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1000 - 1792 - Les seigneurs de Barbezieux (Charente)

D 9 décembre 2011     H 15:31     A Pierre     C 0 messages A 1658 LECTURES


Sur une période de 800 ans, 7 familles se succèdent à la tête de la seigneurie de Barbezieux. Elles ont marqué significativement l’histoire de France et l’histoire locale et portent les noms suivants : de Barbezieux, d’Espinay de Duretal, de Schomberg, Vignier, de Richelieu, de Louvois et de La Rochefoucauld.

Source : Barbezieux, son histoire et ses seigneurs - Louis Cavrois - Paris - Barbezieux - 1869 - Boogle Books

Les seigneurs de Barbezieux.

Dans un travail intitulé la Seigneurie de Barbezieux, nous avons fait paraître une première étude sur ce sujet. Nous devons aujourd’hui la compléter ; malheureusement les difficultés que nous rencontrâmes alors, existent encore presque tout entières, malgré la découverte du Cartulaire de Baignes qui nous a fait connaître Alduin Ier et Alduin III ; et nous répéterons ce que nous disions à cette époque : la série complète des seigneurs de cette terre n’ayant jamais été dressée, il nous a fallu retrouver un à un tous les anneaux de la chaîne ; ceux qui ont l’habitude des recherches historiques savent combien il faut compulser de volumes manuscrits ou imprimés avant de trouver un renseignement désiré ; et encore que nous est-il arrivé ? plusieurs auteurs anciens ont bien laissé quelques lambeaux de généalogie, mais trop souvent leurs affirmations se contredisent. Pour se retrouver dans ce dédale, il fallait prendre un parti et adopter une méthode ; voici celle que nous avons suivie : nous avons d’abord recueilli les dates et les faits sur lesquels les historiens sont d’accord ; puis nous avons comblé les lacunes en comparant les diverses versions pour en former une qui les explique toutes, autant que faire se peut. Ce moyen nous a paru, sinon infaillible, au moins très-précieux pour arriver à la vérité. Du reste nous ne demandons pas mieux que d’abandonner notre travail à la critique, car s’il peut être entaché d’erreur, il servira du moins aux érudits de l’avenir qui pourront le corriger ou le compléter.

ALDUIN Ier.

C’est le nom du premier seigneur de Barbezieux qui soit parvenu jusqu’à nous, car ses prédécesseurs, très puissants d’ailleurs puisqu’ils prenaient le titre de princes, et peut-être aussi celui de comtor, (une signature porte : Signum Alduini Comtoris), n’ont rien laissé qui puisse nous les faire connaître.

ALDUIN II

Fils d’Alduin Ier et marié à Girberge, il figure dans une charte de 1060, dont voici un extrait :

Ex tabulario S. Severini Burdigalensis (Gallia christiana, T. II.)

« Sicuti ex antiquo tempore exigente ratione constitutum est quisquis Berbezillensis Principatus fructus sortitur, de S. Severino et archiepiscopo se Principatum prœnotatum habere non ignorare debet : Hicterius itaque plurimorum vestigia prœdecessorum secutus, hune ipsum honorem se tenere fatetur sicut prœmisimus. Cujus etiam pater Alduinus cum in territorio Berbezillensi unam Ecclesiam fundare vellet, advocavit archiepiscopum Godefridum ut fundamento ponendo interesset, et eodem disponente Ecclesiam faceret. »

Cette charte nous fait connaître l’antiquité de la Seigneurie, et l’érection d’une Église Notre-Dame sur son territoire (prieuré conventuel, vers 1043) par les soins d’Alduin II. C’est encore ce seigneur qui fit construire l’Église Saint-Seurin à Bordeaux, dont on a conservé le porche occidental, l’abside principale et les clochers. On remarque qu’il se disait déjà seigneur de Barbezieux par droit héréditaire : « Alduinus Berbezilli castri jure hereditario possessor et dominus. » Alduin mourut dans un âge avancé, après avoir passé les dernières années de sa vie dans le monastère de Saint-Pierre de Cluny.

ITIER Ier.

Itier, fils d’Alduin II, et neveu de Foulques, comte d’Angoulême, succéda à son père, comme il le dit lui-même dans une charte de 1070, « par la grâce de Dieu et la faveur populaire » : ego miles Iterius Berbezillensis patris functi in honorem Dei gratiâ et vulgi favore succedens. Cette charte nous apprend qu’Itier restitua à l’archevêque de Bordeaux l’Eglise Saint-Seurin qu’Alduin avait donnée aux moines de Cluny, et fit encore d’autres pieuses libéralités, notamment à l’abbaye de Baignes. Parmi les personnes qui y figurent comme témoins, nous remarquons un certain Fulcadus miles qui est précisément le premier chef de la famille de La Rochefoucauld dont nous aurons bientôt à nous occuper.

ALDUIN III.

C’est sur la foi du Cartulaire de Baignes que nous donnons pour successeur à Itier son fils Alduin (chartes 365 et 538.)

VIVIEN Ier.

Armand Maichin, dans son histoire de Saintonge, indique ce seigneur comme un des successeurs d’Itier et s’entend sur ce point avec quelques historiens ; il ajoute que Vivien fut le père d’Audouin ; je le croirais plutôt son aïeul, car il s’est écoulé trop de temps entre la vie de ces deux hommes pour les faire descendre immédiatement l’un de l’autre. Vivien vivait en effet au milieu du XIIe siècle et Audouin au commencement du XIIIe. — Dans une charte de 1167 (n° 529), figure un personnage du nom de Vivien : serait-ce le nôtre ?

Nous trouvons aussi à cette époque une Agnès de Barbezieux qui était abbesse de N.-D. de Saintes.

RIGAULT OU RICHARD DE BARBEZIEUX.

Nous avons raconté sa vie en parlant des hommes célèbres de ce pays ; nous avons dit pourquoi nous placions plutôt ce troubadour à la fin du XIIe siècle que dans le cours du XIVe ; il est donc inutile d’y revenir.

AUDOUIN OU ALDUIN IV.

Elie Vinet, dans son énumération des seigneurs de Barbezieux, ne remonte pas au delà d’Audouin. Celui-ci eut à lutter contre le comte d’Angoulême relativement à la possession de la terre d’Archiac qui appartenait alors à un certain Aimar ; la victoire resta au comte d’Angoulême. D’après un titre du 1er avril 1237, ce seigneur aurait eu pour fils un Alduin, et serait mort à Damiette dans les rangs de l’armée chrétienne, pendant la cinquième croisade (1218).

ITIER II

Itier II était sans doute le fils aîné d’Alduin IV auquel il succéda : les auteurs sont unanimes pour fixer sa mort au 2 octobre 1253, ainsi que le témoigna longtemps une pierre tumulaire de l’église des Cordeliers de Barbezieux qu’il avait fondée et dans laquelle il fut enterré. On se rappelle ce qu’en dit Elie Vinet ; ce couvent de Cordeliers est un des plus anciens de France ; il fut plus tard restauré par Guy de La Rochefoucauld, et eut beaucoup à souffrir pendant les guerres de religion. Les ruines de la chapelle forment aujourd’hui une des dépendances de la gendarmerie.

D’après André du Chesne, Itier avait épousé Enor de Sully, de laquelle il eut plusieurs enfants, notamment Vivien et Agnès.

VIVIEN II.

Ce fils d’Itier II, selon quelques auteurs, aurait été marié à Aliénor de Sully ; on cite, parmi leurs enfants, Marguerite de Barbezieux mariée à Aimery III de La Rochefoucauld, et une autre fille qui épousa Gaucelin de Culant.

PIERRE DE BARBEZIEUX.

Il était neveu d’un clerc ou moine, appelé comme lui Pierre de Barbezieux, et qui a laissé, en 1283, un testament curieux à consulter ; ce document, que nous avons été assez heureux pour découvrir dans les Archives de l’Empire, est complètement inédit ; nous allons le reproduire dans son intégrité, malgré son étendue [1].

« A tous ceaus qui cest present escrit veiront et oiront, Guillaume Bos, tenant adonques en la Rochele le saieau de la seneschaucée de Xainctonge por nostre seignor le Rei de France, saluz en nostre seignor. Ge vos fois assavoir que ge ai veu et moût amout diligentement parleu le testament et le devis et lordenance fahu Pierre de Berbeziou clerc, saiele dau saieau maistre Giraut de Quarters chanoisne de Xainctes a donques arcediacre d’Aunis et dau saieau propre audit fahu si cum il est appareissant en la premere face, non vicie, non cancelle, non corrumpu, dont la tenor est itaus. En nom dau pere et dau fil et dau Saint Esperit, ge Pierre de Berbeziou clerc fois assaveir a toz ceaus qui cest present escrit veiront et oiront, Que ge en ma bone memoire et en mon bon entendement ai fait et commande et ordene mon devis et mon darrer testament et ma darrere volunte en tau maniere, que ge prenc toz mes moubles qausques il scient, et toz mes joyeas et tote ma sau que ge ai pres de Aytrei, et Mes les deptes que Ion me deit adoner por la salu de manne et ames deptes paier et ames amendes faire, si cum ge les departirai et ordenerai et deviserai ci empres en cest escrit. Excepte un monceau de sau que ge aveie pres de Engolins que ge achatai daus deners Pierre de Berbeziou mon nevou. Ge vois tout premerement que mes deptes seient rendues et paieies et mes amendes faites plenerement et enterinement par les mains de mes aumosners, ou de partie deaus, issi cum il veirront et coneistront que sera afaire. En apres donc et lais en aumosne a laumosnerie de Aytrei, trente livres de lamoneie corant a achater coites et coissins de plume, et linceos et tapiz a coucher les poures et toz mes draps de liez. Aloure de liglise Saint Estene de Aytrei vint sols, a labbaye nostre dame de Guystres de la diocese de Bordeaus donc et lais en aumosne cinquante livres a achater cent sols de rente, daus quaus cent sols de rente ge donc et lais les vingt sols aloure de liglise de la dite abbaye, et les quatre livres donc et lais au couvent dicele meysme abbaye, apitance por faire chascun an et durablement en ladite abbaye par les quatre quarterons le servise de mon pere et de ma mere et de tout mon lignage, et voil que les dites quatre livres de rente lor seient rendues et paieies par les devant diz quatre quarterons, vint sols a chascun quarteron, et que a chascun dans diz quarterons, il facent ledit servise, et donc et lais en aumosne a povres femmes de mon lignage et a povres maignagers en la vile de Guystres, cent livres de la moneie corant a doner et a départir par les mains de mes aumosners ou de partie deaus, ou de mon dit nevou, si cum il veirront et coneistront, ou si cum mon dit nevou veirra et coneistra que fera afaire. Aus heirs fahu Arnaut de Vaus de Burcxs, lais oict livres damende de Torneis, aus heirs fahu Guillaume le cornu de Paris, quatre livres de Torneis damende, a lovre de liglise Sain t Andre de Bordeaus donc et lais en aumosne vint sols de la dite moneie, a lovre de liglise Saint Sevrin de Bordeaus dis sols, a lovre de liglise Saint Micheau dicele meysme vile dis sols, a lovre de liglise Sainte Croiz dis sols, aus ovres de totes les autres iglises de Bordeaus a chascune dous sols, a liglise Saint Cire dapsac vint et cinc sols, por achater un drap a faire une chesuble a ops de ladite iglise. A lovre de liglise Saint Vivien de Xainctes donc et lais en aumosne cent sols, a lovre de liglise Saint Pierre de la cite de Xainctes cent sols. A lovre de liglise Saint Eutrope, dis sols, a lovre de liglise Saint Macou dis sols, a totes les autres iglises de la cite de Xainctes, a chascune doze deners, a lovre. A lovre de liglise dau chasteau de Xainctes, dis sols, a la confrairie Saint Morice de Xainctes dont ge sui frere vint sols, a la luminaire de labbaye nostre Dame de Xainctes dis sols, aus freres menors de la Rochele, dis livres apitance, et voil que ma luminaire et ma sepouture seient faites bien et henorablement, et que un drap de seie dau prez de cent sols seit achatez a mettre sus mei, le quau ge donc et lais aus diz freres Menors, aus freres prescheors de la dite vile de la Rochele, ches les quaus ge eslis ma sepouture, si dex fait son comandement de mei entor la Rochele, donc et lais en aumosne, quatre cenz livres que li vescomps de Limoges me deit, dont ge ai lettres, les quaus lettres ge voil que lor seient bailleies et livreies. Aus frereres daus sacs qui sont hors les murs de la dite vile de la Rochele vint sols apitance. Aus freres dau Carme dicele meysme vile, cinc sols apitance. Aus repenties dicele vile, cinc sols, aus quatre recluses denviron la dite vile, a chascune dous sols. A lovre dau charner dau cimeutere de Coingnes, dis sols. A chascune dans does aumosneries de la Rochele, cinc sols, aus povres apitance. A lovre de liglise Saint Bartholomei de la Rochele, vint sols. A Pierre mon nevou donc et lais cent livres et ma maison de Xainctes ob ses apartenances. A sire Helyes Arnaut prestre estagers a donques en la Rochele, donc essement et lais cent livres en recompenssacion et en guerredon des servises que mon dit nevou et li diz prestres mont fait en plusors maneres, ames besoings et ames estouers, dont ge me tienc por bien paiez. Encores donc et lais au dit Pierre mon nevou, treis cent livres en recompenssacion des prises et des receptes et des leveies que ge ai fait de sa terre et de soes chouses. Et voil et commant que dons cenz livres seient doneies por les mains de mes aumosners ou de partie deaus ou de ceaus que il metront et establiront en lor luecs, en cotes et en chemises a povres genz vestir et por meisse chanter, et sauters lire por la salu de marme. Encores voil et commant que mi aumosner ou partie deaus, ou li uns deaus angnent au premer chapitré des templers de Aguyene, requérant que il facent a mes aumosners ou a partie deaus por nom de mei, paiement et amande de cinc cenz marcs de esterlins neus, et de sis cenz livres de Torneis, que il receguirent en commande de mei, et por nom de mei, en lor maison de Baueis [2], dont ge ai lettres, et dont il mont promis par maintes faiz a faire amende et ceu di ge en marme, que il me devent bien et leaument, et plus cinc cenz livres que ge ai despendues en requérant la dessus dite depte. Et si il ne voleient faire amende à mes aumosners ou a partie deaus, de la dessus dite depte et des despensses a la conoissance de mes aumosners ou de partie deaus, ge donc et lais a mon seignor le Rei de France, tote la dessus dite depie que li dit templer me devent, por porter et tramettre alayde et au secors de la Sainte Terre doutre mer. Et voil que mi aumosner baillent et livrent audit Rei ou a son certain comandement, les lettres que li dit Templer me donerent de la dessus dite depte, et que il ou sis comandement ou, cil qui les dites lettres aportera, la puisset autressi bien demander et prendre et receveir et en faire totes chouses cum ge meysmes feysse et faire peusse en ma propre perssone. Et voil et commant que amon redoutable Pere en Crist, mon seignor levesque de Xainctes, seient rendues seissante livres de la moneie corant que ge li promis por estre en samor et en sa grâce. A maistre Pierre de Baillac borgeis de la Rochele donc et lais por estre consseillers dicest mon testament et por sostenir iceste meie ordenance, seissante livres de la moneie corant. A mon sire Johan de Sors chanoisne de Xainctes, vint et cinc livres en cele meysme manere. A mon sire Guillaume dau Domgnon, chanoisne de Xainctes, vint et cinc livres. A maistre Guillaume Borreau, vint et cinc livres. Et voil que toz les davant diz dous et totes les dites laisses que ge ai faites si cum dessus est dit, seient rendues et paieies aus devant diz luecs et aus dites perssones, et a chascune por sei, une fez tant solement, sauf les cent sols de rende que ge ai comandeies et deviseies a achater, et doneies perpetuaument si cum dessus est devise, que ge voil que seient et remaingent fermes et estables durablement. Et si remaingnant i aveit de mes moubles, ge voit que il seit donez et departiz por la salu de marme, por les mains de mes aumosners ou de partie deaus, a povres puceles marier et a povres maignagers, et a povres femmes veves et a povres iglises et religions, et en piis luecs, si cum il veirront et coneistront que fera afaire en larcevesquei de Bordeaus. Et est assaveir que a icest mien testament et a iceste meie ordenance et darrere volunte acomplir et entériner si cum dessus est dit et devise, ge ai fait et fois et establis mes aumosners et mes exeqittors (ou exequtors), cest assaveir le davant dit mon sire Johan de Sorz et le dit mon sire Guillaume dau Domgnon, et le dit maistre Guillaume Borreau, et ledit sire Helyes Arnaut prestre, et ledit Pierre mon nevou. Et si aucun de mes davant diz aumosners ne paeient ou ne voleient estre a madite ordenance acomplir quaut mesters en sereit, ou esteient hors dau pays ou i esteient contraire en aucune chouse, ge voil que ceu que li trei ou li duy en feront et en ordeneront seit ferme et estable tout autresi bien cum si esteis fait et délivre ob toz cinc, proprement et perssonaument. Et si dex voleit faire son comandement daucun deaus avant que iceste meie ordenance fust acomplie, ge voil que cil de qui dex vodreit faire son comandement peust mettre et establir un autre en son luec et icelui en ceste meysme manere un autre, et issi chascun en segnant voil que aient poeir de mettre et de establir un autre en son luec deciquatant que ma dite ordenance seit acomplie et enterineie de tout en tout. Et donc plener poeir et speciau commandement a mes aumosners, a touz et a chascun por sei et speciaument au dit mon sire Helyes Arnaut prestre et au dit Pierre mon nevou, les quaus dous et chascun por sei ge voil que aient poeir en ma dite exequcion et en ma dite ordenance sus touz mes autres aumosners, de demander et de conquerre et de covrer en cort et fors cort et en jugement et fors jugement, a mes couz et a mes despens mes deptes et mes dreitures et les meies chouses en quauque luec et quauque part que eles seient et de quausques perssones que eles me seient deues, ou qui les aient et tiengent et espleitent et de les prendre et receveir et rasgner et deffendre et de mettre et de establir tuti ensemble ou chascun por sei, procureor ou aumosner, en luec deaus, ou de lun deaus, avant entamement de plait ou empres, ou totes les hoves que a eaus ou a lun deaus plaira et de jurer en marme si mesters esteit, et de crestre et de mermer et de corriger et de amender et de esclarsir tout quauque sera oscur ou doptous ou nuysable en iceste meie ordenance, et de faire totes chouses que ge feysse et faire peusse en ma propre perssone, si ge fusse toz jorz en vie et sains et haitez. Et si en iceste meie ordenance aveit chouse qui por raison ou par dreit de testament ne peust ou ne deust valeir, toteveies voil ge que ele estacet et vauget por raison de codicille et de ma darrere volunte. Et por ceu que totes les chouses dessus dites et chascune par sei seient plus fermes et plus estables, maistre Giraut de Quarters chanoisne de Xainctes, adonques arcediacre d’Aunis, saiela a la requeste de mei Pierre de Berbeziou lainz ne, oncle dau dit Pierre de Berbeziou mon nevou, cest present escrit de son saieau. Et ge meysmes i appousai le mien propre saieau, en maire garentie de verite. Ceu fut fait lan de lincarnacion Jhesu Crist, M. CC. et quatre ving et treis, on meis de septembre, le mercredi avant la feste Saint Micheau. Et en maire certaincte de ceste chouse, ge Guillaume Bos dessus nomme ai appose a cest present transcript, le dessus dit saieau de la dite seneschaucie. Ceu fut fait lan de lincarnacion Jhesu Crist, M. CC. et quatre vinz et quatre, on meis de septembre, le josdi avant la feste Saint Michea. »

HENRI DE BARBEZIEUX.

Ce seigneur mourut sans postérité dans le cours du XIVe siècle, en sorte que la terre de Barbezieux revint aux héritiers d’Agnès, fille d’Itier II.

GEOFFROY DE LA ROCHEFOUCAULD.

Fils et héritier d’Agnès de Barbezieux, Geoffroy de La Rochefoucauld devint seigneur de cette baronnie vers 1360.

L’illustre famille de La Rochefoucauld avait fait son apparition dans l’histoire au XIe siècle ; son chef, Fulcald ou Foucauld, possesseur de grands biens dans le Poitou, la Saintonge et l’Angoumois, figure dans une charte de 1070 citée plus haut. Le castel de la Roche étant son principal fief, il en prit le nom : Vir nobilissimus Fulcaudus de castrum qui dicitur Rocha [3].

La baronnie de Barbezieux ne devait pas rester sans interruption dans la maison de La Rochefoucauld ; elle en sortit en 1583, faute de postérité mâle, mais elle y rentra en 1718 et lui appartint jusqu’en 1792, ce qui constitue une possession d’environ trois cents ans.

GEOFFROY II.

Il était fils de Geoffroy Ier et mourut le 29 juin 1410, laissant deux enfants pour recueillir sa succession.

RAYMOND DE LA ROCHEFOUCAULD.

Raymond, fils du précédent, est mort le 22 juillet 1414, et fut inhumé à côté d’Itier II dans l’église des Cordeliers.

En 1413, le monastère de Saint-Menoux, le plus vaste du Bourbonnais, avait pour abbesse une Isabelle de Barbezieux.

GUY DE LA ROCHEFOUCAULD.

Guy, frère de Raymond, s’est marié trois fois ; il épousa en premières noces Rosine de Montault (morte le 22 novembre 1417 et inhumée aux Cordeliers), en secondes noces Marie d’Usaiges, et en troisièmes Jeanne de Rougemont, veuve de Guillaume Sanglier.

A cette époque, la contrée était désolée par une compagnie d’aventuriers accourus de tous les pays dans l’espoir du butin ; on les nommait routiers (ruptuarii) dont le nom primitif indique assez les ravages qu’ils exerçaient en brisant tout sur leur passage. Barbezieux était menacé par une de ces bandes appelée les Cottereaux, à cause de leurs grands coutelas, sous les ordres du capitaine Salazard ; une nuit ils firent irruption sur le château où le vieux Guy, plus qu’octogénaire, se mourait, et se saisirent de lui pour l’achever ; ceci se passait le 1er janvier 1440.

Guy de La Rochefoucauld laissait six enfants, dont quatre fils (Jean de la Roche ; Jean, seigneur de la Boissière ; Guillaume, seigneur de Nouans ; Guy, seigneur de Lafaye et Montendre), et deux filles (Françoise et Philippes). Voici un extrait de son testament :

« ... Je Guy, premier du nom, sire de La Rochefoucauld, seigneur de Verteuil et de Barbezieux, étant sur l’heure de la mort, mais ayant le sens plus rassis que le corps, ai dicté ce testament à maître Griffon, mien chapelain et secrétaire, à qui j’ai déclaré et déclare que telles sont mes vraies volontés et désire expressément qu’on y fasse droit, honneur et révérence, en suite de moi. J’ordonne à Jean dit de la Roche, ,mon fils bien aimé, tous mes biens et acquêts, maisons, terres et domaines, deux cent mille écus d’or, tant vieils que nouveaux, trois cent mille francs en monnaie d’argent, quelques mille livres d’argenterie blanche et dorée, bagues et joyaux, à condition que ledit Jean de la Roche épousera et prendra pour sa bonne femme damoiselle Jeanne Sanglier, laquelle l’aime et honore pour ses vertus ; or je veux que le mariage soit célébré au propre jour de mes obsèques !... »

JEAN DE LA ROCHE.

Jean de la Roche s’empressa de remplir la condition du testament et se maria avec Jeanne Sanglier âgée de vingt-deux ans. Désireux de venger la mort de son père, il se mit à la tête des Francs-Taupins, qui formaient alors la milice des communes, et travailla à rendre au pays la paix et la sécurité. Cette histoire a fourni à M. Paul Lacroix , si connu sous le nom de Bibliophile Jacob, le thème d’un intéressant ouvrage dont l’analyse complète ne peut trouver ici sa place ; nous y renvoyons le lecteur désireux de le connaître en entier [4].

Jean de la Roche s’est aussi rendu célèbre par les luttes qu’il soutint contre les Anglais, luttes dans lesquelles il aida puissamment Charles VII à chasser ces étrangers du royaume. Il était particulièrement lié avec le Dauphin (Louis XI) qui l’appelait son bon compère.

Mort en 1446, Jean laissa deux enfants, Georges et Marguerite de La Rochefoucauld.
Voici son épitaphe :

Cy devant en terre git

Jean de la Roche vis à vis

Du grand autel de cette Eglise

Dont est pitié qui bien avise,

Quand un tel homme comme il fut

Git mort en la terre étendu.

Cet homme était de son vivant

Noble courtois preux et vaillant

_ De grand emprise et vasselage

Prudent, à pois de langage,

Foix, la Roche et Barbezieux

Mucidam sont aussi les lieux

Dont il fit en grande compagnie

Et noblement il en sa vie

De gendarme et sénéchal

Fut de Poitou, et si grand mal

Fit aux Anglais et grands débats

Villes, châteaux mit à bas

Et deux moult brûla espandit,

Et le tiers d’octobre mourit

L’an quarante avant mil quatre cents :

Dieu garde mal les siens. »

La fin de cette épitaphe ne nous indique pas exactement la date de la mort, car c’est le même livre [5] d’où elle est extraite, qui fixe le décès de Jean de la Roche en 1446 : cette phrase « L’an quarante avant mil quatre cents » voudrait donc simplement indiquer la période des dix années qui commencent par 1440, sans spécifier l’année même de la mort.

GEORGES DE LA ROCHEFOUCAULD.

Georges mourut sans postérité le 10 avril 1457 et fut enterré dans l’église des Cordeliers, au témoignage d’Elie Vinet. La seigneurie revenant, par droit de succession, à sa sœur Marguerite, serait passée dans une autre famille, si celle-ci n’avait épousé son cousin Jean de la Rochefoucauld qui devint ainsi baron de Barbezieux.

JEAN DE LA ROCHEFOUCAULD.

La France, à cette époque, cherchait à reconquérir une à une toutes ses anciennes provinces ; Louis XI, qui avait chargé son frère Charles de reprendre le duché de Guyenne, trouva un auxiliaire puissant dans Jean de la Rochefoucauld (1469). Ce seigneur mourut ensuite le 17 mars 1472, instituant pour héritier son fils unique François (testament du 12 décembre 1471), et voulut être enterré dans le couvent des Cordeliers de Verteuil qu’il avait fondé.

FRANÇOIS Ier DE LA ROCHEFOUCAULD.

Pendant la minorité de François, le gouvernement et l’administration de la Baronnie furent confiés à sa mère Marguerite ; cette femme a laissé dans l’histoire les meilleurs souvenirs. C’est elle qui vint en aide à ses pauvres vassaux, en leur distribuant du blé et d’autres secours pendant qu’une famine désolait la contrée ; c’est elle encore qui, pour donner du travail aux ouvriers malheureux, fit reconstruire l’antique château de Barbezieux dont on peut aujourd’hui admirer les restes. Marguerite de La Rochefoucauld épousa en secondes noces Hardouin IX, seigneur de Maillé.

Son fils, François de La Rochefoucauld, se maria en 1478 avec Louise de Crussol, dont il eut deux enfants, François et Antoine. Il eut l’honneur d’être le parrain du roi François Ier lequel, en filleul reconnaissant, érigea la baronnie de La Rochefoucauld en comté (1515). François mourut l’année suivante.

FRANÇOIS II DE LA ROCHEFOUCAULD.

François II fut un des plus grands seigneurs de son temps ; il épousa Anne de Polignac, mais ne conserva pas longtemps la baronnie de Barbezieux qui revint à son frère Antoine par suite d’un partage qu’il fit avec lui le 7 juin 1518.

Devenue veuve, Anne de Polignac fit construire à La Rochefoucauld une chapelle qu’on admira longtemps comme l’un des plus beaux morceaux d’architecture de la Renaissance ; aussi Charles-Quint, en traversant la France en 1539, pour se rendre dans les Pays-Bas, dit en visitant ce château « qu’il n’était jamais entré en maison qui sentît mieux sa grande vertu, honnêteté et seigneurie. »

ANTOINE DE LA ROCHEFOUCAULD.

Nous venons de voir comment il succéda à son frere ; sa femme, Antoinette d’Amboise, après lui avoir donné plusieurs enfants, mourut en 1522. Il la suivit dans la tombe en 1537.

CHARLES DE LA ROCHEFOUCAULD.

Ce seigneur, fils aîné du précédent, celui-là même qui fit en 1527 le siège de Gênes comme général des galères de France, occupa la terre do Barbezieux à une époque de trouble et de désordre ; l’impôt de la gabelle avait soulevé toute la Saintonge en 1548. Nous avons raconté plus haut comment Charles de La Rochefoucauld sut, par une ferme résistance, vaincre les révoltés recrutés en grande partie parmi les protestants. On les connaissait sous le nom de Petaux ; ce sont, dit Trévoux dans son dictionnaire historique, des gens de pied et paysans armés, sans discipline et sans ordre. Armand Garreau a raconté longuement cet épisode de l’insurrection saintongeaise ; nous l’avons suffisamment résumé [6]. [NDLR : A propos de la révolte des Petaux ou Pitaux, voir ici.]

Voici une anecdote où brille le noble caractère de Charles de La Rochefoucauld ; il venait de remettre un état de ses services au roi Henri III qui l’avait décoré de l’ordre du Saint-Esprit : « Je ne vois là, lui dit le roi, que les sièges et batailles où vous vous êtes trouvé sous les règnes de mon père et de mon aïeul. » — « Sire, répondit le guerrier, nous combattions alors contre les Espagnols et les Anglais. Contre qui avons-nous combattu depuis, à Saint-Denis, à Dreux, à Jarnac, à Montcontour ? J’y ai vu 80.000 français partagés en deux camps, sous les plus braves capitaines de l’Europe, se jeter les uns sur les autres et s’égorger. Peut-on compter au nombre de ses services le massacre de ses frères ? »

De son mariage avec Françoise Chabot, Charles de La Rochefoucauld eut trois filles : Françoise, Antoinette et Charlotte ; il est mort le 15 juin 1583.

CHARLES D’ESPINAY.

La baronnie de Barbezieux sort ici de la famille La Rochefoucauld pour passer en d’autres mains par le mariage de Françoise avec Claude d’Espinay, comte de Duretal. Mais Claude étant mort en 1578, transmit ses droits à l’aîné de ses enfants, Charles d’Espinay, qui succéda directement à Charles de La Rochefoucauld.

Charles d’Espinay épousa Marguerite de Rohan, mais mourut sans postérité en 1598.

LE MARÉCHAL DE SCHOMBERG.

Le maréchal Henri de Schomberg, par son mariage avec Françoise d’Espinay, sœur et héritière de son frère Charles, devint seigneur de Rarbezieux le 23 novembre 1598. Il s’illustra non seulement dans la carrière des armes, mais aussi par une rare habileté dans les affaires ; après avoir été successivement ambassadeur en Angleterre et en Allemagne, il devint surintendant des finances et chef du ministère ; c’est lui qui chassa les Anglais de l’île de Ré et vainquit les rebelles du Languedoc à Castelnaudary ; il fut aidé dans cette victoire par le brave François de Jussac d’Ambleville, seigneur de Saint-Preuil, né dans l’Angoumois, décapité à Amiens après avoir été gouverneur d’Arras. Schomberg joignait à ces qualités un caractère libéral et généreux ; voici un simple trait pour le prouver : un jour un de ses intendants lui comptait une somme assez forte, en présence de plusieurs officiers ; l’un dit à demi-voix : avec cela je serais heureux pour la vie. — Soyez heureux, lui dit Schomberg, en le contraignant d’accepter cet argent.

Le maréchal mourut subitement à Bordeaux le 17 novembre 1632, âgé de 59 ans ; son corps fut conduit par trente-cinq cavaliers dans son domaine de Nanteuil où il fut pompeusement inhumé.

La terre de Barbezieux passa des mains du maréchal de Schomberg dans celles de Claude Vignier.

CLAUDE VIGNIER.

Ce nom nous est indiqué par le testament privé du cardinal de Richelieu, fait à Narbonne le 23 mai 1642, qui contient cette phrase :

« Je Armand Jean du Plessis de Richelieu, cardinal... donne et lègue audit Armand de Vignerot... et en ce je l’institue mon héritier — savoir mon duché-pairie de Richelieu. Item je lui donne la terre et baronnie de Barbezieux que j’ai acquise de M. et Mme Vignier. »

Il s’agit ici de Claude Vignier, « marquis de Mirebeau, baron de Villemor, de Saint-Liébaut et de Barbezieux, conseiller du roi en ses conseils d’Etat et privé, et président en sa cour de Parlement de Metz, » qui épousa Catherine Chabot et mourut sans postérité en 1648 [7].

LE CARDINAL DE RICHELIEU.

Richelieu, ainsi qu’on vient de le voir, succéda à C. Vignier ; ce fut une bonne fortune pour la Saintonge, car l’illustre cardinal y fit exécuter des travaux considérables, notamment sur la route de Paris à Bordeaux qui traverse la ville de Barbezieux. Il eut aussi le projet de faire faire à ses frais un canal de la Gironde à la Seudre ; cette idée, qu’il ne put exécuter lui-même, fut abandonnée après sa mort [8].

Le nom de Richelieu est à lui seul toute une histoire qu’il ne peut entrer dans notre plan de refaire. Inutile de rappeler qu’il fut le premier ministre de Louis XIII, et que toute sa politique se résume dans ces trois grandes entreprises : détruire la puissance politique du protestantisme en France, abattre l’esprit factieux de la noblesse, et abaisser la maison d’Autriche. Richelieu était tout puissant, et lorsqu’il songea à se retirer des affaires, il reçut du roi la lettre autographe la plus encourageante que jamais ministre ait reçue : « N’appréhendez pas les calomnies, écrivait Louis XIII ; l’on ne s’en saurait garantir en ma cour. Je connais bien les esprits ; je vous ai toujours averti de ceux qui vous portaient envie, et je ne connaîtrai jamais qu’aucun ait quelque pensée contre vous, que je ne vous le die. Assurez-vous que je ne changerai jamais, et que quiconque vous attaquera, vous m’aurez pour second. »
Montesquieu fait de Richelieu ce portrait : « il fit jouer à son monarque le second rôle dans la monarchie, et le premier dans l’Europe ; il avilit le roi, mais il illustra le règne. »

Le cardinal mourut dans son palais, à Paris, le 4 décembre 1642, et fut inhumé dans l’Eglise de la Sorbonne où se trouve encore aujourd’hui son magnifique mausolée de marbre qui est le chef-d’œuvre de Girardon. Ajoutons que ses cendres furent, comme tant d’autres, profanées en 1793, mais que la tête de ce grand ministre de Louis XIII, échappée comme par miracle à la destruction, a été replacée solennellement dans son tombeau le 15 décembre 1866.

ARMAND, DUC DE RICHELIEU.

Armand de Vignerot du Plessis de Richelieu était légataire universel de son oncle le cardinal, et devint en cette qualité baron de Barbezieux, mais il ne garda pas cet héritage jusqu’à sa mort. Les biens du jeune duc étaient administrés par sa tante, madame Marie de Vignerot, duchesse d’Aiguillon ; des difficultés ne tardèrent pas à s’élever entre elle et la maison de Sorbonne relativement aux obligations contractées par le cardinal, et finalement la maison de Sorbonne poursuivit judiciairement le duc de Richelieu qui fut condamné à lui payer une somme considérable. Cette condamnation fut suivie d’une saisie et de la mise en vente de la seigneurie de Barbezieux : la procédure traîna en longueur et ce ne fut que le vendredi 23 juillet 1677 que l’adjudication eut définitivement lieu en faveur de Michel Le Tellier, moyennant une somme de 260,000 francs.

Il est curieux de donner ici la teneur de cette cession judiciaire faite en cour du Parlement de Paris :

« La cour a adjugé et adjuge.... la terre, seigneurie, baronnie et châtellenie de Barbezieux sise en Saintonge, consistant en château composé de plusieurs corps de logis et bâtiment, cour, jardin, droit de justice haute moyenne et basse dans la ville, faubourgs et territoire, et encore sur tous les habitants et serviteurs des villages et paroisses de Saint-Surin, Saint-Médard, Saint-Bonnet, Salles, Salignac, Berneuil, Condéon, Oriolles, Saint-Hilaire, Sandeville, Le Vignac et Reignac, comme étant des annexes et dépendances de la dite terre et châtellenie de Barbezieux. — Cens, rentes seigneuriales en argent, vin, blé, froment, avoine, chapons, gibiers et cannes, dîmes inféodées, fonds bannaux, droit de boucherie, de minage, de poids mesure, et péage, de passage et gué, des amendes, lots et hommages, hommes de ressort, prix de réserve, garenne, et autres dans la dite terre de Barbezieux et lieux en dépendants, droit de foire et marché audit Barbezieux, métairie du Parc et généralement tout ce qui dépend de ladite terre, baronnie et châtellenie de Barbezieux — saisie survenue à la requête de ladite maison de Sorbonne sur messire Armand Jean du Plessis duc de Richelieu, pair de France, légataire particulier et universel de messire Armand Jean du Plessis, cardinal duc de Richelieu, son oncle, pour en jouir comme eut fait le dit sieur cardinal duc de Richelieu, à la charge des frais ordinaires des criées, profils de fiefs et droits seigneuriaux, même de laisser jouir le fermier judiciaire des terres qu’il aura labourées et ensemencées, en payant par lui le prix de son bail à l’adjudicataire suivant et conformément à l’arrêt de réglement du 12 août 1664.... moyennant la somme de cent mille livres à distribuer à qui il appartiendra. » [9]

MICHEL LE TELLIER.

Michel Le Tellier, seigneur de Louvois, reçut les sceaux des mains de Louis XIV, en même temps qu’il acquérait la terre de Barbezieux. C’est en sa faveur que cette baronnie fut érigée en Marquisat par lettres patentes du mois de janvier 1678. Voici un extrait de l’ordonnance royale qui confirme ses droits :

« Louis, par la grâce de Dieu.... notre chancelier de France le sieur Le Tellier nous ayant ce jourd’hui rendu foi et hommage qu’il était obligé de nous faire.... pour raison des droits seigneuriaux dus à cause des mutations par échange de fiefs... qui lui appartiennent, scavoir... du marquisat de Barbezieux dans la sénéchaussée de Saintes... lesdits droits seigneuriaux audit sieur Le Tellier appartenant au moyen de l’adjudication qui lui en a été faite par nos amés et féaux les commissaires par nous députés pour la vente et aliénation de nos domaines, en notre palais des Tuileries le 8 août 1680.
Donné à Fontainebleau le dernier jour d’août 1683, et de notre règne le 46ème. »
 [10]

Ce grand homme d’État déploya un zèle extraordinaire dans les fonctions de chancelier et fut l’un des principaux instigateurs delà révocation de l’édit de Nantes. Il avait épousé Elisabeth Turpin et mourut à Paris le 30 octobre 1685 où il fut inhumé dans l’église Saint-Gervais ; Bossuet et Fléchier firent son oraison funèbre.

LE MARQUIS DE LOUVOIS.

Fils du précédent et célèbre ministre de Louis XIV, il fut aussi marquis de Barbezieux. Plein de prévoyance et d’activité, c’est lui qui, par ses sages mesures, avait assuré le succès des campagnes de Flandre et de Franche-Comté. Ce fragment d’une lettre de Mme de Sévigné peut servir à montrer ce que les contemporains pensaient de lui :
« Le voilà donc mort ce grand ministre, cet homme considérable, qui tenait une si grande place, dont le moi (comme dit M. Nicole) était si étendu, qui était le centre de tant de choses. Que d’affaires, que de desseins, que de projets, que de secrets, que d’intérêts à démêler ! que de guerres commencées, que d’intrigues, que de beaux coups d’échec à faire et à conduire ! »
Louvois eut plusieurs enfants de son mariage avec Anne de Souvré, et mourut à Versailles le 16 juillet 1691 entre les bras de Barbezieux, son troisième fils.

LE MARQUIS DE BARBEZIEUX.

Le 19 août 1691, Louis François Marie Le Tellier prêtait serment entre les mains du roi pour la charge de chancelier et garde des sceaux qu’avait eue son père. Louis XIV connaissait ses qualités et ses défauts ; aussi lui disait-il : « J’ai formé votre père ; je vous formerai aussi. » Malheureusement Barbezieux préféra ses plaisirs à ses affaires, au point que le roi s’en plaignit dans ces termes à l’archevêque de Reims, son oncle : « Votre neveu a des talents, mais il n’en fait pas bon usage. Il donne trop souvent à souper aux princes, au lieu de travailler ; il néglige les affaires pour ses plaisirs ; il fait attendre trop longtemps les officiers dans son antichambre ; il leur parle avec hauteur et quelquefois avec dureté. »
Barbezieux croyait à l’astrologie, et le hasard voulut qu’il devina en effet l’époque de sa mort, comme le témoigne cette note qu’on trouva dans ses papiers : « J’aurai à 33 ans une grande maladie, de laquelle je n’échapperai pas. » Cette prédiction se réalisa, puisqu’il mourut à Versailles le 5 janvier 1701 ; il était né en 1668, el s’était marié deux fois.

L’ABBÉ DE LOUVOIS.

Barbezieux étant mort sans postérité mâle, son marquisat revint à son frère puîné, Camille Le Tellier, plus connu sous le nom d’abbé de Louvois. Un manuscrit du temps dit, en parlant de cette seigneurie, que c’est une terre considérable ; dont vingt-cinq paroisses relèvent, et qui produit quinze mille livres de rente. L’abbé de Louvois était en même temps .seigneur de Berneuil, Challignac, Condéon, Oriolles, Salles, Saint-Bonnet, Saint-Hilaire, Saint-Médard, et Sandeville. C’était du reste un homme très-instruit et appelé à remplir les plus hautes fonctions ecclésiastiques ; il fut même nommé à l’évêché de Clermont, mais le mauvais état de sa santé le força à refuser, et il mourut à Paris avec beaucoup de résignation, le 5 novembre 1718, à l’âge de 44 ans.

Le partage de la succession de l’abbé de Louvois fut une affaire longue et difficile [11] ; c’est à sa sœur Madeleine Charlotte Le Tellier, mariée à François VIII de La Rochefoucauld, que fut donné le marquisat de Barbezieux.

FRANÇOIS VIII DE LA ROCHEFOUCAULD.

Nous venons de voir comment la seigneurie de Barbezieux fît retour à la famille de La Rochefoucauld. Il n’est pas sans intérêt de constater quelle valeur avait cette terre à l’époqne qui nous occupe. Le fermier général se nommait Drouet. « Suivant le compte arrêté le 16 mars 1720 entre le sieur Loûail et le sieur Drouet, la recette pour l’année 1719 monte à 13650 livres ; savoir 13000 pour l’année de fermage, et 650 livres pour les droits seigneuriaux par lui reçus du sieur Dodart, à cause de son acquisition du fief des Planches ; sur laquelle somme il faut déduire celle de 1344 livres, 14 sols, 10 deniers que ledit sieur Drouet porte en dépense, tant pour les gages des officiers de justice, concierge, gardes, maître et maîtresse d’école, que pour la rétribution annuelle qui se paye aux Gordeliers, et pour les réparations et frais de procès. » Le compte du 8 octobre 1722 y ajoute la contribution aux réparations de l’église de Saint-Médard, et « la somme de 55 livres reçue par ledit sieur Loûail... du séminaire de Saintes, pour l’indemnité du fief de Gatemoulin acquis par ce séminaire. »
François VIII mourut à Paris le 22 avril 1728, où il fut inhumé dans l’église Saint-Sulpice.

ALEXANDRE DE LA ROCHEFOUCAULD.

C’était un des fils de François VIII, né le 29 septembre 1690 et marié, le 30 juillet 1715, avec Elisabeth Marie Louise de Bermond d’Amboise. L’acte de partage de la succession de l’abbé de Louvois lui donne les titres suivants : « Très-haut et très-illustre Monseigneur Alexandre, duc de La Rochefoucauld et de La Roche-Guyon, pair de France, prince de Marsillac, comte de Duretal et d’Aubijoux, grand maître de la garde robe, et chevalier des ordres du roi, demeurant à Paris, en son hôtel, rue de Seine, quartier Saint-Germain des Prés, paroisse Saint-Sulpice, seul héritier, au moyen de la renonciation faite par madame Emilie de la Rochefoucauld, duchesse d’Uzès, sa sœur, et légataire universelle de défunte... Madeleine Charlotte Le Tellier de Louvois, sa mère, au jour de son décès veuve de François duc de La Rochefoucauld... laquelle feue dame duchesse de La Rochefoucauld était légataire universelle pour une tête de ladite feue dame marquise de Louvois. sa mère, et héritière aussi en partie par bénéfice d’inventaire, quant aux propres, dudit seigneur abbé de Louvois, son frère. »

Alexandre ne laissait que deux filles lorsqu’il mourut le 4 mars 1762. L’une de ces filles, Louise Elisabeth, avait épousé, le 28 février 1732 , son cousin Frédéric de La Rochefoucauld, duc d’Anville. La seconde, Marie, s’est mariée avec Louis François Armand, duc d’Estissac, qui forma la branche cadette de La Rochefoucauld.

Quant au duc d’Anville, il était mort le 28 septembre 1746, et ne put par conséquent succéder à son beau-père ; heureusement il avait eu un fils et une fille.

LOUIS ALEXANDRE DE LA ROCHEFOUCAULD.

Fils du duc d’Anville, il recueillit l’héritage de son aïeul en 1762, et se maria le 7 décembre de la même année avec Louise Pauline de Gand de Mérode, à l’âge de dix-neuf ans. Le 21 mars 1780 il épousa en secondes noces sa nièce Alexandrine Charlotte Sophie de Rohan Chabot.

Le duc reçut le 29 août 1787, la visite du célèbre voyageur Arthur Young, qui raconte ainsi son passage en Saintonge [NDLR : Voir sur Histoire Passion le récit d’Arthur Young.]

« Nous allons à Barbezieux, situé dans une belle campagne, supérieurement variée et boisée, dont le marquisat et le château appartiennent au duc de La Rochefoucauld que nous trouvâmes ici. Il a hérité cette terre du fameux Louvois, ministre de Louis XIV. Dans un espace de douze lieues de pays, situé entre la Garonne, la Dordogne et la Charente, et conséquemment dans une des plus belles parties de la France pour trouver des débouchés, la quantité de terres en friche que nous rencontrâmes est étonnante ; c’est le trait dominant du terrain pendant toute la route Nous soupâmes chez le duc de La Rochefoucauld. L’assemblée provinciale de Saintonge doit bientôt avoir lieu, et comme ce seigneur en est président, il attend qu’elle soit formée. » [12]

Le duc de La Rochefoucauld se montra le protecteur éclairé des lettres, des sciences et des arts qu’il encouragea par sa fortune et sa collaboration. Député aux États généraux, il fit partie des quarante-sept nobles, si connus sous la dénomination de minorité de la noblesse, qui se réunirent, le 25 juin 1789, au tiers-état. C’est une justice à lui rendre que de reconnaître qu’il applaudit aux idées nouvelles dans tout ce qu’elles avaient de juste et de grand. Écoutez plutôt ce qu’il dit sur l’importante question de la successibilité :
« Je regrette que le temps ne soit pas arrivé d’établir le partage égal des biens entre les enfants d’une même famille. Je vote pour la suppression entière du droit d’aînesse ; mais je voudrais que cette suppression ne frappât point les personnes actuellement mariées. »

Et relativement à la grande question de l’état du clergé en France, voici la proposition qu’il fit et qui fut adoptée :

« L’assemblée nationale, considérant qu’elle n’a, ni ne peut avoir, aucun pouvoir à exercer sur les consciences et sur les opinions religieuses ; que la majesté de la religion et le respect qui lui est dû ne permettent pas qu’elle devienne l’objet d’une délibération ; considérant que l’attachement de l’assemblée nationale au culte catholique, apostolique et romain, ne saurait être mis en doute dans le moment même où ce culte va être mis par elle à la première classe des dépenses publiques, et où, par un mouvement unanime, elle a prouvé son respect de la seule manière qui pouvait convenir au caractère de l’assemblée nationale, a décrété et décrète qu’elle ne peut ni ne doit délibérer sur la proposition faite, et qu’elle va reprendre l’ordre du jour sur les affaires ecclésiastiques. »

La préoccupation des affaires publiques n’empêchait pas le duc de La Rochefoucauld de veiller aux intérêts des habitants de Barbezieux. Là, en effet, il y avait beaucoup de misères à soulager ; par suite de la suppression de la dîme et des autres droits, les pauvres ne recevaient plus assez de secours ; alors les officiers municipaux de la ville demandèrent du travail et des salaires pour les ouvriers ; le duc obtint immédiatement du roi une somme de deux mille livres qu’il leur adressa avec cette lettre :

« Paris, 20 mars 1790.
« J’ai reçu, messieurs, avec un vrai plaisir les témoignages de vos sentiments dans votre lettre du 6 de ce mois ; j’ai reçu aussi celle que M. Rouanet m’a adressée le 13, et je l’ai envoyée à M. le contrôleur général qui dispose encore des fonds dans les provinces qui, comme la nôtre, n’avaient pas d’assemblées administratives ; vous pouvez être assurés du zèle avec lequel je poursuivrai le succès de votre demande et que je mettrai toujours à ce qui vous intéresse.
« J’ai l’honneur d’être, messieurs, votre très-humble et très-obéissant serviteur,
Le duc de La Rochefoucauld. »
 [13]

Pendant ce temps, la révolution devenait de plus en plus menaçante ; le duc donna sa démission de député et crut devoir s’éloigner de la capitale, lors des événements du 10 août ; malheureusement il avait joué un rôle trop important pour espérer d’être oublié. Il fut découvert dans sa retraite à Gisors où les assassins de septembre 1792 le massacrèrent le 14 de ce mois.

En lui prit fin cette seigneurie de Barbezieux dont nous venons de parcourir la longue existence. Le duc Louis Alexandre de La Rochefoucauld, mort sans postérité, termine glorieusement cette liste de seigneurs où nous avons rencontré les noms les plus illustres de France.

Nous dirons ce qu’est devenu le château de Barbezieux, en nous occupant des édifices de la ville.

Il nous reste à donner le tableau général des familles qui ont possédé cette seigneurie de l’an 1000 à 1792 :
- De Barbezieux, pendant environ 360 ans.
- D’Espinay de Duretal, 15 ans
- De Schomberg, 34 ans
- Vignier, 6 ans
- De Richelieu, 39 ans
- De Louvois, 41 ans
- De La Rochefoucauld, 297 ans.

Voici les armes de ces familles :
- 1. Barbezieux : d’or à un écusson d’azur en abîme.
- 2. Espinay de Duretal : d’argent, au lion coupé de gueules et de sinople.
- 3. Schomberg : d’or, au lion coupé de gueules et de sinople.
- 4. Vignier : d’or, au chef de gueules, à la bande componée d’argent et de sable, brochant sur le tout, à la bordure de France.
- 5. Richelieu : d’argent, à trois chevrons de gueules.
- 6. Louvois : d’azur, à trois lézards d’argent posés en pal ; au chef cousu de gueules, chargé de trois étoiles d’or.
- 7. La Rochefoucauld : burelé d’argent et d’azur de dix pièces, à trois chevrons de gueules sur le tout [14].


[1Testament de Pierre de Barbezieux, mss. sur parchemin infolio, avec scel, J-406, n° II. (Archives de l’Empire, section historique).

[2Commanderie de Beauvais-sur-Matha

[3Notice biographique sur la maison de Larochefoucauld, par Ch. Casson, in-8°, 1843.

[4Les Francs-Taupins, histoire du temps de Charles VII, 1400, par le Bibliophile Jacob.

[5Généalogie de la maison de Larochefoucauld, 1654.

[6Les Petaux, chronique du XVIe siècle, par A. Garreau, Saintes, in-12, 1858.

[7Généalogie de la maison de Vignier, par Nicolas de la Brosse, Paris, 1634, in-12. - Recherches de la noblesse de Champagne, 1673, 2 volumes, in-folio.

[8Mémoire sur la généralité de La Rochelle, manuscrit in-4° de la bibliothèque de l’Arsenal, à Paris, (section de l’histoire, n° 336), et sur le site Histoire Passion)

[9Extrait des manuscrits déposés aux Archives de l’Empire, cote 13622.

[10Archives de l’empire, volume P 20, cote 1163.

[11Partage des successions de Madame et de Monsieur l’abbé de Louvois, Paris, Le Mercier, 1741, in-folio. Se trouve à la bibliothèque de l’Arsenal, J, 5334. Le partage porte la date du 10 mars 1721.

[12Voyages en France pendant les années 1787 à 1790, par A. Young, tome 1, page 139. - Lettres charentaises, par L. Babaud-Laribière, 2 vol. in-8°, 1865.

[13Lettre conservée aux archives de la mairie de Barbezieux. On y trouve aussi d’autres lettres en date du 6 avril 1790, et du 26 février 1791.

[14Voir la Revue nobiliaire, qui paraît chez J.-B Dumoulin, à Paris (livraison de mars 1868).

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