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1351 - 1455 - La commanderie hospitalière du Breuil-du-Pas à Saujon (17) pendant la guerre de Cent Ans

D 12 septembre 2007     H 00:46     A Pierre     C 1 messages A 2315 LECTURES


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Un document tout à fait passionnant, puisqu’il s’agit d’une chronique très vivante couvrant toute la période de la guerre de Cent Ans.
Elle décrit avec de nombreux détails la situation dans laquelle se trouvent la Saintonge et ses habitants pendant cette guerre, sur un territoire allant du val de Seudre à Saintes, ainsi que les tribulations des responsables de la commanderie hospitalière du Breuil-du-Pas à Saujon (17).
Le tout écrit dans une langue savoureuse où le français et le patois saintongeais font bon ménage.

Source : Documents inédits colligés par M. de Beaumont, évêque de Saintes. Extrait d’une enquête relative à la Commanderie du Breuil-du-Pas, par M. l’abbé P.-Th. Grasilier, dans le Recueil des actes, archives et mémoires de la Commission des Arts et Monuments Historiques de la Charente-Inférieure - T III - Année 1877

La seule indication donnée sur le document original dit qu’il a été mis à disposition par l’évêque de Saintes, M. de Beaumont.

La suite des tribulations de la Commanderie du Breuil-du-Pas dans un procès en 1460

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La Commanderie du Breuil-du-Pas ou Tableau de la Saintonge pendant la première moitié du XVe siècle

On pays de Xaintonge, à demi quart de lieu de Ribérou, prèz Saujon, est séante la commanderie du Breuil-du-Pas, membre dépendant de Sainct Jehan de Jérusalem. Ladite commanderie estoit de bien ancienne et notable fondation, jadis fondée pour et en l’honneur de Dieu et de Monsieur Saint Jehan de Jérusalem, et en laquelle commanderie est chacun jour fait bel et notable service divin, et doit ledit commandeur à cause d’icelle grand pension au grand commandeur de Rhodes pour l’entretennement des gens de guerre qui sont avec lui nuit et jour pour soutenir et garder la loy et la foy Chrestienne. Et à laquelle commanderie, pour icelle entretenir, sont et appartiennent plusieurs mas, villages, bourgades, terres labourables, prez, bois, vignes et autres héritages, cens, rentes et revenus étans et séans entre les rivières de Charente et de Gironde, ez pays que nos anciens ennemis et adversaires les Anglois ont longuement tenus et occupez, ou qui a esté ez frontières d’iceulx, et dont les commandeurs dudit Breuil-du-Pas n’ont de longtems joy, ne pu joyr, obstant les guerres et divisions qui longuement ont esté et eu cours ondit pays de Xaintonge, mêmement ondit pays de la rivière de Charente.
En l’an 1351 estoit commandeur dudit Breuil-du-Pas frère Jehan du Boismartin, lequel accepta le 19e de may de ladite année, pour le pronfict et esmolument d’icelle commanderie, une rente de 20 livres payable la tierce partie en blé, la tierce partie en vin, et la tierce partie en deniers, constituée par feu Guillaume Jourdain Seigneur de Rioux sur tous ses biens à perpétuité.

Emprez ledit frère Jehan du Boismartin fut commandeur frère Thomas Bourdin, auquel paya ladite rente Guillaume de Beaumont Seigneur dudit Rioux, successeur de feu Guillaume Jourdain.

Et emprez ledit frère Bourdin vint gouverner ladite commanderie frère Jehan Labbé. Et fréquentoit icelui Labbé souventes fois l’oustel de feu Girault, laboureur, demeurant à Brye, en la paroisse de Médis, et fust parein du fils dudit Girault. Et mesmement venoit ez festes de Saint Sornin ez quelles ledit Girault faisoit chacun an dire messes, et convioit des chapelains qui avoient dites et célébrées lesdites messes à disner.
1415 ou 1416 - A une desdites fois, 45 ans à ou environ, ledit commandeur disoit au curé de Saujon, ainsi qu’ils parloient du revenu de ladite commanderie, que Messire Guillaume de Beaumont, Seigneur de Rioux, lui devoit la valeur de vingt livres de rente tant en deniers, bled que vin, mais qu’il estoit pauvre homme et n’en pouvoit estre payé : et de ce ils avoient débat ensemble. Certain tems en amprez entreprint journée ledit Labbé avec ledit Seigneur de Rioux. Et de fait, la même année, ledit commandeur et ledit Guillaume de Beaumont et le fils d’icelui qui avoit nom Ithier, se assemblèrent on l’église de Saint Martin de Saujon et mena ledit commandeur en ladite assemblée Penot Jourdain dit Chaillonnois, laboureur, demeurant audit lieu en la paroisse de Saujon, et Jehan Margier, aussi laboureur, demeurant audit lieu de Saujon.

Or, Messire Guillaume dit audit commandeur ces paroles ou semblables : « Ne me faites point de guerre. Je suis prest d’ester à toute raison. » Et ce dit avec plusieurs autres choses. Et ledit Messire Guillaume de Beaumont recogneust et confessa devoir ladite rente sur sa terre de Rioux, et pour les arrérages compensa à la somme de trentre livres, pour laquelle somme il luy promit bailler ung pareils de bœufs qu’il avoit à Rioux pour vingt écus, valant la pièce vingt deux sous six deniers, et à continuer d’illec en avant ladite rente. Et certain jour aprez ledit appointement ledit commandeur commanda à Jehan Merceron son nepveu qu’il allast quérir lesdits bœufs que luy avoit promis et estoit tenu payer ledit messire Guillaume audit lieu de Rioux, lequel Merceron s’en party et parla, et les emmena, et d’illec à deux jours Penot Jourdain et son père et ledit Merceron par le commandement dudit commandeur commencèrent à lier leurs bœufs ensemble, mesmement ledit Merceron lesdits bœufs qu’il avoit emmenés dudit lieu de Rioux, parce que chascun d’eulx n’avoit que ung pareil de bœufs et d’un couple de bœufs ne pouvoient faire labourer ; et en tielle manière tinrent leurs bœufs et labourèrent, Penot Jourdain et sondit père et ledit Merceron, un an et plus. Et étoit content ledit commandeur de donner la moitié des arrérages pour avoir l’autre moitié ; et aussi receut-il de l’argent dudit messire Guillaume, mais ce qu’il en avoit eu ne luy faisoit point de bien, pource que il ne le recevoit que à pièces.
1415. — Tantost emprez furent rompues les trêves du Roy Richart, et vint le Comte d’Autinton et ses gens anglois qui prirent l’église de Saint Martin dudit lieu de Saugeon, et détruisirent tous les biens, meubles et héritages des habitants dudit lieu. Et depuis jusques aux dernières trêves on a veu les guerres et divisions avoir moult grand règne ondit pays de Xaintonge et plusieurs places dudit pays occupées par les anglois et sur la rivière de Gironde, comme la Mothe-Saint-Seurin, Cosnac, la Roiste et autres, et à cette occasion le village du Breuil-du-Pas et ladite paroisse de Saujon et tout le plat pays déserts et inhabitans. Aussi ledit frère Labbé délaissa ladite commanderie et s’en alla aux Églises-d’Argenteuil par delà Saint-Jehan-d’Angély dont il fut commandeur.

Et adoncques fut commandeur de ladite commanderie du Breuil-du-Pas, frère Guillaume du Poix, lequel un an et demi emprez alla de vie à trépas, et emprez ledit du Poix vint un nommé frère Philippe Gaston, qui de présent est commandeur de Thairé. Lesquels frère Guillaume du Poix et Philippe Gaston tindrent ladite commanderie sans faire aucune résidence sur les lieux.

Adoncques feu messire Guillaume de Beaumont estoit allé de vie à trépassement, et comme Ithier son fils estoit allé demourer à Vaux, en la chastellenie de Royan, il vy venir et arriver en icelui lieu de Vaux le commandeur de ladite commanderie de Pas, lequel lui fy question et demande des arrérages des vingt livres de rente, à quoy icelui Ithier disoit et faisoit réponse qu’il ne le pourroit payer et qu’il n’avoit de quoy. Et lesdits commandeur et Ithier étoient en ces paroles arriva sur eux l’abbé de ladite abbaye de Vaux, et en la présence dudit abbé continuèrent lesdites paroles encommencées. Icelui commandeur disoit audit Ithier de Beaumont qui s’estoit excusé qu’il n^avoit de quoy payer les arrérages de ladite rente, que en payement d’iceulx arrérages il estoit content de prendre blé, vin, bestiaux et tout ce qu’il luy vouldroit bailler, et puis luy dit que s’il avoit un bon cheval, qu’il le prendroit volontiers. Et lors le nommé Jehan Guerry qui estoit page dudit Ithier et avoit accoutumé chevaucher avec lui, lui dit qu’il n’auroit pas le cheval qu’il chevauchoit, dont ledit abbé se print à rire, et dit que lesdits commandeur et Ithier de Beaumont allassent disner avecques luy et que en disnant il les appointeroit, et de fait les emmena en ladite abbaye pour disner, et leur porta Jehan Guerry deux quartes de vin dudit Ithier. Et dit ledit Ithier à icelui Jehan Guerry, son page, que aprez disner il mena en ladite abbaye la femme d’iceluy Ithier, ce qu’il fit. Et en y allant luy dit ladite femme que ledit commandeur vouloit faire empescher ung moulin appartenant à sondit mari et elle, assis ondit lieu de Vaux, pour les arrérages de ladite rente, et que si le commandeur le faisoit que sondit mari et elle qui n’avoient de quoy fournir au payement des arrérages de ladite rente estoient en voye de jeûner. Et quand lui et ladite femme furent arrivez en ladite abbaye, icelle femme appela à part ledit Ithier, son mari, qui encore étoit assis à table avec lesdits abbé et commandeur, et luy dit : que ledit commandeur s’estoit vanté qu’il feroit empescher ledit moulin, en l’exhortant qu’il y mist remède et qu’il appointast à icelui commandeur, et alors ledit abbé qui entendist les paroles de ladite femme, lui dit qu’elle ne s’en souciast point.

Ainsi icelui frère Philippe Gaston demoura commandeur d’icelle commanderie par deux ou trois ans, jusqu’à ce qu’il délaissa ladite commanderie pource qu’elle lui estoit de nulle valeur, laquelle commanderie à cette cause demoura dépourvue de commandeur par l’espace de dix huit à vingt ans ou environ.
1441. — Depuis quarante ans à ou environ on oy dire en Rhodes, ainsi que l’on parloit des commanderies du prioré d’Acquitaine, que ledit frère Philippe Gaston avoit délaissé ladite commanderie pource que elle lui estoit inutile. Lors, 1441, à la requeste du Grand Maistre de la Religion, les frères de la langue de France qui estoient en Rhodes, entre lesquels estoit frère Bertrand Jameron, de présent commandeur de Bourgneuf, du Temple à La Rochelle et des Epaulx en Xaintonge, donnèrent ladite commanderie du Breuil-du-Pas et de Voultron à frère Philippes de la Boissière, moyennant ce que ledit frère Philippes qui encore n’estoit point de ladite Religion, se mettroit en icelle dedans l’an. Or lesdites commanderies estoient désertes et n’y avoit personne qui s’en voulsit charger. Et durant ledit tems icelui pays de Xaintonge, excepté les villes et forteresses, estoit désert et inhabité, mesmement ladite commanderie, et aucuns y ont veu prendre sangliers en icelle commanderie, qui toute estoit en friche et en ruisne, et y avoit de si fors buissons dedans l’église et à l’entour d’icelle, aussi dans les masures, que ledit de la Boissière mit plus de onze jours pour approcher desdils église et masureaux.

Adoncques estoit le temps des trêves que ledit pays s’est commencé à publier et estré labouré. Frère Philippe de la Boissière fy réparer et recouvrir lesdites maisons et en icelles mist à demourer Jehan de la Boissière son frère avec son ménage, et esdites maisons fy ledit de la Boissière aucune résidence, mais incontinent aprez s’en alla demourer à Mornac, quand les dernières trêves se rompirent à Fougères, dix huit ans en ça 1443. La guerre étoit lors si grande par le pays de Xaintonge, que des villes de Xaintes, de Pons, de Mornac, ne de Thalmond on n’ousoit saillir, obstant que les anglois couroient, tant de jour que de nuit, jusque devant les portes desdites villes, tellement qu’il convenoit tous les matins à porte ouvrant faire saillir gens à pied et à cheval pour aller faire la recherche s’il y avoit point d’embusche sur les champs, affin que le pouvre peuple peut saillir en sûreté pour labourer à l’entour des villes : et n’ouvroit-on que le guichet des portes des villes jusques à ce qu’il fut haute heure et qu’on eust sceu des nouvelles s’il y avoit rien par ceux qui venoient de par les villages : et estoient les habitants toujours en si grande crainte et doute qu’ils ne sçavoient à queulx saints se vouher. Et qu’il soit vray appert asses en la personne de feu Messire Pierre du Moulin qui, pour cuyder faire et exercer justice, fut prins par messire Jacques de Pons en la ville et cité de Xaintes et à sa table, et on fut emmené à Royan où illec il fut mis en prison, et en basse fousse, et lui convint sever plus qu’il n’avoit vaillant. Aussi fut prins feu Perrot Richart de Saint Savinien que feu monsieur l’Amiral fil mourir, la femme feu Hélie Gombourt et plusieurs autres, et Dieu sache quel temps couroit !

Item aussi est-il vray qu’on n’eust peu aller ez villes de Xaintes et Pons quérir justice contre ledit Seigneur de Pons et ses gens : car si aucun eust entreprins de rien leur demander, on leur eust fait guerre comme faisoient communément le Seigneur de Rioux qui estoit lors avec ledit Seigneur de Pons, et des plus avant, et aussi Jehan de Saint Julien et plusieurs, lesquels vinrent en la ville de Xaintes accompagnez de grande quantité de gens armez et embastonnez d’armes invasibles, prohibées et deffendues, où illec mécontents de ce qu’on avoit fait convenir ledit Saint Julien et autres, iceluy de Saint Julien vint à la halle du Roy ainsi qu’on expédioit les causes, et veut courir sus au juge : et qui plus est aucuns des gens du Seigneur de Pons et autres des pays vinrent courir sus en la ville à feu ........... receveur du Roy nostre Sire, en haine de ce qu’il poursuivoit et vouloit deffendre le droit du Roy à rencontre d’aucuns des gens dudit Seigneur de Pons. Lequel Seigneur de Pons qui tenoit le party françois se maria avec la fille du capitaine de Beauchamp qui tenoit le party anglois.

N’a pas encore gueres de tems que Maistre Hélies du Chalar, que Dieu absolve, n’osoit aller jusques à Taillebourg sans grande compagnie de gens d’armes. Nul n’osoit prendre palis ne soufferte qui eust nom ne rien que perdre, et qui doubtast estre prisonnier, et ne prenoient pastis et souffertes fors pauvres comme iceulx gens qu’ils sont qui alloient de nuit par les bois et venoient comme les oyseaux de proye, gens qui vouloient gaigner et aventurer : et qui plus est, lesdits pastis et souffertes se rompoient toutes fois et quantes que assemblées de gens se faisoient, et ne tenoient lesdits pastis ef souffertes si non ceux des places qui donnoient lesdits pastis et souffertes, et ne les tenoient ceux des autres places si non comme bon leur semblast. Et partout ledit pays de Xaintonge, non pas seulement de ça la rivière de Charente qui estoit totalement en la subjeclion des ennemis du Royaume, mais aussi par le pays delà ladite rivière les pilleries et roberies estoient si grandes que nul homme d’Eglise ne autre homme de nom n’estoit si ousé ne si hardy de soy trouver sur les champs, et le plus, du temps avant la conqueste on eust plutost trouvé les prestres en habits de gens d’armes et couvers leurs couronnes de bouhe que autrement, et n’y avoit personne de quelque estât qu’il fust qui ousast aller ne venir fors de nuit et en grande crainte.

Nul n’osoit gueres venir à ladite ville de Xaintes autrement que par le moyen du pèlerinage de Monsieur Saint Eutrope et pour voyage ou sous couleur de voyage, pour ce que aux pellerins allans audit Saint Eutrope rencontrants les ennemis ne mesfaisoient jamais, pourvu que à aller et venir, eussent affirmation de leur curé, et portassent chandelle, et au retour l’enseigne Saint Eutrope, et à l’aller et au revenir escharpe et bourdon, et donnoient lesdits ennemis pastis et souffertes et sauf-conduits en leur payant certaine somme d’argent et de deniers.
1443. — De commencement donc que frère Philippes de la Boissière vint à ladite commanderie, tantost aprez sa venue vint demourer on lieu de Mournac où il y a ville et chasteau fermez et ne demouroit point audit lieu de Pas tant pour la roupture des trêves et les guerres qui lors commencèrent que pource que les maisons estoient toutes chues en ruines. Ledit de la Boissière pour cuider aller à ladite commanderie voulsit avoir une sauve conduit des angloys, et ne le peut avoir. Adoncques fust fait frère Philippes lieutenant de frère Bertrand Gameron commandeur de Bourgneuf qui avoit le gouvernement d’icelle place de Mournac. Et un an ou deux aprez la venue dudit frère Philippes audit lieu, estoit icelui frère Philippes à la garde de la grosse tour dudit Mournac et monta de nuit pour voir du guet et quels gens s’estoient qui faisoient un grand effroy sur la rivière qui passe pardevant la dite ville de Mournac (1445 ou 1446, à 15 ans il y a donc 1440), et tomba et cheust au long de l’eschalle de ladite tour et se froissa la teste et se blessa en plusieurs endroits de son corps, et demoura toute une nuit cheut sans soy relever : à l’occasion de laquelle cheute et blecement et de ce qu’il demoura cheut ladite nuit, et en ce soy refroidi, fust très-griefvement malade et devint sourt, et depuis n’oy chouses quelconques non pas mesme les cloches quand elles sonant. Le lendemain nobles hommes Héliot de Lion et Guillaume du Breuil vinrent voir icelui frère Philippes et le trouvèrent couché au lit ainsi griefvement malade que dit est, et qui avoit la teste enveloppée et estoit entre mains de barbiers, et depuis quand l’on lui vouloit aucunes choses faire sçavoir, il luy falloit démonster par signes, encore à grandes difficultés ; car ledit frère Philippes n’estoit point clerc ne ne sçavoit lire, ains estoit pouvre et simple personne.

Emprez ladite cheute ledit frère Philipes se fist amener audit lieu du Breuil-du-Pas. Adoncques deçà la rivière de Charente tous les nobles lieux et gros villages estoient et sont déserts en friches et en ruine ; et là où souloient estre beaux manoirs, domaines et héritages, sont les grands buissons et autres déserts, et mesmement ladite commanderie de Pas qui est encore en frische et en ruisne ; fors ung petit appentis que frère Aimery Bonneau de présent commandeur foit réédifier.

Mais par deffaut de son entendement quequessoit de l’oyr, icelui frère Philippes estoit homme qui mouvoit beaucoup de plaitz en la cour du baillage de Saujon, auquel sept ou huit ans a avoit fait convenir icelui frère Philippes un bonhomme, laboureur d’Arvert, et luy fist question du quart de froment de rente et des arrérages d’icelle : durant lequel procez ledit bonhomme disoit audit commandeur que s’il luy vouloit quitter les arrérages, qu’il luy enseigneroit lettres dont il auroit proufit plus que ne valoit laditte rente et arrérages. Mais pour-ce que ledit frère Philippes estoit sourt de tous poins ung nommé Jehan Texier qu’il avoit mené avec luy audit baillage ne ledit bonhomme ne luy pouvoient donner à entendre ce que disoit icelui bonhomme : et imaginant ledit Jehan Texier que ledit bonhomme eust ou sceust aucunes lettres appartenantes à ladite commanderie, démonstra par signes, et plusieurs fois, audit frère Philippes qu’il eust une excomange contre ceux qui détenoient les lettres de sadite commanderie, et amprez ce qu’il lui eust par plusieurs fois et par longtemps démonstré, ledit frère Philippe lui demanda sy s’estoit pas une excomange dont il parloit et faisoit mention et Jehan Texier luy fit signe que oy. Et iist de nouveau convenir en la cour dudit baillage icelui frère Philippes deux autres hommes d’Arvert et ledit bonhomme auquel il faisoit question du quart de froment de rente et des arrérages el aussi de certaines lettres qui luy appartenoient à cause de sadite commanderie et lesquelles ledit homme luy avoit promis de luy bailler, comme disoit ledit frère Philippes, à quoy ledit homme fy réponse qu’il ne luy devoit, ne ne luy avoit rien promis. Ce qui fut fait entendre audit frère Philippes par signes, qui dit lors qu’il en auroit une excommenge. Et pource que lesdits trois hommes se plaignaient dudit frère Philippes qu’il leur donnoit plusieurs vexations, comme de les faire adjourner, et qu’il ne pouvoit entendre leur réponse, fut deffendu par maistre Jehan Pilot tenant lors la cour dudit baillage et par noble homme Guillaume du Broil comme juge dudit baillage aux sergens d’iceluy que à la requeste dudit frère Philippes d’illec en avant ils ne fissent aucuns adjournemens.
1455. — Et lors ledit frère Philippes ung an environ aprez le procez ainsi meu (six ans à ou environ) obtint une excomenge contre ceux qui détenoient lesdittes lettres et la fist publier ez églises de Saujon, de Mournac et de Chaillevette durant laquelle publication le prieur de Chaillevette vint audit lieu de Mournac, et lui et le Curé dudit Mournac apportèrent audit frère Philippes quatre lettres appartenant à ladite commanderie, entre lesquelles y avoit certaines lettres anciennes et autentiques, faisant mention que à ladite commanderie estoit deu vingt livres de rente, tierce en bled, tierce en vin, et tierce en argent sur la Seigneurie de Rioux, que le dessusdit bonhomme d’Arvert avoit rendues moyennant ladite amonicion, lesquelles lettres ledit prieur leust présent ledit frère Philippes, mais ledit prieur et curé ne aussi Jehan Texier qui estoit présent ne luy pouvoient oncques donner à entendre de quoy elles parloient, mais luy firent signes que lesdites lettres luy appartenoient, qu’il les prinst et mist dans son arche. Et depuis par plusieurs fois icelui frère Philippes envoya quérir Liotin Bourdin clerc dudit Mournac et mena à ses affaires tant pour lire ses lettres comme les papiers de ses rentes et amasser ses dites rentes que pour écrire la recette d’icelles rentes.

Et pource que le dit frère Philippes n’estoit point homme lettré ne souffisant pour soutenir les droits de ladite commanderie, et on tems qu’il en fust pourveu estoit varlet et serviteur du Grand Maistre, ung an aura et trois quarterons à Pasques que à l’occasion de l’accident survenu audit frère Philippes de la Boissière, la collation de ladite commanderie à esté faite on chapitre du prioré d’Acquitaine à frère Aimery Bonneau, lequel émeu de charité et de pitié de la désolation de la dite commanderie volontièrement prend la charge d’icelle.

L’Abbé P.-Th. Grasilier.

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