye est sujette aux vents d’aval nommément de Siroest vent impetueux : Mesmement en hiver ni la rade ni les vases ne les sçauroient garentir de perte.

La Rade de la Palice

La rade est depuis l’entredeux des pointes jusques contre la pointe de Ré & le large de la mer à la veuë de Ré, & de che de baye. Elle est ouverte aux veuës d’aval. Occasion que les Navires levent l’ancre soudain qu’ils prevoient le mauvais temps & vont prandre l’abri de Ré à la Palice qui les couvre de ces dangers. C’est une autre rade à une lieuë de la ville qui seroit belle & bien plaisante au trafic de mer, si les Rochellois y vouloient souffrir les bastimens à ceux qui viennent du Pérou, des Assores, des Canaries & autres routes d’Espagne ou Portugal. Toute la baye & la muraille de la ville que les grosses Tours flanquent porte droitement Est-Oest. Si bien que pour estre descouuerte des vents d’aval elle ne craint d’autres vents que ceux-la : lesquels par fois y sont merveilleux & y ont causé de grans naufrages.

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