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1562 (c) - Où était l’atelier de Bernard Palissy à Saintes (17) ?

D 17 mars 2008     H 22:20     A Pierre     C 0 messages A 1605 LECTURES


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Vue des remparts de Saintes en 1560
A Atelier de Bernard Palissy, plus tard Tour de Maistre Bernard
B Maison Bonnain


L’abbé Lacurie parcourt pour nous (en 1855) les archives de Saintes, et par recoupements successifs, nous montre sur le plan d’époque où était situé l’atelier de Maître Bernard Palissy.
Une véritable enquête.

Source : Bulletin de la Société de l’histoire du protestantisme français. - Avril 1863 - Books Google

Voir le plan complet de la ville de Saintes en 1560

L’atelier (L’Œuvre) de Maître Bernard Palissy dans une des tours des remparts de Saintes - 1562 ?

Lors de notre passage à Saintes en 1855, nous avions donné une attention toute particulière aux localités habitées jadis par l’illustre potier, aux rives de son "beau fleuve de Charente", et nous avions interrogé les souvenirs du pays.

Un archéologue distingué, M. l’abbé Lacurie, aumônier du lycée, avait bien voulu nous communiquer un document inédit relatif à l’emplacement de la maison occupée jadis par Palissy, et où était son œuvre ou atelier. C’est ce document très intéressant que nous ne garderons pas plus longtemps en portefeuille et que nous publions aujourd’hui, en y joignant quelques notes dues à M Jules de Clervaux.

EXTRAIT DES REGISTRES DE LA MAISON COMMUNE DE SAINTES (MARS 1756) REQUÊTE DU SIEUR DE LAUNAY

A nos seigneurs les Maire et Eschevins de la ville de Saintes.

Bastien de Launay vous remonstre que par cy devant vous auriez douné et arrenté audict de Launay une place et tour sise près la maison de maistre Bernard Pallicis, pour le prix et somme de cincq soubz de rente que lediet suppliant a toujours payé depuis ledict arrentement jusques à présent à la recepte de ladicte maison commune, fors depuis quelques tems en ça qu’il auroit cessé de payer ladicte rente au moyen de ce que ledict maistre Bernard a occupé ladicte place et tour, pour l’estendue de son œuvre, comme ung chaiscung sçayt… et cependant, et devant laquelle occupation par ledict maistre Bernard faicte comme dict est, monseigneur le scneschal, par provision, et jusqu’à ce que ledict œuvre fust enlevé de ladicte ville et lieu occupé, auroit baillé à icellui suppliant une aultre tour appelée vulgairement la tour du Bourreau pour l’exercice et vacation de l’art dudict suppliant, laquelle tour il auroit ce néantmoings faict racoustrer à ses propres coutz et dépens, d’aultant que durant les troubles elle estoit tombée en ruynes, et d’aultant qu’à présent ladicte œuvre dudict maistre Bernard est parachevée [1] … et que ladicte place demeure inutile et de laquelle aulcung n’en payroyt rente ; ce considéré, il vous plaise, de vos grâces, et que le revenu de ladicte ville ne soict diminué, continuer ledict suppliant à payer ladicte rente, et ce faisant, le restablir dans ladicte tour et place.

Ce précieux document dit deux choses :

  1. que la maison de Palissy était sise prés d’une tour primitivement arrentée à de Launay
  2. que cette tour était devenue l’atelier de l’artiste.

Cette tour ne pouvait être que l’une de celles comprises dans l’enceinte murale de la ville, car il n’existait ailleurs aucune construction de ce genre. Et la maison de Palissy devait être elle-même sise près des remparts, soit en dedans, soit en dehors.

Or, le 31 décembre 1577, M. de La Chapelle, lieutenant pour le roi au pays de Saintonge, réglait, par une ordonnance, le service pour la garde de la ville entre les habitants et les soldats de la garnison ; après avoir indiqué les postes confiés à la surveillance des bourgeois, il continuait ainsi :

« … Les trois capitaines des soldats pouseront leurs gardes tous les soirs, sçavoir est : ung à la porte Esquières qui estendra les sentinelles et les mettra depuis la tour de l’Espingolle jusqu’à la tour qui est entre le corps de garde et la bresche, appelée la tour de maistre Bernard.

L’austre corps de garde sera près la porte du pont qui mettra ses sentinelles à la bresche et à la porte du Chapitre.

Et le tiers corps de garde sera à la porte Evesque qui se fera pareillement par lesdicts soldats qui mettront sentinelles à la tour du Cordier et à la Marsaude ».

Cette « tour de maistre Bernard » mentionnée dans l’ordonnance de M. de La Chapelle, est bien la même dont parle la supplique de de Launay ; cette tour était attenante aux remparts, puisqu’il est dit qu’elle était entre le corps de garde et la brèche.

Il faut donc chercher cette tour près de la brèche. Or, au mois d’août 1570, René de Pontivy assiégea Saintes ; il attaqua d’abord la tour du Bourreau, située à l’entrée du pont, du côté de la ville ; elle fut promptement démantelée.

Scipion Vergano, habile Ingénieur, fit dresser ensuite une batterie contre la partie du rempart démasquée par la ruine de la tour, et la première décharge de l’artillerie y pratiqua une ouverture d’environ quatre-vingts pas. Cette brèche, dont parlent tous les manuscrits de l’époque, était en face de l’entrée occidentale du pont défendu par cette tour, probablement sur l’emplacement de la maison Coindreau.

La tour de maistre Bernard était entre le corps de garde et la brèche, donc la plus rapprochée de l’ouverture faite aux remparts par le canon de 1570.

Or, d’après le plan de Saintes en 1560, l’enceinte marche suivant une ligne droite depuis la porte Esguières jusqu’à l’endroit où est aujourd’hui la maison Bonnain. Là, tournant brusquement à angle droit, elle continuait sa direction vers la porte du pont. Or, entre la maison Bonnain d’une part, et la maison Coindreau de l’autre, il n’y avait qu’une seule tour, à peu près vers l’emplacement occupé de nos jours par le café de la Couronne ; j’en conclus, d’après le plan de 1560, que cette tour était celle de Palissy. La maison du potier devait être dans le même lieu, puisque la supplique de de Launay la dit sise près de la tour.

Saintes 10 avril 1855
J. Lacurie


[1C’est à dire détruite et disparue depuis quelque temps en çà, comme il est dit plus haut. Aussi assignons-nous approximativement à cette pièce la date de 1562, comme étant celle où le parlement de Bordeaux, ayant voulu appliquer l’édit de 1559 contre les huguenots, commença les persécutions qui amenèrent les faits racontés par Palissy dans sa Recepte véritable (1563), savoir son emprisonnement et l’abandon de son atelier qui faillit être jeté à bas par « ses haineux », ainsi qu’on l’apprend par son épitre dédicatoire au connétable de Montmorency.

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