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1658 - 1660 - Lettres de la Mère Angélique Arnauld, abbesse de Port-Royal, à l’abbesse de Saintes

D 9 avril 2009     H 19:13     A Pierre     C 0 messages A 1571 LECTURES


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Au XVIIème siècle, la mère abbesse de l’Abbaye-aux-Dames de Saintes est janséniste. Elle demande conseil et livre ses états d’âme à la Mère Angélique Arnauld, abbesse de Port-Royal. Quatre lettres de cette dernière à Françoise II de Foix (abbesse de 1606 à 1666) sont publiées ici.

Source : Lettres de la Révérende Mère Marie Angélique Arnauld, abbesse et réformatrice de Port-Royal. - Publié aux dépens de la Compagnie. - Utrecht - 1744 - Books Google

Mère Angélique Arnauld, par Philippe de Champaigne

LETTRE DCCCCLXXIII.

27 avril 1658 - A Madame la Coadjutrice de Xaintes, qui peu de tems après devint Abbesse. A l’occasion d’une Demoiselle de condition, elle lui dit de quelle manière les Directeurs de Port-Royal se conduisoient à l’égard des disputes dans les instructions qu’ils donnoient aux Religieuses.

Il faut, ma très chère Mère, que je vous dise que j’ai été touchée & affligée de voir le cachet de N. Cela lui paroît comme rien, & néanmoins j’estime cela beaucoup ; car n’est-ce point une vanité de conserver & de faire ostentation d’une qualité, à laquelle on a fait semblant de renoncer pour l’amour de Dieu. Je me rejouis beaucoup de ce que vous prenez la peine de nous dire, qu’elle est en retraite entre les mains d’une personne qui craint Dieu, & qui connoît là vérité. Mais j’ose vous dire, ma très chère Mère, que j’appréhende qu’il ne la fasse un peu trop savante de la science de la grâce, & ne l’entretienne de toutes les disputes : ce qui ne convient point à nous autres Filles.

Françoise de Foix II, abbesse de N-D de Saintes

Il suffit que nous sachions que nous ne pouvons rien sans la grâce, & que nous sommes obligées de l’invoquer à tout moment ; comme Notre Seigneur nous le commande. Nous avons eu céans le bonheur de communiquer avec les plus savans en ces matières : mais ils nous ont laissé dans la simplicité Religieuse ; nous faisant chercher la grâce de Jesus-Christ dans la vue de notre néant & de notre impuissance au bien, qui nous conduit à rechercher en Jesus-Christ toute notre force & subsistance ; & nous faisant appliquer aux obligations de notre profession, sans quoi l’intelligence des plus hautes vérités nuit, au lieu de servir.

Je vous supplie très humblement de ne dire rien à N. de ce cachet. Car si un vrai sentiment de Dieu ne le lui fait quitter, il demeurera dans son cœur, où il lui fera encore plus de mal que sur ses Lettres. Je suis en grande peine de la santé de Madame*. Ma très chère Mère, c’est dans ces épreuves si sensibles qu’il faut témoigner à Dieu sa fermeté & sa soumission. Tout ce que nous possedons de meilleur & de plus utile en ce monde nous nuit, au lieu de nous servir, si nous nous en rendons propriétaires, &c.

LETTRE DCCCCLXXXVII.

1er avril 1659 - A Madame la Coadjutrice de Xaintes. Elle la console dans ses peines.

Je vous conjure, ma très chère Mère, de prendre tous vos ennuis, vos répugnances, & même vos fautes pour des croix, & de les porter humblement sans perdre la confiance en Dieu, de la bonté duquel j’espere que vous expérimenterez un jour l’effet. Il faut, Madame, comme je vous ai déjà dis, semer en pleurs pour recueillir en joie : vous verrez des changemens un jour j’ose vous en assurer, si vous perseverez à désirer & à souffrir. L’état où vous êtes à present à l’égard du prochain est un peu genant, ne pouvant pas dire ni ordonner ce que vous penseriez devoir. Il faut porter en patience, & exposer à Dieu le plus souvant que vous pourrez les besoins de toute la Maison avec les vôtres, & ne vous pas décourager, encore que vous le ne puissiez faire avec les sentimens que vous le desiriez. Dieu sonde les cœur & les reins & voit en nous pour le bien & le mal ce que nous n’y voyons pas. Le bien est de lui, & il nous le cache, le mal vient de nous, ce qui fait que nous le sentions davantage ; quoique souvent encore le démon & notre propre orgueil nous le cache, ou même nous le fait prendre pour le bien. Quand Dieu vous aura bien confirmée dans la connoissance de votre impuissance, il fera luire sur votre âme la lumière de sa grace ; & pour lors vous direz qu’elle ne viendra pas de vous, & vous en donnerez toute la gloire à Dieu. Cependant, Madame, j’ose vous faire ressouvenir qu’il faut travailler à vous détacher toujours du monde, & de l’attache à cette illustre naissance, & de toutes sortes d’intérêts humains. La fidélité que vous aurez à vuider votre cœur de toute cette vanité attirera sans doute la plénitude de la grâce, les sentimens de Dieu & la douceur de la dévotion, laquelle vous remplira de joie plus que n’ont fait les douceurs du monde. Je suis, &t.

LETTRE DCCCCXCI.

28. Juin 1659 - A l’Abbesse de Xaintes. Au sujet d’une de ses cousines, qui avoit reçu le Baptême sans Ceremonies,

Je vous avoue, Madame, que j’ai eu envie de rire de ce que vous vous êtes addressée à mon frere d’Andilly pour les dispositions du Baptême. Vous le prenez, Madame, pour un Theologien, ce qu’il ne fut jamais : tout son talent est de traduire. Pour le livre du saint Sacrement, c’est le dernier ouvrage de feu mon neveu le Maitre. Pour revenir au Baptême, Madame, je crois que Mademoiselle votre cousine est ondoyée, & par consequent ce n’est que les Ceremonies qui restent à faire, qui ne sont pas un Sacrement. Ce qui n’empêche pas pourtant que vous ne fassiez très bien de la disposer à les recevoir saintement, & à y bien renouveller son Baptême. Je vous envoye un petit écrit que le Docteur [1] a fait pour cela. Je ne puis croire, Madame, que vous pensiez à prendre pour maraine cette Dame Huguenote. Ce seroit un grand peché, & je pense qu’il vaudroit mieux omettre ces ceremonies que bien qu’une personne hors de l’Eglise y eût part. Nous prierons & ferons prier Dieu à toutes nos petites filles pour cette bonne Demoiselle, afin que Dieu la remplisse de toutes ses benedictions. Nous sommes revenues il y a trois jours, un mois plutôt que nous n’eussions fait, à cause de la maladie de notre Mere [2], qui continue toujours avec grande opiniatreté, ne cedant à aucun remede. Tout est entre les mains de Dieu, & tout notre bonheur consiste à vouloir absolument dépendre de sa sainte volonté & providence, qui fait tout pour le mieux. Personne n’est plus votre très humble servante que moi, & notre Mère en dit autant : si nous étions deux je le disputerois contre elle, mais nous ne sommes qu’un.

LETTRE MII

30 mars 1660 - A Madame l’Abbesse de Xaintes. Elle la console dans ses peines, & lui parle d’un Confesseur, &c.

Si j’étois telle que vous me croyez par votre bonté & charité, vous vous ressentiriez bien, ma très chère Mère, que je ne vous oublie pas ; & les desirs que j’ai que Dieu vous donne toutes sortes de benedictions & qu’il pourvoie à tous vos besoins, produiroient des effets. Mais en vérité je suis si indigne que je ne puis que vous être très inutile. J’ai compassion plus que je ne vous puis exprimer de voir vos peines de toutes manières, concevant ce me semble très bien combien elles sont pesantes, pressantes & dures à soutenir. Mais quelles qu’elles soient, Dieu est tout-puissant pour y apporter les remèdes necessaires ; & le moyen de les obtenir est une ferme confiance en sa misericorde , sans que le retardement la puisse ébranler, non plus que la grandeur des difficultés, quoiqu’elles nous paroissent invincibles ; puisqu’elles ne le peuvent être à Dieu. Sa bonté, ma très chère Mère, vous veut fonder dans une vraie humilité & entière défiance de vous-mêmes par l’expérience de votre impuissance, afin que lorsqu’il lui plaira de dissiper les ténèbres & d’agir par la puissance de sa grâce, vous disiez du fond du cœur : Non nobis Domine, non nobis, &c. Ce n’est pas à nous, Seigneur, que la gloire appartient.

Je conçois très bien la necessité absolue que vous avez d’avoir un Confesseur, comme vous le demandez, & je ne manquerai pas de la representer avec grand soin ; mais je ne vous saurois assez dire combien il est mal aisé de le rencontrer. Demandez à Dieu, Madame, qu’il le fasse connoître, & qu’il vous le donne. Ceux qui vous seroient bons, auront de très grandes peines à entreprendre un aussi difficile emploi ; & ceux qui ne le craindront pas, n’en seront pas capables. Dieu peut remedier à tout : priez-le, Madame. Plus vos besoins & vos peines sont grandes, plus fortifiez votre esperance en lui. Le salut des hommes est vain, & celui de Dieu est certain : il n’y a rien de plus assuré. Si nous avions une ferme foi, nous surmonterions toutes sortes des difficultés. Depuis que j’ai écrit jusqu’ici , j’ai vu M. Singlin, auquel j’ai parlé de votre besoin & de votre desir, dans lequel il est fort entré, souhaitant de tout son cœur de vous bien pourvoir ; mais il y trouve, comme il y en a en verité, de très grandes difficultés. Quand on auroit rencontré une personne propre, c’est une chose très difficile de pouvoir s’accommoder avec ceux auprès desquels il auroit à vivre, & qui le taxeroient aussi-tôt de singularité, par ce qu’il voudroit vivre plus solitaire qu’ils ne sont peut-être. La peine ne seroit pas moindre au dedans, pour s’accommoder à la delicatesse de ces esprits, qui ne cherchent que leurs satisfactions & qu’on flatte leurs passions : si elles n’en avoient point, il est constant qu’elles s’estimeroient plus heureuses d’être nourries de la solide verité, que des imaginations creuses des étrangers auxquels elles s’amusent.

Mais, Madame, je vous prie & conjure encore une fois, de mettre toute votre esperance en Dieu ; & quand la grandeur de vos peines vous accable , redoublez votre courage & votre confiance. C’est l’ouvrage d’un Dieu tout-puissant. S’il veut vous donner la victoire de toutes ces difficultés, vous les surmonterez infailliblement ; & s’il veut que vous souffriez sans recevoir en ce monde le fruit de vos travaux, assurez-vous, Madame, que vous n’en serez pas privée en la vie éternelle. Beaucoup de Saints ont entrepris de saintes œuvres pour Dieu, qui n’ont pas réussi ; Dieu n’ayant autre dessein que de les sanctifier par leurs bons desirs & leurs peines : & au contraire une infinité de grands hommes, à parler humainement, sont sortis de leurs entreprises, & ont été utiles aux autres, sans profiter à eux-mêmes ; ayant été payés de leurs vaines satisfactions, parce qu’ils les ont cherché plus que la grâce de Dieu. Quoiqu’on ait une très droite intention, & que Dieu fasse la grace de le mettre pour fondement & la fin dernière de ses œuvres, l’amour propre ne laisse pas souvent de s’y mêler, & de mélanger l’or précieux de la sainte charité de tant de paille & de foin, qu’à la fin le feu examinant les œuvres il se trouve beaucoup de déchet. Consolez-vous, Madame, dans vos amertumes : faites-en un bouquet, en les joignant a celles de Notre Seigneur. Attendez en paix le secours de Dieu, & l’accomplissement de sa sainte volonté sur vous, ce qui doit être notre unique satisfaction, puisque tout y doit être référé, & qu’elle seule opère notre sanctification.

J’ai pitié de vous dans le douloureux sentiment, qui demeure encore dans votre esprit de la mort de M. N. C’est une tentation humaine de laquelle S. Paul dit que nous pouvons être surpris : il nous la pardonne, mais il ne veut que la surprise, & non pas que nous la nourrissions & l’accroissions volontairement. M. N. étoit né pour mourir, & Dieu a voulu que c’ait été avant vous, afin d’accroître vos peines de celle-là ; & qu’elle servît à votre pénitence, & pour purifier ce grand amour tout humain que vous avez eu pour cette illustre maison : dont je crains, Madame, que vous ayez eu quelquefois plus de complaisance d’être née que d’avoir été régénérée par le sang de Jesus-Christ. On ne voudroit ni dire, ni penser cela volontairement ; mais on ne l’exprime que trop par ses actions. Rejouissez-vous de la paix, Madame, puisqu’elle fait cesser une infinité de crimes qui deshonoroient Dieu & notre mère vraiment illustre, la sainte Eglise : & benissez Dieu de ce que la generosité de N. & N. a pu contribuer à cette paix ; & de ce que les travaux qu’ils y ont pris pour être fidèles au service de leur Roi & de leur patrie, dans la profession où leur naissance les engageoit, a pu aussi servir à leur salut. Je suis, &c


Voir en ligne : Angélique Arnauld (Wikipédia)


[1M. Arnaud

[2Agnès

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