1733 - Histoire de Rochefort : La Fonderie de canons

D 1er juin 2008     H 22:46     A Pierre     C 3 messages A 3519 LECTURES


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Responsable de la Fonderie de canons, le sieur de S. Hubert se fit remarquer par son inventivité, mais ses inventions étaient tellement meurtrières que, par humanité et par prudence, on décida de ne pas les utiliser !

Une belle histoire toujours d’actualité.

Au sujet de la chronologie des maîtres-fondeurs de Rochefort, voir le commentaire de Jacques Duguet. Le père Théodore de Blois semble avoir emprunté un raccourci.

Source : Histoire de Rochefort, contenant l’établissement de cette ville, de son port et arsenal de marine et les antiquitez de son château. - Théodore de Blois, Père capucin – Paris – 1733 – Books Google

De la Fonderie

Fornacibus ignis anhelat Vulcani Domus ; Virg. Au, L. 2.

Rochefort (17) - Les canons de marine
Photo : P. Collenot - 2007

La Fonderie de Rochefort est un Bâtiment de trente Toises de long, sur quinze de large. Les dehors en sont plus beaux que les dedans, parce que le feu & la fumée ne permettent pas qu’on y conserve quelque ornement. 0n jetta les fondemens de cet Edifice en 1668. au commencement du mois d’Août, & le premier Fondeur, qui s’apelloit de la Tache, était un très-habile homme.

Il y a dans cet Attelier quatre Fourneaux de réverbère. Le plus considérable, qui tient plus de cent milliers de matière, est inutile depuis la Paix. Les trois autres sont toujours en état de servir. Le plus petit tient trente milliers, & les deux autres soixante & dix.

Ces quatre Fourneaux sont aux deux bouts de la Fonderie, deux à chaque bout, & placés vis-à-vis l’un de l’autre. La même chauffe sert à deux. Ils sont posés Est & Ouest, afin qu’on puisse se servir de ceux à qui le vent est plus favorable : car l’expérience fait voir combien l’impression de l’air précipite ou retarde la fonte, Lorsqu’elle est lente, il faut jusqu’à deux milliers de bûches, quand elle est plus animée elle se fait en huit heures de tems.

On peut fondre des Canons de cent livres de Balles, mais ordinairement on n’en fond que depuis deux livres jusqu’à quarante-huit. Dans l’espace de cinq ans on a fondu trois cent trente-un Canons de différents calibres, soixante-huit Mortiers de six, huit & douze pouces. On fondoit autrefois à Rochefort pour le service de Terre & de Mer ; mais on n’a pas travaillé depuis 1720. pour les Places de Terre : on fondit cette année soixante & seize pièces de Canon de vingt-quatre, seize Mortiers de douze pouces, & des Pierriers de dix-huit, pour remplacer les pièces qui se trouverent défectueuses après les Sièges de Fontarabie & de S. Sebastien. Depuis l’établissement de Rochefort la Fonderie a été conduite par deux des plus habiles Fondeurs qui ayent paru en France, le sieur de Logiviere & le sieur de S. Hubert. Les travaux du premier ont été récompensés par une belle fortune. Le second s’est distingué par son travail, & par des inventions qui ont découvert la fécondité de son génie. Il inventa un Mortier qui tiroit sept Bombes à la fois, & qui recevoient le feu d’une seule lumière. L’expérience en fut faite avec succès, en présence de M. le Maréchal de Chamilli ; mais on n’a pas voulu s’en servir de peur que nos ennemis s’en servant aussi, l’usage n’en fut trop meurtrier & trop préjudiciable aux uns & aux autres. Par la même raison on a anéanti une machine fondue qu’il avoit inventée, & qui contenoit un Canon & un Mortier qui tiroient en même tems.

Il fondit encore un Canon de nouvelle invention, brisé & composé de sept pièces qui se montoient à vis. Rien n’eut été plus commode pour transporter le Canon sur les Montagnes & dans les mauvais chemins ; mais dans l’épreuve un des Tenons cassa, & un Boulon fut envoyé au coin d’une Maison qui en fut abbatuë. Ce mauvais succès dégoûta, & au lieu de perfectionner cette nouvelle invention, & d’étudier les causes qui avoient empêché de réussir, on a négligé cette découverte, & on en est demeuré là.

Tout le travail de la Fonderie est conduit & ordonné par le Maître Fondeur, sous l’inspection du Commissaire Général & des Capitaines d’Artillerie du Département. Les projets de Fonte, signés de l’Intendant, sont envoyés en Cour, & il faut qu’ils en soient aprouvés pour être mis en œuvre. Dans l’épreuve qu’on fait des Canons, chaque pièce tire deux coups à Boulet, & celles qui sont trouvées sans chambres & avec toutes leurs proportions, sont ramenées à la Fonderie, aux dépens du Roy. Celles qui sont rebutées doivent être conduites aux dépens du Fondeur, celui-ci qui est chargé de fournir toutes les matières pour le moulage & le fondage, est obligé de se conformer pour les proportions, calibres, poids, longueurs & diamètres des Canons, au Règlement qui en a été fait. Mais comme il pourrait s’en écarter, Louis XIV. a pourvu aux inconvéniens qui en pourraient arriver, par son Ordonnance de 1689. qui est toujours suivie.

Selon cette Ordonnance le Commissaire Général de la Marine, ou en son absence le Commissaire Ordinaire ne doit point recevoir de Canon s’il n’a connu auparavant que le Métal est sain & net, que le calibre est juste, que la pièce est bien alezée & nettoyée, que son âme n’est point de travers, & qu’elle n’a point de soufflures, de fistules ni de chambres de plus de trois lignes de profondeur dans les endroits dangereux.

On voit encore dans la même Ordonnance qu’elle doit être la distribution des Canons sur les Vaisseaux de Sa Majesté. Les Vaisseaux du premier rang, par quelques Officiers qu’ils soient commandés, ne doivent être armés que de Canons de Fonte. Ceux du second rang commandés par l’Amiral, le Vice-Amiral ou par un Lieutenant Général, sont armés de même : s’ils sont commandés par un Chef d’Escadre ou par un Capitaine, ils ont deux tiers de Canons de Fonte, & un tiers de Canons de Fer. Ceux du troisième rang sont armés de même pour l’Amiral, le Vice-Amiral, le Lieutenant Général & le Chef d’Escadre : mais le Capitaine n’a que la moitié de Canons de Fonte, & la moitié de Canons de Fer. Les Vaisseaux du quatrième rang ont un tiers de Canons de Fonte, & deux tiers de Canons de Fer. Ceux du cinquième rang sont armés des trois quarts de Canons de Fer, & d’un quart de ceux de Fonce. Les Frégates légères n’ont que du Canon de Fer.

Voici les Vers que l’Abbé Boutard a faits pour servir d’Inscription à la Fonderie de Rochefort.

Liquitur AEs flammis ; seque horrida densat in arma
Rex gemini, Lodoïx, aquoris, unde tonnat.

C’est-à-dire :
Des Fourneaux enflammés on voit l’Airain liquide
Couler ici : former l’instrument homicide
Que Vulcain destine pour Mars :
Et d’où le Jupiter qui gouverne la France
Sçait tirer les foudres qu’il lance,
Pour régner sur les Mers, ou forcer les Ramparts.

Vos commentaires

  • Le 2 juin 2008 à 14:32, par duguet En réponse à : 1733 - Histoire de Rochefort : La Fonderie de canons

    Le bon Père est mal informé. Le premier fondeur n’est pas Latache mais Assuérus.

    C’est bien en 1668 que débutent les travaux de construction d’une fonderie, à Rochefort, à proximité immédiate de l’arsenal, et les premiers canons en sortent à la fin de 1669, sous la direction d’Assuérus. Ce dernier meurt bientôt, en 1670, peu regretté de Terron qui, dans une lettre à Desclouzeaux datée du 1er juin de cette année, estime que "il n’y a pas grande perte". Dans la même lettre, il propose de remplacer le défunt par un nommé Landouillette qui travaille à la fonderie de Toulon. C’est qu’il veut conserver la fonderie de Saintes, avec Latache à sa tête ; ainsi, le 6 juillet suivant, délivre-t-il un "brevet de maître fondeur de canons à Xaintes pour le sieur de la Tasche". Cependant, Colbert envoie Latache à Rochefort et ne le remplace pas à Saintes.

    C’est ainsi que, le 4 février 1671, de Terron passe un marché avec Latache, devenu "maître entretenu dans la fonderie de Rochefort", avec exécution "à commencer du 9 du présent mois". Le 19, il écrit à Colbert pour lui faire part qu’il a chargé Latache "d’establir et meubler la fonderie et réformer les défauts d’Assuérus".

    Les bâtiments de la fonderie comportent un logement pour le maître fondeur et des logements pour les ouvriers. Jean Latache s’installe donc à Rochefort avec sa famille. C’est pourquoi on trouve quelques renseignements sur celle-ci, dans les registres paroissiaux de Notre-Dame.

    Il décède en avril 1679. Le 29 de ce mois, un prêtre nommé Dumazeau, qui remplace le prieur Bailly de Razac, l’enterre dans l’église Notre-Dame. L’acte de décès est signé de son frère Nicolas, et des nommés Prince et Denel. Il y est dit "maistre fondeur du roy, agé de 55 ans".

    Répondre à ce message

    • Le 28 juillet 2008 à 12:39, par François En réponse à : 1733 - Histoire de Rochefort : La Fonderie de canons

      Bonjour,
      je cherche, mais ne trouve nulle part, l’origine des marériaux destinés à la construction des canons dans la fonderie de l’arsenal de Rochefort ; si l’un ou l’une d’entre vous avait la réponse à cette question, voilà qui me ferait bien plaisir.
      En vous remerciant.

      Répondre à ce message

    • Le 1er août 2008 à 19:11, par Pierre En réponse à : 1733 - Histoire de Rochefort : La Fonderie de canons

      A l’attention de François

      Je vous ai adressé un courriel avec de nombreux éléments de réponse à votre question sur l’approvisionnement de la fonderie de Rochefort en matières premières.

      Mais l’adresse de courriel que vous avez indiqué a été rejetée.

      Si ma réponse vous intéresse toujours, adressez un message au rédacteur "Pierre" en cliquant sur ce prénom.

      Cordialement

      Répondre à ce message

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