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1788 - La Rochelle : notice de l’Encyclopédie Panckoucke

D 14 novembre 2008     H 16:32     A Pierre     C 0 messages A 1149 LECTURES


Les encyclopédistes du XVIIIe siècle ont fourni des notices très complètes sur une multitude de sujets. Celle faite sur la ville de La Rochelle est un bon exemple du genre.

Source : Encyclopédie méthodique ou par ordre de matières : par une société de gens de lettres, de savans et d’artistes ... - Tome "Géographie" - A Paris, chez PANCKOUCKE Libraire Hôtel de Thou rue des Poitevins MDССLXXXVIII (1788), avec approbation et privilège du Roi. - Books Google

ROCHELLE (la). Rupella, ville maritime de France, capitale du pays d’Aunis, l’une de » plus importantes & des plus célèbres du royaume. Elle est située sur l’Océan, à 34 li. au n. de Bordeaux, 27 f. e. de Nantes, 69 f. e. d’Orléans, & 103 f. o. de Paris. Long, suivant Cassini, 16 deg. 28, 30 ; lat. 46 deg. 10, 14.

On croit que cette ville est le Portus Santonum des anciens ; mais cette opinion n’est pаs sans contradicteurs. Dans le moyen âge elle fut nommée Rupella, probablement à cause du fond pierreux sur lequel elle est bâtie. Ce ne fut d’abord qu’un château qui appartenoit aux seigneurs de Mauléon en Poitou. Guillaume dernier, comte de Poitiers, l’usurpa sur les seigneurs de Mauléon ; il en fit une petite ville & lui donna des privilèges : elle s’accrut avec le temps & se forma en une espèce de république, sous la souveraineté de la couronne Britannique, dont elle releva depuis le mariage d’Eléonore de Guyenne avec Henri II. Ses privilèges furent confirmés par Louis VIII, fils de Philippe-Auguste, lorsqu’il s’en rendit maître en 1224.

La Rochelle était dès lors un port de mer très-florissant par son commerce, comme il paroît par ces vers d’un auteur ancien, Nicol. de Braies de Gest. Ludov. VIII.

Declivi littore ponti
Nobilis , & fama toto celeberrima mundo,
Divitiisque potens priscis & gente superba
Est Rupella ...........

L’Hôtel de la Monnaie, à la Rochelle

La Rochelle fut cédée aux Angloís par le traité de Bretigni, l’an 1360, &, 12 ans après, elle se donna au roi de France Charles V, à condition qu’elle conserveroit tous ses privilèges, & qu’en outre elle auroit droit de battre, en son propre nom, de la monnoie d’argent ; que les echevins seroient réputés nobles ; que le maire resteroit gouverneur de la ville, & qu’enfin sa charge seule ennobliroit sa famille.

Le calvinisme s’y introduisit en 1557, & le prince de Condé eut, pour ainsi dire, la gloire d’y régner. Le brave Lanoue la défendit en 1574 contre Henri, duc d’Anjou, frère de Charles IX, & obligea ce prince d’en lever le siège. Les Protestans y tinrent depuis la plupart de leurs synodes, & son commerce florissant tous les jours davantage, la rendit puissante jusqu’aux temps du cardinal de Richelieu, qui résolut de soumettre cette ville à l’autorité royale, de casser ses privilèges , & d’y détruire le calvinisme.

Le siège de La Rochelle par Callot

Il engagea Louis XIII à cette expédition. Ce prince, pour commencer à brider les Rochelois, fit construire le Fort- Louis, ensuite il assiégea la ville en 1627, & s’en rendit le maître, l’année suivante, après treize mois d’un siège des plus mémorables, pendant lequel les habitans souffrirent avec courage une des plus horribles famines dont l’histoire fasse mention. De 15000 personnes qui se trouvoient dans cette ville, quatre mille seulement survécurent à cet affreux désastre.

Enfin la réduction de cette ville fut due à l’invention d’une digue de 747 toises, imaginée par Clément Metezeau, de Dreux, & que le cardinal de Richelieu fit exécuter pour empêcher les Anglois de secourir la place.

Louis XIII étant entré dans la Rochelle le jour de la Toussaint 1628, priva les Rochelois de tous leurs privilèges, fit abattre leurs belles fortifications, nomma de nouveaux magistrats, & un plus grand nombre de prêtres catholiques qu’il n’y en avoit avant l’introduction du calvinisme.

Louis XIV fortifia cette ville de nouveaux ouvrages qu’imagina & qu’exécuta le maréchal de Vauban. Il fit la Rochelle chef d’une généralité, & le siège d’une intendance pour la province d’Aunis. Il y créa aussi un bureau des finances, une chambre du domaine, une élection, & y laissa subsister l’hôtel des monnoies. Le presidial y avoit été établi dès l’an 1551.

Les Jésuites y avoient obtenu le collège. Le siège épiscopal de Maillezais, fut transféré en cette ville en 1665. Les bulles de translation en avoient été expédiées dès l’an 1648. Pour accroitre le diocèse, on y joignit le pays d’Aunis & l’île de Ré, que l’on démembra de l’évêché de Saintes.

Les rues de la Rochelle sont en général assez droites, & la plupart des maisons soutenues en devant par des arcades qui y forment des especes de portiques, mais trop bas. Cinq portes donnent accès dans la ville. Son port, de forme presque ronde, est un des plus commodes de l’Océan. Deux grosses tours en défendent l’entrée. La mer y a reflux de plus de quatre toises, & tous les vaisseaux, excepté ceux de haut-bord, y entrent, mais le bassin en est trop resserré.

On s’occupe depuis plusieurs années d’ouvrages importans qui consistent dans un bassin de carénage, une écluse destinée à nettoyer les vases qui s’accumuloient dans le port, & des levées qui prolongeront le chenal, jusqu’à la digue de Richelieu. Cette digue ouverte dans la largeur de l’entrée du port, laissera un passage aux navires qui pourront arriver avec leur chargement jusqu’au quai. Ainsi ce port presentera dans quelques années l’avantage de faire pour les colonies de l’Amérique septentrionale, directement toutes les expéditions maritimes, sans que les bâtimens soient sujets à aucune relâche, ni qu’ils soient obligés d’attendre dans la rade que leur chargement soit complet. Les relations particulières des négocians Rochelois avec l’Amérique septentrionale, présentent l’espérance de relations de commerce importantes pour le royaume, & rendent plus interessans encore les ouvrages qui ont pour objet l’agrandissement & la sureté du port.

Cette ville est le siège d’un gouvernement général, celui d’une intendance, comme nous l’avons remarqué, & il s’y trouve une amirauté, & une chambre de commerce établie en 1709. L’air n’y est pas fort sain à cause des marais salans du voisinage. On y remarque la place d’armes, dite autrefois la place du Château. L’hôtel-de-ville, d’architecture gothique, n’est pas sans mérite. L’évêque suffragant de Bordeaux a 108 paroisses dans son diocèse.

Avant la perte du Canada, le principal commerce de la Rochelle étoit celui des pelleteries. Après cet événement, qui a été funeste à cette place, le génie des habitans toujours industrieux & fertile en ressources pour le commerce, a cherché d’autres débouchés. La Rochelle fait la traite des Nègres, elle fait beaucoup d’affaires avec les îles de l’Amérique, & elle a quelques rafineries de sucre, mais languissantes, & qui dépérissent de jour en jour. Les Suédois, les Danois, les Hambourgeois, les Anglois & les Hollandois y envoient chaque année plusieurs vaisseaux pour y charger des vins, des eaux-de-vie, des toiles, du sel, des serges, du papier.

On a établi à la Rochelle un collège de médecine affilié à la société royale de médecine de Paris, mais qui n’est pas en réputation.

Cette ville a produit quelques hommes connus dans les lettres ; je citerai :

- Imbert (Jean), jurisconsulte du seizième siècle, né à la Rochelle, qui s’est fait connoître par deux ouvrages de droit : 1° Enchiridion juris scripti Galliae, que Theveneau a traduit en françois : 2°. Institutiones forenses, ou Pratique du barreau, en latin & en françois.

- François Tallemant l’aîné, abbé du Val-Chrétien, étoit né dans cette ville. Il traduisit avec succès l’histoire de Venise du procurateur Nani ; mais il ne consulta pas assez ses forces en mettant au jour la traduction des vies de Plutarque ; cette traduction fut promptement méprisée de tous les connoisseurs. Il mourut en 1693, âgé de 73 ans.

- Coloniès (Paul), savant écrivain protestant, naquit à la Rochelle dans le dernier siècle ; mais il se retira en Angleterre avant d’essuyer les rudes coups de la tempête, qui a englouti l’édit de Nantes. Il témoigna bientôt, étant à Londres, la préférence qu’il donnoit à la communion épiscopale sur le presbytérianisme, comme il paroît sur son livre intitulé Theologorum presbyteriatorum Icon. Il n’a pas cessé depuis de travailler sur differens sujets. Il est mort à Londres en 1692. Tous ses ouvrages sont utiles & agréables aux curieux de l’histoire, parce qu’ils y trouvent beaucoup de choses à apprendre ; aussi sont-ils plus recherches dans les pays étrangers que dans ce royaume. Les principaux sont : 1°. Gallia orientalis, qui a été réimprimé à Hambourg en 1709, avec d’autres opuscules de l’auteur, qui avoient paru à Paris en 1668 : 2°. Italia & Hispania orientalis : 3°. Observationes sacrae : 4°. Mélanges historiques : 5°. Bibliothèque choisie, dont la meilleure édition a été faite à Paris en 1731, avec des notes de M. de la Monnoie. Le père Niceron vous indiquera les autres ouvrages de M. Colomiès, dans ses Mémoires des hommes illustres, tom. VI, p. 196. Bayle a fait aussi l’article de ce savant.

- Olivier (François) vit aussi le jour en cette ville, sur laquelle ceux qui désireront de plus grands détails consulteront l’ouvrage du P. Arsère, in-4° ; & celui de M. Galland sur l’Origine, l’état ancien & l’accroissement de la Rochelle. (R.)

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