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1484 - Saintes (17) : Charles VIII autorise la réparation des portes de la ville

D 7 août 2008     H 23:19     A Pierre     C 0 messages A 945 LECTURES


Le roi Charles VIII, pour rétablir la sécurité de la ville, autorise la réparation de ses portes, détruites par un caprice du sieur de Taillebourg.

Source : Etudes et documents relatifs à la ville de Saintes, publiés par M. le Baron Eschasseriaux – Saintes – 1836

Transcription faite par M. Louis Audiat sur l’original en parchemin existant aux Archives municipales de Saintes avant l’incendie de 1871.

11 décembre 1484 - LETTRES DU ROI CHARLES VIII RELATIVES AUX PORTES DE SAINTES

Charles, par la grâce de Dieu roi de France, au séneschal de Xainctonge, de Poitou ou à leurs lieutenans ou acsesseurs et a chascun deulx, salut.

Receu avons humble supplication de noz bien amez les jurez, eschevins, pers et bourgeois de nostre ville et cité de Xainctes, contenant que icelle ville est la principale et capitale ville du païs et conté de Xainctonge et en laquelle sont les sièges principaulx tant de la jurisdition spirituelle que de la seneschaussée, est assise icelle ville en païs de frontière et prez les ports et havres de mer esquels de jour en jour peuvent descendre les Anglois, nos anciens ennemis, et autres noz rebelles ; par quoy est besoing et nécessité pour la seureté, bien et utilité de nous, la ditte ville et la chose publicque de nostre royaume, que icelle ville soit bien fermée en porte et fortiffïée de tours, murailles et portes, ainsi qu’elle a esté de tout temps et ancienneté, tant pour la seureté et tuition de nostre dit royaume que aussi pour la conservacion des personnes et biens de plusieurs notables, gens d’église, nobles et autres manans et habitans de la ville, en laquelle de toute ancienneté a accoustumé d’avoir trois portes principales ouvrans de jour et fermans de nuyt, l’une devers le bourg sainct Eutrope, l’autre devers les Cordeliers et la tierce devers le bourg sainct Palaye joignant des pons de la ditte ville et faisant séparacion entre iceulx pons et la ditte ville, laquelle porte devers le bourg sainct Palaye anciennement et de toute ancienneté a accoustumé d’estre en nature ouvrir et fermer ainsi que les autres portes de la ditte ville et jusques certains temps, aprez le trespas de feu nostre très cher et très amé oncle le duc de Guienne [1], que feu Olivier de Coictivy, en son vivant chevalier, seigneur de Taillebourg [2], soy disant lors cappitaine des dits pons de Xaintes, en haine de certaines questions et débats qu’il avait contre les dits supliants pour raison d’aucunes paroisses que iceulz supliants disoient estre contribuables à la garde, guet et reparacions d’icelle ville, et qui estoient assises du coté du dit Taillebourg, et lesquelles le dit sire de Taillebourg volait applicquer à sa seigneurie de Taillebourg de fait par force, violence et de son auctorité privée, pour se cuider vengier et applicquer à luy le proufict et esmolument du dit guet, à grant assemblée de gens et à port d’armes fist desmolir et abattre l’huisserie de la dite porte estant devers le dit pont, réservée partie du jambaige de la ditte huisserie, qui est clere démonstrance et aprobacion de la ditte porte et que au dit lieu elle y a accoustumé estre de toute ancienneté, et combien que la dite porte soit très-nécessaire à la dite ville pour la clôture et fermeture d’icelle, parce que par icelle, se elle n’est fermée, comme elle était d’ancienneté, on pourrait de jour et de nuit facilement entrer en la dite ville, pour ce pourraient estre les dits suppliants en grands inconvénients et dangiers de nos ditz anciens ennemis et autres, et par conséquent tout le pays. Ce néantmoins les dits suppliants font difficulté faire paraschever et remettre la dite porte en l’estat qu’elle a acoustumé d’estre de toute ancienneté et ainsi qu’elle estoit auparavant l’entreprize et voix de fait dudit feu sieur de Taillebourg [3], sans avoir de nous sur ce nos congié et licence. En nous requérant humblement que, attendu que ce que dit est, mesmement que ladite porte est très utille et nécessaire à la dite ville pour la conservation d’icelle et de tout le pays d’environ et de notre royaume, comme dit est ; aussi que sans icelle la dite ville ne pourrait estre seurement entretenue ne gardée, qui pourroit estre en effect cause de la perdition de la dite ville, nous leur voulons sur ce pourveoir de nos grâce, provision et remède. Pourquoy nous, ces choses considérées, voulans et désirans les bonnes villes de notre royaume estre entretenues de fermeture, mesmement notre dite ville de Xainctes qui est sur frontière et clef de notre dit pays de Xainctonge, vous mandons et pour ce que estes nos plus prouchains juges ordinaires des dites parties et choses dont est question, commectons par ces présentes que, se appelez notre procureur et advocat au dit lieu et autres que pour ce seront à appeler, il vous appert que en notre dite ville de Xaintes devers le bourg Sainct-Palais et à l’entrée de la dite ville y ait eu par cy devant et de toute ancienneté porte fermant et ouvrant, que la dite porte y soit nécessaire pour la closture et défense de la dite ville et que par icelle porte ainsi ouverte on puisse à toute heure entrer en la dite ville de nuyct et de jour parce que de présent est toute ouverte et ny a aucune fermerture à l’endroit d’icelle et des autres choses dessus dites ou de tant que souffire doyct au dit cas permectez aux dits supplians qu’ilz puissent faire la dite porte et closture d’icelle, icelle faire, perfaire et parachever entièrement au lieu et ainsy qu’elle a accoustume d’estre de toute ancienneté et tellement que la dite porte puisse clourre de nuyt et ouvrir de jour et tout ainsi qu’elle faisait anciennement, et a ce faire et souffrir contraigniez tous ceulx que pour ce seront à contraindre par toutes voyes deues et raisonnaibles nonobstant oppositions ou appellations quelconques : car ainsi nous plaît-il estre fait et aux dits supplians octroyer et octroyons de grâce espécial par ces présentes, nonobstant comme dessus et lettres subreptices et impétrées ou a impétrer à ce contraire.

Donné à Paris le onzième jour de décembre l’an de grâce mil CCCC quatre vingts et quatre, et de notre règne le deuxième.

CHARLES.

Scellé à simple queue.


[1Charles de France, duc de Guyenne du 29 avril 1469, comte de Saintonge et seigneur de la Rochelle, frère de Louis XI, mort à Bordeaux, le 12 mai 1472, du poison que lui versa à Saint-Sever près de Pons, dit-on, Jordain Faure de Versois, religieux dauphinois, abbé de Saint-Jean-d’Angély, son aumônier, qui, accusé de ce crime, refusa de comparaître devant Arthur de Montauban, archevêque de Bordeaux, commissaire de Sixte IV, et fut déposé. Voir sur ce personnage un bon article de la Biographie saintongeaise de M. P.-D. Rainguet.

[2Olivier de Coetivy, fils d’Allain III, seigneur de Coetivy, et de Catherine du Chastel, était frère de Prégent VII, seigneur de Coetivy, de Raiz, de Taillebourg et de Lesparre, capitaine de Talmond-sur-Gironde, capitaine du château de Rochefort, grand-amiral de France, capitaine et gouverneur de Saintes, par lettres du 10 décembre 1439, à la démission de Pierre de Gamaches. A la mort de Prégent, en 1450, Olivier, son principal héritier, fut seigneur de Taillebourg, de Cozes, de Saujon, « capitaine de la ville et chastel de Talmond-sur-Gironde » il eut, en 1458, Royan, puis, le 9 septembre 1462, le château et seigneurie de Rochefort ; la baronnie de Didone (21 juillet 1461) que Charles V avait reconquise sur les Anglais, donnée à l’un de ses plus vaillants capitaines, Jean de la Personne, et que Charles VII reprit, quand Guy de la Personne mourut, ne laissant que des enfants incapables de la défendre. Le 11 septembre 1467, il fit hommage au roi pour sa terre des Gons - d’Augons, comme on écrivait anciennement, - relevant du château de Saintes. Il eut, 22 décembre 1468, la permission du roi de rebâtir son château de Didone, ruiné au temps du prince de Galles ; et en mai 1475 de fermer Saujon de murailles, d’y faire un château et une place forte pour s’y loger. Il rendit hommage, le 1er août 1469, à Charles de Guyenne.

Par contrat passé à Saint-Jean-d’Angély, en présence du Rochelais Pierre Doriole, général des finances, le 25 novembre 1458, il épousa Marie de Valois, fille de Charles VII et d’Agnès Sorel, à qui le roi donna en dot, par lettres datées de Vendôme le 18 décembre, 12,000 écus d’or et tous ses droits sur les terres de Royan et de Mornac. Le roi, qui l’avait accordée à Olivier, le 28 octobre 1458, l’avait reconnue pour sa fille, et autorisée à porter le nom de Valois et les armes royales « à la différence de la bande, telle que les enfans naturels doivent et ont accoustumé de porter. »

L’écu de Coetivy, fascé de 6 pièces, accolé à celui de France, se voit encore dans la tour du château de Champdolent et dans l’église ruinée des Augustins de Saint-Savinien.

Voir, Bibliothèque de l’École des chartes, t. XI, p. 479 et suivantes, les lettres de Charles VII relatives à Royan et Mornac, puis à Rochefort ; et t. XVI, diverses lettres de Louis XI et de Marie de Valois. Marie de Valois qui avait été élevée depuis l’âge de 6 ans à Taillebourg par Prégent de Coetivy sous la direction de sa mère Catherine du Chastel, y fut enterrée en 1473 auprès de son mari qui mourut en 1480 ; elle y avait passé sa vie. M. Marchegay a publié d’elle à son mari quelques lettres fort touchantes qui révèlent une belle âme. Voir Revue des Sociétés savantes des départements, IVe série, t. IX, p. 73, janvier 1869, et il annonce t. I, p. 52 des Archives historiques de la Saintonge et de l’Aunis que treize lettres d’elle sont sous presse. Voici celle qu’elle écrit à son mari (22 mars 1464) pour lui donner de bonnes nouvelles de ses enfants et le rassurer au sujet des craintes que lui causait une maladie contagieuse régnant à Saint-Jean-d’Angély : « .... Tous les enffans et toute la maison, la mercy Dieu, c’est bien portée jusques ycy. Depuis que nous soumes ycy n’a eu nul mal. Dieu mercy, en ceste ville ; quant autrement seroit, nous ne seryons pas paressus de déloger. Au regart de Saint-Jehan, il y a un très mauvais hair, et aussi ycy à l’ontour, comme à Hennepont et ailleurs, ainsi que ma dit Morice. Toutefois, Monseigneur, je ne souffre point que le moins que je puis que personne qui viengne de dehors viengne entour de nous. Sepmadi derrenier vint Julienne en cette ville, laquelle, ainsi quelle deist, fut la plus joyeuse du monde dont je l’avoye envoyé quérir. Autre chose, Monseigneur, pour le présent ne vous escrips, sinon que je pry le benoist fîlz de Dieu qu’il vous doint tout ce que vostre cœur désire.

Escript à Taillebourg le jeudi xxij jour de mars.
La toute vostre,
Marie de VALOlZ. »

[3Olivier de Coetivy eut pour fils Charles, comte de Taillebourg, prince de Mortagne-sur-Gironde, baron de Coetivy, qui obtint du roi, en 1480, droit de quatre foires par an pour sa terre de Taillebourg, qu’il fit ériger en comté l’an 1486. De sa femme, Jeanne d’Orléans, duchesse de Valois, fille de Jean d’Orléans, il eut pour unique héritière Louise de Coetivy, comtesse de Taillebourg, princesse de Mortagne, qui épousa Charles de la Trémoille, prince de Talmond, fils de Louis II, sire de la Trémoille, et de Gabrielle de Bourbon-Montpensier. Taillebourg resta aux La Trémoille jusqu’à la Révolution.

Voir pour la généalogie des Coetivy, famille de Bretagne, l’Histoire des grands officiers de la couronne, par le P. Anselme, t. VII, p. 843 et suivantes ; et pour celle des La Trémoille, Beauchet-Filleau, Dictionnaire des anciennes familles du Poitou, t. II, p. 743 ; le P. Anselme, t. IV, p. 160 et suivantes, et Courcelles, Histoire des Pairs, t. III.

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