1559 - Alphonse le Saintongeais décrit les côtes de France

D 3 décembre 2007     H 01:20     A Pierre     C 0 messages A 1513 LECTURES


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Voyages aventureux du capitaine Jean Alphonse, Saintongeois - 1559

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Carte des costes de Poitou d’Aunis et de Saintonge depuis l’Isle de Noirmoustier jusqu’a l’embouchure de la riviere de Bourdeaux.
Source : BNF Gallica

Certains auteurs disent qu’Alphonse le Saintongeais a décrit beaucoup plus de lieux qu’il n’en a visités.
Sa description des côtes de France ne pose guère de problèmes de véracité, et constitue un témoignage intéressant sur la façade maritime de ce pays, au XVIème sècle.

La publication des "Voyages aventureux du capitaine Jean Alphonse, Saintongeois" (1559) est due à Saint-Gelais et à Jean de Marnef, contemporains d’Alphonse.

Le cosmographe, commençant par le cap Trafalgar et suivant la côte occidentale de l’Europe vers le nord, décrit dans cet ouvrage le littoral de l’Espagne sur l’Océan et celui du Portugal, revient à la côte d’Espagne avoisinant la France jusqu’à une rivière qui sépare ces deux pays ; puis il commence la description du littoral de France, pénétrant ça et là dans l’intérieur des terres, au moyen des grands cours d’eau. Nous ne croyons pas sans intérêt de rapporter un extrait de cette description de notre pays tel qu’il était à la célèbre époque de la Renaissance.

Source : Histoire Maritime de France - Léon Guérin - Paris - 1851

Entre Fontarabie et Bayonne, on trouva un bon havre qui s’appelle Saint-Jehan de Luc et qui est le premier de la Gascogne. De ce havre à Bayonne, il n’y a que trois lieues. Les gens de Saint-Jehan de Luc se nomment Basques, Biernois et Navarrois ; ils sont fort vaillants et hardis sur mer. Bayonne est une ville forte ; ses habitants sont vaillants et bons Français.

De Bayonne à Bordeaux, il y a trente lieues de pays plat, avec force landes et sables ; sur cette étendue le bétail abonde ; on y trouve aussi une grande quantité de pins desquels on tire de la résine. Bordeaux est la maîtresse ville de la Gascogne, où descend la Gironde, qui est une des grandes rivières de l’Europe, recevant la Dordogne, la Garonne qui passe à Tholose et plusieurs autres rivières sur lesquelles sont les principales et meilleures villes de Languedoc et Gascogne.

A Bordeaux, il y a une grande descente de vins, bleds et pastels qui viennent de l’Albigeois, d’Agen et de Tholose, l’une des plus riches villes du royaume, où il y a parlement et université. Cette dernière ville est située entre la Méditerranée et l’Océan, à trente lieues de Narbonne, qui appartient à la mer Méditerranée. A l’entrée de la rivière de Bordeaux, on trouve une île sur laquelle est une grosse tour appelée Cordon.

Il faut bien prendre garde qu’à cette rivière, il y a deux entrées dangereuses, pour qui ne les sait reconnaître, à cause des bancs qui s’avancent bien à quatre ou cinq lieues en la mer, et se nomment les Anes de Bordeaux. En cette ville, il arrive beaucoup de navires espagnols, bretons, anglais, flamands, qui apportent des poissons secs et salés et rechargent des bleds, du vin et du pastel. Les gens du pays sont hardis et vaillants.

Des Anes à La Rochelle a douze lieues de mer, et près de la côte est l’ile d’Oléron, bien peuplée et ayant six ou sept lieues de tour. Au long de la côte court la petite rivière de Marennes, où il se fait beaucoup de sel. La rivière de Charente passe par les villes de Xainctes et de Cognac, qui sont du pays de Xainctonge, l’un des meilleurs qui soient au royaume de France, fertile en bleds, vins et autres biens. Les gens y sont de bonne nature.

La Rochelle est une bonne ville, très-commerçante, où arrivent gens et navires de tous pays, et où il y a de riches marchands. Le principal trafic y est de vin, bled, sel, poisson sec et salé. Au-devant de La Rochelle est l’île de Rhé, fort peuplée et riche, qui a trois ou quatre lieues de long. Entre les îles d’Oléron et de Rhé, il y a de mauvais rochers que les mariniers nomment les Antioches.

De La Rochelle à Nantes en Bretagne, on fait voile de vingt-cinq lieues, la côte gisant jusqu’à l’île Dieu, à l’est-sud-est et ouest-nord-ouest. De l’île Dieu à la rivière de Nantes, la côte court au nord-nord-est et au nord ; elle est fort dangereuse, à cause de beaucoup de bancs, et l’on n’y va pas sans prendre de pilote. A la sortie de l’île de Rhé, du côté de l’ouest-nord-ouest, il y a de périlleuses roches qui se nomment les Baleines, et vont treize lieues en mer ; il y a aussi une autre roche nommée Orcanie qui a trois brasses.

A la hauteur d’Olonne, à une lieue en mer, on trouve la roche la Biche. Toute cette côte est du pays de Poitou, lequel est riche, dont les habitants sont de bonne nature, aiment à faire bonne chère, sont libéraux et vaillants, mais un peu moqueurs. Sur cette même côte, sont les trois îles d’Oyes, du Pilier et d’Armontier, où il y a une abbaye. Là, il se fait force sel.

La rivière de Nantes est la Loire, une des grandes de la Gaule : elle passe par beaucoup de bonnes villes, comme Orléans, Blois, Amboise, Tours et Nantes. A son entrée, il y a plusieurs bancs et roches. Depuis la rivière de Nantes, la côte tourne à l’ouest, jusqu’au Ras de Fonteneau ; elle est très-dangereuse et parsemée de roches et d’îlots, néanmoins elle a de bons ports et havres. La terre commence à être plus haute, et d’ici en continuant on gagne la Basse-Bretragne el le Croysi ; le second est Morbian où est la rivière de Vannes.

En la mer de Vannes est l’île que l’on nomme Belle-lsle ; elle est bien peuplée et située à quarante-neuf degrés. La rivière de Vannes passe par tant d’endroits qu’elle forme cent soixante-six îles. Après Belle-lsle, on trouve l’île de Groye, entre laquelle et la terre ferme est un mauvais rocher. A la terre de Groye, il y a un bon havre nommé Blavet, étroit à son entrée et ayant une roche au milieu. Tout du long de cette côte s’élèvent une multitude de rochers. Le pays est fertile, ses habitants sont petits, mais grands travailleurs.

De Groye au Ras, ainsi nommé parce qu’il y a là un courant d’eau fort mauvais, la côte gisant à l’est et à l’ouest est hérissée d’écueils. Il y a quelques petites îles au Ras, et quelques ports, comme celui de Bonnayvet, qui est bon et passe par la ville de Quimper-Corantin. Du Ras à l’île de Sein, qui est entourée d’écueils, la côte gisant nord-ouest et sud-ouest est pleine de périls. De l’île de Sein à celle d’Inchantes on compte douze lieues. L’île d’Inchantes est dangereuse à environ une lieue en la mer, à cause des roches Molines. Entre l’une et l’autre est le havre de Brest, le meilleur de la Bretagne, où s’élève l’un des plus forts châteaux de tout le pays.

Passé le cap du Four, la côte tourne à l’est et à l’est-nord-est ; elle est fort dangereuse ; elle est couverte de rochers et d’îles ; la mer y court violemment et monte hors de son lit, demeurant ainsi jusqu’au cap de Billafret. Sur la route sont les villes de Saint-Paul-de-Lion, Lantriguet, Saint-Malo, Granville, qui dépend du havre du Mont-Saint-Michel. Les îles sont l’île de Bas, Sept-Iles, Carruye, Arnois, Jarze et Casquet, qui est plus loin en mer et est une roche. Il y a encore deux ou trois îles, telles que Darque, Surque, sous l’évêque de Coutances, et Chausse, située près de Granville, et où il y a une abbaye.

Après le cap de la Hongne, ou tourne la côte au sud-est, jusqu’à la rivière de Caen. Sur cette côte, il y a des bancs bien une lieue en la mer. Caen est une belle ville qui, au temps passé, servait souvent de résidence aux ducs de Normandie. De Caen à la rivière de Seine on compte douze lieues, la côte gisant à l’est et à l’ouest.

La Seine est dangereuse à son entrée, à cause de la marée qui emplist trop tôt et reflotte roidement. A cette entrée est le rocher de Ratier dont il faut se garantir à l’aide d’un pilote. La Seine passe par les meilleures villes de France et de Bourgogne, principalement par Paris, qui est ville capitale et métropolitaine de tout le royaume, et qui n’a sa pareille au monde, tant elle est peuplée et riche. Elle a un parlement et une belle université en toutes sciences. La Seine passe aussi à Rouen, ville marchande, qui est la métropolitaine de la duché de Normandie, et où il va des navires de cent à cent-vingt tonneaux ; cette ville a aussi son parlement.

Du Chef-de-Caux à Calais, la côte gisant est-nord-est, il y a cinquante lieues. Le Chef-de-Caux est à quatorze lieues de la rivière de Dieppe. La côte est bonne, a de hautes falaises blanches, et est tout entière de la duché de Normandie. Les gens du pays sont puissants et de grande taille. La ville de Dieppe est aussi riche que ville qui soit en France ; elle a de bons mariniers courant aventures en tous pays étrangers, tant pour le fait du commerce que pour celui de la guerre, où ils sont fameux ; ils ont des navires propres soit à guerroyer, soit à faire le commerce ou la pèche, de laquelle ils font un grand trafic avec ceux de Rouen, de Paris, de Bourgogne et de Lyon ; il chargent aussi par mer pour envoyer à La Rochelle, à Bordeaux, et jusqu’à Rome.

Cinq lieues au delà de Dieppe commence la Picardie, qui est un autre pays de France, où les gens sont vaillants, bien aguerris et font bonne chère. Le pays est très-fertile en bleds et a de bonnes rivières, dont la principale est la Somme, laquelle passe par les plus grosses villes de Picardie, comme Péronne, ville frontière, Amiens, capitale du pays, et de là, par Abbeville, où l’on voit force navires grands et petits. A l’entrée de la Somme sont des bancs et sablons ; on voit d’un côté la ville de Saint-Valéry et le Crottoy, où l’on fait de grands chargements de bleds pour les pays étrangers.

La dernière ville de Picardie est Boulogne-sur-Mer, où il y a un havre et des navires pour la pèche et le commerce. Il s’y fait un trafic de harengs. La ville est forte et bien gardée comme étant frontière des Anglais et Bourguignons. Entre Boulogne et la Somme passe la rivière de Montreuil et d’Etapes, où est un havre dans lequel n’entrent que de petits navires de vingt-cinq à trente tonneaux.

De Boulogne à Calais, qui est de la comté de Guines, on compte cinq lieues. Calais a un havre où les Anglais font de grandes descentes. Les habitants sont presque tous soudoyés du roi d’Angleterre pour la garde de la ville qui ne tient guère qu’une porte ouverte, laquelle on ferme de onze heures du matin à une heure de l’après-midi, et depuis six heures du soir jusqu’au jour. Le roi d’Angleterre la fait garder avec autant de soin parce qu’elle lui sert d’entrée aux pays de France et de Flandre, et que s’il la perdait, il n aurait plus aucun point de débarquement en terre ferme.

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