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1799 - Regnaud de Saint-Jean d’Angély et le Tout-Paris : chronique mondaine

D 30 novembre 2008     H 14:39     A Pierre     C 0 messages     A 572 LECTURES


Dans les jours qui précèdent le 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799) et le coup d’état de Napoléon, Elzelina Tolstoy fait la gazette des soirées du Tout-Paris. Au théâtre, elle fait la connaissance de Regnaud de Saint-Jean d’Angély. Mondanités.

Mémoires d’une contemporaine ou, Souvenirs d’une femme sur les principaux personnages de la république, du consulat, de l’empire, etc. ... Par Elzelina Tolstoy van Aylde-Jonghe Saint-Elme – Paris – 1828 – Books Google

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Mes visites chez M. de Canteleu et chez Molé avaient pris toute ma matinée. Aussi trouvai-je D. L*** s’impatientant au rendez-vous qui avait été convenu ; il n’avait rien appris de certain sur l’arrivée du générai Ney, et ma gaieté se ressentit de son malheur. Après avoir dîné chez Rose, au boulevard des Italiens, nous nous rendîmes au Vaudeville : on y représentait Colombine mannequin. L’actrice qui remplissait le rôle de Colombine, et surtout l’acteur qui remplissait celui d’Arlequin, me causèrent un vif plaisir. Ce dernier surtout, par sa légèreté, sa souplesse, ses mignardises gracieuses, me rappelait ce que j’avais vu de plus piquant en Italie. Jamais je n’ai pu résister aux impressions du théâtre, ni à l’expression publique du plaisir que les pièces ou les acteurs m’y causent. Ce soir, les effusions un peu bruyantes de ma gaieté, facilement remarquées de l’orchestre, dont ma loge était voisine, m’attirèrent l’attention d’un homme de fort bonne mine, dont le maintien annonçait, non pas ce qu’on appelle un homme comme il faut, mais cette assurance sans orgueil respirant le sentiment de ce qu’on vaut : c’était Regnaud de Saint-Jean-d’Angély. Il se trouvait près de ma loge. Son regard suivait le mien ; et, comme par une inexplicable attraction, nous applaudissions en même temps.

Après la seconde, pièce, D. L*** sortit. Alors Regnaud chercha à lier conversation. Toujours irréfléchie, je répondis avec un laisser aller qui dut lui donner de moi une assez mauvaise opinion. Mais il avait trop d’esprit pour ne pas s’apercevoir qu’il n’y avait dans tout cela que de l’étourderie. L’absence de D. L*** se prolongeant, Regnaud la remarqua et me dit : « Si, par un hasard heureux vous alliez, Madame, vous trouver sans cavalier, me serait-il permis d’oser vous offrir ma voiture ? — Mille remercîmens, Monsieur, lui répondis-je ; j’ai la certitude de n’être pas obligée d’abuser ainsi de votre complaisance. » La conversation continua. Il y avait bien dans les manières de Regnaud quelque chose qui ne me plaisait pas ; mais je l’oubliais par son esprit, sa brillante facilité d élocution, et une sorte d’éloquence attachante qui rendait fort agréable cette rencontre, première origine d’un intérêt et d’un attachement que, dans aucune circonstance, je n’invoquai jamais en vain. D. L*** devint ensuite le sujet de la conversation. Sa figure avait désagréablement prévenu Regnaud, fin observateur des physionomies, au point qu’il ne put s’empêcher de me témoigner qu’il ne me faisait pas l’injure de mettre le soupçon d’une passion sur un tel visage ; mais il m’exprima jusqu’au regret de la moindre liaison avec un pareil homme, Mon amour-propre jouissait de ce suffrage, assez bienveillant au premier abord pour me croire au dessus d’un D. L***, et de toute faiblesse à son égard ; mais je souffrais de le voir accabler, et je pris sa défense en lui prêtant des qualités d’obligeance et d’utilité qu’intérieure ment je lui souhaitais, « Eh bien ! malgré le plaidoyer, malgré l’habitude, je vous engage fort, me dit Regnaud d’un ton ferme et énigmatique, je vous engage fort à vous défaire de cette mauvaise habitude. »

Pourquoi Regnaud ne s’expliqua-t-il pas davantage ? Car il ne vint pas me voir avant de quitter Paris ; et, privée des lumières qu’il paraissait avoir sur D. L***, je restai exposée, avec toute la facilité de mon caractère, à l’industrie de cet indigne spoliateur. D. L*** revint bientôt lui-même dans la loge ; et, en sortant, il me parla tout de suite de Regnaud avec force exclamations sur son mérite, sur son crédit, sur l’influence qu’il exerçait déjà et qu’il ne manquerait pas d’exercer davantage dans les affaires, &c.

« Vous êtes bien au fait de ce qui le concerne, dis-je à D. L***, vous le connaissez donc particulièrement ? — Non, répondit D. L*** avec un visible embarras ; mais M. Regnaud est un personnage public que la révolution a fait assez connaître. — Que voulez-vous dire ? ce n’est pas, que je sache, un terroriste, un proscripteur ? — Loin de là, il a été proscrit lui-même. — Oh ! tant mieux, c’est pour lui un a titre de plus. » Ici un amer sourire anima un moment la laide figure de D. L***. « En vérité, je ne vois rien de plaisant dans ce que je viens de dire. — Je ris, mais seulement de la promptitude qui met si yite les gens de vos amis. — L’observation est fort impertinente ; elle vous sied fort mal ; et, si je ne craignais de gâter ma soirée, je gronderais encore plus fort celui qui se permet d’en être le commentateur. M. D. L***, que cela vous suffise. » Et, en effet, il se tut avec sa souplesse accoutumée.

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