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Toponymes en Poitou-Charentes : les villas de Pasius

D 21 août 2007     H 14:59     A François Vareille     C 0 messages


Les villages du nom de Paizay (ou approchant) forment des grappes sur la carte. Pourquoi ?

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 Proximités

Trois villages portant le nom de Paizay se trouvent concentrés dans une zone relativement restreinte : Paizay-le-Tort et Payzay-le-Chapt dans les Deux-Sèvres, presque voisins, de part et d’autre de la Boutonne ; Paizay-Nandouin en Charente, à une quinzaine de kilomètres des deux précédents. On peut ajouter à ce trio le hameau de Paizé, paroisse de Saint-Gorges de Rex, de l’autre côté de Niort, et plusieurs localités dans la Vienne et en Dordogne, qui forment aussi des sortes de grappes.

 Etymologie

Le toponyme Paizay ne pose guère de problème d’élucidation : il appartient à la série des noms de domaines en –ac formés sur des anthroponymes gallo-romains. Dauzat l’attribue à Pasius. D’autres anthroponymes auraient pu sans doute aboutir au même résultat phonétique : Patisius, Paetus … Peu importe. On trouve à travers la France une vingtaine de toponymes similaires : Paisy, Payzac … C’est une fréquence plutôt moyenne.

 Une exception ?

Ce qui est intéressant, c’est cette concentration des toponymes, qui a entraîné l’adjonction d’une épithète pour distinguer les localités. Un tel rassemblement n’est pas exceptionnel. Le Mellois recèle par exemple deux Maillé, deux Mairé, deux Conzais, trois Mérillé, et la même constatation peut être faite pour d’autres toponymes dans l’espace poitevin-saintongeais.

 nom, famille et domaine

Que signifient des telles concentrations ? On entre ici dans le domaine des hypothèses. La plus vraisemblable est qu’une famille de l’aristocratie gallo-romaine possédait dans une zone géographique un groupe de domaines proches désignés par son nom.

Les aristocrates gaulois, rapidement promus citoyens romains, avaient adopté le système latin des tria nomina : prénom, gentilice (souvent Julius ou Claudius en Gaule) et surnom(s). Ce système s’est maintenu pratiquement jusqu’à la fin. On prenait l’habitude de désigner ordinairement un individu par un de ces trois éléments, le plus souvent le surnom, qui était transmis héréditairement. César, Cicéron, Néron, Sénèque, Trajan, Hadrien sont des surnoms. Il est naturel de penser que le surnom Pasius ait été transmis pendant plusieurs générations successives au sein d’une même famille, et que cette famille ait donné ce surnom à ses propriétés.

 bâtir une réflexion sur une somme d’incertitudes ?

Il est difficile d’étayer une telle hypothèse, parce qu’on ne possède que des vues fragmentaires sur l’onomastique utilisée dans l’aristocratie gallo-romaine, sur la permanence des familles et sur l’étendue des patrimoines fonciers. Beaucoup d’informations concrètes proviennent de l’extrême fin de la période, aux Vème-VIème siècles, lorsque des dynasties de cette aristocratie gallo-romaine fournirent à l’empire agonisant puis au jeune royaume mérovingien plusieurs générations de hauts fonctionnaires, d’évêques et de saints, ainsi que des écrivains pour en parler.

On ignore si le nom en –ac était attribué au domaine (fundus) ou à la résidence (villa), et dans quelles circonstances : lors de l’acquisition d’un bien, lors de la construction d’un édifice ? Que se passait-il si le nom du propriétaire changeait ?

On ne sait pas grand-chose non plus sur l’évolution globale du système. Par exemple un grand nombre de villas ont été détruites lors de la crise du IIIème siècle, beaucoup de familles aristocratiques ont dû disparaître dans la catastrophe. Cela a-t-il entraîné une modification massive des toponymes ?

Quoi qu’il en soit, il est probable que les grappes d’homonymes en –ac nous renvoient l’ombre fantomatique de dynasties aristocratiques, et nous donnent une vague idée de leur implantation foncière. Il serait donc intéressant de les recenser et d’en dresser des cartes. Travail de fourmi.

 En guise de conclusion

Une famille de l’aristocratie gallo-romaine, où l’on portait de père en fils le surnom de Pasius (ou quelque chose d’approchant), possédait plusieurs domaines dans le sud et à l’est du territoire picton, et peut-être aussi chez les Pétrocores, mais rien chez les Santons. Il ne s’agit là que d’une hypothèse raisonnable. Elle a du moins le mérite d’ouvrir un nouveau champ d’investigations.

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