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1610 - François Ravaillac et Angoulême

D 18 novembre 2008     H 13:03     A Pierre     C 0 messages A 2153 LECTURES


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Angoulême, ville natale de Ravaillac : les documents de son procès, après l’assassinat du roi Henri IV, montrent ses liens avec cette ville.

Son arrêt de mort, avec les conséquences pour sa famille, est tout particulièrement impressionnant.

Les passages concernant Angoulême sont écrits de couleur bleue.

Source : Archives curieuses de l’histoire de France depuis Louis XI jusqu’à Louis XVIII, ou collection de pièces rares et intéressantes telles que Chroniques, Mémoires, Pamphlets, Lettres, Vies, Procès, Testamens, Exécutions, Sièges, Batailles, Massacres, Entrevues, Fêtes, Cérémonies funèbres, etc, etc, etc. publiées d’après les textes conservés à la Bibliothèque royale, et accompagnées de notices et d’éclaircissemens : ouvrage destiné à servir de complément aux collections Guizot, Buchon, Petitot et Leber De Louis Lafaist, Félix Danjou – Paris – 1837 – Books Google

Avant le crime

Les forces humaines estoient foibles et craintives d’entreprendre sur la personne de ce prince ; l’enfer vomit de ses abysmes l’entrepreneur. Ce misérable avoit mal vescu, et parmy ceux qui le connoissoient estoit estimé comme un perdu et désespéré. Il avoit poursuivy longtemps le procez d’une succession, et l’ayant perdu, la misère mit son père et sa mère à l’aumosne ; la pauvreté nécessaire le fit résoudre à la volontaire. Il se jetta au monastère des Fueillans et en sortit pour la foiblesse et débilité du cerveau. Ceux qui le logèrent m’ont depuis dict qu’il se renversa tout-à-faict, et que le mot de Huguenot changeoit sa folie en fureur. L’esprit demeura estonné, branlant et bigot, susceptible de toutes impressions, et se ressentant tousjours de la dépravation de ces humeurs ; qui fait une lieue de chemin insensé n’arrive jamais sage au logis. Plus sa folie estoit apparente, plus il avoit opinion qu’elle esloit celée ; plus il estoit estourdy, plus il se présumoit sage, et, ne se tenant pour malade, ne se soucioit de la guérison.

Depuis il retourna en son pays où il fut prisonnier un an durant pour homicide. Il s’estoit faict meschant au palais, il fut fou au cloistre, il devint désespéré en prison, en laquelle il eut des visions et des resveries sur lesquelles, et sur les mauvais bruits qu’il alloit ramassant contre les plus justes et sincères actions du Roy, ou sur les fausses impressions qu’on luy donnoit et qu’il recevoit avidement, il forma ceste exécrable et scélerée résolution de le tuer. Il n’eut pas le courage de l’exécuter aussi promptement qu’il l’eut résolu ; il nourrit trois ans entiers les vipères de ses pensées en son sein ; il en eut horreur, et confessa que, sur ce premier mouvement, son poil s’estoit hérissé et dressé, que la sueur luy en estoit venue au front et le tremblement en tous ses membres.

En ceste fureur il fit quelques voyages d’Angoulesme à Paris ; le dernier fut aux festes de Pasques, en intention de faire son coup ; mais il voulut attendre le coronnement de la Royne, afin, disoit-il, qu’elle ne fust privée d’un honneur si juste et si bien mérité. S’il eust passé ceste funeste journée, la nécessité le contraignoit de s’en retourner, parce qu’il n’avoit que trois quarts d’escus de reste.

Résolu doncques de ne la passer sans exécuter ce cruel dessein, il beut plus amplement qu’il ne souloit, et demeura longuement au Louvre, assis sur les pierres de la porte où les laquais attendent leurs maistres. Il pensoit faire son coup entre les deux portes ; le lieu où il estoit luy donnoit quelque advantage, mais il treuva que le duc d’Espernon estoit en la place où il jugeoit que le Roy se devoit mettre, et luy, coupant chemin, l’attendit à une des petites boutiques qui sont devers les Innocens, en la rue de la Ferronnerie.

Après son arrestation :

Ils le trouvèrent saisi de quelques papiers, et entre autres d’une rithme [1] pour une personne que l’on conduit au supplice ; il dict qu’elle estoit de la façon d’un apoticaire d’Angoulesme, lequel la luy avoit monstrée pour en juger, parce qu’il se mesloit de faire des vers. J’ay remarqué qu’il l ’avoit escrit avec passion et attention, comme pour s’en servir, car les mots qu’il prenoit pour les derniers eslancemens d’un esprit qui est en cet estat estoient escrits plus curieusement, et de différentes lettres que les autres. Et parce qu’il disoit avoir tousjours eu dessein de dire au Roy qu’il devoit faire la guerre à ceux de la religion, ils luy demandèrent qui lui avoit donné ce conseil ; il respondit que cela n’estoit pas de leur connoissance, et qu’il le diroit à son confesseur. J’ay veu cela dans l’original.

Pendant les interrogatoires de son procès :

Le criminel respondant par-devant les commissaires, on ne tira jamais chose qui donnast connoissance de ceux qui l’avoient conseillé ou conforté à ce crime ; jamais il ne déclara son instigateur, protestant n’avoir esté induit ny conseillé par personne, et qu’il n’avoit jamais confessé son dessein en sa confession, craignant qu’elle fust révélée et qu’on ne le fist mourir, autant pour la volonté comme pour le faict. Il disoit que la résolution de son attentat, qu’il appeloit tentation, luy estoit venue de certaines méditations et visions qu’il avoit eues en veillant, et de ce qu’on luy avoit faict croire que l’armée du Roy estoit destinée contre le pape ;

Qu’il avoit ouy dire à un particulier d’Angoulesme que le Roy avoit dict que ses prédécesseurs avoient eslevé les papes et qu’il estoit en son pouvoir de les abaisser ; qu’un homme de guerre, parlant des desseins du Roy, disoit qu’il le serviroit, fust-ce contre le pape, n’estant pas tenu de s’informer des causes ny des mouvemens de la guerre ; que ces bruits l’avoient faict résoudre à ce coup, croyant que faire la guerre contre le pape c’estoit la faire contre Dieu ; que les huguenots ayans entrepris aux festes de Noël dernier de tuer les catholiques, le Roy n’en avoit faict aucune justice ;

Procès de Ravaillac

Ravaillac était né à Angoulême en 1578 ; il fut d’abord clerc et valet de chambre d’un conseiller nommé Rosières, et devint ensuite praticien, solliciteur de procès et maître d’école, La relation suivante, tirée des registres du parlement, fut imprimée, l’année même de la mort du roi, dans le premier volume du Mercure français de Richer.

Le 16 dudit mois, Ravaillac fut conduit à la Conciergerie ; car, après qu’il fut arresté prisonnier, on l’avoit mené à l’hostel de Rais, où il fut environ deux jours gardé par des archers, veu et recogneu de plusieurs. Du commencement on luy disoit qu’il n’avoit que blessé le Roy ; à quoy il respondit qu’il sçavoit bien qu’il estoit mort, veu le sang qu’il avoit veu à son Cousteau et l’endroit où il l’avoit frappé, mais qu’il n’avoit point de regret de mourir puisque son entreprise estoit venue à effect. Et à ceux qui demandoient qui l’avoit meu à cest attentat il respondit : « Les sermons que j’ay ouys, ausquels j’ay appris les causes pour lesquelles il estoit nécessaire de tuer le Roy. » Aussi, sur la question s’il estoit loisible de tuer un tyran, il en sçavoit toutes les deffaictes et distinctions, et estoit aysé à recognoistre qu’il avoit et distinctions, et estoit aysé à recognoistre qu’il avoit esté soigneusement instruit en ceste matière ; car en tout autre poinct de théologie il estoit ignorant et meschant, tantost disant une chose, et puis la niant.

Le 17 de relevée, il fut interrogé au palais par messieurs le premier président de Harlay et le président Potier, maistres Jean Courtin et Prosper Bouin, conseillers en la Cour ; il respond qu’il s’appelle François Ravaillac, natif d’Angoulesme, y demeurant, aagé de trente-un ou trente-deux ans ; n’estoit point marié et ne l’avoit jamais esté ; estoit practicien ; avoit employé sa jeunesse à solliciter des procès à Paris, où il estoit venu d’Angoulesme il y avoit environ trois sepmaines avec volonté de tuer le Roy, pour ce qu’il n’avoit voulu (comme il en avoit le pouvoir), réduire ceux de la religion prétendue réformée à l’Église catholique, apostolique et romaine.

Enquis des autres raisons, dit qu’au précédent voyage qu’il estoit venu d’Angoulesme à Paris ( qui estoit peu après Noël), il y avoit eu intention de parler de ceste réduction de ceux de la religion prétendue réformée à Sa Majesté, et avoit recherché tous les moyens qu’il avoit peu pour trouver quelqu’un qui le peust introduire pour luy en parler ; et pour ce faire en parla à plusieurs personnes, sçavoir au père d’Aubigny, Jésuiste, au curé de Sainct-Séverin, au père Saincte-Marie-Madeleine des Feuillans, depuis à des aumosniers de monsieur le cardinal du Perron, dont il ne sçavoit les noms, mais les recognoistroit bien s’il les voyoit ; que sur la fin de janvier il avoit ouy la messe dudit père d’Aubigny en la maison des Jésuistes, près la porte Sainct-Antoine, après laquelle un frère convers le fit parler audit père d’Aubigny pour luy donner à entendre plusieurs méditations et visions qu’il avoit eues durant les six semaines qu’il avoit porté l’habit des Feuillans, pour lesquelles visions ils l’avoient mis dehors de leur religion et osté l’habit.

Enquis de quelles visions il parla audit père d’Aubigny, dit qu’ayant esté prisonnier à Angoulesme pendant qu’il y estoit retenu pour debtes, avoit eu des visions comme des sentimens de feu, de soulphre et d’encens, et qu’estant hors de la prison le samedy d’après Noël, de nuict ayant faict sa méditation accoustumée, les mains jointes et pieds croisez, dans son lict, avoit senty sur sa face couverte et sa bouche d’une chose qu’il ne peut discerner, parce que c’estoit à l’heure de minuict ; et estant en cest estat eut volonté de chanter les cantiques de David, commençant Dixit Dominus, etc., jusques à la fin du cantique, avec le Miserere et De profundis tout au long, et luy sembla que les chantant il avoit à la bouche une trompette faisant pareil son que la trompette à la guerre. Le lendemain matin, s’estant levé et fait sa méditation à genoux, recoligé en Dieu à la manière accoustumée, se lève, s’assit en une petite chaire devant le foyer ; puis s’estant passé un peigne par la teste, voyant que le jour n ’estoit encore venu, apperceut du feu en un tison, s’achève d’habiller, ferme un morceau de sarment de vigne ; lequel ayant allié avec le tison où estoit le feu, mit les deux genoux en terre et se print à souffler ; veit incontinent aux deux costez de sa face, à dextre et à senestre, à la lueur du feu qui sortoit par le soufflement, des hosties semblables à celles dont l’on a accoustumé faire la communion aux catholiques en l’Eglise de Dieu ; et au dessous de sa face, au droict de sa bouche, voyoit par le costé un rouleau de la mesme grandeur que celle que lève le prestre à la célébration du service divin à la messe ; dont il avait fait révélation audit d’Aubigny, qui luy fit response qu’il ne se devoit arrester à tout cela, craignoit qu’il eust le cerveau troublé, devoit dire son chapelet et prier Dieu, et s’estoit deu addresser à quelque grand pour parler au Roy.

Enquis pourquoy il s’estoit adressé audit père d’Aubigny plustot qu’à un autre, a dit pour la volonté qu’il avoit de se rendre Jésuiste ou le prier de le faire remettre aux Feuillants ; mais que la première fois qu’il avoit esté à la maison des Jésuistes, n’ayant peu parler au père d’Aubigny, un des convers luy avoit dit qu’on ne recevoit en leur maison ceux qui avoient esté d’autre religion ; plus, que n’ayant peu parler au Roy, il retourna aux Jésuistes pour la seconde fois, en laquelle il parla auditpère d’Aubigny, et lui monstra un petit cousteau auquel il y avoit un cœur et une croix, lui disant que le cœur du Roy devoit estre porté à faire la guerre aux huguenots.

Enquis qui l’avoit empesché en ce temps-là de parler au Roy, a dit que ç’avoit esté le grand-prévost, qui luy dit que le Roy estoit malade, et que deux jours après, rencontrant Sa Majesté en son carosse près les Innocents, luy auroit voulu parler, s’escriant : « Au nom de Nostre Seigneur Jésus-Christ et de la sacrée Vierge Marie, que je parle à vous ! » mais qu’on le repoulsa, et ne peut parler a elle. Ce que voyant il s’en retourna à Angoulesme, où il conféra de ses visions et méditations avec F. Gilles Ozière, qui avoit esté peu auparavant gardien des Cordeliers de Paris, auquel il dit qu’il voyoit bien que Nostre Seigneur réduire les huguenots à la religion catholique ; à quoy ledit gardien luy avoit respondu qu’il n’en falloit point douter ; plus, que le premier dimanche de caresme, estant audit Angoulesme, il se confessa à un cordelier, dont il ne sçavoit le nom, de cest homicide volontaire. Enquis d’interpréter ce mot de volontaire, a dit que c’estoit de s’en venir à Paris en intention de tuer le Roy ; ce que néantmoins il ne dit pas à son confesseur, qui aussi ne luy demanda pas l’interprétation de ces mots ; qu’il avoit aussi perdu pour un temps ceste volonté, mais que retournant à Paris, et dès-lors qu’il partit d’Angoulesme, environ le jour de Pasques, elle le reprint.

Enquis qu’il a fait depuis son retour à Paris, a dit : qu’il a logé aux Cinq-Croix, au fauxbourg Sainct-Jacques, et de là alla loger aux Trois-Pigeons, fauxbourg Sainct-Honoré, où en y allant il passa pour aller loger en une hostellerie proche les Quinze-Vingts, dont il fut refusé à cause qu’il y avoit trop d’hostes ; en laquelle il print un cousteau sur la table, qu’il jugea propre pour en tuer le Roy, lequel il garda quelque quinze jours ou trois semaines dans un sac en sa pochette, pendant lesquels il se désista encore de sa volonté de tuer le Roy, print le chemin pour s’en retourner à Angoulesme, fut jusques à Estampes, où y allant rompit la pointe dudit cousteau de la longueur d’environ un poulce à une charette devant le jardin de Chantelou ; et estant devant l’Ecce Homo du fauxbourg d’Estampes, la volonté luy revint d’exécuter son dessein de tuer le Roy.

Ayant demandé à veoir un papier qu’il avoit lors de sa prise, où estoient peint les armes de France, à costé deux lyons, l’un tenant une clef et l’autre une espée, il dit qu’il l’avoit apporté d’Angoulesme avec ceste intention de tuer le Roy, sur ce qu’estant en la maison d’un nommé Béliard il avoit entendu que l’ambassadeur du Pape avoit de sa part dit au Roy, que s’il faisoit la guerre, li l’excommunieroit, et que Sa Majesté avoit fait response que ses prédécesseurs avoient mis les papes en leur throsne, et que, s’il l’excommunioit, l’en déposséderont Ce qu’ayant entendu, il s’estoit résolu du tout de le tuer, et à ceste fin avoit mis de sa main au-dessus de ces deux lions ;

« Ne souffre pas qu’on face en ta présence

Au nom de Dieu aucune irrévérence. »

Luy estant représenté un cœur de cotton qu’il avoit quand il fut prins, a dit luy avoir esté baillé par maistre Guillebaut, chanoine d’Angoulesme, l’accusé estant malade, pour le guarir de la fièvre, luy disant qu’il y avoit un peu du bois de la vraye croix, lequel avoit le nom de Jésus sacré par les pères Capuchins ; depuis l’a tousjours porté au col.

Ouverture faicte dudit cœur en sa présence, ne s’y est trouvé aucun bois ; a dit que ce n’estoit pas luy qui estoit trompé, ains celuy qui le luy avoit baillé.

Remonstré qu’il n’estoit vraysemblable qu’il eust attenté à la personne sacrée du Roy, qu’il sçavoit estre l’oingt de Dieu, v eu qu’il n’avoit reeeu ny senty jamais incommodité en sa personne ny en ses biens de commandement ou ordonnance qui fust venue de Sa Majesté, et qu’il falloit qu’il eust esté poulsé d’ailleurs, aydé, moyenné, pour ce qu’il estoit pauvre et nécessiteux, fils d’un père et d’une mère qui estoient à l’aumosne, a dit que la cour a assez d’argument suffisant, par les interrogatoires et responces au procez, qu’il n’y a nulle apparence qu’il ait esté induit par argent ou suscité par gens ambitieux du sceptre de France ; car si tant eust esté qu’il y eust esté porté par argent ou autrement, il semble qu’il ne fust pas venu jusques à trois fois et trois voyages exprès d’Angoulesme à Paris, distant l’un de l’autre de cent lieues, pour donner conseil au Roy ranger à l’Église catholique, apostolique et romaine, ceux de la religion prétendue réformée, gens du tout contraires à la volonté de Dieu et de son Église, parce que celuy qui se laisse ainsi malheureusement corrompre par avarice pour assassiner son prince ne va pas l’advertir, comme il a faict par trois diverses fois, ainsi que le sieur de la Force, cappitaine des gardes, a recogneu, depuis l’homicide commis, qu’il l’avoit veu dans le Louvre, et luy accusé l’avoit prié instamment le faire parler au Roy ; aussi que ledit sieurdela Force luy fit responce qu’il estoit un papault et catholique à gros grains, luy disant s’il cognoissoit monsieur d’Espernon, dont luy accusé respondit qu’ouy et qu’il estoit catholique, etc. ; mais que lorsqu’il prit l’habit au monastère Sainct-Bernard, l’on luy donna pour père spirituel frère François, de sainct père, et parce qu’il estoit catholique, apostolique et romain, désiroit tel vivre et mourir, suppliant ledit de la Force le faire parler au Roy, d’autant qu’il ne pouvoit et n’osoit déclarer la tentation qui dès long-temps le sollicitoit, laquelle il vouloit dire à Sa Majesté, affin de se désister tout-à-faict de ceste volonté mauvaise.

Enquis si, dès lors qu’il fit ses voyages pour parler au Roy de faire la guerre à ceux de la religion prétendue réformée, il avoit projette, au cas que Sa Majesté ne voulust accorder ce dont il le supplioit, de faire le malheureux acte qu’il a commis, a dit que non, et que s’il l’avoit projette s’en estoit désisté, et encore qu’il estoit expédient de luy faire ceste remonstrance plustost que le tuer.

Remonstré qu’il n’avoit pas changé sa mauvaise intention, parce que, depuis le dernier voyage qu’il a fait à Angoulesme le jour de Pasques, il n’avoit cherché les moyens de parler au Roy, qui démonstroit assez qu’il estoit party eu ceste résolution de faire ce qu’il avoit faict, a dit qu’il estoit véritable.

Enquis si, le jour de Pasques et le jour de son parlement, il avoit faict la saincte communion, a dit que non, et qu’il l’avoit faicte le premier dimanche de karesme ; mais néantmoins qu’il fit célébrer le saint sacrifice de la saincte messe en l’église Sainct-Paul d’Angoulesme, sa paroisse, comme se recognoissant indigne d’approcher ce très sainct et très auguste sacrement, plein de mystères des incompréhensibles vertus, parce qu’il se sentoit encores vexé de ceste tentation de tuer le Roy, et qu’en tel estat il ne se vouloit approcher du précieux corps de son Dieu.

Lecture estant faicte de l’interrogatoire cy-dessus, il persista ausdites responces et signa.

L’arrêt de mort

Le vingt-septiesme dudit mois, ledit Ravaillac estant amené à la levée de la cour dans la chambre de la beuvette, on luy commanda de se mettre à genoux, et puis le greffier lui prononça son arrest en présence de messieurs les président et plusieurs des conseillers, dont voici la teneur :

Veu par la cour, les grand’chambre, tournelle et de l’édict assemblées, le procez criminel faict par les présidents et conseillers à ce commis, à la requeste du procureur général du Roy, à l’encontre de François Ravaillac, practicien de la ville d’Angoulesme, prisonnier en la conciergerie du palais, informations, interrogatoires, confessions, dénégations, confrontations de tesmoins, conclusions du procureur général du Roy, et interrogé par ladite cour sur les cas à lui imposez, procez-verbal des interrogatoires à luy faicts à la question, à laquelle, de l’ordonnance de ladite cour, auroit esté appliqué le 25 du mois pour la révélation de ses complices ; tout considéré, dit a esté que ladite cour a déclaré et déclare ledit Ravaillac deuement atteint et convaincu du crime de lèze-majesté divine et humaine, au premier chef, pour le très meschant, très abominable et très détestable parricide, commis en la personne du feu roy Henry IV, de très bonne et très louable mémoire ; pour réparation duquel l’a condamné et condamne à faire amende honorable devant la principale porte de l’église de Paris, où il sera mené et conduit dans un tumbereau, là, nud en chemise, tenant une torche ardente du poids de deux livres, dire et déclarer que malheureusement et proditoirement il a commis ledit très meschant, très abominable et très détestable parricide, et tué le seigneur Roy de deux coups de cousteau dans le corps, dont se repent, demande pardon à Dieu, au roy et à justice ; de là conduit à la place de Grève, et, sur un eschaffaut qui y sera dressé, tenaillé aux mammelles, bras, cuisses et gras des jambes, sa main dextre, y tenant le cousteau duquel a commis ledit parricide, ards et bruslé de feu de soulphre, et sur les endroits où il sera tenaillé jette du plomb fondu, de l’huille bouillante, de la poix-raisiné bruslante, de la cire et soulphre fondus ensemble ; ce fait, son corps tiré et desmembré à quatre chevaux, ses membres et corps consommez au feu, réduits en cendre, jettes au vent ; a déclaré et déclare tous et chacuns ses biens acquis et confisquez au Roy, ordonné que la maison où il a esté nay sera desmolie, celuy à qui elle appartient préalablement indemnisé, sans que sur le fonds puisse à l’advenir estre fait autre bastiment, et que, dans quinzaine après la publication du présent arrest à son de trompe et cry public en la ville d’Angoulesme, son père et sa mère vuideront le royaume, avec défence d’y revenir jamais, à peine d’estre pendus et estranglez, sans autre forme ni figure de procez ; a fait et faict défenses à ses frères, sœurs, oncles et autres, porter cy-après ledit nom de Ravaillac, leur enjoint le changer en autre sur les mesmes peines, et au substitut du procureur général du Roy faire publier et exécuter le présent arrest, à peine de s’en prendre à luy, et, avant l’exécution d’iceluy Ravaillac, ordonné qu’il sera de rechef appliqué à la question, pour la révélation de ses complices.

Signé, VOISIN.


[1poésie

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