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1790 - La sédition de Varaize (17) : débat à l’Assemblée entre l’Abbé Maury et Regnaud de Saint-Jean d’Angély

D 30 novembre 2008     H 15:59     A Pierre     C 0 messages A 536 LECTURES


L’abbé Maury
Regnaud de Saint-Jean d’Angély

Deux personnages hauts en couleurs et en verve agitent les travées de l’Assemblée Nationale à propos de la sédition de Varaize : l’abbé Maury, ci-devant abbé commendataire de la Frenade (Merpins 16) et Regnaud de Saint-Jean d’Angély. Reportage en direct de l’Assemblée par un envoyé spécial du Journal de Paris.

Source : Journal de Paris – Dimanche 7 novembre 1790 - Books Google

Assemblée Nationale - Suite de la Séance du Vendredi 5 Octobre.

Puisqu’il est question, a dit M. l’Abbé Maury, de contributions que les Peuples ne payent pas, il faut, MM., que vous connoissiez toute l’étendue de nos maux à cet égard, car on ne guérit pas ses maux en se les dissimulant. Il y a long-tems que, dans le désordre ou plutôt dans le desséchement de tous les revenus publics, vous vivez sur vos fonds, ou plutôt sur les nôtres (il faisoit allusion aux biens ci-devant ecclésiastiques , et on a ri (quoique la matière ne fût pas autrement gaie) : mais ces fonds tariront, et alors vous vous trouverez à-la-fois sans impôt & sans ressources pour y suppléer : alors, car il ne faut plus ménager les termes, vous serez dans l’obligation inévitable de faire banqueroute : (des cris ont repoussé cette prophétie d’un malheur contre lequel on a pris des précautions si certaines). Ce n’est pas mon sentiment qu’on mande M. le Contrôleur Général à la barre de l’Assemblée, ainsi que vous l’a proposé un des Préopinans, car ce n’est pas à la barre de l’Assemblée, mais à l’Assemblée qu’il faut appeler les Ministres du Roi ; mais je suis d’avis que vous fassiez venir au milieu de vous le Ministre des Finances, pour qu’il lève entièrement ce rideau qui nous cache tant de calamités présentes & futures. Vos Comités, MM., ne vous disent pas tout ce qu’ils savent ; ils ménagent votre délicatesse, ménagement funeste qui creuse & approfondit l’abîme au fond duquel iront se perdre toutes ces prospérités dont vous vous entretenez sans cesse : ce qu’on ne vous dit point, je vais vous le dire, moi ; on ne paye point les impôts, & on ne les payera point tant que vous n’armerez pas le Pouvoir exécutif d’une force à laquelle ne pourront résister la désobéissance & les refus qu’on oppose à vos décrets : il existe dans le Royaume des coalitions d’un grand nombre de Paroisses qui se sont obligées mutuellement par serment de ne payer aucune espèce d’impôt.

A cette assertion plus de la moitié de l’Assemblée a été soulevée d’indignation : les uns crioient cela n’est pas vrai ; les autres, il faut qu’il le prouve ou qu’il soit puni comme calomniateur de la Nation ; les autres qu’on le rappelle à l’ordre.

Au milieu de ce tumulte que ses gestes, sa voix & sa sonnette ne pouvoient réprimer, le Président a eu beaucoup de peine à faire comprendre qu’il demandoit la parole pour lui-même. Lorsqu’enfïn il a pu être entendu, s’adressant d’abord à l’Assemblée « Si je m’écarte, a-t-il dit, de mes devoirs de Président, vous m’y rappellerez » ; adressant ensuite la parole à M l’Abbé Maury ; « M. l’Opinant, lui a-t-il dit, lorsque vous annoncez qu’un grand nombre de Paroisses ont fait le serment de ne point payer d impôt & que vous ne dites point formellement quelles sont ces Paroisses, que vous ne les nommez point, vous faites tomber ce soupçon odieux sur la Nation entière ; vous la calomniez ; ou nommez donc ces Paroisses, ou je vais vous rappeller à l’ordre. »

De grands applaudissemens ont éclaté , & on a vu M. l’Abbé Maury , élevant les mains plus haut encore que tous les autres, applaudir arec plus de force, riant à la fois ou feignant de rire des applaudissemens des autres & des siens.

L’Assemblée Nationale avoit en ce moment une contenance qui ne se prétoit point du tout à ce scandale, & M. l’Abbé Maury , reprenant son discours, a été obligé de le continuer sur un autre ton.

Oui, a-t-il dit, je donnerai les preuves du fait que j’ai avancé : mais est-ce pour les impôts directs ou indirects que vous voulez que je fasse d’abord la preuve ? On lui a crié : vous n’en n’avez excepté aucuns, vous êtes donc tenu à la faire pour tous. Eh bien, a repris M. l’Abbé Maury, je la ferai pour tous, & d’abord pour les impôts directs : le serment de n’en point payer a été fait par trente-six Paroisses de la Saintonge : la preuve en existe dans une délibération qui a été envoyée du Poitou à votre Comité des Finances : quant aux impôts indirects, je ne vous ferai pas perdre votre tems à vous prouver qu’on ne veut pas les payer : toutes les barrières du Royaume renversées le démontrent assez.

Des faits si positifs, annoncés d’une manière si assurée, expliqués avec tant de circonstances, ont mis l’Assemblée Nationale dans l’étonnement & presque dans la consternation. On avait bien plus de terreur que de doutes, é M. l’Abbé Maury descendoit de la tribune, avec un triomphe bien déplorable, mais pourtant avec une espèce de triomphe.

Tandis qu’il en descendoit, M. Regnault de St Jean d’Angély y couroit, & parvenu à la tribune, il s’en est saisi, en quelque sorte, comme un brave Soldat se saisit de l’arme avec laquelle il doit défendre la Patrie. Des déclamations au lieu des faits ; des assertions à la place des preuves ; voila, MM., a-t-il dit, ce que vient de vous faire entendre M. l’Abbé Maury : nul ne peut être mieux instruit que moi de ce qui s’est passé dans la Saintonge, nul n’y prend plus d’intérêt qui moi : c’est moi, MM., qui vous ai instruits de la malheureuse insurrection qui a affligé cette partie de la France, mais les véritables Auteurs de cette insurrection ne sont pas, comme on vous l’a dit, des Paysans ; ce sont des hommes flétris déjà par la Justice, & ces scélérats sont eux-mêmes excités par des agens plus secrets, par des ennemis de la Révolution dont les noms vous seront bientôt dévoilés. Les Paysans, lorsqu’ils ont été égarés, n’ont pas refusé de payer les impôts, mais de payer des droits féodaux, ce qui est bien différent de ce que M. l’Abbé Maury vous a dit ; quelle qu’ait été, d’ailleurs, l’insurrection, au moment où je vous parle, elle est calmée.

M. Regnault de St Jean d’Angély, comme on le peut croire, n’a pu prononcer ces paroles sans être interrompu, & il l’a été plusieurs fois ; plusieurs fois aussi il s’est tourné du côté d’où partoient les cris qui vouloient étouffer et qui étouffoient sa voix : on vous a permis, leur disoit-il, de calomnier la Nation, ne me sera-t-il pas permis de la défendre ?

On a applaudi, ou plutôt on a remercié avec transport M. Regnault de St-Jean d’Angély d’avoir si bien dissipé les terreurs que M. l’Abbé Maury avoit répandues sur l’Assemblée Nationale.

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