1733 - Histoire de Rochefort - L’Hopital de la Marine

D 2 juin 2008     H 01:16     A Pierre     C 0 messages A 2623 LECTURES


Source : Histoire de Rochefort, contenant l’établissement de cette ville, de son port et arsenal de marine et les antiquitez de son château. - Théodore de Blois, Père capucin – Paris – 1733 – Books Google

De l’Hôpital de la Marine.

Aeternae regni excubiae domus hospita Martis. Sam. T. 3. 230.

Un des plus glorieux Titres qu’ait mérité Cesar, est celui de Pere de ses Soldats [1]. On l’a loué avec fondement d’avoir toujours essayé de faire sans meurtre par son génie, ce qu’il ne pouvoit faire qu’avec carnage par son épée ; & d’avoir si tendrement aimé ceux qui combattoient sous lui, qu’il ne les exposoit jamais à la mort ou aux blessures sans une véritable nécessité.

Louis XIV. a été digne des mêmes éloges. Ses grandes actions ayant donné autant de jalousie à ses Voisins, que de gloire à ses Sujets, il se vit obligé d’avoir sur pied de puissantes Armées, & de livrer souvent des Combats sur Terre & sur Mer, soit pour attaquer ses ennemis, soit pour se deffendre. Les Victoires continuelles qui ont illustré le Règne de ce Grand Prince, ne se remportoient qu’aux dépens de ses Soldats. Mais animé pour eux d’une tendresse de Pere, il prit de sages mesures pour les interesser à prodiguer sans crainte leur Vie pour son service. Pour assurer des jours heureux & tranquiles à ceux que l’âge ou les blessures avoient mis hors d’état de servir, il fit bâtir l’Hôtel des Invalides, Maison superbe, & véritablement digne de la Grandeur de ce Puissant Monarque, où l’Officier & le Soldat sont sûrs de trouver dans les charmes d’une vie tranquile, tous les besoins nécessaires pour la Vie, & tous les secours possibles pour le Salut.

Les fondemens de ce magnifique Edifice surent jettes en 1671. Il ne fut achevé qu’en 1676. & pour en conserver la mémoire, on frapa en 1675. une Médaille dans le revers de laquelle est représenté l’Hôtel des Invalides. Les mots de la Légende : Militibus senio aut vulnere Invalidis. Signifient : Azile destiné aux Soldats que la vieillesse ou les blessures auront mis hors d’état de servir. L’Exergue marque la datte M. D. C LXXV. Cet Etablissement a tant fait d’honneur à Louis le Grand, que dans son Epitaphe, faite par une sçavante Plume, on en a fait un des plus beaux traits de son éloge, comme il paroît par les paroles suivantes.

Ne Miles in Bello senesceret,, nec timeret in Pralio ladi
Isque metus, pugnandi retarderet impetum, .
Superbis Aedibus par ari voluit
Esurientibus Cibum,
Nudis Vestem,
AEgrotis Remedia,
Sanioribus Artes,
Indoctis documenta,
Otiosis Societatem,
Piis Templa,
Senibus Otium
Oculus Caeco, Pes Claudo

Voici comme on pourroit donner en Vers une idée de ces paroles.

De peur que le Soldat, amoli par la crainte
De blanchir fous les Etendars,
Ou de se voir blesser dans la Plaine de Mars,
Ne portât aux Combats une valeur éteinte :
Il voulut qu’il trouvât un heureux logement
Dans un superbe Bâtiment,
Qui lui fervît de demeure & d’azile,
Où Sa Royale charité
A recueilli çe qui peut être utile
Pour les besoins du Tems & de l’Eternité.

C’est dans le même esprit que ce Monarque a fait bâtir à Rochefort l’Hôpital de la Marine. Agissant en Père & en Roy, il a destiné cette superbe Maison pour tous ceux qui sont à son service dans ce Port. Ils y trouvent toutes les ressources nécessaires dans leurs blessures & dans leurs maladies, & ce Prince y a pourvu à tous leurs besoins avec une charité Chrétienne & une magnificence Royale.

On voit dans cet Hôpital quatre Salles. La Salle de Notre-Dame est située en bas, du côté de la Cour, & contient quarante-huit Lits. La Salle de S. Joseph est à côté de celle de Notre-Dame, & n’a que vingt-deux Lits. Elle étoit autrefois aussi longue que l’autre ; mais on en a retranché une partie pour faire l’Eglise de l’Hôpital. La Sale de S. Louis est en haut, du côté de la Cour, elle a pris son nom d’une Chapelle dédiée à S. Louis qui est au bout, & à laquelle on dit la Messe tous les jours. Cette Sale contient quarante-six Lits, au milieu desquels sont dix-neuf Couchettes.

La Sale de S. Charles est à côté de celle de S. Louis : elle a cinquante Lits, & vingt-trois Couchettes. Outre ces Sales, il y a encore plusieurs Chambres. Il y en a deux au Pavillon, nommé l’Hôtel de Mars, destinées pour les Gardes de la Marine, qui contiennent quinze Lits garnis, pendant l’Hyver, de Serge verte, & dans l’Eté, de Basin blanc. La Chambre des Aumôniers a cinq Lits garnis de même. Il y en a. six à la Chambre des Ecrivains, & trente à l’Infirmerie des Sœurs, ce qui fait en tout deux cent soixante-quatre Lits. On peut cependant y en mettre davantage, & en 1694. il y avoit quatre cent Malades dans cet Hôpital.

Les remèdes y étaient autrefois composés par un Apoticaire, comme il paroît par un Règlement du Roy, adressé à M. Arnou, Intendant de Rochefort, & datte de Bellegarde, du 10. Juin 1683. Mais aujourd’hui ils sont préparés par les Sœurs de la Charité, instituées par le Bienheureux Vincent de Paul, fondateur des Missionaires. Ces Sœurs gouvernent cet Hôpital. Elles en furent mifes en possession par M. le Marquis de Seignelay, qui passa le Contrat de la part du Roy, le 18 Juillet 1684. avec les Sœurs Françoise Michault, Supérieure, Françoise Richer, Assistante, Marguerite Gabillon, œconome, & Jeanne de Ville, Dépensière, au nom & pour la Communauté des Filles de la Charité, servans les pauvres malades dans leur Maison du Fauxbourg S. Lazare, Paroisse de S. Laurent à Paris, assistées de l’avis & consentement de Messire Edme Joly, Prêtre & Supérieur Général de la Congrégation de la Mission, & de la Communauté desdites Filles.

On n’en mit d’abord que six dans l’Hôpital de Rochefort ; mais on les a augmentées jusqu’au nombre de vingt-deux. Leur Supérieure est l’œconome de la Maison : elle reçoit l’argent qui provient de la retenue des Soldes de ceux qui sont malades, c’est-à-dire, sept fols sïx deniers par jour pour les Gardes de la Marine : cinq sols pour les Bombardiers, Gardiens & Invalides de la Marine : quatre sols dix deniers pour les Soldats François des Compagnies Franches : cinq sols pour les Suisses : & quinze sols pour les Domestiques des Officiers. Cet argent doit être employé pour les besoins de l’Apoticairerie. Le Roy donne ordinairement six mille livres tous les ans pour les Drogues qui entrent dans la composition des remèdes : cette somme est cependant quelquefois augmentée selon les besoins de l’Hôpital, & la cherté des Drogues. Louis XIV. a quelquefois donné jusqu’à quinze mille livres.

Outre les Sœurs de la Charité, il y a encore pour l’Hôpital de Rocbefort trois Prètres Missionaires, destinés aux Services spirituels. Un Commissaire ordinaire de la Marine & un Ecrivain. Deux Médecins entretenus dans le Port : plusieurs Chirurgiens, deux Apoticaires & quelques Ouvriers nécessaires pour le Service de l’Apoticairerie & de la Maison, tous entretenus aux dépens du Roy. On le verra par la Liste suivante.

Le Premier Médecin. 3400 l. par an.
Le Second Médecin. 1500 l
Le Chirurgien Major. 1800 l.
L’Ayde-Major. 800 l.
Chirurgiens Ordinaires 600. l.
Cinq Aydes-Chirurgiens nourris. 15.l. par mois.
Deux-Aydes-Chirurgiens nourris. 9.l.
Huit Aprentifs Chirurgiens nourris.
Le Premier Apoticaire nourri. 30. l.
Le Second Apoticaire nourri. 12.l.
Un Pileur, cinq Infirmiers, trois Jardiniers nourris. 6.l.
Deux Boulangers nourris. 10. l.

Parmi les Chirurgiens entretenus il y en a un destiné pour faire les Dissections dans la Sale Anatomique. Un des Médecins du Roy fait le Discours, & le Chirurgien démontre. Cette Sale, qu’on apelle l’Amphithéâtre, parce que celle des Chirurgiens de Paris, faite en Amphithéâtre, porte ce nom, est digne de la curiosîté des Sçavans. Le Corps humain y est dévelopé, & on l’y voit en gros & en détail. Toutes ses parties y sont au naturel, & renfermées dans des Armoires vitrées. On y voit Myotomie, Squelettes artificiels & naturels, & des préparations de toutes les parties du Corps humain & d’Angeiologie [2]. On y conserve encore, avec quantité de curiositez, des Phioles remplies de Drogues simples, Métaux, Minéraux, Végétaux, pour aprendre aux jeunes gens à les connoître. Tous les lnstrumens nécessaires à l’Anatomie y sont d’une grande propreté ; & rien n’y manque de ce qui peut aprendre à guérir les Vivans aux dépens des Morts. On peut apliquer à cet Amphithéâtre les Vers que fit Santeuil pour l’Ecole de S. Corne, qui est celle des Chirurgiens de Paris.

Ad Cades hominum prisca Amphitheatra patebant
Hic longum ut discant vivere, nostra patent.

Voici comment M. Bosquillon a traduit ces Vers.

Si dans les Siècles idolâtres,
Ces superbes Amphithéâtres,
Où l’on admire encor la grandeur des Romains.,
S’ouvraient pour avancer le trépas des Humains.
Cette aveugle fureur ne se voit plus fuivie, Les nôtres sont ouverts pour prolonger la. vie.

L’Apoticairerie & les Laboratoires méritent encore dans cet Hôpital une attention particulière. Les Remèdes y sont préparés avec beaucoup d’habileté, conservés dans un grand arrangement, & l’on voit dans toutes ces pièces la magnificence & la propreté réunies avec l’utilité.

La Lingerie est encore digne d’être remarquée. Elle consiste en cinq Apartemens destinés pour conserver & pour faire seicher le Linge. Il y a quatre Greniers .deux ont environ dix-neuf Toises de long, sur cinq de large ; & les deux autres treize Toises sur la même largeur : il y a ; une grande Chambre pour le Linge le plus délié, il y est conservé dans un bel ordre, & avec un agréable arrangement.

Ce détail doit donner une idée de la grandeur & de la beauté qui régnent dans l’Hôpital de la Marine à Rochefort. Les Malades y sont soulagés avec une charité infinie par les Sœurs, traités avec toute l’habileté possible par des Médecins & des Chirurgiens choisis, & qui joignent l’expérience à la capacité : & médicamentés par les plus excellens Remèdes.

Voici des Vers faits pour servir d’inscription à l’Hôpital de Rochefort.

Si Mars saevit atrox morbis, feu fulmine, Miles
Solve metus, donms haec Régia praestas opem.

C’est-à-dire :

Vous qui vous consacrez au service de Mars ;
Sans crainte exposez-vous aux plus affreux hazards
Si les suites en sont fatales,
Si des infirmitez en sont le triste prix,
Vos maux par des bontez Royales
Seront ici soulages ou guéris.


[1De Bel. Civ, L 1

[2Vaisseaux injectés

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