1576 - 04 Recueil en forme d’histoire - Histoire de l’Angoumois par François de Corlieu

D 24 mai 2007     H 19:57     A Pierre     C 0 messages A 1229 LECTURES


PREMIER LIVRE DU RECUEIL EN FORME D’HISTOIRE DE CE QUI SE TROUUE PAR ESCRIPT DE LA VILLE ET DES COMTES D’ENGOLESME, PAR FRANÇOIS DE CORLIEU, PROCUREUR DU ROY A ENGOLESME.

Dans cette page, le Livre I
- ch. 1 - Description de la ville d’Angoulême et du pays auquel elle a donné le nom, avec leurs plans et portraits
- ch. 2 - De l’antiquité de la ville et de celles qui se trouvent au pays
- ch. 3 - De l’état de la ville d’Angoulême avant le règne des Français
- ch. 4 - En quel temps les Angoumoisins reçurent la foi chrétienne, et de leurs premiers évêques
- ch. 5 - De l’état de la ville d’Angoulême sous les rois de France et d’Aquitaine, depuis clovis jusqu’au temps de Charles le Chauve.

Les notes de bas de page rédigées par François de Corlieu constituent elles-même un livre dans le livre. Elles sont signalées par une expression en gras et italique

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CHAPITRE I - DESCRIPTION DE LA VILLE D’ENGOLESME, ET DU PAYS AUQUEL ELLE A DONNÉ LE NOM, AUECQUES LEURS PLANS ET PORTRAICTS

La ville d’Engolesme est bastie en lieu fort, sur vn promontoire que font la queue et coing d’vne grande et longue plaine, esleuée entre le fleuue de Charante et la riuiere d’Enguene, lesquels s’assemblent en ce lieu. Et est ce coing aucunement séparé du reste de la plaine par un petit vallon du costé de l’Orient, à sa cime estendu en planice, autant qu’il est en besoing pour la circonférence des murailles, et reuestu d’vn roc naturel qui se continue par tout son enceint en vn endroict plus rude et en l’autre moins. Ses rues sont tortes, les maisons sans ordre, et les murailles basties de diuerses sortes de massonnerie, qui monstre qu’elle a esté faicte à plusieurs fois et souuent prise et ruinée. Anciennement la ville n’excedoit le sommet du coustault, et ne descendoit dans le vallon, comme encore on recongnoist par vne porte nommée Perigorde, et les murailles de l’ancienne ville despuis le chasteau iusques au chastellet, qui sont deux fortes places, que nos ancestres auoyent assis au front du vallon pour deffendre ce costé, lequel sembloit le plus foible. Mais despuis les comtes d’Engolesme ont adiousté à la ville vne église fondée de Sainct Marcial, auecques son faulx-bourg, basty en la pante de ce vallon, et ont le tout renfermé de doubles murailles, et doubles fossez, de manière qu’elle est aussi forte maintenant de ceste part que de nulle autre. L’ancienne ville a sept portes : celle des Reaux que despuis on a nommé le Pallet, de l’Arc, Esguiere, qui seruoit pour aller à l’eau par vne tranchée en temps de siège, la porte de Beaulieu, de Sainct Pierre, de Sainct Vincent, et Perigorde. La ville neufue, trois : de Nontron, de Sainct Marcial, et de Chandos, du nom d’vn seneschal de Guyenne pour le roy d’Angleterre, qui la fit faire. Le Chasteau et Chastellet ont leurs poternes pour sortir aux champs. Quant est du dedans de la ville, il n’y a que trois iours qu’il estoit embelly d’vne grande et magnifique église cathedralle, vne collegialle, huit parrochialles, vne église fondée de Sainct Iean en Ierusalem, et de deux conuents de Jacobins et Cordeliers, autant beaux qu’il en fust en Guyenne. Hors la ville, du costé de midy, y auoit vn long faulx-bourg prenant de la porte Sainct Pierre, iusques au fond de la vallée ou estoient trois autres parroisses, et vne ancienne abbaye de femmes, fondée de Sainct Ausone, premier euesque d’Engolesme. De l’autre part, du costé de septentrion, au pied de la ville, sur le bord de la Charante, estoit le monstier Sainct Cybard, lequel premièrement ne fut qu’vn pauure hermitage, et despuis par les biens-faicts des roys de France, Aribert et le grand Charles, et des comtes d’Engolesme estoit cru en vne des plus belles abbayes de ce royaume. Mais tout cela n’est plus, et ne reste de tant d’antiquités que les ruynes et monceaux de pierres, pour tesmoigner à la postérité la rage plus que vandalique de ceux qui les ont faits par les troubles aduenus en la Guyenne, l’an mil cinq cens soixante et huict. Ie n’obliray de dire d’Engolesme que le terrier sur lequel elle est bastye est tellement plain d’eau, que outre vn bon nombre de puyts qui sont en la ville, il est encores arrozé par le pied d’vn nombre infiny de fontaines, comme aussi est presque tout le reste du païs, lequel peut contenir vingt lieues de longueur, à les prendre de l’Orient au Ponent, et seize de largeur (non par tout), mais en quelques endroits, comme les païs adiacens entrent en iceluy plus ou moins, tellement qu’il est de fort petite estenduë, toutes-fois bon au reste et fertile de tout ce que l’homme peut raisonnablement désirer pour le plaisir et nécessité de la vie. Que s’il se trouue quelques contrées plus maigres que les autres, elles ne laissent pourtant d’apporter fruict à leurs maistres, les vnes de vins excellens, aucunes de saffran, et les autres de mines de fer. Il n’est ne du tout plat ne grandement montagneux, ains entremeslé presque partout de planures et collines qui rendent vne variété fort délectable, et non moindre proffit, d’autant que, oultre l’espace de la terre qui double par telles collines, on peut veoir les vallées pleines de bleds ou de ruisseaux et fontaines, les prez ioignant les ruisseaux, les bois et taillis aux pendants des terriers, et les vignobles sur le sommet d’iceux. De sorte que presques par tout vous rencontrez d’vne mesme veüe tout ce qu’ailleurs il se trouue de beau en vne bien grande estenduë de terre.

Au cœur et milieu du pais, comme principale de la Prouince est la ville d’Engolesme, siège episcopal, et de la iustice royalle, située en lieu aspre et rude, circuye de rochers, et mal accessible de toutes parts. D’vn costé elle a la forest de Braconne, renommée en tout ce royaume, qui contient de quatre à cinq lieuës de longueur. D’autre costé, deux plaisans buissons ou garaines qui donnent iusques dedans les faulx-bourgs de la ville. A son flanc passe la Charante, fleuue entre les premiers  [1] de la Guyenne, lequel prenant son origine sur les finages du pais, l’arrose tant qu’il est long, faisant partout ou il passe lav contrée merueilleusement fertile, et de bien belles et grandes prairies. Et enfin après s’estre assez esbatu par le pays, et faict grand d’vn grand nombre d’autres riuieres et petits ruisseaux, se desgorge en la mer par Coignac, Sainctes et Taillebour, à quelques trente lieues de sa source. En cette riuiere entre celle de la Touure [2], qui naist au pied d’vn chasteau ruiné, à vne lieue de la ville, et descoulant par la plaine d’vne largeur admirable, prend fin à demy lieue de son commencement. Ce fleuue de Touure est célébré par nos poètes françois pour sa beauté, et vn infiny nombre de cygnes que les comtes d’Angoulesme y avoient d’ancieneté affranchy, deputans officiers pour la garde et entretenement .d’iceux, chose qui estoit grandement belle à voir : mais à présent la race en est perdue par l’iniure des guerres. André Theuet, cosmographe du roy, homme de singulier entendement, raconte vne histoire mémorable de deux cygnes de la Touure que ie ne repeteray point icy. On tient au pais que cette riuiere se faict d’vne autre moindre qu’on nomme le Bandeac, qui passant à vne lieue delà le long de la Braconne, se pert en plusieurs endroits, et l’on pense qu’il se rend à la Touure : chose assés croiable, puis qu’il est reçeu pour véritable que la fontaine d’Aretuse s’enterrant à AElide port de la Grèce, vient par dessous la mer Thirrene surgir en lisle de Sicile. Toutefois le seul Bandeac ne fait pas la Touure, qui a six fois autant d’eau que tout le Bandeac. La cause de cette perte est que la terre en la Braconne et ses confins est cauerneuse et plaine de vagues esquels l’eau se dérobe, qui est aussi cause qu’en tout ce quartier là il n’y a aucuns puits ne fontaines, et qu’il se trouue en la Braconne maintes grandes et profondes fosses faictes auecques la mesme terre qui s’est là ainsi retirée pour son peu de solidité. Noz poètes engomoisins ont fabulé que le Bandeac fut amoureux de la Touure, et pour en iouir se déroba par conduits sousteriens. Ie diray encores ce mot de la Touure qu’elle est merueilleusement fertille de bons poissons : mais il ne s’y en voit gueres d’autres que des truittes, de l’anguille et des escreuices. La cause en est attribuée à l’eau qui est pure de fontaine viue et froide au possible, ce que la truitte ayme et non tant les autres poissons.

Il y a vne contrée en Engomois d’vne terre fort fertille en bledz, telle que peut estre la Beauce, qu’on appelle Champaigne, et si a cette Champaigne plus que la Beauce, qu’elle porte grand quantité de vins excellens, qui par la riuiere se transportent es autres parties du monde : la terre y est forte et produit le sep de la vigne de la hauteur d’vn homme, et le raisin d’vn espan de long, en telle abondance qu’il s’est veu quelqueslbis tel iournau de vigne qui a rendu à son maistre huict et neuf pipes de vin.

Au reste le pais est enrichy d’vn bon nombre d’autres belles villes, abbayes, forests, riuieres et estangs.

Coignac ville royalle, le berceau du grand roy Françoys  [3], père des lettres et de noz roys, après Engolesme tient le premier rang, à la description de laquelle ie ne m’arresteray d’auantage, d’autant que ie veux mettre icy celle qu’en a faict Iacques Babin, poète de la mesme ville, qui en escrit en ceste sorte :
Est vrbs Cogniacum proprio quam nomine dicunt
Indigenœ, Engolei existens in fine Ducatus.
Francisci cunae primi de gente Valesa,
Gallorum gestant cuius nunc Sceptra nepotes.
Illinc planicies, hinc clivus, refluus vrbem
Santonico lambit pater ipse Carantonus aestu,
Qui mox Oceani salientes intrat in vndas,
Altus, piscosus, nitidus, sinuosus, opacus,
Vitreus, assurgunt intus regalia tecta.
Circunstant virides campi, iuga frondea subsunt
Fulminei haec habitant apri, cervique fugaces.
Aede sub augusta fontani fluminis alueus
Lucidulae erumpit undae illimis, sacer, almns.
Innumeros populi non vnquam exhaustus ad vsus.
Quid memorem insignem Baccho, Stagnoque virisque,
Ingenijsque hominum patriam et Mauorte feroci ?
Hinc celer externas currit mercator ad oras,
Atque oneratlonguasligno, vino, et sale lintres,
Ostenditque redux populo sacharumque piperque
Stannumque et quidquid humanis vsibus orbis
Semotus fundit. Illic clementia cœli
Mitis, et irriguae larga indulgentia terrae.

Les autres villes sont : Chasteau-neuf, domaine des comtes d’Engolesme, la Rochefoucault, Blansac, Verteuil, Marthon, Sainct Claud et Montignac, patrimoine ancien de cette grande et illustre maison de la Rochefoucault, Ruffec, mère de ce vaillant et renommé gouuerneur d’Engomois, qui à présent [est], larnac, Sainct Aulaye, Aubeterre, Villeboys, Mont-moreau, Mont-beron, Confolent et Chabanois, qui toutes sont tenues par grands et puissans seigneurs. Les abbayes et autres choses remarquables au païs, se trouueront chascune en son lieu en la Charthe que nous en auons fait, et au discours de ceste histoire. Mais il n’est rien plus louable en Engomois que la salubrité de l’air  [4] qui est par tout merueilleusement bon et tempéré : chose qui subtilise non seulement les esprits, mais encores contempere les humeurs ès corps humains, d’où prouient que les hommes y viuent assez longuement : sur tout ès champs ou la sobriété est plus grande. Et pour parler des mœurs et complexions des habitans, ils sont de leur naturel tendans à simplicité sans fard et ambition : mais assez rudes, mal sociaulx et disciplinables, se contentans d’eux mesmes et de leur fortune. Ils ne sont pas si prompts que les Perigordins, mais plus que les Lymosins, Poicteuins et Sainctongeois. Ceux qui par meslange des autres nations s’affinent l’esprit, se rendent auecques peu de peine des plus abilles. Le peuple des villes vit la plus part de ses moyens, celuy des champs s’adonne à l’agriculture, et ne trafiquent gueres les uns n’y les autres auecques leurs voisins non plus que les vieux Gaulois. Les gentils-hommes suiuent les armes et le plaisir de la chasse. C’est la dernière des contrées de la France, du costé de la Guiene ou l’on parle françois, ayans les nations plus lointaines chacune son idiome particulier, combien que le vieil langage engomoisin ne fust par pur françois, mais eust retenu beaucoup de termes des langues voisines, principalement du Lymosin. Le sit du païs est tel que ce qu’il luy deffault il le tire aisément de ses voisins, comme le sel, poisson et oyseaux de mer de la Sainctonge, le bestail, de Perigord et Lymosin, et par la riuiere tout ce que le reste du monde communique à la France. Ie fîniray ce propos par le recueil de quelques herbes et simples exquis que produict la terre engomoisine par vn aspect bénin du Ciel, et lesquels estans fort rares es autres parties de la France, croissent neanlmoins icy en tresgrand abondance, comme sont laloine xanctonique, le capillus veneris, et le ceterach, l’angelique sauuage et hortense, le saffran, leucoyon lulea, le ser montain, la myrride, toutes les sortes de valleriane, stichas citrina, Veronica, la sanicle, le scordium, et plusieurs autres herbes singulières, et de vertu excellente, que nous laissons à descrire aux médecins pour ne mettre la faux en la moisson d’autruy.

CHAPITRE II - DE L’ANTIQVITÉ DE LA VILLE ET DE CELLES QUI SE TROUUENT AU PAYS.

Il ne se trouue rien par escrit de la ville d’Engolesme deuant la monarchie des François  [5]. Caesar en ses Commentaires, et les cosmographes anciens parlent sans plus des pays de Poictou, Sainctonge, Perigord et Limosin, desquels est Engomois enclaué et enuironné, le comprennant, comme il est vray semblable, soubs les autres. Pline fait bien mention d’vn peuple qu’il nomme Agesinates marchisans au Poictou, mais on doubte si ce sont les Engomoisins. Ausone Bourdelois estant près de Sainctes, escript à Tétrade, qu’il dict s’estre retiré, et comme caché en vne ville là près, ainsi qu’il est à présumer, et la nomme Icnusa, selon les impressions vulgaires : mais Helye Vinet , homme vrayment Philosophe, et professeur des bonnes lettres, en son discours de la ville d’Engolesme asseure qu’il y doibt auoir Icolisma . Et l’auoit ainsi trouué es vieux exemplaires d’Ausone escripts à la main. Ce que estant vray, il ne faut plus doubter que ce ne soit nostre Engolesme, lieu retiré et hors de passage, à douze lieues seulement de la ville de Sainctes, mesmes que Sigebert, ancien chroniqueur françois, luy donne presque un mesme nom, disant que les murs d’Ecolesme tombèrent deuant Clouis. Le plus ancien autheur approuué que i’aye leu qui parle d’Engolesme en propres termes est Grégoire, euesque de Tours, quand il fait mention d’vn Euesque d’Engolesme nommé Dynamius, enuiron le temps de Pharamond roy des François, et quand il dit ce que ie viens d’alléguer de Sigebert que ayant Clouis assiégé nostre ville au retour de la deffaite des Gots, vne partie de la muraille par miracle tomba aux piedz des assaillans  : et ne se faut esbayr comme elle à despuis changé de nom. Et pour Icolisme à esté appellée Escolesme, et en fin Engolesme, car tel changement est commun à la plus-part des villes de la France, voire qu’il se trouue que encores despuis mil ans la nostre à esté nommée Engolma, Egolesma et Engolesma, quelques-fois Engolima, et Angolia, et autresfois Equalisma, et Engolessima , comme i’ay veu en plusieurs tiltres, monuments anciens et pièces de monnoye que faisoient battre les comtes d’Engolesme. l’excepte icy ce qui se trouue en nos légendaires de l’Apostre et premier Euesque des Engomoisins sainct Auzone. Que les mémoires qui ont esté faits de sa vie disent auoir esté de Mortaigne en Sainctonge, disciple de sainct Marcial Euesque de Limoges, qu’il conuertit à la foy le peuple d’Engomois auecques vn sien roy ou gouuerneur nommé Garrulus, et souffrit martyre soubs les Vandalles au temps de Valerianus et Galienus, empereurs, enuiron l’an de salut deux cens septante, chose que nous tenons pour véritable, et ainsi nos maieurs nous l’ont laissé de main en main : et c’est tout ce qui se trouue par escript de l’antiquité de nostre ville, sans qu’on puisse sçauoir plus auant de son origine et premiers fondateurs, chose qui n’empesche pas, mais demonstre d’auantage ladite antiquité, auec ce qu’il est certain qu’elle porte marque d’une très-ancienne ville, encores qu’il ne luy reste pas beaucoup d’anciens monuments tesmoings de son âge et viellesse pour les ruines, euersions, bruslements et desmantelements qu’elle a souffert despuis treze cens ans, ayant esté quatre fois prise d’assaut, cinq fois rendue, et vne fois démantelée. Ce qui s’y trouue de plus vieil et remarquable est le Chatellet qui sont trois grosses et hautes tours d’ancienne fabrique et de figure ronde et vne sexagone, et dedans cette çy vne autre ronde, lesquelles tours disposées en forme quadrangulaire, et se flanquans l’vne l’autre, font vn donjon fort à merueille, deffendu du costé qui regarde la ville d’vn profond fossé taillé en roc à fond de cuue, le tout derechef renfermé d’vne forte ceinture aussi fossoyée et flanquée. Cette tour à six panz est appellée communément la tour Prein, ou Pregnant, comme si on vouloit dire qu’elle fust enceinte de l’autre tour qui est dedans, et estoit autrefois lespace entre ces deux tours faits à estages, desquels on combattoit pour la deffense de la place, chose non moins belle à veoir que forte et industrieusement faicte. Ressentent aussi leur antiquité les murailles de la première ville despuis ce chastellet iusques au chasteau, lesquelles sont restées en quelques endroits malgré le temps et les desastres aduenus à la pauure ville faites de grands quartiers de pierre de quatre à cinq pieds de longueur et larges à l’aduenant, entassées l’vne sur l’autre sans mortier, comme celles que nous voyons basties du temps des anciens Romains à Sainctes et Perigueux : et si s’est encores cette année descouuert vne marque de plus grand antiquité en ces murailles, qu’ayant esté ouuertes, on a trouué l’intérieur d’icelles fait et massonné de pièces d’autres pierres qui auparauant auoient seruy à autres édifices, comme colomnes, frises et soubassements, qui monstre que iadis lesdites muraillles furent faites des ruines de quelques temples, ou autres superbes bastiments autres-fois basties au mesme lieu, indice d’vne très-grande et non remarquée [6] ancienneté.

De mesme sorte de massonnerie est faite vne masse de pierre à deux lieues de la ville sur le bord de la Charante au lieu apellé Fa , et en latin Fanum. Cette masse est carrée oblongue de quelques vingt pieds de largeur, et trente pieds de longueur, haute de vingt pieds, là eslevée (comme il est à présumer), par les soldats Romains tenans garnison en ce païs au temps de la conqueste des Gaules pour mémoire de leur nom, car à autre chose ne seruoit-elle pas : Aussi estoit-ce leur coustume de laisser tels monuments pour souuenance es lieux ou ils faisoient seiour : dont il se trouue foison par la Gaule, et de bien grandes villes quelque-fois par eux basties à cette fin, si du tout nous ne voulons dire que ce fust en signe de quelque victoire par eux gaignée au mesme lieu : de laquelle masse (appellée par les Latins Moles) reste encores la plus grand part pour le iourd’huy : il est vray que les Seigneurs du lieu qui portent le nom de Saincte Hermine, ont basty vne tour par le dessus. Et c’est vne des plus grandes antiquités qui se voye au païs, auecques trois autres qui sont, le fort de saincte Seuere, le camp de Veuil, et le fossé au comte, que ie n’ay voulu passer soubs silence puis que nous traictons cette matière.

Le fort de Saincte Seuere est, ou despuis a esté bastye vne Église fondée de cette saincte, en la terre de Iarnac : et est à mon aduis vn retranchement iadis fait par quelque légion romaine, laquelle campant à sa mode s’estoit la fortifiée contre les incursions de l’ennemy. Il est fait en la forme qui en suit. La Soloyre assez bonne riuiere en vne grande plaine fait un des costéz de ce fort, lequel est carré aequilateral, les autres costéz sont larges et profondes tranchées plaines d’eau. Ce carré capable de tenir dix mil hommes et plus est encores my-party d’vne autre tranchée, et les deux moitiés ioinctes par un pont.

Le camp de Veuil est près le bourg de Veuil à vne lieue d’Engolesme, et est fait en triangle par le coing d’vne plaine esleuée entre deux prairies, dont les deux costés sont deffendus de rochers et rudes descentes, et le troisiesme d’vne haute leuée de terre portée au lieu de tranchée par ce que le lieu ne se trouua fossoiable. L’espace n’est moindre que celuy du fort, et à mon iugement que cette leuée fut aussi faite par les Romains, et que là ils campèrent trauersans païs selon leur coustume.

Le fossé au comte est vne tranchée ayant eu par apparence vingt pieds de gueulle, et douze pieds ou quinze de profondeur, iadis faite et continuée par enuiron quatre lieues de païs, despuis le chasteau de Vibrac, iusques à la ville de Montignac, tous deux assis sur la Charante, à présent comblée et effacée pour la pluspart. Mais de sçauoir dire pourquoy ne quand elle fut faicte, ie n’ai pas leu iusques là. Toute-fois s’il m’est permis interposer mon iugement en chose vray-semblable, ie cuide fermement qu’elle a esté faicte par les mesmes Romains, tenans garnison sur les confins de ce fossé, ou pour laisser mémoire d’eux, et ce pendant exercer leur soldats à la peine, ou du tout pour empescher les courses de leurs voisins. Ainsi lisons nous que firent les Romains en Angleterre, quand par vne muraille ils la diuiserent de l’Escosse, du temps de Arcade et Theodose empereurs, et voyons en Normandie encores à présent vn semblable fossé, trauersant le comté d’Eu. Et ce qui me fait plus penser que cette tranchée auoit esté faite pour la deffence du païs est vn fort de terre portée, que encore se voit basty sur le bord de ladite tranchée près la forest de Marange, pour y tenir (comme il est à présumer) quelques soldats, affin de courir sus à ceux qui eussent voulu franchir le fossé.

Ie ne diray plus que ce mot des antiquités qui se voyent autour d’Engolesme, c’est d’vn ancien tombeau de pierre esleué sur terre à la hauteur de six pieds, entre des vignes, sur vn haut terrier à la veuë de nostre ville. Les habitans du lieu le nomment le tombeau du Bourguignon, et disent que ce fut un Bourgoignon (cette gent a esté anciennement taxée d’yurongnerie) lequel ayant gousté du vin prouenu en ce lieu, et venant à mourir y voulut estre enterré, et a esté ce tombeau si vénérable à la postérité qu’il n’a iamais esté violé, et reste encores entier pour le iourd’huy.

CHAPITRE III - DE L’ESTAT DE LA VILLE D’ENGOLESME DEVANT LE REGNE DES FRANÇOIS.

Soit que Engomoys fust anciennement compris soubs les pays adiacents, ou bien séparé d’eux, c’est chose certaine que tousiours il a couru vue mesme fortune auec le reste de l’Aquitaine, l’estât de laquelle fut tel deuant le règne des François. Auparauant que Iule César conquist les Gaules (comme il recite) vn chascun pays estoit gouuerné par forme de démocratie et estat populaire, lequel estat estoit composé des sacrificateurs qu’ils appelloient Druides, des cheualiers et du bas peuple. Les Druides traictoient ce qui appartenoit à la religion et à la iustice. Le fait des armes et la deffence du pays estoit commise aux cheualiers. Le simple peuple n’auoit aucune auctorité, et estoient comme serfz. Toutes-fois comme il y auoit des factions en général pour la surintendence de toutes les Gaules entre aucuns peuples, lesquels à cette fin se liguoient et r’alioient auecques leurs voisins, aussi y en auoit il de priuées en chasque pays, par lesquelles comme quelcun auoit creu en pouuoir et auctoricté sur les autres, cestuy-la estoit estimé prince de tous, et administrait la chose publicque et les affaires d’estat. Mais despuis que les Gaules furent réduictes en l’obéissance du peuple et empereurs romains, tout cet estât fut changé, et fut fait le pays tributaire et réduit en forme de prouince : au gouuernement de laquelle estoit enuoyé de Romme vn proconsul, qui auoit puissance de mettre des lieutenans en chasque ville, pour commander et procurer les deniers fiscaux que les gents du pays appelloient roys, comtes et preuosts. Et fait bien à ce propos, ce que dit Iosephe, au deuxiesme liure de la guerre Iuifue, que les Gaulois (le plus riche en puissant peuple de l’occident) estans plus forcés par la commune et fatale ruyne de l’vniuersel monde que vaincus, s’estoient soubmis aux Romains, et encores leur estoient si fidèles (despuis qu’vne fois ils leur eurent donné la foy) que les vainqueurs n’auoient peine de tenir en toutes les Gaules, que douze cents hommes de guerre, pour contenir en deuoir vu si grand pays, auquel il disoit qu’il y auoit pour l’ors bien quatre cens nations, et douze cens villes, tellement que ce n’estoit qu’vn Romain pour chacune ville. Et en cette manière se maintindrent les Gaulois, par l’espace de bien cinq cens ans, ayans presque par tout receu la religion chrestienne. Mais à la fin il aduint que déclinant l’empire romain (comme il n’y a rien durable en ce monde) et après que les Gots (peuple descendu des hautes Allemaignes pour chercher nouuelle demeurance) eurent par long temps brigandé l’Italie, Honorius empereur, pour se décharger de ces voleurs les enuoya demeurer en l’Aquitaine, l’an de notre salut quatre cens dix-neuf, enuiron le mesme temps que les Françoys aussi Allemans occupèrent semblablement vne autre partye des Gaules. Et ainsi voila l’Aquitaine possédée par les Gots, lesquels ayant trouué demeure selon qu’ils désiroient, abondante et plaine de tous biens, commencèrent à y establir leur seigneurie, constituèrent roys sur eux qui se tenoient à Tholoze, firent loix et ordonnances, changèrent celles de leurs subjects et la religion, (car ils estoient Arriens) et firent de grandes alliences auecques leurs voisins, comme ceux qui pensoient posséder ce pays en perpétuel héritage : mais Dieu qui ne voulut que cette gent cruelle et hérétique prosperast, luy opposa vn puissant ennemy, qui fut Clouis roy des Françoys, lequel en faueur de la religion chrestienne de laquelle il auoit de nouueau fait profession, et d’ailleurs enflé de plusieurs victoires qu’il auoit rapporté des Allemans et Bourguignons l’an cinq cens neuf près la ville de Poictiers defist les Gots en bataille rangée et tua de sa main Alaric leur roy quatre vingts dix ans après leur venue en la Guienne, laquelle par ce moyen leur estant ostée paruint es mains d’iceux Françoys. Et que la ville d’Engolesme fut particulièrement possédée par ces Gots, le tesmoigne l’histoire du susdit Clouis, pourtant qu’il mist à l’espée les Gots qu’il trouua dedans : et y establit vn euesque son chapelain, nommé Aplonius, au lieu de celuy qui y estoit de par eux.

CHAPITRE IV - EN QVEL TEMPS LES ENGOMOISINS RECEURENT LA FOY CHRESTIENNE, ET DE LEURS PREMIERS EUESQUES.

Dvrant le temps que nous auons dit de la domination des Romains, iusques à celle des Françoys, il n’est fait mention que les Engomoisins ayent eu plus de trois euesques. Le premier fut Auzone, duquel nous auons parlé, qui premier aussi leur annonça nostre Sauueur Iesus Christ. Le second, Dynamius , enuiron le temps de Pharamond premier roy des Françoys, duquel Dynamius il est parlé en Grégoire euesque de Tours au treziesme chapitre du second liure. Et le troisiesme Lupicin, qu’on dit auoir assisté au sinode des euesques de la Gaule , tenu en la ville d’Orléans du temps de Clouis , sans qu’on puisse dire, si à cause des persécutions que les empereurs romains, et les Gots esmeurent contre les chrestiens, il n’y eut à Engolesme que ces trois euesques, ou si la mémoire des autres qui ont esté c’est perdue auecques le temps. Ce lieu m’admoneste de traicter la question que ie voy estre reuoquée en doubte, du temps que vesquit sainct Auzone, car tous sont d’acord qu’il fut disciple de sainct Marcial, euesque de Limoges, mais les vns font sainct Marcial disciple et cotemporanée des apostres, et les autres, comme Grégoire de Tours, le mettent soubz Decius empereur de Rome, l’an de nostre salut deux cens cinquante . Quant à moy ie suis de l’oppinion de Grégoire, principallement de ce qui est dit de sainct Auzone en sa légende, qu’il souffrit martire soubz les vandales, du temps de Valerius et Galienus empereurs, lesquels on scait auoir esté enuiron l’an de nostre salut deux cens septante. Et aussi que les vandales vindrent au mesme temps en la Gaule, et auparauant n’y estoient venus, ainsi que nous tirons du trante deuxiesme chapitre du premier liure de Grégoire, et premier chapitre du troisiesme liure du moyne Aimoin, la vie duquel sainct Ausone nostre premier apostre i’ay ailleurs mise par escript.

CHAPITRE V - DE L’ESTAT DE LA VILLE D’ENGOLESME SOUBS LES ROYS DE FRANCE ET D’AQUITAINE, DEPUIS CLOUIS IUSQUES AU TEMPS DE CHARLES LE CHAUUE

Engolesme paruenue es mains des Françoys par la deffaite des Gots, Clouis y establit vn gouuerneur que pour lors on nommoit comte , et vn euesque sien chapelain, que i’ay dit auoir esté appelle Aptonius. Ce fait, retourna à Paris et là mourut l’an cinq cens quatorze, laissez trois fils légitimes, Childebert, Clodomire et Clotaire, et vn bastard nommé Théodoric, lesquels partirent entr’eux le royaume de France, et escheurent à Clodomire les royaumes d’Orléans, et d’Aquitaine : mais en fin le tout paruint à Clotaire. Lors conuersoit entre les humains Sainct Eparche que les Engomoisins ont tourné Chipart, et le vulgaire nomme Cybard. Grégoire de Tours (son contemporanée) l’appelle le reclus d’Angolesme, et estoit fils de Félix Aureol, gouuerneur de Perigord. Aimar de Chabanois dit qu’il vint à Angolesme, et s’accommodant d’vne vieille chappelle qu’il trouua bastie soubs les murs de la ville s’y retira auecques quelques moynes, c’est à dire hommes philosophes, amateurs de la vie solitaire et contemplatiue, et y passa plusieurs années en tresgrande saincteté. On raconte vn miracle que Dieu fit à sa prière. Le comte d’Engolesme auoit condampné vn larron à mort, sainct Cybard le luy demanda, et estant refusé enuoya vn sien religieux au lieu du supplice, l’aduertit de prendre garde quand l’exécution serait faite et le peuple retiré, et que l’exécuté tomberoit vif du gibet à terre, luy commandant de luy amener, ce qui aduint : cela fait et ayant sainct Gybard ce pauure pendu, manda le comte luy disant que la prière qu’il auoit dédaigné auoit esté exaucée de Dieu, et luy représenta l’homme viuant, Grégoire homme de saincte vie, et de grande réputation atteste auoir apris ce miracle par la mesme bouche du comte d’Engolesme qui le luy auoit certifié : Mais les aucteurs ne s’accordent pas du temps de sa mort, Grégoire la met en l’an sixiesme du règne de Childebert fils de Sigisbert et de Jésus Christ cinq cent octante quatre , Et dit qu’il mourut plain de iours d’une fiebure en son hermitage ou il fut enterré l’an quarante quatriesme de sa réclusion. Aimar de Chabanoys la met soubz Childebert fils de Clouis, enuiron l’an cinq cens quarante, et encores recite comme Cherebert roy de Paris, duquel il sera parlé cy après, enuiron l’an cinq cens septante, ayant entendu les miracles qui se faisoient au tombeau de sainct Cybard y enuoya Germain euesque de Paris, et Grégoire archeuesque de Tours, pour sacrer le lieu, ce qu’ils firent et dédièrent aussi l’église cathedralle d’Engolesme, commencée à bastir par Clouis , et lors paracheuée en l’honneur de sainct Pierre, et y establissans pour euesque vn chapelain du roy, nommé Mererius au lieu d’Aptonius qui nagueres estoit decedé. Ce que i’ay veu répété es mémoires de la vie de sainct Cybard, que nous auons, ou il est encores dit que Cherebert vint demeurer vn temps à Engolesme. Aussi y est fait mention d’vn disciple de sainct Cybard, nommé Amand, qui au mesme temps viuoit en vn hermitage, à trois lieues d’Engolesme sur la Charante, au lieu appellé Boixe ou despuis les comtes d’Engolesme ont fait bastir vne abbaye en sa mémoire.

L’an de salut cinq cens soixante et quatre mourut Clotaire roy de France, laissez quatre fils, Cherebert, Gontran, Chilperic, et Sigisbert. Gontran eut pour sa part les royaumes d’Orléans et d’Aquitaine qu’il tint neuf ans, et après bailla celuy d’Aquitaine à Sigisbert : mais Chilperic courut sus à Sigisbert et luy surprint entre autres les pays de Engolmois, Poictou, et Sainctonge, dont s’esmeut guerre entreux, laquelle dura longuement. L’issue en fut telle que s’ensuit. Chilperic faisoit mener cette guerre par son fils Theodebert, d’autre part Sigisbert estoit soustenu par Gontran. Les deux armées se rencontrèrent près d’Engolesme, où Theodebert s’estoit retiré : la bataille fut aspre et cruelle en laquelle Theodebert est occis , son armée deffaite, son corps porté en sépulture à Sainct Cybard, et par ce moyen Sigisbert recouure son pays. Toutes-fois il est tué l’an cinq cens septante huict, par les mains de Fredegonde femme de Chilperic, lequel atant s’empara d’Aquitaine et en iouit iusques à son décès.

Grégoire raconte d’vn Comte et despuis euesque d’Engolesme enuiron le mesme temps, nommé Maraquier, que vn nommé Fronton fit empoisonner pour avoir son euesché : mais Fronton fait euesque mourut vn an après, auquel succéda Heracle Bourdelois. Item d’vn autre comte d’Engolesme, Nantin fils de la seur de Maquier lequel comme a escript Aymoin, achepta cet estat de Chilperic, et fit la guerre à Heracle qu’il disoit fauoriser aux meurtriers de son oncle, pour raison dequoy il fut excomunié, et mourut bien tost après comme enragé, criant que Heracle le brusloit et luy redemandoit son péché. De fait son corps après sa mort deuint noir et liuide comme qui l’eust fait rostir sur les charbons, autheur Grégoire qui aussi fait mention d’vn austre euesque d’Engolesme après ceux-cy appelé Nicaise.

L’an cinq cens octante sept mourut Chilperic, sa vefue Fredegonde et son fils se retirèrent à Gontran, lequel maintint vn temps leur party, dont sourdirent plusieurs guerres en Aquitaine, aduouans aucuns peuples Clotaire pour Seigneur, et les autres Childebert fils de Sigisbert, et entre ces dissentions se trouua vn Gondeault, qui se disoit fils de Clotaire premier, lequel prétendant part au royaume de France, s’empara d’aucunes villes d’Aquitaine : mais à la fin il fut chassé par Gontran et mis à mort en la ville de Comminges, et fut aueré que c’estoit un imposteur. Aimoin a escript que l’euesque et bourgeois d’Engolesme receurent volontairement et firent entrée à ce Gondeault.

L’an six cens nonante, Clotaire et Childebert s’accordèrent et demeura l’Aquitaine paisible à Childebert, lequel mourut l’an six cens, laissez deux enfans, Theodebert et Thierry : mais Theodebert fut fait mourir par Thierry, et Thierry par Brunechilde son aieulle. Qui fut occasion que Clotaire l’an six cens dix neuf s’empara derechef de l’Aquitaine pendant la minorité des enfans de Thierry, et en iouit iusques à son décès, qui fut l’an six cens trante et un, et après luy Aribert son fils, qui deceda l’an six cens quarante, auquel succéda Dagobert son frère, à Dagobert Clouis deux, à Clouis Clotaire, tous trois roys de France. Au temps duquel Clotaire, et des huict roys qui s’ensuiuent, scauoir Childeric second, Theodoric premier, Clouis trois, Childebert deux, Dagobert deux, Chilperic deux, Theoderic deux, et Childeric trois, se reuolterent en l’Aquitaine, les gouverneurs du païs et usurpèrent chacun endroit soy le domaine de lacouronne et totale auctorité de leurs gouuernements, induicts à ce faire par la pusillanimité et neantise de leurs roys, lesquels se laissèrent tellement posséder à leurs maistres du palays , qu’ils ne seruoient que de nom et de monstre.

Du temps de ces neuf roys de France il ne se trouue comme rien par escript de l’Aquitaine , seulement disent nos histoires que viuant Chilpéric deux, et Charles Martel maire du Palays, il y auoit vn Duc en l’Aquitaine nommé Eude, lequel craignant la puissance de Martel suscita le roy des Sarrasins Abdiram occupateur des Espaignes d’entrer en France pour greuer et affoiblir son aduersaire, mais Martel deffit Abdiram près de Tours , et Eude qui auoit donné passage aux Sarrasins par ses terres pour faire le bon valet, donna sur la quëue des fuyars , le reste desquels il mit à mort. Ce fut l’an sept cens trente. Toutes-fois Martel qui n’estoit satisfait pour cela, et estoit bien aise de le quereller, luy fit guerre et le mit à mort, conquérant l’Aquitaine en son nom. Autres disent que Eude meu de repentance tint en la bataille le party des Françoys, et despuis retourné en son païs deceda de mort naturelle. Toutes-fois tous sont d’accord que après la mort d’Eude, Charles s’empara de l’Aquitaine. L’an sept cens cinquante, et le dernier du règne de Childeric, Pépin fils de Martel Roy d’Aquitaine, et maire du Palais de France, se fit eslire par le Pape et les Princes en Roy de France, et déclarer Childeric indigne de la couronne. Ce fait, passa en Italie pour secourir le Pape et luy rendre la pareille : mais ce pendant vn nommé Vaifer, ou Vaifre, fils de Eude, fit ses besognes en Aquitaine et s’en saisit. Pépin retourné luy fit guerre qui dura dix ans. Aimoin a escript que Vaifer auoit fait démanteler et mettre par terre les murailles d’aucunes villes fortes , et que Pépin fit le semblable d’Engolesme, Perigueux et Agen, pour empescher que son ennemy ne s’en préualust. En fin Vaifer fut abandonné des siens et tué près Engolesme par les communes du païs, l’an sept cens soixante et huict, auquel an semblablement mourut Pépin, laissez deux enfans, Carloman qui des puis se fit moine et Charles surnommé le Grand ou maigne.

Les premiers affaires que eut Charlemaigne à son aduenement.à la Couronne, furent contre vn nommé Hunaud que aucuns disent auoir esté frère de Vaifer, lequel derechef mutina l’Aquitaine : mais entendant l’approche de Charlemaigne s’en fuit à Louppes roy des Basques, des mains duquel il euada, sentant qu’ on luy vouloit iouer vn mauuais tour, et à la fin fut tué en Lombardie. Aimoin dit que Charlesmaigne vint à Engolesme au commencement de cette guerre , et là assembla ses forces, en attendant responce de Louppes fit bastir le chasteau de Fronsac sur Dordoigne. I’ay leu dedans aucunes chroniques que Hunaud auoit mandé aux Engoumoisins de prendre les armes contre le Roy, dont ils furent reffusans, et dirent qu’ils n’auoient point de guerre aux Françoys, ce sont les mots de la chronique.

L’an sept cens septante huict, selon la supputation de Sigebert, Charlemaigne passa en Espaigne pour foire guerre aux Sarrasins, et au retour establit par le païs d’Aquitaine des comtes et des abbéz, et autres qu’il appella vassaux (comme dit Aimoin) ausquels il commit la deffense du païs et mesnagement de son domaine, et leur assigna pour leur estât le reuenu qui estoit en chacun lieu, à la charge qu’ils recongnoistroient le Roy d’Aquitaine , et luy payeroient tribut, et dit que le comte de Poictiers estoit nommé Abbon, celuy de Perigord, Gibaud [7], Seguin de Bordeaux , et Roger de Limoges, tous princes de son sang. Il ne fait point mention d’Engolesme, d’autant comme ie croy qu’il y laissa le Comte qui y estoit auparauant, lequel estoit nommé Taillefer de Léon, dont est fait mention en la vie de ce Roy, escripte comme l’on dit par Turpin Archeuesque de Reims où il est dit que Charlemaigne, auparauant, entrer en Espaigne, eut vne forte guerre en Sainctonge et Bourdelois contre les Sarrasins, lesquels auoient desia occupé la plus part de l’Aquitaine, et l’accompagna en cette guerre ce Taillefer de Léon comte d’Engoulesme, auquel sa majesté donna à garder les villes d’Allion et Saugeon en Sainctonge, et le chasteau de Montauban en Cusaguoys, et aux Nonnains de Sainct Ausone d’Engolesme donna vne terre près de Pons appelée Sainct Sonne, affin comme dit l’histoire, qu’elles seruissent à l’Église pour l’amour des Martyrs de nostre Seigneur. Toutes fois aucuns doublent de là foy de cette histoire, laquelle ils tiennent pour apocryphe et faulcement attribuée à Turpin, meuz mesmement de ce qu’il n’est parlé de cette guerre de Guyenne en aucun autre autheur approuué qui ait escript les gestes de Charlemaigne, comme Sigebert, Eguinhard, Aimoin et les chroniques d’Allemaigne. Quoy que i’ay recognu plusieurs choses que dit Turpin auoir esté faites en ce pays durant ceste guerre par Charlemaigne estre véritables, mesmes du don fait à ces Nonnains lesquels iouissent encores pour le iourd’hui de la terre appellée Sainct Sonne : Auecques cela qu’il se trouue vn décret du Pape Calixte deuxiesme auctorisant l’histoire de Turpin, comme dit le liure appelé Fasciculus tempomm, et y a assez d’autheurs qui la défendent, mesmes Sabellic et Volaterran.

L’an sept cents quatre vingts et vn Charlemaigne alla à Rome, et en passant visita l’Aquitaine. Pour lors estoit euesque d’Engolesme vn nommé Launus, qui auoit esté chapelain de Pépin, et estoit aussi abbé de Sainct Cybard, le roy à sa requeste confirma et auctorisa les donnations que ses prédécesseurs auoyent faites à l’Église Cathedralle et à ce Monastère, comme i’ai veu par la chartre qu’il en fit expédier. Les prédécesseurs duquel Launus, despuis Nicaise dont a esté fait mention cy dessus, furent par le temps et espace de neuf vingts ans, Anselmus, Adelardus, Sicuemundus, Madalberthus, Berthoalis, Ardoinus, Fredeberlhus, et Sidramius, auquels (pour n’auoir trouué d’eux aucune chose digne de mémoire) ie ne m’arresterai d’auantage. Le chroniqueur Aimar dit que de ce temps là les religieux de Sainct Cybart portoient habit séculier tel que portent les chanoynes, et auoient ietté le froc aux orties.

Aux deux fois que vint Charlemaigne à Engolesme, il fit plusieurs biens aux Eglises, et entre autres fonda et fit bastir deux abbayes qui sont celles de Baigne et Nanteuil en vallée, et encores celle de Charroux en la Marche à dix lieues d’Engolesme. L’an huict cens quinze mourut Charlemaigne, et luy succéda Loys dit le Débonnaire son fils, lequel parvenu à la couronne donna l’Aquitaine à son fils Pépin, qui la tint par vingt et vn an, et mourut Pépin auant son père. Le chroniqueur Aimar dit que ce Pépin fonda les Abbayes de Sainct Iean d’Angerye, Sainct Cyprien de Poictiers et Brantôme en Perigord, et fit reprendre la cucule aux moines de Sainct Cybart qui s’estoient licentiéz comme i’ay dit cy dessus. Dit plus que de ce temps là fleurissoient en France plusieurs hommes de sçauoir, entre lesquels il nomme Rabanus, Beda, Simplicius, Smaragdus, Theodulphus, euesque d’Orléans, et Helye l’Escossois, euesque d’Engolesme, successeur de Launus.

L’an huict cens quarante mourut le Débonnaire auquel succéda Charles surnommé le Chauve son fils. Pépin roy d’Aquitaine auoit laissé un fils masle, Charles le fit prendre et mettre en religion. Lors premièrement descendirent es pays de pardeça, les Danoys autrement apelléz Normans, gens idolâtres venus des hautes Alemaignes, et firent maux infinis par tout ou ils passèrent. Aimar a escript qu’ils robèrent et mirent à sac toute l’Aquitaine, et entre autres bruslèrent les villes de Bourdeaux et Xaintes, et saccagèrent la ville d’Engolesme, Poictiers et Limoges, et tous les monastères du païs, tellement que celuy de Sainct Cybart demeura longtemps inhabité, et que les Religieux qui à chef de temps y retournèrent reprindrent l’habit séculier. Charles ce voyant vint en l’Aquitaine et tint ses estats à Limoges, ou il fut aduisé de supprimer le Royaume d’Aquitaine et l’ériger en Duché, dont le siège principal fut mis à Bourdeaux, et par tout des Comtes et Gouuerneurs, pour résister aux Normans. Cela aduint enuiron l’an huict cens quarante huict, et suiuant cette délibération fut mis comte à Angolesme, vn vaillant capitaine nommé Turpio, au temps duquel mourut l’euesque Helye, qui eut pour successeur vn nommé Gombaud.

De ce Turpio i’ay leu seulement qu’il vesquit comte d’Engomois enuiron quinze ans, et eut plusieurs guerres contre les Normans, esquelles il mourut. Aimard dit qu’il se combattit près de Xainctes seul à seul, auec leur roy nommé Maurus, et se occirent l’vn l’autre. Apres Turpio fut comte d’Engolesme vn nommé Emenon son frère, qui ne vesquit que deux ans, et mourut en vne guerre qu’il eut contre Landry comte ou gouuerneur de Xainctes : leur différant estoit pour le chasteau de Taillebourg pour l’ors appellé Renconia : Landry fut tué sur le champ, et Emenon blessé à mort, tellement que de cette blessure il deceda huict iours après, et fut enterré à Sainct Cybart, selon Ademar. Il est parlé de ce combat en la chronique d’Adon, archeuesque de Vienne, qui escripuit de ce temps là et appelle Emenon Muno, quand il traicte des hommes de nom qui estoient morts en l’année huict cens soixante six, en ces mots : et duo principes Aquitanici, Landricus et Muno inter se dimicantes sese interimunt. Emenon laissa vn fils en bas aage nommé Ademar, qui fut despuis comte de Poictiers comme sera dit cy après.
Iusques icy, soubs le progrès des affaires de l’Aquitaine sommairement descript, i’ay placé tout ce qu’il m’a esté possible de trouuer de la ville d’Engolesme, l’estât de laquelle ie n’ay peu autrement représenter fors qu’il est croyable qu’il ne fut differant de celuy des autres villes ses voisines et de toute la prouince qui se maintint, comme i’ay dit.


[1 La Charente, fleuue entre les premiers.
Il prend sa source à neuf ou dix lieues de la ville d’Angoulesme, près d’vn antien chasteau vulgairement appelle Cherounat, qui en a pris le nom. Ptolomée, autheur renommé, en faict mention en sa géographie, l’appellant Canentellum, combien qu’a vray dire il ne soit pas certain de sa situation, mettant son entrée en la mer Oceane soubz la latitude de 47 degrés, 45 minuttes, qui debuoit estre contenue soubz celle de 45 degrés, 30 minuites ou à peu près : mais, si l’on considère le lieu, ou il composa ses tables géographiques, qui fut la ville d’Alexandrie en Egypte, son calcul ne ce treuuerra pas insupportable. Et non seulement Ptolomée a fait mention de ce fleuue, mais aussi le poëte Ausone, qui n’a point doubté de le mettre au nombre des fleuues les plus renommés de la France, en ce rare poëme de la Moselle :
Non tibi se Liger anteferet, non Axona praeceps,
Matrona non Gallis, Belgisque intersita fines
Santonico refluus non ipse Carantonus aestu.

le trouue pareillement que Rhelican ne l’a point mis en oubli, qui au rapport d’Ortéle, croit que cest l’Allier, dit des latins Elauer : mais il a esté fort deceu en son opinion, d’autant que l’Allier se desgorge dans le fleuue de Loire, et la Charente en la mer près de Soubise, à quelque trente lieues loing de sa source. Ronsard, prince des poètes françois, se iouant sur l’allusion de son nom, en parle de la façon en l’hymne qu’il a dédié au roy Henry III.

Ils ont esté foudroyés,
Poudroyés,
Sur les bords de la Charente.
Charente, qui prend son nom
D’Acheron,
A tels espritz sert de guide,
Les passant comme en bateau,
Par son eau ,
Au riuage Acherontide.

[2 En cette riuiere entre celle de la Touure.
l’en ay faict autrefois cette description en mon poëme de la Charente.
Naiadas iam mille canam, iam mille Napaeas
Cœrula populeis redemitas tempora vittis, _ Quae dulci liquidos agitant molimine fluctus. _ Hae modo dulcisonis aptant noua carmina neruis,
Nunc agitant, quà murmure labitur amnis amœno,
Graminea in ripa reuolutas arte choreas :
Respondent latè colles, sacra Toluera vultu
Flumineas inter nymphas pulcherrima, tantis
Delinita modis, amni venit incola nostro.
Ergo tibi innumeras dat, magne Carantone, Truttas
Munere, purpureis stellatas tergora guttis,
Dat duplicis gelidas fontis tibi munere lymphas :
Tu vero actutum liquido caput exeris antro,
Oscula formosae figens rorantia nymphaa,
In niueos labensque sinus, et nuda lacertis
Colla premens, varijs circum radiantia bullis :
Flumineum interea nympharum clamitat agmen,
Serta parat violis, vernosque in flumina flores
Iactitat, et saliens salientem verberat vndam,
Nymphamque attollit magno super aethera cantu :
Qualiter insignis soliloque inspectior, vrbis
Cum sacras Regina fores intrauit, ouantes
Applaudunt populi, varios per compita flores
Spargunt, et varijs late loca cantibus implent.

[3 Coignac, ville royalle, le berceau du grand roy François.
C’est ce qui a incité antre autres singularités Iule de l’Escale, père de Ioseph de l’Escale lumière des arts et des langues, à composer ces beaux vers en la louange de la ville d’Angoulesme, au traitté des villes les plus remarquables de l’Europe :
Armipotens rerum praeses Vallaesia tellus
Addidit antiquis iam noua iura focis,
Cum dedit inuictos terrarum lumina reges ,
Quo leuius gaudens pondere pressa volat :
Quam te igitur memorem, neque enim terram esse
Sed coelum, quae sic fundis habesque Deos. (fatebor,

[4 Mais il n’est rien plus louable en Angoulmois que la salubrité de l’air.
Cœla ce peut aussi rapporter à la situation du pais posé soubz vn climat fort tempéré, nestant trop esloigné, ne trop proche de la ligne ecliptique ou course solaire. Et de vérité, la ville d’Angoulesme, selon nostre observation et supputation, n’a gueres en latitude plus de 46 degrés 20 minuttes. Si bien qu’on peut dire, qu’elle tient comme le milieu entre la zone torride et glaciale, ainsi que plusieurs autres villes, qui sont situées soubz mesme parallèle. Mais pour avoir vne exacte cognoissance de sa situation, ce nest pas assez d’auoir exprimé le degré de sa latitude ou esleuation polaire, il est encores requis de mettre en euidence celuy de sa longitude, lequel nous eussions bien peu recueillir des éclipses des luminaires à la façon de Ptolomée, ou du mouuement de la lune, selon les propositions d’Oronce, ou des quadrans et monstres portatiues, selon les enseignemens de Gemma Frisius, mais la recherche en eut esté non seulement pénible et laborieuse, ains pleine d’incertitude pour plusieurs raisons, que nous pourrions déclarer en vn autre endroict : qui a faict que nous auons mieux aymé l’extraire du liure de la Mecometrie de l’eymant de Guillaume Nautounier sieur de Castelfranc, contenant la manière de trouuer à toute heure, voire à tout moment de temps la longitude de quelque lieu que ce soit par le bénéfice de la déclinaison , qu’a la guidaymant en chasque parallèle du premier méridien, qui passe par les isles Canaries, inuention autant noble et industrieuse, qu’on scauroit dire, si Dounot de Bar-Leduc, entre autres mathématiciens, ne se fut inscript en faux contre ces hipotheses, les ayant refutées par plusieurs démonstrations géométriques, qu’il aurait faict imprimer à Paris, chez Françoys Hubi, l’an 1611. Quoy qu’il en soit, car la chose nest point encores decise et résolue, nous auons obserué suyuant cette nouuelle doctrine, que la guidaymant a de déclinaison, en la ville d’Angoulesme, 7 degrés et demy ou enuiron du premier méridien, auecque laquelle si l’on entre en la table, que le mesme Castelfranc a supputé de la diversité des déclinaisons de la guidaymant, pour la latitude de 46 degrés 20 minuttes, comme est celle d’Angoulesme , l’on treuuerra qu’elle n’a gueres moings de 19 degrés en sa longitude. Et de vérité elle ne diffère que bien peu de celle que luy donnent les géographes modernes, et de celle que donne Ptolomée à la ville de Xainctes, qu’il appelle Mediolanum : ce que iay mis en auant, dautant que la ville de Xainctes et celle d’Angoulesme sont à peu près situées soubz vn mesme parallèle et méridien.

[5 Il ne se trouue rien par escrit de la ville d’Angoulesme deuant la monarchie des François.
Theuet, lib. XIV, chap. III de sa Cosmographie ne se peut contenir de parler ainsi de l’origine et fondation de la ville d’Angoulesme. « Du temps de Tarquin le Fier, roi des Romains, qui régna vingt et six ans deux mois, commençant en l’an du monde 3431, deuant nostre Seigneur 531, Agellius Marrus, consul, fit le voyage des Gaules auecque six légions de gendarmerie, pour faire nouuelle conqueste, qui ayant fillouné, fourragé et saccagé plusieurs villes de Languedoc et Gascongne, fit bastir vne forteresse, la ou est maintenant la ville de Tulles, à l’honneur de la femme de Tarquin, nommée Tullie, et deux ans après, creignant ce peuple estourdi, amena bon nombre d’hommes au pays Angoulmoisin, et au bas, entre la ville et la riuiere d’Anguene, fit dresser trois forteresses de bojs pour sa seurete, ou il laissa vne colonie. Quelques années despuis furent commencés les fondemens d’vne petite villette en façon de citadelle, et peu à peu les roys de Gaule et empereurs romains augmentèrent et creurent la closture. » Voyla sommairement ce que rapporte Theuet, du temps auquel furent iettés les fondemens de la ville d’Angoulesme, disant l’auoir espuisé de certains vieux parchemins escrits à la main, régnant Pépin, père de Charlemaigne, mais qui scaura, qu’en toutes nos histoires et annales il ne se remarque aucun vestige de cette antiquité, ne fera non plus d’estime de l’authorité de Theuet, que lors qu’il veut nous persuader sous ombre de quelques historiens inconnus, car il en supprime le nom, que le Chastelet, qui se voyoit nagueres en son entier, fut basti par le commandement de Iules Caesar, à l’instigation d’vn ingénieux nommé Belazar, ou bien par Minutius Plancus, consul romain, l’an que Ciceron fut occis : ce n’est pas que ie veuille inférer de la que la ville d’Angoulesme ne soit très antienne, au contraire, quand ie dirois qu’il ne se treuue aucun autheur approuué, duquel on puisse extraire quelque marque et tesmoignage de sa fondation, comme cest chose bien asseurée, ie ne la rendrois que d’autant plus illustre et recommandable à la postérité : car, comme autrefois a très-bien dit vn homme célèbre de ce temps : « vieille n’est la cité, qui scait son origine. »

[6Recordable, 1ère édition.

[7Gilebaud, lre édition.

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5.  Archéologie et histoire du fleuve Charente à Taillebourg - Port d’Envaux