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1724 - Enquête sur les maisons pour mendiants à Marennes (17)

D 22 octobre 2011     H 21:37     A Pierre     C 0 messages A 373 LECTURES


Les services du Roi ont lancé une enquête sur la mendicité dans les provinces de France. M. Dodun, Contrôleur Général des Finances du roi Louis XV, adresse le 31 janvier 1724 un questionnaire aux intendants des généralités. Celui de la Rochelle (M. Amelot de Chaillou) fait suivre le questionnaire dans les élections de la généralité. Celle de Marennes répond le 11 mars. On sent bien, à la lecture de ces documents, que le problème de la mendicité dans le Royaume ne va pas trouver rapidement sa solution.

Source : Archives Départementales de Charente-Maritime - C 226 - Transcription par Pierre Collenot

Copie de la lettre écrite par M. Dodun à M. Amelot de Chaillou le 31 janvier 1724.


Monsieur,

S.A.S. Monseigneur le Duc a jugé nécessaire de chercher les expediens les plus convenables pour empecher le nombre infini de pauvres mandians qui sont à présent dans Paris et dans presque toutes les provinces du Royaume, la plus grande partie de ces mandians étant en âge et en état de travailler.

Il n’y a que l’oisiveté ou la débauche qui puisse les engager à prendre ce parti puisque les journaliers sont rares dans toutes les provinces même pour la culture et la récolte des terres, et qu’il n’y a personne de bonne volonté qui par conséquent ne puissent trouver de quoy gagner sa vie par son travail. A l’égard de ceux qui sont trop âgés ou invalides, il est également juste, en forçant les autres à travailler, de pourvoir à la subsistance de ces derniers.

Pour remplir ces diferentes vuës S.A.S. voudroit établir dans chaque province et généralité du Royaume et en tel nombre qu’il sera jugé necessaire des maisons et hopitaux dans lesquels on pourroit renfermer ceux des mandians valides, qui après le terme qui leur qui leur auroit été prescrit pour se retirer chez eux et y vivre de leur travail, seroient surpris mandiants contre les défenses et y retirer aussi ceux des mandians qui par leur âge et infirmité seront hors d’état de gagner leur vie, et sont sans retraitte et sans secours. Les premiers y seront exactement renfermés et on employera les uns et les autres à travailler à diferens ouvrages proportionnés à leur force, à leur industrie et au commerce ou aux besoins de la province, et le produit de leur travail pourra servir en partie à l’entretien et à la subsistance de la maison et de ceux qui y sont renfermés.

Pour être en état de prendre avec connoissance un parti sur cette affaire, je vous prie de me mander s’il y a quelques anciens châteaux ou autres maisons apartenant au domaine dans l’étenduë de votre département qui puissent être employés à cet usage ou au défaut de pareilles maisons quelles sont celles que vous jugerez les plus convenables à destiner à cet objet.

Si vous croyez qu’une seule maison puisse suffire dans votre département, ou si vous estimez qu’un plus grand nombre y soit nécessaire.

Quels sont les lieux de votre département où les subsistances sont les plus abondantes et les vivres à meilleur compte pour y choisir ces maisons par préférence.

Il doit aussi entrer dans vos vuës de les placer autant qu’il sera possible dans les endroits où l’on pourra tirer le plus d’utilité du travail de ceux qui seront renfermés soit par rapport à des manufactures et des ouvrages publiés.

Vous devez principalement consulter dans tout cela ce qui regarde le plus de dépense en parvenant pourtant au but que nous nous sommes proposé.

Vous aurez agréable de me marquer en même tems quels sont les expediens que vous estimez les plus convenables pour fournir à l’excedent des dépenses de l’établissement et l’entretien de ces maisons au pardessus du travail de ceux qui y sont renfermés, et de me marquer quelles sont les diferentes natures d’ouvrage où on les peut employer suivant leur âge et leur force dans l’étendue de votre département.

Cet excedent pourra être plus considérable dans les premières années par raport aux frais d’établissement et à ce que le travail n’y peut pas être aussy bien établi dans les commancements, qu’il le sera par la suite, mais je suis persuadé qu’en y aportant toute votre attention ordinaire vous parviendrez dans la suite au point de faire subsister les maisons de leur seul travail.

Vous m’envoyerez les plans des maisons que vous croyrez propres à cet usage, avec votre avis sur la distribution des logements et sur le nombre des personnes necessaires pour l’administration et le service de chacune de ces maisons, et sur leurs apointements, et vous me ferez en même tems toutes les autres observations que vous jugerez necessaires, et dans le plus grand détail.

Je suis, Monsieur, votre très humble et très affectionné serviteur.

Signé Dodun.

Election de Marennes - Réponse


Le nombre et les sortes de mandians natifs de l’Election de Marennes et Isles de Saintonge n’y est pas si considérable que dans les autres provinces, parce ceux qui sont en état de travailler sont enrolés sur les classes de la marine et s’embarquent pour les voyages de mer, que ils restent dans les colonies où ils s’établissent, d’autres font le commerce maritime et s’occupent à la navigation jusqu’à l’âge de l’adulte après lequel ceux qui ont des certificats de service bien poouvés sont employés à la demie solde de la marine, dont les fonds sont pris sur les six deniers pour livre levés en faveur des invalides de la marine en exécution des Edits du Roy.

Les ordonnances du Roy des dix janvier 1699 et 10 mars 1720 ont fait des règlemens contre les mandians et vagabons et ordonné qu’ils se retireront dans les lieux de leurs naissances et l’article 2 de celle du 10 mars 1720 porte que ceux qui seront valides et en état de travailler seront renfermés pour estre conduits aux Colonies.

Si ces ordonnances sont régulièrement exécutées il s’en trouvera peu dans l’Election de Marennes, la majeure partie des mandians qu’on y rencontre estans des autres provinces.

Ceux des paroisses de cette Election qui seront obligés de s’y retirer et qui seront en état de travailler pourront estre employés aux ouvrages des marais salans, à la navigation ou transportés dans les Colonies pour y servir le Roy, ou pour y travailler dans les habitations ; et quant à ceux qui par leur vieillesse ou leurs infirmités seront hors d’état de travailler et de gagner leur vie, il seroit necessaire de pourvoir à leur subsistance en employant à cet usage les fonds destinés en plusieurs endroits pour les pauvres des paroisses dont on pourroit faire les recherches, lesquels fonds proviennent des fondations et legs pieux des particuliers, et à ce défaut on pourroit y faire contribuer les seigneurs des paroisses ecclésiastiques et laïques.

Et pour cet effet il seroit necessaire d’enjoindre aux scindics des paroisses de faire chacun leur département un état de tous les mandians valides et invalides qui y seroient, en étant natifs, sur lequel état on pourvoiroit à leurs diferantes destinations.

Il n’y a point de maisons apartenant au domaine dans l’estendue de l’Election de Marennes. Il en faudroit prendre sur les particuliers dans les paroisses où on le jugeroit necessaire. On pourroit en destiner une pour l’isle d’Oleron, composée de six paroisses, une pour l’isle d’Arvert et châtellenie de Tallemon composant six paroisses, une pour Soubise et la principauté composant sept paroisses, et une autre pour Marennes qui comprendroit les onze paroisses restantes du païs abonné.

Les vivres sont également chers dans touttes les paroisses de l’Election de Marennes, parce que les habitans n’y recueillent des grains pour leur subsistance que pour 4 à 5 mois de l’année.

Il n’y a point de manufactures établies dans l’Election de Marennes, on ne pourroit employer les mandians valides qu’aux travaux des marais salans et à la navigation.

On a déjà observé qu’on ne peut dans les isles de Saintonge employer les mandians valides qu’aux travaux des marais salans, et à la navigation et en envoyer une partie dans les Colonies, si les profits que raporteroient leurs journées et leurs voyages ne suffisoient pas pour la subsistance des pauvres invalides, on pourroit y joindre les legs pieux, et y faire contribuer les seigneurs des paroisses ecclésiastiques et laïques.

Les maisons et logemens convenables sont assez rares dans l’Election de Marennes, la distribution en a esté marquée dans les articles précédans de la présente réponse, fixée à quatre parties qui sont Marennes et ses dependaces ou banlieue, la principauté de Soubise, l’isle d’Oleron et l’isle d’Arvert. Pour envoyer des plans, il faudroit se transporter dans tous les lieux cy dessus dezignés, y faire la visite des maisons et le choix d’un logement convenable, qu’on ne pourroit prendre sur les particuliers qu’en leur aportant peut-estre beaucoup de préjudices. Il faudroit, même si l’on en trouvait de propres à cet usage, indemniser les propriétaires par le payement des loyers annuels, ou par réquisition du fonds.

Pour scavoir au juste le nombre des personnes qui seroient necessaires pour l’administration et le service de ces maisons, il seroit à propos de scavoir auparavant au vray la quantité des personnes que l’on renfermeroit en chacune des maisons dezignées, ce qui ne peut estre connu qu’après que les scindics des paroisses auront fourny chacun un état de tous les mandians qui se sont retirés dans leurs paroisses, dont on feroit ensuite la distribution.

A Marennes, le 11 mars 1724

L’auteur de cette enquête nationale : Charles Gaspard Dodun (1679-1736)

Second fils de Charles Dodun, conseiller au parlement de Paris et de Marie Gayardon, sa noblesse ne date que de 1555. La protection conjointe de Mme de Prie et du duc de Bourbon fit de Charles-Gaspard, un président dès 1710. Il est nommé, le 14 novembre 1715, maître des requêtes et membre du Conseil des finances puis, en décembre 1721, l’un des commissaires des finances qui furent désignés pour assister le contrôleur général Félix Le Peletier de la Houssaye. Le 28 mars 1722, il est promu intendant des finances, et enfin, le 21 avril de la même année, contrôleur général.

Sa nomination est accueillie favorablement et l’Académie Française tient à le complimenter. Saint-Simon décrit Dodun comme quelqu’un de capable et d’honnête. Titré marquis d’Herbault en Beauce par lettres patentes de mars 1723, grand trésorier des ordres du roi le 24 mars 1724, il est cependant accusé de malversations financières sur le trésor royal, et démissionnera de ses charges sous l’influence de Fleury le 14 juin 1726 (trois jours après le renvoi du duc de Bourbon).
Détesté alors de toute la cour et du peuple, on lui doit cependant d’avoir établi « l’arrêt du 15 juin », stabilisant la valeur du louis et de l’écu et d’avoir initié, par ses rapports, le jeune roi Louis XV aux matières de finance et d’administration.

Après avoir épousé, en 1703, Marie-Anne Sachot et avoir perdu son fils en bas-âge en 1724, Dodun s’éteint à Paris, dans son hôtel qu’il avait fait construire par Jean-Baptiste Bullet de Chamblain, vers 1715, et qui existe toujours au n° 21 de la rue de Richelieu.
Détenteur du château d’Herbault (actuel département de Loir-et-Cher) et fondateur de la commune d’Herbault où il créa un grenier à sel qui donna un grand essor à la région grâce à la perception de la gabelle, Dodun réorganisa la reconstruction de la ville Châteaudun suite au grand incendie qui ravagea la cité en 1723.
(Source : Wikipedia)

En janvier 1724, lorsqu’il écrit le courrier ci-dessus à l’Intendant de la Généralité de La Rochelle, il est contrôleur général des finances sous le règne de Louis XV.

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