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1350 (c) - Saint Eutrope de Saintes (17) était-il le patron des pendus ?

D 22 mars 2010     H 13:39     A Pierre     C 2 messages A 1970 LECTURES


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De tous temps, les pèlerins ont aimé rapporter des souvenirs de leur voyage. Les médailles sont tout particulièrement prisées. Plusieurs ont été retrouvées à Paris, dans le lit de la Seine. Celle décrite ici soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. Pourquoi, dans l’imagerie populaire du XIVe siècle, saint Eutrope de Saintes était-il associé à un pendu et à son gibet ?
L’abbé Lacurie écrit ne connaître aucun évènement justifiant cette association d’idées.

Source : Collection de plombs historiés trouvés dans la Seine - 2ème partie : Enseignes de pèlerinages - Arthur Forgeais - Paris - 1863 - Google Books

Légende : VECY (l’e) NSAIGNE (s. Eutro) PES DE SAINTES.

Saint Eutrope, mitré, tient sa crosse et bénit. Une main qu’on aperçoit dans le haut et qui touche le sommet de la mitre, indique l’assistance divine, tandis qu’un homme armé lui assène sur la tempe un coup de hache d’armes en manière de hallebarde.

Au revers est un homme pendu à une potence contre laquelle est encore appliquée l’échelle qui a servi à son supplice.

Cette enseigne, du XIVe siècle, acte trouvée au Pont-au-Change, en 1862.

Le mot ensaigne, écrit tout au long sur notre pièce, a de quoi mettre fin aux doutes que quelques personnes pourraient encore conserver sur l’ancienne dénomination des souvenirs de pèlerinages auxquels est consacré tout ce volume.

Saint Eutrope est le patron de Saintes, et il est généralement considéré comme ayant été le premier évêque de cette ville. Il prêchait la foi dans les Gaules, du temps de la domination romaine, et l’on croit que ce fut, au plus tard, sous Septime Sévère, qu’iTfut martyrisé à Saintes par les infidèles, qu’il cherchait à convertir au christianisme. On perdit longtemps de vue son tombeau et peut-être même sa mémoire. Saint Grégoire de Tours dit que Pallade, évêque de Saintes, qui vivait au VIe siècle, ayant voulu faire transférer les cendres de saint Eutrope dans une église nouvellement bâtie en son honneur, deux abbés qui étaient de la cérémonie ouvrirent le cercueil et remarquèrent à la tête du saint une fracture du crâne faite par la hache qui lui avait donné le coup de la mort, qu’on jugea de là que le saint avait souffert le martyre, et que les deux abbés furent confirmés, la nuit suivante, dans cette opinion par le saint évoque lui-même, qui leur en découvrit la vérité en songe. Suivant certaine légende locale, qui manque d’ailleurs d’autorité, saint Eutrope aurait été mis à mort par les bouchers de la ville, déchaînés contre lui par le gouverneur. Eustelle, fille de ce dernier, que Eutrope avait convertie, lui aurait fait donner secrètement la sépulture dans un endroit où les restes du saint restèrent ignorés pendant plusieurs siècles, et jusqu’au moment où l’évêque Pallade les en tira pour les déposer dans l’église dont il a été question plus haut. Cette église devint, par la suite, la propriété des religieux de Cluny, qui en firent construire une nouvelle pour la remplacer, après avoir établi à Saintes le monastère de Saint-Eutrope.

La nouvelle église était achevée en 1096. Les religieux y transportèrent alors les restes de saint Eutrope, les laissèrent pendant quelques jours exposés à la vénération des fidèles, puis les déposèrent en grande pompe dans la crypte où l’on a, de nos jours, retrouvé son tombeau, dont la trace était perdue depuis plusieurs siècles.

Deux villes se partagèrent particulièrement le culte de saint Eutrope : c’était tout d’abord Saintes, puis Vendôme, où une partie des reliques du martyr saintongeois avaient été transportées au XIe siècle.

L’historien Vincent de Beauvais, qui écrivait au XIIIe siècle, fait mention de la dévotion dont était l’objet, de son temps, le corps de saint Eutrope, et des miracles qu’il opérait chaque jour, « Super B. Eutropii corpus ingens Basilîca fabricatur in qua cunctis morborum generibus detenti crebro liberantur ». Mais, ni chez cet auteur, ni dans les vieux bréviaires saintongeois, nous n’avons rencontré aucun fait qui rende raison du pendu adossé ici au martyre de l’évêque.

En 1269, Alphonse, comte de Poitou, faisait, au prieuré de Saint-Eutrope de Saintes, une fondation de vingt livres de rentes pour entretenir un cierge allumé devant le corps du saint martyr. Cet acte de fondation fut renouvelé ensuite et confirmé par divers rois de France, au nombre desquels on ne doit pas être surpris de trouver Louis XI, dont le nom est partout où il y avait une dévotion fort populaire. Le roi, dans ses lettres de confirmation de ladite fondation, de l’année 1478, y témoigne de la grande affection qu’il a eue de tout temps « au glorieux évêque et ami de Dieu, monseigneur saint Eutrope » [1].

Eu 1562, François Nouet, prieur du monastère de Saint-Eutrope, fuyant les calvinistes, se sauva à Bordeaux, emportant le chef du saint. Nouet mourut à Bordeaux, et le chef de saint Eutrope fut rendu, en 1602, par l’archevêque cardinal de Sourdis, à l’évêque de Saintes, Pierre de La Courbe. [NDLR : Voir cet article]

Nous en avons dit assez pour justifier l’existence de l’enseigne de pèlerinage présentée en tête de cet article. Le type principal, où l’on reconnaît le martyre de l’apôtre de Saintes, est déjà tout expliqué. Quant au revers, où l’on voit un pendu, toutes les conjectures du monde ne vaudraient pas un fait bien constaté (au moins comme conviction populaire). Ce n’est pas de l’imagination qu’on nous demande, apparemment, mais de l’histoire. Un franc aveu d’ignorance sera donc mieux accueilli qu’une convention risquée, si plausible qu’elle soit. Or, il nous faut confesser que nos recherches à ce sujet sont demeurées sans résultat, quoique nous ayons eu recours, en dernière instance, pour la solution du problème, à des Saintongeois, qui nous paraissaient plus particulièrement en mesure de le résoudre. La publicité que recevront ces lignes aura sans doute de meilleurs résultats que n’en ont eus nos démarches antérieures, et nous offrons d’avance le témoignage de notre gratitude à celui qui voudra bien nous donner le moyen de combler cette lacune regrettable.

Au moment de mettre sous presse, une lettre de M. l’abbé Lacurie nous apprend que saint Eutrope était particulièrement célèbre pour l’aide qu’il prêtait aux condamnés. Mais le savant chanoine ne connaît pas de fait particulier qui se rapporte à notre pendu.


SAINT EUTROPE - VARIÉTÉ.

Ce fragment d’enseigne représente les mêmes scènes que la précédente, mais c’est un peu plus moderne et peut-être même du XV siècle.

La hache dont se sert le meurtrier du saint est dessinée d’une manière plus ample. Quant aux lettres qui restent de la légende, elles faisaient sans doute partie des mots :

S. EVT (rope de Saint) ES.

Trouvé au pont d’Arcole, en 1862.


[1Recueil des pièces relatives à la reconnaissance des reliques trouvées dans l’église souterraine de Saint-Eutrope de Saintes, en 1843, 2e partie, p. 18.

Vos commentaires

  • Le 6 septembre 2012 à 11:36, par Guilhem En réponse à : 1350 (c) - Saint Eutrope de Saintes (17) était-il le patron des pendus ?

    Bonjour,
    Je ne sais pas si on peut y voir un lien avec cette "anseigne", mais il se trouve que je suis propriétaire d’un vieux logis qui a également à voir avec une histoire de gibet et de St Eutrope.
    Dans le "recueil de la commission des arts et des monuments historiques de la Charente-Inférieure (1884, tome III, page 383), il est dit qu’au XIIIième siècle un gibet servait aux exécutions des prieurs de St Eutrope, lequel était justement situé à Saintes.
    Je serais curieux d’en savoir d’avantage sur le lieu où à justement été trouvé ce panneau.
    Bien cordialement,

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