50 (c) - Pline le Jeune décrit l’Aquitaine gallo-romaine

D 17 avril 2009     H 23:33     A Pierre     C 0 messages A 2763 LECTURES


Le texte du Livre IV de Pline a fait couler beaucoup d’encre et de salive, parce que sa description est très sommaire, et soulève plus de questions qu’elle n’apporte de clarté. L’auteur du XVIIIème siècle qui le commente ne manque pas d’imagination, et remplit avec beaucoup d’application les trous laissés par l’encyclopédiste du 1er siècle. Ne vous y fiez pas sans lire des écrits plus récents sur le même sujet !

Les notes, rédigées par le commentateur de 1771, sont à prendre avec beaucoup de circonspection.

Source : Histoire Naturelle de Pline - Paris - 1771 - Books Google

L’Histoire Naturelle de Pline est l’Encyclopédie des Anciens. On peut la consîdérer comme le dépôt de toutes les connoissances physiques, astronomiques, géographiques, &c. de l’Antiquité ; comme le tableau de toute l’industrie humaine ou des arts, depuis les tems les plus reculés jusqu’au premier sîecle de notre Ere [1]. C’est l’ouvrage au moins le plus vaste, le plus intéressant & le plus curieux qu’aient jamais produit les Romains ; les Grecs n’ont rien à lui comparer. Aristote même qui, comme dit Montagne, a tout remué, ainsi que Pline, est encore fort éloigné de son abondance & de sa richesse. Il peut avoir deux ou trois fois plus de mots ; il a quatre ou cinq fois moins de choses. Quelle partie de la Nature & des connoissances humaines, quel usage des productions naturelles, & quelle invention des arts connus de son tems, ont échappé aux recherches de Pline ? Quelle foule d’Ecrivains cités, appelles en témoignage des faits & des observations qu’il rapporte ! En un mot, quelle idée lui-même il nous donne de sa prodigieuse lecture, en représentant son ouvrage comme le résultat & le produit de plus de deux mille volumes, dont les extraits ou les fragments, conservés par son utile travail, sont autant de débris sauvés des ravages du tems !

(Introduction de l’édition de 1771)
Texte latinTraduction

Aquitania.


AQUITANICAE sunt Ambulatri, Anagnutes, Pictones,Santones liberi, Bituriges cognomine Vibisci, Aquitani unde nomen provinciae, Sediboniates. Mox in oppidum contributi Convenae, Begerri, Tarbeli quatuorsignani, Cocossates sexsignani, Venami, Onobrisates, Belendi, saltus Pyrenaeus ; infraque Monesi, Osquidates montani, Sibyllates, Camponi, Bercorcates, Bipedimui, Sassumini, Vellates, Tornates, Consoranni, Ausci, Elusates, Sottiates, Osquidates campestres, Succasses, Latusates, Basabocates, Vassei, Sennates , Cambolectri Agesinates Pictonibus juncti. Hinc Bituriges liberi, qui Cubi appellantur. Dein Lemovices, Arverni liberi, Gabales. Rursus Narbonensi provinciae contermini Ruteni, Cadurci, Antobroges, Tarneque amne discreti à Tolosanis Petrocori. Maria circa oram, ad Rhenum septentrionalis Oceanus, inter Rhenum. & Sequanam Britannicus, inter eum & Pyrenaeum Gallicus. Infulae complures Venetorum, & quas Veneticae appellantur, & in Aquitanico sinu Uliarus.

L’Aquitaine


L’AQUITAINE (1) comprend les Ambilatres (2), les Anagnutes (3), les Pictons (4) , les Santons libres (5), les Bituriges surnommës Vibisques (6). Les Aquitains (7) propres, qui donnent le nom à la province ; les Sediboniates (8). Suivent plusieurs annexes de la ville de Convena (9) ; savoir, les Begèrres (10), les Tarbellès (11), surnommées quatre Enseignes (12) ; les Cocossates (13), surnommés six Enseignes (14) ; les Venames (15), les Onobrisates (16), la forêt Pyrénée (17) ; au-dessous, les Moneses (18), les Osquidates(19), montagnards, les Sibyllates (20), les Campons (21), les Bercorcates (22), les Bipedimuins (23), les Sassumins (24), les Vellates (25) , les Tornates (26), les Consorannes (27), ceux d’Ausch, les Elusates (28), les Sottiates (29), les Osquidates (30) champêtres, les Succasses (31), les Latusates(3i), les Basabocates (33), les Vassées (34),les Sennates (35), les Cambolectres Agesinates (36), qui sont une annexe des Pictons (37). Ensuite les Bituriges (38) libres qui sont surnommés Cubes. Plus loin, les Limousins, les Arvernes (39) libres (40), les Gabales (41). Aux confins de la Gaule Narbonnoise, les Rutenes (42), la cité de Cahors, les Antobroges (43), & les Périgourdins, séparés des Toulousins par le Tarn. Les mers qui bordent la côte, sont vers le Rhin , l’océan septentrional ; entre le Rhin & la Seine, l’océan Britannique ; entre la Seine & les Pyrénées, l’océan Gallique. Les Venetes (44) ont un grand nombre d’isles (45) appellées d’eux Vénétiques. Au golfe d’Aquitaine est l’isle d’Uliare (46).

(1) Aujourd’hui proprement la Gascogne. Autrefois cette contrée d’Aquitaine avoit infiniment plus d’étendue. On la divisoit en première, seconde & troisieme Aquitaine. Voyez- en les détails (entr’autres Auteurs modernes) chez Dupleix, hist. de France, tome I, pag. 25 & 26.

(2) Ceux de Lambale en Bretagne selon quelques Savants. Au reste quelques Editeurs lisent ici Ambulatres. Chez César on lit Ambiliates & même Ambialites.

(3) Je pense que ce sont ceux de Chavagnes proche Bazoges & Montagut dans la partie occidentale & maritime du Poitou.

(4) Ceux du Poitou, les Poitevins, Poitiers est leur capitale

(5) La Xaintonge

(6) La partie de la Saintonge où est Bourge ou Bourg, non pas Bourges du Berry, mais une autre ville très différente par sa situation, & qui cependant étoit une fondation de ceux de Bourges, ou avoit paru telle aux Romains. En conséquence ils en nommoient les habitans Bituriges, c’est-à-dire ceux de Bourges ; & pour les distinguer des Bituriges propres propres, il les distinguoient par le surnom de Blasonés à cause que Bourg est tout voisin de Blaiz. On sait que Blasoné se prend souvent dans le sens de flétrissure, & c’est dans ce sens-là même que nous disons un homme blazoné, c’est-à-dire qui a été fouetté & marqué, ou flétri d’une autre manière. Or le mot Vibex exprimoit chez les Latins les marques d’escourgées, des fers, de brûlures, &c.qui restoient aux esclaves repris de justice ou corrigés par leurs maîtres. Ainsi par une interprétation peu avantageuse de notre mot Blazon, les Latins se servirent du mot Vibisci qui vient de Vibex pour dire. les Blaisois, & ils donnèrent aux Saintongeois de Bourg ce surnom de Vibisci, c’est-à-dire de Blaisois ou Blazonés, parcequ’ils étoient voisins de Blaiz & pour les distinguer des autres Saintongeois & des autres Bituriges, qui d’ailleurs étoient libres.

L’épithete de Blazonés qui convient proprement aux esclaves, pouvoit donc avoir eu dans ce tems-là une application assez juste avec la condition de serfs à laquelle étoient réduits les Bituriges Blaisois, sur-tout par comparaifon aux Bituriges & Saintongeois libres. Bituriges Vibisci ne sont donc point ceux de Bordeaux, comme Ortelius a eu la sagesse d’en douter, mais ceux de Bourg proche Blaiz à quelque distance de Bordeaux. Ce que je dirai dans la note suivante vient encore à l’appui.

(7) Le nom & Aquitaine vient à coup-sûr d’Aqua, & signifie pays en taure d’eau , bordé d’eau, &c.d’où Bordeaux & le Bordeillois. Les Aquitains propres sont donc à coup-sûr ceux de Bordeaux

(8} Lisez Sedibodiates. Ce sont ceux de Bod-ains-at, entre Bordeaux & Bazas. Notre vieux mot ains qui signifie mais est traduit par sed ; bod par bod ; at par ates.

(9) Cominges.

(10) Aujourd’hui Begerac & par corruption Bergerac. En effet les Begerres ne sauroient être le Bigorre, puisque le Bigorre appartient proprement aux Tarbelles ou ceux de Tarbe qui suivent

(11) Ceux de Tarbes , capitale du Bigorre.

(12) Ce surnom paroît signifier qu’il y avoit à Tarbe une garnison composée de quatre corps de troupes, ayant chacun son enseigne.

(13) Chez César on lit Cocosates, lisez Cacosates , comme qui diroit mauvaise race. Aujourd’hui ceux de Caverton proche Bayonne. En grec Cacos & Cavaros sont synonymes.

(14) Voyez la note 12.

(15) Inconnus aux Anciens & aux Modernes. Le Père Labbe dit pourtant que les uns en font Benne, Venasque, &c. & qu’on a même cherché à en faire le Béarn.

(16) Ceux de Saint-Oléron, dénomination interprêtée par les Latins dans le sens de sainfoin, herbe nommée en grec Onobrychis : en effet Oler signifie une herbe quelconque, & la finale on interprêtée dans le sens du grec onos signifie âne. Or le sainfoin comme je le disois est nommé par les Grecs Onobryche, c’est-à-dire herbe aux ânes. Ainsi Saint-Oléron, sainfoin & Oléron sont trois mots synonymes dans une certaine acception bizarre, telle que celle qu’on remarque dans la plupart des noms topographiques.

(17) Cette forêt me paroît être Salva tierre, c’est-à-dire pays sauf. Il faut se souvenir qu’autrefois selon Diodore de Sicile la forêt des monts Pyrénées fut réduite en cendre. Je présume qu’on donna le nom de Sauveterre à la petite partie de la forêt qui fut préservée de ce vaste incendie. Quelques-uns, selon le Père Labbe, traduisent la vallée du Saut.

(18) Aujourd’hui Moneins dans le Béarn comme le veulent plusieurs Savants,

(19) Deux manuscrits portent Oscidates. Inconnus.

(20) Sont-ce les Sibusates de Jules César ? Selon la remarque du P. Hardouin Saubuse est encore un nom de lieu entre Dacqs & Bayonne. Selon le Père Monet le Sebousan ou Sibousan est une contrée assez peu célèbre, laquelle confine au Commingeois.

(21) Hadrien de Valois observe qu’il y a encore aujourd’hui au Bigorre un lieu nommé Campan.

(22) Un anonyme chez Ortelius en fait Beaulieu. Samson les place vers Orthès.

(23) Trois manuscrits portent Pimpedumni au lieu de Bipedumui. Inconnus.

(24) Trois manuscrits portent Lassunni. Pareillement inconnus aux Anciens & aux Modernes.

(25) Absolument inconnus.

(26) Ceux de Tournay en Bigorre selon Hadrien de Valois.

(27) Aujourd’hui Coserans.

(28) Aujourd’hui même Euse ou Eause au comté d’Armagnac.

(29) Aujourd’hui Soz au diocese d’Auch.

(30) Inconnus aussi-bien que les Osquidates montagnards, comme on l’a déjà dit note 19.

(31) Aujourd’hui Secas, à trois de lieues de Bordeaux selon Hadrien de Valois.

(32) Peut-être faut-il lire Tarusates avec Jules César ; aujourd’hui Tartas selon Monet & Labbe ; le Tursan selon Mariana.

(33) Aujourd’hui Bazas.

(34) Quelques-uns en font Vassey, ce que n’approuve point le P. Labbe. Scaliger en fait les Landes de Bordeaux.

(35) Quelques-uns en font Mans de Marsan, ce que désapprouve le P. Labbe comme une conjecture que rien n’appuie.

(36) Ceux de l’Angoumois selon la plupart des Modernes. Voyez ce que j’ai dit sur le sens de la dénomination de Cambo lectres au livre 3, chap. 4. agenesinates ou Agesinates, c’est-à-dire ii qui sunt à Genesinate regione, ceux qui sont de la contrée de Gésine, car Gésine qui veut dire accouchement est synonyme d’Angoumoi, qui vient du grec Enkumon. Une femme qui accouche, qui est dans les douleurs de l’enfantement.

(37) Ceux du Poitou.

(38) Les Berruyers ou ceux du Berry dont la capitale est Bourges, Berri c’est comme qui diroit le pays du beurre. Or le beurre se dit en latin butyrus, d’où par un léger changement ces mêmes Latins ont fait Bituriges.

(39) Les Auvergnats. Ceux de Clermont en Auvergne.

(40) Ils se qualifioient de frères des Romains, & se disoient, à leur exemple, descendus des Troyens. Arvernique aufi Latio se dicere fratres, sanguine ab Iliaco populi. Lucain, Phars. L. 1

(41) Ceux de Javoux au Gévaudan, à quatre lieues de Mande.

(42) Aujourd’hui les Rouarguais selon le P. Labbe. Ceux de Rhodès selon le Père Hardouin. On en a déjà parlé livre 3, chap 4.

(43) Ceux de Rogebron ou Rochebron proche Cahors. Le voisinage de Cahors & des Antobroges le fait voir clairement. Au reste je soupçonne que l’ancien nom Celtique étoit Rochebrndt, duquel nom retourné les Latins ont fait Antobroges.

(44) Ceux de Vannes, en Bretagne.

(45) Telles de Groys, Belle-Isle, &c.

(46) c’est la même que Sidonius Apollinaris, livre 8, Ep. 6, appelle Olarionensis Insula. Aujourd’hui l’isle d’Oléron.


[1Pline mourut l’an 79 de Jesus-Christ.

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